Les tissus du royaume Kuba
CH. I : le royaume Kuba.
A. Géographie et données démographiques :
Le territoire des Kuba s’étend entre les longitudes
est 20°30 et 22°30, et les latitudes sud 4° et 5°30.
La plus grande partie des frontières est naturelle : au nord,
la rivière Sankuru, affluent du Kasaï ; à l’ouest,
le Kasaï, affluent du Zaïre ; au sud, la rivière
Lulua, affluent du Kasaï ; à l’est la frontière
longe le Lombelo, se dirige vers la rivière Mwanzangoma pour
suivre enfin le Lokibu. Le pays est peu vallonné ; son altitude
ne dépasse pas les 500 mètres. Le climat du royaume
Kuba est proche du régime équatorial, avec une précipitation
de pluies dépassant 2000 millimètres par an. Ce climat
lui procure bien des atouts : au niveau de l’agriculture comme
au niveau de la flore et de la faune. La terre est relativement
fertile : les Bakubas cultivent le maïs, le manioc, les arachides
et les haricots. La faune est très variée : on y retrouve
entre autre des éléphants, des buffles et des léopards.
La forêt couvre une grande partie des terres ; les Bakubas
puisent des arbres de la forêt bon nombre d’éléments
essentiels dans leur vie de tous les jours (dont les feuilles de
palmier à partir desquelles ils retirent les fibres de raphia,
qui sont, comme nous le verrons plus loin le matériau principal
utilisé lors de la confection de tissus.) Ces conditions
naturelles ont favorisé l’essor d’une politique
de richesses et de prestiges qui est à l’origine d’une
activité artistique caractérisée par sa diversité
et sa qualité.
Les populations Kuba comptent actuellement plus de 70.000 personnes.
Vers 1900, ils étaient plus de 100.000. Mais de nombreuses
maladies apportées par les Européens vers 1920, comme
la grippe espagnole par exemple, ont fait de nombreux ravages. De
plus, après 1925, on a constaté une diminution de
la natalité. La densité de la population est de 4
habitants par km² ; elle favorise l’exploitation complète
des terres tout en permettant de les garder en jachère pendant
15 à 20 ans. Les Bakubas pratiquent l’agricultur, la
chasse, la pêche et la cueillette.
B. Système politique du royaume Kuba :
Le royaume Kuba se subdivise en de nombreuses tribus : les Bushoong,
les Ngeende, les Ngongo, les Shoowa, les Bieeng, les Kel, les Ilebo,
les Kete, les Kayuweeng, les Bulang, les Pyaang, les Mbeengi, les
Maluk, les Ngombe, les Baliba, les Kaam. De ces tribus, ce sont
les Bushoong qui forment le noyau ; ils sont massés autour
de la capitale du royaume.
La vie des Kuba est minutieusement organisée depuis la sphère
familiale jusqu’au domaine politique qui consiste donc en
une union de chefferies reconnaissant l’autorité du
Nyim, souverain du groupe Bushoong. Malgré cette reconnaissance,
chaque chefferie est indépendante sur le plan intérieur
et quasi-indépendante sur le plan extérieur. Les forces
de cohésion du royaume sont la suprématie militaire,
la tradition et les contraintes liées à la spiritualité.
Les liens existant entre la royauté et le sacré marquent
tous les aspects de la vie politique ; le roi est le chef des sorciers.
Les pouvoirs législatifs et judiciaires du roi sont limités
: un conseil institué avec son règne peut lui dicter
sa conduite et même le faire assassiner. Le fondement de l’autorité
royale réside dans le fait que tous les Bushoongs mâles
peuvent y participer à travers une hiérarchie où
l’on se distingue par son prestige. L’état est
aristocratique, caractérisé par une succession non
héréditaire aux fonctions politiques, nombreuses puisqu’un
homme sur deux obtient une charge à vie sans en pouvoir en
changer. L’efficacité immédiate de pouvoir royal
dépend à la fois de la crainte et du respect que le
monarque inspire.
C. La religion :
Les Kuba croient en un certain nombre de puissances surnaturelles
: le dieu créateur, les esprits de la nature (Ngesh), les
puissances qui mettent en action les charmes et la sorcellerie.
Dieu est le créateur de la nature, qu’il continue à
créer. Il détermine à l’avance les événements
considérés comme naturels et universel. Il intervient
dans la vie ; on l’invoque et on lui offre le produit des
champs ou de la chasse.
