Le 26 avril 2018, l'Université libre de Bruxelles et ses Facultés rendent hommage à huit personnalités pour leur action et leur engagement dans le monde artistique, académique, culturel et médico-social.

Docteur.e.s Honoris Causa de l’Université :

Ahmet Insel, économiste, politiste et journaliste turc, professeur émérite à l'Université de Galatasaray, retenu pour la haute valeur scientifique de son travail et la qualité intellectuelle de son analyse critique de la société turque.

Siegi Hirsch, éducateur, formateur et thérapeute, spécialiste de la transmission transgénérationnelle des traumatismes.

Christiane Taubira, femme politique française retenue pour les combats en faveur des diversités menés en tant que Garde des Sceaux de la République française sous le gouvernement de François Hollande.

Ken Loach, cinéaste anglais retenu pour son oeuvre militante relative aux conflits sociaux et la lutte pour le droit des travailleurs ou des immigrés clandestins.

Docteur.e.s Honoris Causa des Facultés :

Droit et Criminologie : Christian Debuyst, criminologue, professeur émérite de l'UCL, retenu pour sa diversité disciplinaire, ses ancrages réflexifs et sa prise en compte de la diversité des points de vue comme pari éthique.

Sciences psychologiques et de l'éducation : Agnès Van Zanten, professeure à l'Institut d'études politiques de Paris, retenue pour ses travaux sur le fonctionnement inégalitaire et élitiste du système éducatif français.

Polytechnique et Bioingénieurs: Jan Van Impe, professeur ordinaire à la KULeuven, retenu pour l'impact scientifique de ses recherches tant fondamentales qu'appliquées et leur impact sociétal, notamment dans le domaine de la santé publique ou dans la coopération avec les PVD.

Pôle Santé: Monique Capron, professeure d'immunologie à l'Université de Lille, ancienne Présidente du Conseil d'administration de l'Institut national (français) de la santé et de la recherche médicale qui a noué des relations intenses avec l'Hôpital Erasme (dont on célèbre actuellement le 40ème anniversaire).

Ahmet Insel

Ahmet Insel est un économiste, politiste et journaliste turc. Il est professeur émérite de l’Université de Galatasaray.

Diplômé de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, il y exerce d’abord comme professeur adjoint au département d’économie. Il poursuit son activité académique en tant que professeur à l’université de Galatasaray à Istanbul. De 1990 à 1994, Ahmet Insel occupe le poste de Doyen du Département des sciences économiques de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne puis, de 1994 à 1999, celui de Vice-président de la même Université.

Grande figure intellectuelle de Turquie, cet économiste et politiste est éditorialiste au quotidien turc Cumhuriyet et membre de la revue sociopolitique Birikim. En décembre 2008, il est l’un des quatre intellectuels turcs initiateurs de la pétition du pardon aux Arméniens Au nom de l’humanité, cette conduite était un crime. Partisan inlassable du dialogue entre Turcs et Arméniens, un livre d’entretien est publié en septembre 2009 Dialogue sur le tabou arménien, face-à-face entre Ahmet Insel et Michel Marian. Ahmet Insel est un invité privilégié de l’ULB, venant régulièrement y présenter ses analyses sur l’évolution du régime politique turc (au sein de la chaire Liebman, au CEVIPOL) et y débattre, notamment lors d’un « grand débat de l’ULB » avec le réalisateur Serge Avédikian). Ahmet Insel est l’auteur de plusieurs ouvrages parmi lesquels, en français, La Nouvelle Turquie d’Erdogan, du rêve démocratique à la dérive autoritaire (2017) ; La Turquie et l'Europe, une relation tumultueuse (1999), La Turquie entre l'ordre et le développement (1984). Il coordonne le comité éditorial de la maison d’édition Iletisim.

Ahmet Insel a signé la pétition des académiciens turcs pour la paix de janvier 2016, qui a valu de nombreuses représailles à ses signataires. Il vit aujourd'hui à Paris et continue à publier et intervenir très fréquemment dans des conférences-débats et dans les médias.

Ahmet Insel participera le 25 avril à une table ronde : "Où va la Turquie ? Where is Turkey heading?".pdf

Siegi Hirsch

Siegi Hirsch est éducateur, formateur et thérapeute spécialiste de la transmission transgénérationnelle des traumatismes.

Siegi Hirsch est une figure majeure de la psychothérapie familiale européenne et sa pensée a marqué de façon déterminante la prise en charge des familles en souffrance. Son influence est reconnue internationalement, tant comme thérapeute que comme formateur ou encore comme superviseur d’équipes thérapeutiques. Il a formé et supervisé des générations entières de thérapeutes.

