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Chantal De Ridder – Laboratoire de Biologie marine

« Petite, je voulais être exploratrice ! », confie Chantal De Ridder, chargée de cours et chercheuse au Laboratoire de Biologie marine en Faculté des Sciences. Sa curiosité, son goût de la découverte et des voyages, son intérêt pour la vie sous-marine sont sûrement liés aux souvenirs d'enfance ; un univers aquatique auquel la scientifique est très vite sensibilisée grâce à un père passionné par la mer, observateur, curieux et absorbé en permanence dans ses livres. « Mes parents, tous deux plongeurs, nous emmenaient partout mes frères, ma sœur et moi. Durant les grandes vacances, on partait en convoi familial, transbahutant du matériel de camping et de plongée sur le toit de la camionnette, qui remorquait une ancienne barque en bois transformée en voilier, sur les routes d'Italie, d'Espagne, de Bretagne… à une époque où l'on voyageait peu de cette manière », se souvient-elle.

Après ses études secondaires, elle entame un cursus en sciences biologiques à l'ULB. « Le premier contact avec l'université fût un choc énorme : j‘étais dans une autre galaxie ! La première candidature fut difficile mais j'étais motivée », explique Chantal De Ridder, qui à l'époque s'enthousiasme pour les cours du Professeur Raymond Rasmont : « cet orateur captivant nous entraînait à la découverte des arcanes de la biologie générale en seconde candidature » ; sans oublier, en licence, ceux de Michel Jangoux, « un narrateur rigoureux de l'architecture du vivant qui a influencé la démarche scientifique de nombreux étudiants. Dans un autre registre, les professeurs Jean Bouillon et Jean-Jacques Van Mol m'apparaissaient comme des ‘naturalistes voyageurs', ce qui confortait mes rêves de voyage ! »

Licenciée en 1974 après s'être penchée pour son mémoire sur les symbioses associant les zooxanthelles aux alcyonacés (octocoralliaires), Chantal De Ridder obtient une bourse de voyage et effectue un séjour de recherche à la Station Charles Darwin, aux Galapagos (Équateur). Durant huit mois, elle y étudie les crustacés symbiotiques vivant sur les gorgonacés (un autre groupe d'octocoralliaires). « Mon séjour aux Galapagos est inoubliable : il a été une source d'étonnement permanent, à tous les niveaux…  Las Islas Encantadas portent bien leur nom ! », déclare-t-elle. En 1979, un poste d'assistant se libère à l'ULB (en Médecine puis en Faculté des Sciences) et Chantal De Ridder intègre le Laboratoire de Biologie marine. Elle y entame une thèse de doctorat dirigée par Michel Jangoux sur la biologie d'un échinide fouisseur, Echinocardium cordatum, un oursin ‘mangeur' de sable (psammivore) et découvre qu'il abrite dans son tube digestif des consortia bactériens complexes formant des tapis autour des débris ingérés par l'animal. « Ces tapis et leur organisation en nodules m'ont fait penser aux nodules de manganèse qui tapissent certains fonds océaniques », commente la chercheuse. « Je me suis alors tournée vers les géologues pour découvrir que des structures sédimentaires (actuelles et fossiles), appelées oncoïdes, présentaient la même organisation que celle découverte dans les oursins ! Ensuite, à plusieurs chercheurs, nous avons étudié l'identité et le rôle de ces bactéries symbiotiques ainsi que le modèle ‘actuel' qu'elles constituent pour les géologues ».

Chargée de cours en Faculté des Sciences depuis 1999, elle s'intéresse aujourd'hui aux crabes qui parasitent en milieu tropical, dans les Caraïbes, des ‘cousins' proches de ces oursins fouisseurs (thèse en cotutelle), ainsi qu'à la microflore digestive des échinides et aux ectosymbiotes qui se développent sur leurs piquants, des travaux menés en collaboration avec des chercheurs de l'Université de Bourgogne (uB, Dijon) et de la California Academy of Sciences (San Francisco). « Parallèlement, je participe à des études sur la biogéographie et la biodiversité des échinides de l'Océan Austral », précise-t-elle, avec Bruno David et Thomas Saucède (Biogéosciences, uB), ainsi que Philippe Dubois, Isabelle George et Bruno Danis (Laboratoire de Biologie marine, ULB). Cet intérêt pour les symbioses, qui constituent pour la chercheuse une fascinante aventure biologique, l'a amené à publier une série d'ouvrages et d'articles, mais aussi à voyager au Panama, en Mauritanie, aux Caraïbes, ainsi qu'en Papouasie-Nouvelle Guinée et bientôt, en Antarctique. En participant en janvier 2013 à une expédition à bord du Polarstern, un brise-glace allemand de l'Alfred Wegener Institute, c'est toute une équipe qui l'accompagne, forte de sa collaboration passée. Une collaboration entre chercheurs qu'elle n'hésite pas à qualifier de « synergie qui nous a fait connaître et nous apprécier ». Et d'ajouter : « la recherche est passionnante, pleine de rebondissements, elle est aussi et surtout un travail collégial où la complémentarité des compétences est stimulante et créative ».

Ses connaissances, Chantal De Ridder les partage de manière continue avec ses étudiants, n'hésitant pas à se remettre en question pour développer avec eux des échanges constructifs et enrichissants, mais aussi avec son mari, professeur en géologie, et leur fils, étudiant, tous deux à l'ULB. Curiosité, persévérance, imagination ont été tout au long de son parcours ses meilleurs atouts. Sur son bureau, quelques coquillages… Une passion pour l'artisanat primitif, la création de bijoux, mais aussi pour la photographie. « Depuis toujours, je ramasse des cailloux, des coquillages, des plantes séchées… Ces objets m'interpellent, m'accompagnent, m'entraînent vers d'autres rivages ! J'ai un bateau dans la tête », conclut-elle en souriant.