Le ngesh est un esprit de la nature. Il possède une personnalité
et réside dans la forêt. Il est aussi dispensateur
de la fertilité humaine, animale ou naturelle. Il choisit
parmi les hommes un chaman qu’il guide et à qui il
manifeste le culte qui devra lui être rendu. Si celui-ci est
observé, il apporte la prospérité aux hommes
et les guérit de tous leurs maux. S’il n’est
pas suivit par contre, le ngesh enverra des catastrophes sur le
village.
Les charmes comprennent des ingrédients, une formule traduisant
l’intention de l’officiant et une condition spéciale
de la part de celui-ci qui s’en sert. Cette condition est
réalisée par l’observance d’une série
de tabous. Chaque charme est mu par un esprit personnel, qui ne
se manifeste que par le pouvoir de ce charme ; certains d’entres
eux sont parfois mis par les esprits des défunts. Ces charmes
sont des états de compétition et de tension.
L’homme est composé d’une partie visible et d’une
partie invisible. Il est cependant un et indivisible, mais se situe
à la limite du naturel et du surnaturel. Après sa
mort, il se réincarne rapidement. Il n’existe donc
pas à proprement dit de culte des ancêtres.
Le sorcier est l’être asocial par excellence. Il cherche
à nuire pour le plaisir. Son action néfaste entraîne
la mort de la personne visée.
Les spécialistes religieux sont les chamans et les magiciens,
c’est à dire les devins, guérisseurs, détecteurs
de sorciers et fabricants de charmes.
CH. II : les tissus du royaume Kuba.
Introduction :
Les costumes, comme l’art en générale, tiennent
une place prépondérante dans la société
Kuba. Contrairement à ce que l’on pourrait croire,
les tissus et costumes sont peu imprégné de symbolisme
; leur but est purement esthétique. Ils contribuent, néanmoins,
à discerner une réalité sociale fortement structurée
(la société est constituée de quatre grandes
classes sociales* ; elles mêmes subdivisées en de nombreuses
sous classes). Les statuts et les rapports entre les gens s’expriment
au travers de caractéristiques propres : le rang de chacun
peut être marqué par des particularités bien
déterminées. Par exemple, certains motifs sont réservé
à certaines catégories sociales. Ainsi, les couturiers
doivent tout prévoir dans les costumes : les composantes,
le niveau de richesse de décoration, les couleurs et même
la longueur de certains éléments. Il existe une véritable
hiérarchie des costumes. En ce qui concerne le roi, par exemple,
ses pouvoirs et sa supériorité sont déterminés
par le symbolisme des insignes royaux. Ces insignes sont liés
à la personne du roi d’une façon si intime que
leur présence cause une émotion intense.
Bien qu’au fil du temps l’usage du costume européen
prenne de plus en plus le pas sur l’habit traditionnel, celui-ci
reste obligatoire pour les cérémonies de type traditionnel
et sa confection continue à être réglementée
de façon très précise. A ce sujet Torday raconte
une anecdote significative. « Nous avons vu un jeune homme
qui avait fait son service militaire revenir habillé à
l’européenne ; le lendemain de son arrivée,
son pantalon, son veston, son chapeau et les autres effets étrangers
furent vite vendus à quelques Baluba de la mission et de
nouveau il s’habillait en Bushongo. Il avait cependant été
absent plusieurs années et avait même presque oublié
sa langue maternelle ; interrogé pourquoi il avait fait un
changement si radical, il répondit : « Je suis un Bushongo,
n’ai-je pas le droit d’être beau ? » (Torday
1910)
Quelques remarques préliminaires :
D’abord, pour un souci de rigueur et pour une compréhension
plus ample du phénomène par le lecteur, ce chapitre
s’attellera essentiellement à la peuplade dominante
de la société Kuba : les Bushoongs* . Nous passerons
ainsi en revue : les différents matériaux susceptibles
d’être utilisé lors de la confection de pagnes
(A.), les différentes composantes et le degré de généralité
des pagnes (B.), les différentes spécificités
liées au sexe (C. et D.)
Ensuite, en vue de rester fidèle à la tradition Bushoong
et de coller au mieux à la réalité du terrain,
ce chapitre empruntera un grand nombre de mots de vocabulaire à
la langue. A cet effet, un lexique est prévu à la
fin de ce travail ; il reprend l’ensemble du vocabulaire Tshiluba*
utilisé dans ce chapitre.
