Histoire de la chirurgie en Belgique de 1830 à 2018

Mendes da Costa Pierre, Van Hee Robrecht, Wetteren, Universa Press , 2018, 452 pages

L'ouvrage, édité à l'occasion de la commémoration des 125 ans de la Société Royale Belge de Chirurgie, est subdivisé en 32 thèmes, qui suivent soit une ligne chronologique (1880 -1914 par exemple), soit une ligne technique (naissance ou développement d'une sous-spécialité, formation en chirurgie,...), le tout ancré dans des thèmes généraux - histoire politique de la Belgique, histoire de la Société Belge de Chirurgie et de sa culture propre si particulière, histoire de la Revue de la Société. Chaque thème est enrichi de sa propre bibliographie, et les références importantes sont repérées par les renvois adéquats. Parmi les annexes, une table alphabétique reprend tous les noms de personnes ou de lieux cités dans l'ouvrage (+/- 1500), et une liste alphabétique cite toutes les personnes dont la biographie figure dans un encart au sein du texte (+/- 150). Le livre est abondamment illustré.
Ceci résume évidemment très imparfaitement la richesse de la matière traitée, fruit de près de 7 années de travail, dont on imagine aisément l'ampleur, non seulement pour les deux auteurs (tous les deux chirurgiens), mais aussi pour les relecteurs, les traducteurs (l'ouvrage est publié en 2 versions, française et néerlandaise ), l'imprimeur...
Enfin, l'ouvrage, publié sous le haut patronage de sa Majesté le Roi, est joliment parsemé de belles oeuvres originales de Guy Froment, aquarelliste belge réputé.
Le portrait tracé par les auteurs de l'activité chirurgicale et de son évolution me paraît à la fois intéressant et juste. Sortant progressivement de l'image d'une activité surtout manuelle, où l'habilité seule était gage de qualité, la chirurgie s'enrichit progressivement, suivant en cela parfaitement l'histoire de la médecine, en puisant dans son environnement scientifique et technique ce dont elle a besoin pour assumer sa tâche principale, à savoir les soins aux patients - souvent en grand danger de mort immédiate ou d'invalidité sévère. Les chirurgiens (et anesthésistes ) belges ont participé très activement à cet immense travail - invention d'outils ou virtuosité (par leur inventivité ou leurs apprentissages auprès de grands maîtres réputés), scientifique (par leurs travaux en laboratoire - ici ou à l'étranger) et d'enseignement (117 chirurgiens ont publié dans leur revue belge 2257 articles...) ; par ailleurs, la formation chirurgicale est au centre des préoccupations de l' " aile marchante " de la Société, résumée ainsi par un " leader d'opinion ": " La formation chirurgicale, c'est fournir une formation professionnelle basée sur une large expérience, une connaissance approfondie et une compréhension scientifique critique ".
C'est à juste titre qu'ils présentent fièrement dans cet ouvrage - un vrai " Grand Oeuvre " - leurs résultats, tout en esquissant leur futur possible. Ce qui ne changera pas, c'est la relation de confiance médecin - patient, combien forte et indispensable pour le travail chirurgical, et la nécessaire qualité technique ; un appel fort est fait aussi pour comprendre qu'il faut veiller à ce que toute innovation soit surtout vue comme une technique à valider, en évitant les pièges de la techno-science, ce qui nous ramène au titre bien choisi de l'ouvrage.