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LABYRINTHES DU MONDE ET MONDE DU LABYRINTHE
1) Qu’est ce qu’un labyrinthe ?
Malgré la quantité de sources relatives
aux labyrinthes, peu d’auteurs sont d’accord sur l’étymologie
du mot. Certains le dérivent de la racine « labor »
signifiant travail en latin et faisant sans doute référence
à la difficulté, l’effort, mais la deuxième
syllabe « inthus » à des connotations plutôt
indo-européenne, ce qui rend cette origine peu convaincante.*1
D’autres l’ont associé à « labrys
», la hache à double tranchant qu’on retrouve
en de nombreux exemplaires dans des objets culturels, des figurations
des cavernes sacrées et des palais minoens.
Mais malgré l’incertitude sur son étymologie,
le labyrinthe évoque pour tous le même type de représentation
:
Chemin complexe limité par des murs, comportant au moins
une entrée et un passage vers une sortie ou un centre, sans
signalisations déchiffrables, un labyrinthe est toujours
double, puisqu’on peut permuter mur et chemin. Le chemin conduit
à un but, le mur à un autre. Son tracé peut
être simple, une spirale, un chemin tortueux mais sans impasse
et l’on ne serait s’y perdre, on le dit alors «
unicursal ». Il peut au contraire être complexe, avec
des impasses, des boucles, on risque de s’y perdre, on le
dit alors « multicursal ».*2
On mesure la complexité d’un labyrinthe au nombre de
choix à opérer pour arriver au but.
On peut aussi distinguer les labyrinthes « extricables »,
immanquablement traversés par celui qui en explore impatiemment
toutes les voies, des labyrinthes « inextricables »
dans lesquels il existe des boucles fermées en impasses où
l’on peut indéfiniment se perdre. On pourrait donc
le définir comme le contraire d’une ligne droite. Le
labyrinthe est toujours orienté. Parfois il va du point de
départ au point de retour (celui-ci pouvant ne pas être
identique à celui-là ), mais il va le plus souvent
du point de départ à un point central qui constitue
le lieu d’épreuve ultime de l ‘homme labyrinthique.
Ni prévisibles, ni imprévisibles, les étapes
du pélerinage labyrinthique ne mènent pas plus nécessairement
à la victoire qu’elles n’assurent la défaite.
2) Quelle est l’origine des labyrinthes
?
Les premiers labyrinthes semblent être de
simples spirales (ligne s’enroulant sur elle-même),
et la simultanéité de l’apparition de ces figures
aux quatres coins de la planète, dix mille ans avant notre
ère est surprenante.
On en trouve en effet sur tous les continents, sous forme de minuscules
représentations gravées sur une paroi, de dessins
sur une tombe, de chemins tracés sur le sol, d’enchevêtrements
de corridors, de sentiers de pierres...
Comme vous pourrez d’ailleurs le voir dans les autres groupes,
le labyrinthe se retrouve dans les molas, les entrelacs celtiques
et dans certains Mandalas.
La forme labyrinthique, semble donc accompagner
l’homme depuis toujours et partout, elle lui est sans doute
aussi nécessaire que la ligne droite, le cercle ou le carré,
dés qu’il tente d’organiser une conception du
monde et de son destin dans le monde.
L’origine même de la notion se trouve sans doute dans
le règne organique (cerveau, entrailles, appareils circulatoire,
empreintes digitales ), notre corps étant un complexe de
labyrinthes. Néanmoins la technologie humaine semble avoir
fortement imité ce modèle pour ses différentes
formes de construction de plus en plus sophistiquées, sous
forme de circuits labyrinthiques de plus en plus complexes (ordinateurs,
réseaux internet, réseaux routiers ...).
Les premières traces de labyrinthe remontent
à plus de 3500 ans, elles se retrouvent ensuite à
diverses époques dans des cultures et régions éloignées
les unes des autres. Comme l’Egypte, la Crète, le Pérou,
la Scandinavie, l’Inde...
Il semble néanmoins très difficile de retracer un
chemin qui lierait les différents labyrinthes entre eux.