Enfin, il est nécessaire de préciser l’importance
accordée aux «velours du Kasaï » dans ce
chapitre. Bien que produit en abondance dans l’artisanat moderne
Bushoong, il serait illusoire de penser que ces velours reflètent
la totalité de l’art Bushoong en matière de
réalisation de tissus, que du contraire. Ces velours ne sont
en fait apparus que très tardivement dans l’histoire
de l’art Kuba. Ils sont surtout présents dans la tribu
Shoowa.
A. Matériaux de base :
1. Au début était l’écorce…
:
Avant l’ensemble des vêtements était confectionné
à l’aide d’écorce de bois battue. Depuis
l’introduction des tissus en raphia, on en retrouve plus que
des vestiges. Certaines ceintures ou duun continuent à être
faites en écorce ; elles symbolisent le pouvoir et ne peuvent
être portées que par certains notables. Mais l’écorce
est davantage utilisée pour certains pagnes de femmes (les
Ishyeen). Le centre de ces pagnes est formé de nombreux triangles
d’écorce alternativement noirs et blancs. Ces triangles
ne sont pas des dessins ; ils sont découpés dans l’écorce
soit naturelle, soit teinte en noire puis cousus côte à
côte pour finalement donner le centre du pagne en lui-même.
Le choix opté pour cette technique plutôt que celle
du dessin est significative : chez les Bushoongs, la valeur du travail
est mesurée à la difficulté de l’ouvrage
et à la patience qu’en a nécessité l’élaboration
; un travail exécuté à la machine ne suscite
aucun intérêt.
2. …puis vint le raphia… :
L’étoffe de raphia (mbal) est constituée de
fibres provenant de jeunes pousses de palmiers raphia. Ces fibres
serviront à la confection de tissu et de fil de broderie
(pyok). Pour l’un comme pour l’autre, il est nécessaire
d’assouplir les fibres de raphia, naturellement rêches
et grossières. Avant le tissage, les fibres sont longuement
raclées avec le bord d’une coquille d’escargot.
Lorsqu’il est confectionné, le tissu est de nouveau
assoupli, par pilonnage. Ce n’est qu’après ce
travail que l’on adjoint au tissu des ornements spécifiques
qui lui donneront sa fonction définitive. Pour le pagne,
les pièces de raphia (Bilaam), dont la longueur est déterminée
par la longueur des feuilles du palmier, sont cousues ensembles.
Le nombre de Bilaam peut aller jusqu'à vingt voire même
vingt-cinq pièces pour un seul pagne. Comme nous le verrons
plus loin, les additions peuvent être nombreuses et diverses
selon les pagnes : les broderies, les cauris, les perles, les bandes
de peau, les pompons ou les petits fragments métalliques
en forme d’insectes. C’est grâce à cette
diversité d’éléments que des significations
diverses peuvent être attachées aux pagnes.
3. …et enfin apparu le velours :
Le velours ordinaire, par opposition au «velours du Kasaï
», n’est pas d’origine Bushoong. Ils se le procurent
par échange d’autres matériaux ou de denrées
alimentaires. Le velours n’est donc pas commun ; il a une
valeur importante. C’est pourquoi, le velours n’est
employé que dans certains pagnes. Il exprime approximativement
le rang de la personne qui en porte.
4. Broderie ou Bwiin Bumishiing :
Les femmes Bushoongs excellent dans l’art de la broderie qui
leur est réservé. Ces broderies sont un des embellissements
les plus remarquables des tissus Bushoongs. Quant aux hommes, ils
tissent au préalable le support de ces futures broderies.
Les Bushoongs réalisent leurs broderies à l’aide
de Pyok (fil de broderie provenant des fibres de raphia). Les plus
extraordinaires broderies au point de vue symétrique sont
réalisées par les femmes nobles.
Brodeuse
D’un point de vue purement artistique, les plus belles représentations
proviennent de femmes appartenant aux classes moins privilégiées.
Celles-ci, non contrainte par des règles, privilégient
une approche artistique plutôt que symétrique : elles
se laissent aller à leurs sentiments. Ces œuvres sont
essentiellement conçuent par des femmes enceintes, qui alors
si consacre totalement ( la réalisation d’une broderie
peut durer quelques mois suivant la qualité graphique souhaitée).
