Présentation des derniers chercheurs engagés à l'ULB
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Sybille SMEETS (Professeur-Assistant - 2008)

Parcours

"C'est amusant, lorsque j'ai commencé à étudier la criminologie, j'avais en tête les clichés habituels de super flic, de profiler, d'expert. Aujourd'hui, je m'efforce de déconstruire ces clichés : la criminologie ne se résume pas à l'étude de la délinquance ou du délinquant, des causes et des remèdes au crime; elle s'intéresse à l'ensemble de la question criminelle, en ce compris la réaction sociale à la déviance, le contrôle social ou le processus de criminalisation. La complexité de son objet en fait une approche essentiellement pluridisciplinaire et par nature une science de l'humain", insiste d'entrée de jeu Sybille Smeets.

Nommée Premier assistant en 2008, la chercheuse a commencé ses études à l'ULB par une licence en sciences politiques, avant d'enchaîner avec une licence en criminologie. Diplômée, elle passe le concours d'entrée à la police avec le ferme espoir d'y faire carrière : "je me voyais passer par le terrain et gravir les échelons pour devenir commissaire; j'avais l'espoir, peut-être naïf, d'entrer à la police pour la changer de l'intérieur", avoue-t-elle. Le concours passé - et réussi -, elle reçoit une offre de l'ULB : rejoindre le Centre de recherches criminologiques pour mener une recherche d'un an sur la police de proximité. Elle accepte. Et elle prend goût à la recherche : les projets s'enchaînent, en 2003, elle devient assistante temps plein à l'ULB.

Elle entame alors une thèse sur son terrain de prédilection, la police, ou plus précisément elle s'intéresse aux gardiens de la paix. "Ils sont en uniforme, mais ne sont pas des policiers. Les gardiens de la paix accomplissent cependant des missions qui relevaient auparavant - ou relèvent encore - de la fonction de police : ils surveillent l'espace public, répriment les incivilités, règlent des conflits? Dans la plupart des cas, les gardiens de la paix sont engagés dans des dispositifs d'activation des allocations sociales. Ces acteurs sont, en ce sens, à l'intersection des politiques de sécurité et des politiques de l'emploi. Dans ce cadre, je me suis à la fois interrogée sur l'impact de l'émergence et du développement de ces acteurs sur la conception générale de la fonction policière et sur leur caractère emblématique d'un nouveau modèle d'Etat social".

En 2006, elle défend sa thèse. Deux ans plus tard, elle est nommée Premier assistant à la Faculté de droit de l'ULB. "Toutes mes recherches ont un point commun : elles portent sur la police au sens large. Pourquoi cet intérêt ? Parce que c'est un sujet inépuisable : on peut étudier la police sous des aspects très variés. C'est aussi un thème emprunt de préjugés, de mythes, et qu'il faut constamment creuser et déconstruire. Contrairement aux pays anglo-saxons, nous avons tendance à percevoir la police comme un sujet d'étude "non noble". Cela aussi, ça me motive : quand on dit qu'un sujet n'a pas d'intérêt, c'est une bonne raison de s'y intéresser ! J'ajouterais que si nous n'étudions pas la police, notre perception sera uniquement celle véhiculée par des chercheurs flamands, très influencés justement par les anglo-saxons; or, la réalité du nord du pays est différente de la nôtre", souligne Sybille Smeets qui travaille d'ailleurs étroitement avec ses collègues des universités flamandes.

Ses recherches se veulent d'abord empiriques : la criminologue va sur le terrain, se fond dans le milieu policier, observe, interroge, déduit, conclut, comme elle l'explique : "Le milieu policier est un milieu fermé. Il y a là un rapport d'amour-haine avec l'université : les policiers disqualifient le regard extérieur du chercheur, mais en même temps, ils veulent expliquer ce qu'ils font, justifier leur action, se faire entendre? Souvent, les policiers eux-mêmes véhiculent les préjugés qui collent à la police. C'est aussi un milieu machiste, provocateur, et pourtant, je pense que j'ai un avantage sur mes collègues masculins : les policiers sont moins méfiants, ils se confient plus volontiers. Le travers de cette relation de confiance, c'est bien sûr, pour un chercheur, d'être toujours attentif à conserver la distance nécessaire : l'empathie peut aussi devenir un défaut, surtout dans un milieu avec un tel esprit de corps".

Parallèlement à ses recherches, Sybille Smeets donne plusieurs cours en criminologie et encadre des stages et mémoires. "Recherche et enseignement sont étroitement liés; en particulier, dans des études de criminologie où l'on attend de l'enseignant de connaître la réalité du terrain. L'avantage d'avoir des étudiants de 2e cycle, c'est que les interactions avec eux sont souvent plus riches. Ils ont déjà un premier bagage professionnel ou académique. Discuter des résultats de recherche avec des étudiants est une démarche très différente mais aussi valorisante que celle de publier à l'intention de la communauté scientifique. Nos futurs criminologues sur le terrain seront confrontés à des situations souvent humainement difficiles, chargées émotionnellement. Il est donc essentiel de leur donner des outils afin de déconstruire les clichés associés à la profession et véhiculés notamment par les médias".

Contacts

Sybille SMEETS

Faculté de Droit et de Criminologie

tel 02 650 4642, fax 02 650 4636,

Campus du Solbosch

ULB CP137, avenue F.D. Roosevelt 50, 1050 Bruxelles