Son histoire personnelle a déterminé son modèle de travail thérapeutique. Juif d’origine allemande, il a été déporté très jeune dans les camps de concentration nazis de 1942 à 1945. À la sortie des camps, refusant de se laisser enfermer par ce traumatisme majeur, il se consacre à la prise en charge d’enfants juifs dont les parents étaient morts dans les camps.

Par la suite, Siegi Hirsch se consacre à la thérapie familiale, domaine où, là aussi, tout son génie relationnel se déploie. Il est à l’origine des premières écoles françaises et belges de psychothérapie familiale. Par ailleurs, en France, il a initié, au sein de l’Ecole Nationale de la Magistrature, un enseignement destiné aux juges de la jeunesse afin de les familiariser avec le fonctionnement des systèmes familiaux défaillants. En 1982, il fut décoré par le Garde des Sceaux Robert Badinter.

Mais la pensée de Siegi Hirsch déborde largement le cadre de la psychothérapie. Par son travail, il laisse en héritage aux générations qui lui succèdent des acquis constitués de victoires remportées sur la folie et la perversion. L’ensemble de son œuvre est organisé autour d’un fil conducteur : un homme à qui la jeunesse fut volée a travaillé toute sa vie pour améliorer et préserver celle des autres. Le fil rouge de sa pensée est d’éviter que la plus jeune génération ait à payer, par ses souffrances, les traumatismes subis ou les erreurs commises par leurs ascendants.

Christiane Taubira

Femme politique, garde des Sceaux de la République française sous la présidence de François Hollande.

Née à Cayenne en Guyane, dans une famille modeste où sa mère a dû élever seule une famille nombreuse, Christiane Taubira dit avoir hérité d’elle une joie de vivre invincible qui l’a prémunie contre les peurs. Elle mène des études supérieures à Paris et repart de la métropole française armée de diplômes en Sciences économiques, en Sociologie et Ethnologie afro-américaine ainsi qu’en Agro-alimentaire.

Après ses études, la Guyane est le premier lieu de ses engagements politiques. Avec Roland Delannon, Chrisitane Taubira fonde le parti Walwari, proche du socialisme. Son engagement se traduit également par l’adhésion au mouvement de décolonisation (Moguyde). Inlassable dénonciatrice de l’esclavage, elle porte la loi du 21 mai 2001 tendant à la reconnaissance de la traite et de l'esclavage comme crime contre l'humanité, aujourd’hui connue sous le nom de « loi Taubira ».

Au tournant du millénaire, sa carrière politique se poursuit à gauche de l’échiquier politique avec, en apogée, sa désignation comme garde des Sceaux, sous la présidence de François Hollande. Dans cette fonction, c’est l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, en 2013, qui a marqué les esprits. À la suite des attaques terroristes qui frappent Paris en plein cœur, le 13 novembre 2015, Christiane Taubira démissionne en dénonçant avec force le projet de loi qui vise à permettre la déchéance de la nationalité.

La liberté, la ténacité et l’esprit critique qu’elle cultive avec une joie de vivre communicative font d’elle un exemple pour la jeunesse et une bâtisseuse d’avenir.

Le jeudi 26 avril, Christiane Taubira tiendra également une conférence pour la présentation de son ouvrage "Nous habitons la Terre". La présentation sera suivie d'un débat. Informations pratiques : 26 avril de 14h à 15h - campus du Solbosch, bâtiment S, salle Dupréel, avenue Jeanne 44 – 1050 Bruxelles.

Ce 26 avril, lors de la cérémonie, Christiane Taubira s'est exprimée au nom des différents récipiendaires de la distinction de Docteur Honoris Causa de l'Université Libre de Bruxelles. Retrouvez son discours complet.pdf

Ken Loach

Ken Loach est un cinéaste britannique, reconnu pour son œuvre militante relative aux conflits sociaux et à la lutte pour le droit des travailleurs ou des immigrés clandestins.

Fils d'un père électricien et d’une mère issue de la classe moyenne inférieure, né dans la ville industrielle de Nuneaton, ses origines le prédestinent à la lutte. Ken Loach s’engage dans des études de droit à l’Université d’Oxford, puis les délaisse pour se consacrer au théâtre, en tant que comédien puis assistant metteur en scène au Northampton Repertory Theater en 1961. Engagé par la BBC comme réalisateur de documentaires et de téléfilms en 1963, il signe déjà des fictions en prise directe avec la société britannique, telles que Cathy Come Home.