De plus, ces broderies sont exécutées sans dessins
ni canevas préliminaires. Leurs enfants se rappelleront plus
tard le devoir de reconnaissance qu’ils ont vis-à-vis
de la patience de leur mère.
Homme tissant
5. Les cauris ou Lapash :
Le lapash est un coquillage qui a servi dans des temps reculés
de monnaie d’échange ; les Bushoongs en sont très
friands. Ils constituent, avec les perles ou Miish, l’élément
de base du décor des habits de luxe. Seuls le roi et les
notables ont l’honneur de pouvoir en porter. Les cauris entiers
peuvent être fixés par un trou foré au moyen
d’un instrument nommé nkesh. De plus le cauris peut
être fixé, à l’aide de pyok, soit avec
la fente en haut, soit en le retournant. Enfin, les Bushoong les
utilise aussi en les disposant perpendiculairement à la surface
d’attache ; ils sont alors fixés par une de leurs extrémités.
Couturier du roi
6. Les perles ou miish :
Les perles aussi sont utilisées en extrême abondance.
On les retrouve au sommet de la hiérarchie du décor,
juste devant les cauris. La tunique peut en être recouverte
malgré le poids qui peut être très important.
Avant de fixer les perles, on les enfile sur un pyok. Ces rangées
de perles sont alors fixées au tissu sur toute la longueur
du pagne ou en suivant les courbes d’un dessin.
B. Les différentes composantes et le degré
de généralité des pagnes :
1. Les couleurs :
Le nombre de couleur utilisé lors de la confection des tissus
sont restreintes à quatre* : la couleur blonde du raphia
naturel, le noir, le jaune, et le rouge. Le noir est obtenu au moyen
de feuilles d’arbre ; le jaune provient d’une racine
d’arbre, Bo Buteymunkaang ou «écorce de bois
jaune » ; la couleur rouge, enfin, vient de la poudre de bois
provenant de l’arbre Ntey Mutwool. Chacune de ces couleurs
est obtenue en mélangeant ces différents ingrédients
dans de l’eau bouillante ; on y plonge, alors, les fibres
de raphia. Le costume rouge se distingue des deux autres par sa
symbolique lié à certains rites : il est obligatoire
lors de deuil ou lors de danses exprimant la misère du peuple.
Ces événements mis à part, le reste du temps
le choix de la couleur est confié à la liberté
de chacun. On verra néanmoins que certaines couleurs se retrouvent
plus sur les pagnes de certaines catégories de personnes.
2. Les différentes parties du pagne, leur spécificité
et décoration :
Quelques cas mis à part, tous les pagnes, qu’ils soient
destinés à être porté par un homme ou
par une femme, sont construits sur le même modèle de
base.
Dans chaque pagne, il faut considérer cinq éléments
:
a) Le Mbom est la partie centrale du pagne. Il existe de nombreux
vocables pour désigner le mbom du au fait qu’il présente
de nombreuses variantes. Son tissu peut être de raphia (ilaam)
ou remplacer par un tissu d’origine européenne (mbeengy).
Le mbom ordinaire n’est pas décoré. Il peut
cependant l’être, soit par sa composition, soit par
l’intégration de dessins, soit par addition de dessins
cousus ou brodés. Un des mbom le plus honorable est celui
conçu comme un damier, soit fait de cases carrées
(matweemy), soit fait d’une alternance de rectangles (Kotilaam).
Dans ce dernier cas, il est possible d’alterner le tissu de
raphia avec un tissu européen ou d’alterner des rectangles
en damier avec d’autres, décorés ou non. Il
existe aussi un mbom composé de bandes transversales alternées
en deux tons différents (Bangweemy). Lorsque le mbom est
décoré de grands motifs, les dessins complexes sont
privilégiés. Ils sont réalisés soit
à l’aide de cauris, dans le cas des pagnes royaux,
soit à l’aide de rubans dans le cas de pagnes plus
ordinaires. Les bushoongs confectionnent aussi des tissus ajourés
de couleur noire ou rouge couverts de dessins brodés. Les
ajours (vides ménagés dans un tissu) sont de deux
formes différentes : en forme de longs rectangles dans lesquels
apparaissent des dents de scie (mishyeene) ou en forme de petits
cercles entourés d’une broderie (ngeentshy). Le travail
ajouré est réservé aux nobles et aux successeurs
du roi. Les mbom les plus nobles sont réalisés en
perles ou en cauris.
b) Mitshwey ou bordures : Elles jouent aussi un rôle important
dans la hiérarchie des pagnes. En principe, les bordures
contrastent toujours avec le mbam ; c’est ce qui en fait leur
attrait. Il en existe de six types différents. La bordure
peut être en tissu étranger (elle se différentie
alors du mbom par la nature de son tissu). Elles peuvent être
aussi embellient de dessins communs en velours (lakijk), de petits
triangles alternés (mashesh’l), d’hexagones (mayul),
de damiers en rectangles (kotilaam) ou en carré (matweemy).
