Présentation des derniers chercheurs engagés à l'ULB
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Denis FOURNIER (Chercheur qualifié - 2008)

Parcours

"Les fourmis ? Elles m'ont toujours passionné. Déjà gamin, je trifouillais dans les fourmilières avec un bâton", sourit Denis Fournier. Une passion qui ne quittera pas celui qui a été nommé chercheur qualifié au sein du service d'Eco-Ethologie évolutive de la Faculté des sciences de l'ULB en 2008.

Son parcours commence à Lille, où il habite toujours aujourd'hui et où il obtient une maîtrise en biologie des populations. Au cours de ses études, il réalise un stage à Toulouse où il rencontre le Professeur Serge Aron. Il part ensuite suivre un DEA en biologie du comportement à Paris. Diplômes en poche, il met le cap sur Lausanne pour étudier la génétique. C'est à ce moment que Serge Aron le retrouve pour lui proposer de rejoindre son laboratoire à l'Université libre de Bruxelles : il accepte, quitte les berges du lac Léman pour le campus du Solbosch et entame une thèse de doctorat sur le thème des stratégies de reproduction et des conflits génétiques chez les fourmis. Il étudie en particulier une espèce de fourmis méditerranéennes.

"Les fourmis sont caractérisés par un des plus importants paradoxes de l'Evolution : la majorité des individus, les ouvrières, ne se reproduit plus et passe sa vie d'adulte à élever les jeunes de quelques individus reproducteurs, les reines et les mâles. Alors que la sélection naturelle, chère à Darwin, favorise les individus ayant le plus grand succès reproducteur, la plus grande aptitude à laisser des descendants à la génération suivante, comment la sélection naturelle a-t-elle pu conduire à l'évolution d'individus qui ne se reproduisent pas ? Darwin avait déjà un élément de réponse : la sélection naturelle s'applique à la famille aussi bien qu'à l'individu. Et un siècle plus tard, Hamilton développa une théorie génétique pour expliquer ce paradoxe apparent : les ouvrières transmettent leurs gènes indirectement, en aidant à la reproduction d'individus apparentés", souligne Denis Fournier. "Mais", renchérit le chercheur, "tous les individus n'ont pas les mêmes intérêts génétiques et cette théorie prédit également l'existence d'un subtil équilibre au sein des sociétés entre coopération et conflits d'intérêt génétique".

Après sa thèse, Denis Fournier part en post-doctorat à l'Université de Montpellier où il entame une recherche sur les fourmis envahissantes, sujet qu'il étudie aujourd'hui encore à l'ULB. Le chercheur s'intéresse aux forces évolutives qui participent au succès des espèces envahissantes et adopte une triple approche. Approche génétique : il étudie la diversité génétique des populations ainsi que son évolution dans le temps. Approche comportementale : il observe le comportement des fourmis - on sait par exemple que les ouvrières ont tendance à perdre leur agressivité envers des congénères lorsqu'elles se retrouvent dans un environnement nouveau et se concentrent sur des missions vitales (en particulier se nourrir et atteindre de nouveaux territoires) en mettant fin à leurs "conflits de voisinage". Approche chimique : il s'intéresse à ce langage chimique, ces odeurs, qui diffèrent d'un nid à l'autre.

"Traditionnellement, les fourmis vivent dans une zone déterminée, au milieu de prédateurs et de compétiteurs. Comme leur nom l'indique, les fourmis envahissantes sont des fourmis qui, ayant quitté leur aire d'origine, s'installent dans un nouvel environnement, s'y développent au point d'éradiquer les autres espèces de fourmis et de profondément déséquilibrer les interactions entre la faune et la flore locales. Je m'intéresse aux mécanismes et aux forces évolutives qui entrent en jeu pour expliquer le succès écologique de ces fourmis envahissantes : pourquoi une espèce exotique réussit-elle à s'établir dans un environnement auquel elle n'est pas à priori adaptée ? Pourquoi les populations envahissantes réussissent-elles à s'adapter si rapidement à leur nouvel environnement ?", interroge le chercheur.

Ces invasions biologiques qui concernent non seulement les fourmis mais aussi d'autres espèces telles que, pour ne citer que des insectes sociaux qu'étudie Denis Fournier, les abeilles, les guêpes ou les termites constituent aujourd'hui une menace tant écologique - la mise en péril d'écosystèmes, l'extinction d'espèces - qu'économique.

Les recherches de Denis Fournier abordent les invasions biologiques sous l'angle évolutif et ouvrent par là même d'intéressantes perspectives appliquées à la lutte contre les espèces envahissantes. "J'ai toujours aimé me poser des questions a fortiori en lien avec la biologie et l'évolution. Tel un Sherlock Holmes, j'aime réunir les indices et répondre à ces questions. C'est cela qui m'a attiré vers la recherche. Je suis aussi désireux de faire de la recherche fondamentale avec une perspective appliquée : en comprenant mieux les mécanismes et les forces évolutives impliqués dans ces invasions biologiques, j'espère contribuer à préserver la biodiversité", conclut le chercheur.

Contacts

Denis FOURNIER

Faculté des Sciences

tel 02 650 4497, fax 02 650 2445,

Campus du Solbosch

ULB CP160/12, avenue F.D. Roosevelt 50, 1050 Bruxelles