Influencé par une forte tradition documentaire et le Néo-réalisme italien, son entrée dans le monde du cinéma se fait de façon fracassante et symbolique – par un accouchement, celui de l’héroïne de Poor Cow (1967), point de départ d’une longue et riche filmographie où il aborde ce que l’on tait : l’avortement et les traitements psychiatriques (Family Life, 1971), les assassinats politiques (Hidden Agenda, 1990), l’insécurité sur les lieux de travail (Riff Raff, 1991), le chômage et le racket (Raining Stones - 1993, My Name is Joe, 1998), la mixité culturelle (Ladybird -1994, Ae Fond Kiss, 2004). Il explore aussi des aspects historiques; la guerre civile espagnole (Land and Freedom, 1995), les actes de l’Armée républicaine irlandaise dans les années 20 (The Wind That Shakes the Barley, sa première Palme d’Or en 2006). Mais, son cinéma est d’abord et avant tout celui de personnages inoubliables, héroïques dans leur lutte quotidienne contre le système. Au cœur de l’insoutenable, naissent l’espoir – une amitié ou un amour inattendus, des liens solidaires, de l’humour – et de purs actes de résistance – un jardin repeint en bleu (Family Life), le feu bouté au chantier insécurisé (Riff Raff). En 2016, le metteur en scène remporte une nouvelle Palme d'or au Festival de Cannes avec le social, émouvant et engagé I, Daniel Blake.

Les films de Ken Loach posent la question d’un futur qui ne peut se concevoir qu’avec courage, loin des happy-ends artificiels. Son cinéma radical, adulte, nous force à admettre que les enjeux de notre monde sont entre nos mains, nous incitant à être des spectateurs-citoyens, loin de toute passivité et de tout conformisme.

Faculté des Sciences psychologiques et de l’éducation

Agnès van Zanten

Sociologue, professeure à l’Institut d’études politiques de Paris, spécialiste des questions d'éducation.

Agnès van Zanten est une figure majeure de la sociologie de l’éducation, tant est constant, depuis trente ans, son engagement à comprendre comment se construisent les inégalités scolaires. Sa grande originalité est de saisir la réalité sociale, non pas seulement à travers des structures macro-sociologiques, mais à travers des analyses fines des contextes locaux, qui convergent toujours vers la saisie du sens que les acteurs donnent à leur action.

C’est ce point de vue qui, notamment, lui permet de porter au jour, dans différents pays, la diversité des stratégies par lesquelles les établissements scolaires entrent en concurrence les uns avec les autres (par exemple en tentant de se séparer des élèves en difficulté). C’est ce point de vue toujours qui l’amène à relever comment les acteurs (familles ou responsables scolaires) déjouent les tentatives de régulation de cette concurrence (par exemple, en France, par le contournement de la carte scolaire).

Ses analyses permettent aussi de faire connaître comment dans certains établissements de la périphérie, se trouvent réunies les conditions pour que des équipes se mobilisent pour la réussite des élèves de milieux populaires.

Agnès van Zanten se distingue encore par l’attention qu’elle a portée à la formation des élites. Elle montre comment se construit selon des logiques diverses, dans les établissements et dans les familles des classes supérieures, la clôture sociale des filières d’élite.

La posture systématiquement comparatiste adoptée dans ses recherches l’a conduite à collaborer avec des chercheurs de nombreux pays. Associée à son multilinguisme, mais aussi à sa capacité à saisir de l’intérieur le sens des pratiques dans des contextes culturels divers, cette dimension a donné à ses travaux une audience internationale.

Agnès van Zanten est l’auteure d’un grand nombre publications en français, anglais et espagnol dans ce domaine, parmi lesquelles Sociologie de l’école (rééd.2012), L’école de la périphérie : scolarité et ségrégation en banlieue (2012), Choisir son école. Stratégies familiales et médiations locales (2009), Dictionnaire de l’éducation (2008).

Pôle Santé

Monique Capron

Professeure d’immunologie à l’Université de Lille.

Monique Capron est une scientifique d’exception, reconnue internationalement pour ses travaux de recherche qui ont bouleversé la compréhension des rôles joués par l’éosinophile, une cellule sanguine de la famille des globules blancs, dans la réponse immunitaire.

La carrière scientifique de Monique Capron a tout d'abord été consacrée à l'immunologie des maladies transmissibles et plus particulièrement à l'étude des mécanismes de défense dans une affection parasitaire, la schistosomiase (bilharziose), qui touche 200 millions de personnes dans le monde. Ses travaux ont révélé le rôle clé des éosinophiles dans la réponse antiparasitaire, et ses découvertes multiples sur le fonctionnement de ces cellules l’ont conduite à s’intéresser à d'autres domaines de l'immunopathologie impliquant ces cellules, en particulier les maladies inflammatoires chroniques intestinales et certaines affections dermatologiques, ainsi que la réponse immune anti-tumorale.