Les pagnes à
bordure de damier en rectangles, bien que moins élevés
dans la hiérarchie des décorations que le carré,
ne sont portés que par de grands notables.
c) le nkol ou la bande terminale principale : La largeur du nkol
varie souvent en fonction de sa richesse décorative. La broderie
et le velours en forment les principales décorations. Pour
un pagne de luxe, on enrichit cette partie de perles, de cauris
ou de bande de peau de léopard ; sa largeur est alors plus
importante que celle des bordures latérales.
d) Kwey ou bords du pagne. Les bords du pagne les moins valorisés
sont les ikook imween : ce sont des bords simples ou à peine
soulignés d’une bordure étroite de rectangles
alternés. On confectionne aussi des bords à franges,
qui comporte déjà une valeur plus honorable. Les bords
ornés de pompons, quant à eux, jouissent d’une
considération beaucoup plus importante, qu’ils soient
petits ou plus gros. Il existe encore les bords bordés de
dents du poisson pour les pagnes de hauts dignitaires et ceux bordés
de cauris pour les pagnes royaux.
C. Les pagnes d’homme :
1. Les couleurs :
Traditionnellement, ces pagnes sont soit blancs, soit rouges. Les
pagnes de couleur rouge se répartissent en deux catégories
: une noble et une plus ordinaire. Ces catégories sont fonction
du travail de finissions.
2. Les noms de pagnes :
Le nom spécifique des pagnes de l’homme est mapel.
Selon Torday : « Les noms de pagnes de qualité portent
deux mentions. La première est ikuuk ou nishwey, ikkuk quand
c’est dans le mbom que se trouve la caractéristique
dominante, ntshwey quand l’élément le plus typique
est observé dans la bordure. La seconde est choisie d’après
la partie la plus noble, soit du mbom, soit de la bordure nitshwey.
» Le nom prioritaire provient de la partie du mapel qui a
demandé le plus de travail. Ainsi, explique Torday : «
un mbom qui a des ajours est un ikuukmishyeeng : ikuuk parce que
les ajours sont dans le mbom, mishyeeng du nom des parties ajourées.
» Cependant, cette manière de voir les choses est très
théorique et semble ne pas toujours correspondre à
la réalité du terrain qui est beaucoup plus complexes.
3. La hiérarchie des pagnes masculins* :
a) Les pagnes royaux :
- Ikuuk indyeeng = Pagne royal dont la caractéristique dominante
se trouve dans le mbom. Ces bordures sont à cauris et le
nkol est en peau avec application de ntshyeem.
- Ikuukmayeeng = Pagne royal dont la caractéristique dominante
se trouve dans le mbom : des perles sont appliquées sur cette
étoffe centrale.
Régent
b) Les pagnes nobles :
- Ikuukmishyeeng = La caractéristique dominante se trouve
dans le mbom : des parties de cette étoffe centrale sont
ajourées.
- Ikuukndwoong akwey = Alternance dans le mbom de rectangles, décorés
ou non, formant un damier.
- Kotilaam matweemy = Pagne bordé de carrés, décorés
ou non, formant un damier.
- Ntshweymukiik = La caractéristique principale de ce pagne
se trouve dans la bordure. Malheureusement, cette information est
la seule que nous ayons pu recueillir au sujet de ce pagne.
c) Les pagnes de dignités :
- Kotilaam mambokishet =Pagne bordé de trois rangées
de rectangles formant un damier.
- Kotilaam mombokipey = Pagne bordé de deux rangées
de rectangles formant un damier.
- Ntshweymiiyul = La bordure de ce pagne est constituée d’hexagones.
- Ntshweymashesh’l = Pagne bordé d’une bande
sur laquelle des velours forment un dessin.