C’est sans doute cela qui fait son mystère et pousse
plusieurs auteurs à voir le schéma labyrinthique comme
un type d’organisation que la vie veut réaliser et
par quoi elle se réalise.
Ainsi, faire passer la structure labyrinthique de l’invisible
au visible a sans doute été une étape importante
de l’avènement de l’homme.
3) Les mythes du labyrinthe à travers le
monde :
Lieu d’initiation, de culte, d’amusement,
de détente, toutes les interprétations sont valables,
et différentes suivant les cultures et les régions,
mais on ne peut parler d’expérience labyrinthique,
sans penser au formidable complexe mythologique qui s’est
élaboré au cours des siècles en relation avec
le labyrinthe.
Sans pour autant prétendre faire une énumération
complète, nous allons donc tenter à l’aide de
différents mythes de faire un tour du monde et des cultures
pour recueillir les différentes représentations associées
au labyrinthe. Pour conclure, nous tenterons de recensées
des représentations plus contemporaines, ou qui dérivent
d’une manière ou d’une autre de l’idée
que l’on peut se faire du labyrinthe.
-Monnaies crétoises-
Le labyrinthe de Dédale et le mythe du Minotaure :

-Thésée & le Minotaure-
La figure centrale du labyrinthe ou du moins celle qui nous est
la plus proche est sans aucun doute le Minotaure :Un corps mêlé,
un monstre ayant figure de taureau joint à humaine nature.
Fils oublié de Zeus et d’Europe, Minos roi de Crète
épousa Pasiphaé, qui lui donna quatres filles et quatres
fils.
La vie au palais de Cnossos était paisible,
tant que Minos pouvait satisfaire à la requête annuelle
de Poséidon, dieu de la mer dont dépendait la prospérité
de l’Ile ; il réclamait le sacrifice d’un taureau.
Quand Minos ne trouva plus aucune bête à sacrifier,
il demanda à Poséidon de fournir lui même la
victime. Le taureau fournit était si élégant,
que Minos n’eut pas le cœur de le sacrifier.
Pour se venger, Poséidon s’incarna dans l’animal
qu’il venait de créer et charma Pasiphaé. Ainsi
naquit de leur union une chimère à corps d’homme
et à tête de taureau, qu’on nomma le Minotaure.
Lorsque Minos apprit son existence, il fit appel
à Dédale, étrange inventeur grec, et lui fit
construire un labyrinthe en guise de prison où il enferma
le Minotaure.( Dédale est aujourd’hui employé
comme nom commun, il représente un ensemble compliqué
de rues, de chemins, etc., où l’on s’égare.)
Ensuite pour venger la mort d’un des ses fils tué à
Athènes, il exigea d’Egée, roi d’Athènes,
qu’il lui livrât chaque neuvième année,
sept jeunes hommes et sept jeunes filles, qu’il envoyait dans
le labyrinthes, où le Minotaure accomplissait le sacrifice.
Un jour Thésée fils du roi Egée décida
de se livrer lui-même au monstre pour tenter de le tuer et
mettre ainsi fin aux sacrifices. Il promit à son père,
s’il revenait sauf, de hisser une voile blanche au mât
de son bateau.
A peine arrivé en Crête, Thésée séduisit
une des filles de Minos, Ariane. Conseillée par Dédale,
elle remit à son amant un fil magique censé le guidé
hors du labyrinthe une fois sa mission accomplie.
Ainsi, Thésée entra dans le labyrinthe, tua le Minotaure
et ressortit vivant. Sans attendre d’être rattrapé
par Minos, il s’enfuit à toutes voiles avec Ariane
et sa jeune sœur, Phèdre, vers l’Ile de Naxos
où il séduisit celle-ci et abandonna Ariane. Thésée
rentra ensuite à Athènes mais oublia de hisser la
voile blanche comme promit à son père. Apercevant
des voiles noires à l’horizon, Egée se jeta
dans la mer qui porte aujourd’hui son nom. Entre temps, Minos,
furieux, accusa Dédale d’avoir aidé Thésée
et l’enferma avec son fils Icare dans son propre labyrinthe.
