Sous la direction d'Ilke Adam (VUB) et d'Andrea Rea (Groupe de recherche sur les relations ethniques, les migrations et l'égalité (GERME) de la Faculté des Sciences sociales et politiques de l'ULB), des chercheurs ont étudié la notion d'aménagement raisonnable sur les lieux de travail qu'il s'agisse du secteur public (éducation, santé, administration communale, intégration) ou du secteur privé (transports, grande distribution, banques-assurances, industrie alimentaire, industrie de nettoyage).
Ils ont recensé quelque 416 situations assimilées à des demandes d'accommodement – ou aménagement – raisonnable.
La demande la plus fréquente ? La durée des vacances étendue (via des congés sans solde par exemple) pour, notamment, retourner dans le pays d'origine. Viennent ensuite la possibilité de prier sur le lieu de travail (et demande d'un local pour prier), suivie de demandes d'accommodement liées au code vestimentaire (le port de voile en particulier).
Quelle réponse est-elle donnée à ces demandes ? "Une réponse souvent pragmatique: les entreprises n'entrent pas dans le débat passionné, idéologique qu'on peut suivre dans le monde politique ou médiatique. En général, elles répondent favorablement aux demandes d'aménagement raisonnable à condition que ces demandes ne perturbent pas les horaires, l'organisation de travail, le "business" ou service à la clientèle. On remarque par exemple que le port du voile est en général autorisé pour des fonctions de "back office" mais interdit aux fonctions en "front desk", donc en contact avec la clientèle", explique Andrea Rea.
L'étude pointe également l'importance des intermédiaires – qui peuvent aller du chef direct aux syndicats -, appelés à négocier une solution. "Le magasin Ikea d'Anderlecht, par exemple, manquait de caissières et a donc proposé à des réassortisseuses de changer de fonction. Elles refusaient toutes parce que passer en"front desk" signifiait pour elles d'enlever le voile. Une négociation a été menée en conseil d'entreprise. Finalement, Ikea a accepté qu'elles portent un voile mais à condition que ce soit un "voile d'entreprise", une sorte de bandana bleu. On le voit, un espace de négociation existe dans les entreprises" souligne Andrea Rea.
Cet espace de négociation peut d'ailleurs s'avérer à "géométrie variable": un hôpital peut interdire le port du voile à son personnel mais le service de gynécologie peut en même temps estimer qu'une gynécologue voilée sera mieux acceptée par la patientèle musulmane.
L'étude a également mis en évidence des différences entre le nord et le sud du pays: les entreprises de Flandre adoptent en majorité le pluralisme actif (et donc valorisent la diversité sur le lieu de travail) tandis que les francophones affichent plutôt un discours de laïcité, dans la ligne de la France.
Le rapport de cette recherche est disponible sur le site web du Centre pour l'égalité des chances.
Informations sur le colloque "L'accommodement raisonnable de la religion en Belgique et au Canada" sur www.ulb.ac.be/cena.
Martens Didier
Wilkin Alexis
Salmon Isabelle
Dufour Valérie
Benoit-Otis Marie-Hélène