Dignitaire et ses femmes (ordinaires).
d) Les pagnes ordinaires :
Les pagnes ordinaires correspondent aux pagnes ne comprenant aucune
des caractéristiques ci-dessus ou tout au moins s’ils
en possèdent leur finition est moins travaillée.
D. Les pagnes de femmes :
1. Les couleurs :
Le ntshak (nom du pagne féminin) est un tissu blanc ou rouge
que les femmes entourent autour de leur corps ; le temps où
le buste était complètement dégagé est
révolu. Souvent, de nombreux dessins sont brodés en
noir sur les pagnes féminins. Cette manière de faire
est typique du système décoratif des pagnes féminins.
2. Les noms de pagnes :
Les noms de pagnes féminins s’élaborent à
l’aide du même principe de construction que celui décrit
plus haut pour les noms de pagnes masculins. Cependant, il existe
tout de même deux nuances importantes. Premièrement,
le nom spécifique du pagne des femmes est le ntshak (les
hommes portent des mapel). Deuxièmement, il existe des caractéristiques
propres au système décoratif des pagnes féminins
; d’où l’introduction de nouvelles dénominations
pour caractériser ces «nouveaux » pagnes.
3. Décorations et spécificités liées
aux pagnes féminins :
D’abord, les pagnes de femmes sont des vêtements de
dimensions beaucoup moins importante que celles des hommes : ils
ne se replient pas au-dessus de la ceinture. Ensuite, les distinctions
n’y sont pas aussi complexes que chez les hommes. Il existe,
néanmoins, une réelle hiérarchie propre aux
pagnes féminins. Nous y
reviendrons plus loin.
Le principe d’embellissement des pagnes féminins fait
énormément appel à des dessins brodés
de fil noir ou blanc. Le principe de décoration repose sur
un réseau de bandes qui se recoupent orthogonalement, sur
lequel se superposent des formes dessinées. Ce principe a
pour effet de reproduire le système ancestral des réparations
de tissus, des morceaux d’étoffe surajoutée
(=patchwork). « Selon la vraie tradition, les femmes découpaient
conventionnellement des trous pour les réparer par des morceaux
de tissu en raphia qui servaient en même temps de décoration.
Aujourd’hui, elles se contentent de coudre ci et là
quelques applications de raphia, tandis que la plupart des soi-disant
réparations sont simplement dessinées en les intégrant
au réseau de base. » Sur base de ces principes que
les brodeuses conçoivent des pagnes où aucun exigence
géométrique n’est respectée (les formes
y sont disposées avec la plus grande fantaisie).
4. La hiérarchie des pagnes féminins :
a) Le pagne royal :
- Ntshakandyeeng = pagne dont le centre est de velours rouge avec
des cauris. Seulement trois femmes peuvent le porter : la mère
du roi, la première femme et la première fille du
roi.
b) Les pagnes nobles :
- Ntshakabwiin = pagne avec des dessins dont le mbom est en velours
et la bordure en broderie avec le même dessin que celui déjà
représenté sur la partie centrale (parfois, le dessin
peut être différent).
- Ntshakashoomalong = ce pagne est le même que le ntshakabwiin
à la différence près que les dessins sont cette
fois réalisés avec des rubans à pompons.
c) Les pagnes de dignitaires : Pour une raison
ou une autre, il n’existe pas à proprement dit de pagnes
spécifiques pour cette catégorie de pagne féminin.
d) Les pagnes ordinaires :
- Ntshakampap’l = pagne rouge avec parfois des dessins de
fil blanc et quelques cauris au bord.
- Ntshakishwepy = pagne blanc avec de nombreux dessins brodés
en noir et quelques cauris au bord.
Il est évident qu’il existe encore bon nombre de pagnes
ordinaires, mais ceux-ci sont les plus particuliers de ces pagnes.
E. Symétries dans les tissus Kuba:
L’art Kuba possède bon nombre de types différents
de symétries. Il semble qu’il soit possible de retrouver
douze des dix-sept types de symétries apparaissant dans les
représentations graphiques. Ceci n’est évidemment
qu’une hypothèse : la transposition de la théorie
des types de symétrie à la réalité du
terrain n’est pas toujours aisée (généralement,
les individus construisent par apprentissage légué
par les ancêtres ou par instinct artistique sans avoir la
moindre idée des différents types de symétrie
existantes).