En parallèle, l’étude des interactions entre ce parasite et son hôte dans des modèles animaux originaux et chez l’homme, a permis d’identifier une protéine parasitaire aux propriétés très intéressantes pour la médecine, la P28. En effet, la P28 GST est actuellement le seul candidat -vaccin en essai clinique de Phase 3 dans un protocole de vaccination thérapeutique contre la schistosomiase (« Bilhvax »). De plus, Monique Capron a découvert que cette protéine d’origine parasitaire a la capacité de réguler négativement la réponse immune de l’hôte, une propriété qu’elle tente d’exploiter actuellement pour traiter les maladies chroniques intestinales telles que la rectocolite ulcéro-hémorragique et la maladie de Crohn.

L’ensemble des travaux de Monique Capron se distingue d’une part par son originalité et son audace, à travers une permanente remise en question de dogmes, et d’autre part par sa transversalité, à travers l’impact de ses découvertes sur la prévention et le traitement de maladies très diverses. Depuis une des infections parasitaires les plus fréquentes dans les pays en voie de développement, jusqu’aux maladies orphelines comme le syndrome hyperéosinophilique, en passant par des maladies inflammatoires chroniques prévalentes dans le nord, ses recherches s’inscrivent dans une démarche translationnelle, où l’amélioration du niveau de santé occupe une place centrale.

Faculté de Droit

Christian Debuyst

Juriste, criminologue, psychologue, professeur émérite de l’UCL.

Christian Debuyst débute sa carrière comme assistant du Dr Etienne De Greeff, personnage marquant de l'histoire des savoirs sur le crime et la peine, et mène des travaux de doctorat en criminologie en défendant, en 1960, une thèse intitulée "Criminels et valeurs vécues. Étude clinique d'un groupe de jeunes criminels". Cette étude originale, alors qu'il travaille également en tant que psychologue clinicien à la prison centrale de Louvain, est consacrée au suivi d'une trentaine de jeunes adultes condamnés à de lourdes peines.

Ses travaux marquent une rupture avec la criminologie d'une époque qui recherchait les causes du passage à l'acte dans le passé. Christian Debuyst s'est attaché à mettre en évidence les processus qui se construisent dans le temps et en interaction avec l'environnement, et qui permettent de comprendre la situation actuelle de ces jeunes à travers leurs propre vécu et point de vue.

Il est ensuite nommé professeur à l'UCL et titulaire de la chaire de psychologie criminelle et de plusieurs enseignements de criminologie clinique. Il est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages - dont très récemment un ouvrage consacré au philosophe Wittgenstein - et d'une centaine d'articles qui ont très largement contribué, d'une part, à défendre l'interdisciplinarité en sciences humaines, et, d'autre part, à inscrire la démarche clinique au cœur de la criminologie.

Depuis son éméritat, Chrisitan Debuyst n'a cessé de poursuivre un travail de la pensée sur des problèmes actuels (notamment sur le radicalisme religieux) avec rigueur, créativité et vitalité.

École polytechnique de Bruxelles, École interfacultaire de Bioingénieurs

Jan Van Impe

Ingénieur, professeur ordinaire à la KU Leuven.

Ingénieur civil en électricité et en mécanique (UGent, 1988) et Docteur en Sciences appliquées (KU Leuven, 1993), Jan Van Impe a effectué un séjour postdoctoral au MIT (Cambridge, USA, 1994) avant d'être nommé à la KULeuven (1995) où il est aujourd'hui professeur ordinaire (depuis 2004).

Il a fondé le groupe BioTeC (qui fête cette année son vingt-cinquième anniversaire) dont les recherches portent sur la modélisation mathématique, le monitoring, l'optimisation et le contrôle de procédés biologiques et chimiques. La diversité des domaines d'application couvre, notamment, les bioréacteurs, le traitement des déchets et des eaux usées ou encore la microbiologie prédictive dans l'industrie alimentaire. Il a développé des méthodes théoriques mondialement connues, par exemple en synthèse de plans d'expériences optimaux pour l'estimation des paramètres de modèles mathématiques, mais également des outils pratiques réputés, comme le logiciel freeware GlnaFIT pour la modélisation de contaminations microbiennes dans les aliments. Il est auteur de plusieurs centaines de publications et a reçu de nombreux prix et distinctions.

Outre l'impact scientifique, l’impact sociétal de ses recherches tant fondamentales qu'appliquées est également remarquable, non seulement dans le domaine de la santé publique grâce aux progrès qu'il a apportés en modélisation prédictive des contaminations alimentaires, mais aussi dans le cadre de la coopération avec les pays en voie de développement (projets de recherche notamment avec l'Ouganda, le Chili, le Pérou, Cuba).

Jan Van Impe est par ailleurs un artiste confirmé : finaliste / 1er prix à plusieurs concours d’orgue (Boxtel, Terneuzen, Gent), il a donné de nombreux concerts en Belgique, aux Pays-Bas et en France.

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