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Les
noeuds |
Afin de trouver une réponse satisfaisante à ces questions, les mathématiciens associent à chaque noeud existant une quantité caractéristique, appelée linvariant du noeud, dont la valeur reste constante quelles que soient les déformations topologiques subies par ce même noeud. Actuellement, tous les invariants connus sont incomplets (sauf peut-être les invariants de V. Vassiliev) en ce sens que deux noeuds non-équivalents peuvent parfois avoir une valeur dinvariant identique et sont de fait indistinguables par cet invariant. Par contre lorsque deux noeuds quelconques ont une valeur dinvariant différente, nous pouvons conclure à la non-équivalence de ceux-ci.
1/ Nombre minimal de dénouage:
Le nombre de dénouage d (N) dun noeud N correspond au minimum de croisements à inverser dans lune de ses projections afin de le transformer en un noeud isotope au noeud trivial. Le nombre minimal sobtient quand nous envisageons lensemble des projections du noeud, ce qui rend souvent la recherche de d (N) compliquée: en effet, quest ce qui nous prouve quil nexiste pas une projection particulière de N pour laquelle le nombre de dénouage est inférieur à celui trouvé ? Cet invariant ne distingue pas les noeuds premiers entre eux car ils ont tous un d (N) identique à lunité.

2/ Nombre minimal de ponts:
Nous désignons sous le qualificatif de brin tout arc du noeud N dont la projection montre quil passe au-dessus dau moins un autre brin de ce noeud mais jamais au-dessous. Le nombre minimal de ponts p (N) correspond alors au minimum de ces passerelles -la passerelle étant un brin de longueur maximale- en tenant compte de la totalité des projections du noeud. Si le noeud trivial a un p (N) équivalent à lunité, il est cependant impossible dopérer une classification des différents noeuds premiers puisque leur p (N) vaut toujours 2.

3/ Nombre minimal de croisements:
Considérant les différentes projections possibles du noeud N, cet invariant, noté c (N) , représente le nombre de croisements minimum. A nouveau, lorsque le nombre de croisements devient considérable, il nest pas garanti que le c (N) trouvé soit minimal. Un cas particulier concerne les noeuds alternants à j croisements et ayant une projection plane réduite (c-à-d. ne comportant aucun croisement facilement éliminable): leur c (N) est égal à j , nous avons donc affaire à un noeud dordre j.
| c (N) | noeud correspondant | ||
| 0 | noeud trivial | ||
| 1 | pas de noeud | ||
| 2 | pas de noeud | ||
| 3 |
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| 4 | noeud en huit | ||
| 5 | il existe déjà deux noeuds qui ne sont pas équivalents |
4/ Tricolorabilité:
En conservant la définition du terme brin introduite précédemment un noeud est dit tricolorable si chacun des brins de sa projection peut être coloré à laide dune parmi trois couleurs et ce, de sorte quà chaque croisement aboutissent soit les trois couleurs soit une seule des trois seulement. Le noeud trivial nétant pas tricolorable, cet invariant semble intéressant pour déterminer si un noeud quelconque est noué ou pas. Malheureusement, il y a des noeuds non-tricolorables qui sont manifestement noués, comme par exemple le noeud en huit.


5/ Nombre denlacements:
Le nombre denlacements dun entrelacs orienté E, que nous symboliserons par e (E), est égal à la demi-somme des valeurs des croisements entre les différentes composantes de cet entrelacs.


6/ Invariant gourmand:
Noté G (N) cet invariant géométrique est égal au nombre minimum danses non-entrelacées quil faut ajouter à une sphère pour pouvoir disposer le noeud N sur la surface obtenue et ce sans que ce noeud ne présente de point de croisement dans lespace. Le noeud trivial constitue le seul exemplaire de noeud à pouvoir être placé sur une sphère dépourvue danse. Toutefois, si nous considérons un tore, surface topologiquement identique à la sphère munie dune seule anse, nous constatons quune infinité de noeuds ont pour G (N) la valeur 1: ils représentent la famille des noeuds toriques.

7/ Genre:
Le genre g (N) dun noeud est égal à la moitié du nombre minimal danses quil faut ajouter à une sphère pour pouvoir disposer ce noeud de manière à réaliser la séparation de la surface obtenue en exactement deux parties. Contrairement à linvariant gourmand, les anses peuvent être enlacées, liées, accouplées... Lunique noeud pour lequel le genre vaut zéro est le noeud trivial. Cet invariant permet de savoir si un noeud quelconque est noué ou pas et ce, bien plus efficacement que lutilisation de la tricolorabilité. Une propriété remarquable du genre g (N) concerne les noeuds composés à savoir que: g (A#B) = g (A) + g (B) .