1) Dans ce tissus, pour parvenir à un pavage complet, il
faut considérer comme figure de base la forme suivante (sans
tenir pas compte des motifs internes). :
Nous avons des axes de miroirs verticaux et horizontaux. Les rotations
sont d’ordre deux. Les centres de rotation sont disposés
le long des axes de miroirs. Nous sommes donc en présence
d’un tissu de type : p2m.
On peut distinguer dans ce tissus des entrelacement horizontaux
et verticaux.
A partir de ce type de motifs, les Kuba accentuent plus ou moins
fort l’épaisseur des contours pour faire ressortir
une ou l’autre partie du dessin. La valeur des couleurs changent
en fonction de l’envie de l’artiste.
2) Dans ce tissus, pour parvenir à un pavage complet, il
faut considérer comme figure de base le triangle scalène
(car c’est la plus petite forme qu’il est possible d’examiner)
en faisant abstraction des différences de couleurs. Nous
avons des axes de miroirs verticaux et horizontaux. Les rotations
sont d’ordre deux et les centres de rotation sont disposés
le long des axes de miroirs. Nous sommes donc une nouvelle fois
en présence d’un tissus de type :p2m. Nous pouvons
donc voir aisément que deux dessins de style tout à
fait différent peuvent appartenir au même type de tapisserie.
3) Dans ce tissus, pour parvenir à un pavage complet, il
faut considérer comme figure de base le triangle équilatéral
sans tenir compte de sa couleur. Nous avons des axes de miroirs
verticaux et horizontaux. Les rotations sont d’ordre six et
les centres de rotations sont disposés le long des axes de
miroirs. Nous sommes donc en présence d’un tissus de
type : p6m.
4) Dans ce tissus, pour parvenir à un pavage complet, il
faut considérer comme figure de base un triangle isocèle
(bien qu’il soit possible d’interpréter cette
forme comme étant un triangle scalène). Nous avons
des axes de miroirs verticaux, horizontaux et transversaux (du dessus
gauche au-dessous droit comme du dessous gauche au-dessus droit).
Les rotations sont d’ordre quatre et les centres de rotations
sont disposés le long des axes de miroirs. Nous sommes donc
en présence d’un tissus de type : p4m.
5) Dans ce tissus, pour parvenir à un pavage complet, il
faut considérer comme figure de base la figure suivante (une
nouvelle fois sans tenir des dessins internes):
Nous avons des axes de miroirs verticaux. Les translations élémentaires
s’effectuent le long des axes de miroirs. Nous sommes donc
en présence d’un tissus de type : p1m
Le motif suivant se nomme la branche du léopard.
F. Index
- Bangweemy : Partie centrale d’un pagne lorsqu’elle
est composée de bandes transversales alternées en
deux tons différents.
- Bilaam : Pièce de raphia.
- Bo Buteymunkaang ou « écorce de bois jaune »
: arbre dont les racines fournissent aux Kuba la couleur jaune.
- Bwiin Bumishiing : Broderie.
- Duun : Ceinture.
- Ikook imween : bords de pagne simple les moins valorisé.
- Ilaam : Partie centrale du pagne dont le tissu est en raphia.
- Ishyeen : Pagne de femme dont le centre est formé de nombreux
triangles d’écorce alternativement noir et blanc.
- Kotilaam : Damier formé de rectangles.
- Kwey : bords de pagne les plus valorisés.
- Lakijk : Dessins communs en velours.
- Lapash : Cauris (sorte de coquillage).
- Mapel : Pagne d’homme.
- Mashesh’l : Tissu de triangles alternés.
- Matweemy : Tissu de carrés alternés.
- Mayul : Tissu d’hexagones alternés.
- Mbal : Etoffe de raphia. Elle est constitué de fibres provenant
de jeunes pousses de palmier raphia.
- Mbeengy : Partie centrale du pagne dont le tissu est d’origine
européenne.
- Mbom : Partie centrale du pagne .
- Miish : Perles.
- Mishyeene : Ajours en forme de longs rectangles dans lesquels
apparaissent des dents de scie.
- Mitshwey : Bordure du pagne.
- Ngeentshy : Ajours en forme de petits cercles entourés
d’une broderie.
- Nkesh : Instrument permettant de percer les cauris (coquillage).
- Nkol : Bande terminale principale du pagne.
- Ntey Mutwool : Arbre dont les Kuba tire la couleur rouge.
- Ntshak : Nom du pagne féminin.
- Pyok : Fil de broderie.
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