Ne retrouvant plus la sortie, Dédale fabriqua alors des ailes
de plumes et de cire pour s’enfouir par les airs. Malheureusement,
Icare grisé par l’ascension vola trop prés du
soleil en perdit ses ailes, et alla choir dans la mer sous les yeux
de son père.*3
Cette épopée est un des récits
les plus populaires de l’antiquité et inspira d’innombrables
pièces et poèmes, mais par dessus tout le mystère
du Minotaure (sacrifices, orgies, danses...) est indissociable du
mystère du labyrinthe.
Malgré que beaucoup pensent que le labyrinthe
crétois fut le premier construit, il se pourrait fort bien
qu’il n’y ait jamais eu à Cnossos de véritable
construction labyrinthique, du moins aucune trace n’a été
trouvée.
Les vestiges du plus ancien labyrinthe de ce type se retrouvent
en Egypte vers 3400 av J.C. Plus tard il y aurait eu des contacts
soutenus entre Egyptiens et Crétois et ces derniers ce serait
vraisemblablement inspiré de l’image labyrinthique
qu’on retrouve d’ailleurs sur des pièces de monnaie
crétoises.
Le labyrinthe d’Egypte :
Le plus ancien dessin labyrinthique égyptien
connu a été trouvé à Memphis sur un
fragment de sceau en stéatite*4 ; deux silhouettes humaines
s’y font face à côté d’une sorte
de spirale constituée de cinq tournants autour d’un
centre. Apparaissent au même moment et au même endroit
les premiers monuments funéraires, explicitement labyrinthiques
; entièrement artificiels, conçus et construits pour
que s’y perde celui qui n’en connaît pas le plan,
ils révèlent une des fonctions du labyrinthe, voisine
de celle des pyramides : interdire l’accès des tombes
des défunts royaux aux étrangers, préserver
le secret de leur voyage, garantir que nul ne viendra dérober
les objets qui les accompagnent.
Le plus connus de ces tombeaux labyrinthiques est celui d’Amenemhet
III, d’une complexité inouïe. Construit pour glorifier
la réunion de douze provinces en un seul empire, il rassemble
les tombes des douzes princes ayant accepté de regrouper
leurs domaines et leurs sépultures. Même si il a aujourd’hui
disparu, les récits d’historiens et de géographes
grecs puis romains, ont laissé de nombreuses descriptions
de ses rares parties ouvertes aux étrangers. Pomponius, écrivain
romain, en donne cette image : « Il contient trois mille appartements
et douze palais dans une seule enceinte de muraille. Il est couvert
de marbre. Il n’y a qu’une seule descente, mais au dedans,
il y a une infinité de routes par où l’on passe
et repasse en faisant mille détours et qui jettent dans l’incertitude,
parce que l’on revient souvent aux mêmes endroits après
avoir tournoyé. On se retrouve à l’endroit d’où
l’on était parti sans savoir quitter les lieux. »*5
Hérodote l’appellera d’ailleurs le « labyrinthe
d’Egypte ».
Tournons nous à présent vers une culture différente,
dans une autre partie du monde. Ici aussi nous rencontrons des dessins
labyrinthiques, mais les formes, les gens et leur mythe sont différents.
Le labyrinthe des morts chez les Malekulas
:
Pour les habitants de l’île de Malekula,
aux Nouvelles Hébrides situé à l’est
du continent australien, un dessin tracé sur le sable appelé
« sentier » en reproduit un autre, la figure doit être
tracée d’un trait continu, le doigt ne s’arrête
pas, ne quitte pas le sol, ne repasse jamais sur un segment.
Ce sont ces dessins labyrinthiques, tracés jadis par l’Esprit
gardien féminin, que tous les esprits qui voyagent vers le
pays des morts rencontrent :
« Les esprits des morts passent le long du « sentier
» qui conduit à Wies, le pays des morts. A un certain
point, les esprits se trouvent devant un rocher. Le pays des morts
se trouve quelques part à l’intérieur du terrain
boisé qui s’étend au-delà du rocher et
qui est entouré d’une haute clôture. L’Esprit
gardien qui suivant les versions est femme, homme ou ogre nommé
Temes Savsap est assis en permanence prés du rocher et lance
des défis à ceux qui tentent d’entrer.