Le noeud de trèfle formant le contour de cette surface
g [ Noeud de trèfle ] = 1
8/ Groupe:
Linvariant algébrique décrit les diverses manières de se déplacer dans lespace à trois dimensions sans jamais rencontrer le noeud quil contient. Nous appelons complément du noeud lespace 3D auquel nous soustrayons le volume occupé par ce même noeud.
Choisissons pour origine un point arbitraire dans le complément du noeud N. Deux chemins, fermés et orientés, sont équivalents sil existe une façon de déformer lun en lautre sans jamais couper le noeud. Ces déformations portent le nom dhomotopies. Soient [a] , [b] et [c] , respectivement les classes des chemins homotopiques aux chemins a, b, c. Nous pouvons définir une multiplication entre classes telle que [a].[b] = [c] où les éléments de c valent a.b autrement dit un chemin c part de lorigine en suivant un chemin a avant de parcourir un chemin b La multiplication des classes est une opération associative ( [a].[b] ).[c] = [a].( [b].[c] ) possédant pour élément neutre la classe [e] du chemin trivial [a].[e] = [e].[a] = [a] ainsi quun élément inverse par classe dhomotopies: [a].[a-1] = [a-1].[a] = [a] où a-1 correspond au chemin parcouru en sens inverse. Bien que la multiplication des classes ne soit généralement pas commutative ( [a].[b] n'est pas [b].[a] ) lensemble des classes dhomotopies des chemins du complément du noeud, muni de la multiplication, constitue une structure algébrique nommée groupe.
Le groupe dun noeud peut être défini à laide de quelques-uns de ses éléments, appelés les générateurs, munis dégalités appelées les relations. Une présentation possible du noeud trivial se résume à un générateur unique [x] sans relation. Aucun autre noeud ne possédant une telle présentation de son groupe, cet invariant permet, en théorie, le repérage de tout noeud non-noué, encore faut-il pouvoir trouver une projection du noeud conduisant à pareille présentation !


Malgré l'incapacité pour le groupe de faire la distinction entre un noeud et son image-miroir, et par conséquent entre certains noeuds composés tels que les noeuds plat et de vache, il constitue un invariant particulièrement efficace dans la classification des noeuds toriques. Tout noeud torique tourne p fois autour du creux central du tore et q fois autour de sa petite section, de sorte qu'un chemin homotopique à p tours de type a est déformable en un chemin homotopique à q tours de type b.

9/ Polynôme dAlexander (1928):
Historiquement, il sagit du premier polynôme à avoir été associé aux noeuds en mathématiques. Lié au groupe, il peut être construit daprès le nombre et le type de croisements rencontrés lorsque nous nous déplaçons le long dune projection quelconque du noeud. Noté D(t) , il ne permet pas de répondre complètement à la question de savoir si un noeud quelconque est noué ou pas, puisquil existe des noeuds dordre 11 ayant un D(t) identique à celui du noeud trivial. Ce polynôme ne différencie pas un noeud N de son image-miroir mais réussit cependant à démontrer la non-équivalence de tous les noeuds premiers jusquà lordre 8.
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| D (t) = 1 | D (t) = t2 - t + 1 | |
Voici quelques propriétés remarquables de cet
invariant:

10/ Polynôme de Jones (1984):
Cet invariant V (t) est plus précis et plus efficace que le polynôme dAlexander. En effet, il répond entièrement à la première question de la théorie des noeuds et est capable de différencier un noeud N de son image dans un miroir. En outre, ce polynôme permet détudier lalternance des noeuds. Néanmoins, il ne répond toujours pas complètement à la seconde question, sauf pour lensemble des noeuds premiers dordre inférieur ou égal à 10.
Afin de calculer le polynôme de Jones dun noeud N quelconque, il faut au préalable déterminer son polynôme de crochet < N > , objet qui reste invariant par les mouvements davancée et de glissement mais pas de torsion. Trois règles doivent impérativement être respectées:


Il suffit donc de rompre successivement tous les croisements de la projection du noeud N, jusquà ce quil nen reste plus aucun et dappliquer simultanément les règles énoncées ci-dessus. Les effets dus à un mouvement de torsion peuvent être contrecarrés en multipliant < N > par un coefficient qui dépend du vrillage du noeud N, le vrillage E (N) étant égal à la somme des croisements munis du signe de leur orientation.
=> X (N) = (-a)-3E(N) . < N > => V(t) = (-t1/4)-3E(N) . < N > en remplaçant a par t1/4
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| V(t) = - t4 + t3 + t | V(t) = - t-4 + t-3 + t-1 | |
11/ Polynôme de HOMFLY (1985):
Bien que ce polynôme à deux variables constitue un invariant plus puissant que les deux précédents -il contient leurs informations respectives- , il reste malheureusement incomplet.
12/ Invariants de Vassiliev (1989):
Lobjectif de V. Vassiliev nétait pas délaborer un invariant numérique supplémentaire, il les recherchait tous ! Basé à lorigine sur la théorie des singularités, un invariant dordre n est une fonction associant à un noeud N une valeur numérique et liant chaque point double dun noeud singulier à ses deux résolutions possibles. Il nous reste encore à les rendre explicitement calculables et à prouver, comme le pensent généralement les théoriciens, quils forment un système complet.
| Université Libre de Bruxelles | MATsch - Responsable technique : matsch @ ulb.ac.be (sans les espaces) |
Mise à jour: Novembre 2000 |