A ses pieds, sur le sable il y a le dessin complet d’une figure
géométrique appelée nahal « le sentier
». La voie que l’esprit du mort doit emprunter passe
entre les deux parties du dessin.
Quand un esprit arrive sur le sentier, l’Esprit
gardien se hâte d’effacer une moitié du dessin
.L’esprit du mort a donc perdu son chemin et ne peut le retrouver.
Il erre, cherchant à éviter la Temes du rocher, mais
en vain.
Seul le fait de connaître le dessin dans son ensemble peut
le sortir de l’impasse car, dans ce cas, il peut refaire ce
qui a été effacé et prendre le chemin qui traverse
la figure, ainsi il rejoindra le pays des Morts pour renaître
à une nouvelle vie. Par contre s’il ne peut le refaire,
Temes comprenant qu’il ne trouvera jamais sa voie le mange,
et l’esprit n’arrive plus à la demeure des Morts.
» *6
Cette forme de labyrinthe est d’un autre
type il se traverse d’un bout à l’autre et n’a
donc pas de centre comme celui du Minotaure.
Sur un tout autre continent dans une toute autre culture à
nouveau, on rencontre la mystérieuse forme du labyrinthe.
La Mère-Terre des indiens Hopis :
Les Hopis, amérindiens qui peuplent l’état
d’Arizona en Amérique du Nord, utilisent une forme
labyrinthique carrée ou circulaire comme symbole de la Mère
Terre.
Le carré représente la renaissance spirituelle d’un
monde dans le suivant, symbole de l’émergence elle-même.
Dans cette représentation, la ligne à l’ouverture
n’est pas reliée au dessin complexe, les extrémités
de ce trait symbolisent les deux étapes de la vie : l’enfant
avant sa naissance dans la matrice de la Mère-Terre, et l’enfant
après sa naissance. Le trait est associé au cordon
ombilical et la voie de l’émergence.
Si le dessin est tourné de manière à ce que
ce trait soit vertical, ouverture vers le haut, sa partie inférieure
est alors visiblement placée dans une forme en U dont les
lignes inférieures représentent les membranes foetales
entourant l’enfant dans sa matrice, et les lignes extérieures
les bras de la mère qui plus tard le porteront.
Dans sa forme circulaire, le symbole a une construction
et un sens différent.
La ligne au centre et à l’ouverture est reliée
au dessin. Le centre de la croix ainsi fermé représente
le père Soleil, celui qui donne la vie.
Ce dessin circulaire symbolise les limites de la terre traditionnellement
revendiquée par les Hopis, terre bornée par des sanctuaires
secrets placés à ses frontières. *7
Ce symbole a une signification fort proche dans
la plupart des tribus indiennes d’Amérique du Nord,
centrale et du Sud.
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-Symboles Hopis de la Mère-Terre- |
-Panier Nazca- |
Ainsi, au Panama les Cunas affirment que la croix
au centre représente l’arbre de vie avec le cordon
ombilical et les membranes foetales de Mère Terre lorsqu’elle
donna naissance à son enfant. On retrouve ces motifs sur
les molas, une partie du vêtement traditionnel porté
par les femmes Cunas de l’archipel de San Blas.
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1) Bord, J. Lambert, J-C. « Labyrinthes et
dédales du monde », Paris, Presses de la connaissance,
1977.
2) Santarcangeli, P. « Le livre de labyrinthes », Gallimard,
1974.
3) Rédigé à l’aide de : Graves, R. «
Les mythes grecs », Pluriel, 1983.
4) stéatite : Roche métamorphique faite de
talc, mais compacte et non feuilletée.
5) Santarcangeli, P. « Le livre de labyrinthes », Gallimard,
1974.
6) Ascher, M. « Mathématiques d’ailleurs »,
Seuil, 1998 et
Bord, J. Lambert, J-C. « Labyrinthes et
dédales du monde », Paris, Presses de la connaissance,
1977.
7) Waters, F. « Le livre du Hopi », Peyot, Paris, 1977.
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