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SYNTHESE DES RECHERCHES SUR LE STRESS AU TRAVAIL


LES INDICATEURS DE STRESS AU TRAVAIL

La sensibilité aux différents facteurs de stress varie d'un travailleur à l'autre car par nature les personnes semblent plus ou moins résistantes au stress. Le stress induit une série de changements qui peuvent être physiques, psychiques ou comportementaux. Bien souvent ces troubles sont somatisés, c'est-à-dire traduit en troubles physiques ou détournés vers d'autres domaines.
Nous décrirons les effets du stress professionnel en fonction des réactions qu'il occasionne, pour plus de facilité nous distinguerons trois catégories de réactions liées au stress professionnel : les réactions physiologiques, les réactions psychologiques, ainsi que les réactions comportementales et sociales (Beehr et Newman, 1978 ; Szekely, 1975 ). Toutefois, il importe de distinguer, comme le font Khan et Byosière (in Dunette et Yough, 1992), les conséquences à court terme et à long terme. Souvent, les conséquences d'un stress à court terme sont de l'ordre de la réaction aux agents de stress, alors que les conséquences à long terme résultent d'un stress permanent et sont postérieures à l'exposition au stresseur.


Les réactions physiologiques

Selon le Bureau International du Travail (1993), "un stress intense se traduit par une forte usure de l'organisme qui affecte la santé". Le stress est donc mis en cause dans de nombreuses maladies dites psychosomatiques. La plupart de ces affections répondent effectivement à l'équation : stresseur (agent pathogène) + réaction spécifique + réaction de stress non spécifique = maladie. Dès 1967, Engel et Schmale décrivent "un état d'épuisement des ressources individuelles conduisant à un état d'abandon propice au développement de maladies psychosomatique", comme d'ailleurs de symptômes psychologiques. Les symptômes physiques dont souffrent les individus exposés à des situations de stress comprennent différentes réactions organiques tels les maux de tête, les maux de dos, les allergies, les insomnies, les crampes musculaires, etc. Parmi les symptômes physiques à long terme nous retrouvons les maladies coronariennes, l'hypertension artérielle, les ulcères, l'asthme, les dysfonctionnements immunologiques, et un mauvais état de santé général. Toutefois, et ce malgré l'évidence de certaines études (voir à ce propos Sutherland et Cooper, 1990 ), il est souvent difficile d'évaluer en quoi l'aspect psychosomatique des maladies est davantage engendré par le travail en lui-même que par les autres aspects de la vie du travailleur.


Les réactions psychologiques

Les symptômes psychologiques regroupent un ensemble de problèmes émotionnels et cognitifs qui apparaissent dans les conditions d'un stress professionnel. Une des conséquences les plus fréquentes semblerait être l'insatisfaction au travail (Sauter et al., 1990), mais des symptômes additionnels tels que la fatigue, l'anxiété, l'ennui, la frustration, l'irritabilité, l'isolement, les erreurs de jugement et les troubles de la mémoire apparaissent également. A long terme ces symptômes se muent en affections psychologiques, tels la dépression, l'alcoolisme, la fatigue chronique, le tabagisme, la surconsommation d'anxiolytiques, la dépendance aux drogues, etc.
Ces dernières années, les réactions psychologiques au stress professionnel ont été plus particulièrement étudiées au travers de trois syndromes : le burnout, le karoshi et le syndrome de fatigue chronique.

Le burnout
Si actuellement, le terme de burnout est si populaire que le vocabulaire anglo-saxon l'assimile souvent et abusivement à la notion de stress professionnel. Le burnout, selon l'approche du psychanalyste H.J. Freudenberger (1974), désigne un épuisement qui touche spécifiquement les professions à caractère sociales ; et est particulièrement intéressant car il intègre différents aspects des effets psychosociologiques d'un stress professionnel non corrigé. Le syndrome du burnout est une réponse au stress exprimée par la combinaison suivante : C'est un épuisement physique, psychologique et cognitif, caractérisé par un sentiment d'impuissance et de désespoir, une baisse de l'estime de soi, un manque d'enthousiasme dans la vie en général et au travail en particulier.
Le burnout se développe à travers un processus dynamique d'échange entre une personne est son environnement de travail. La synthèse des travaux de Golembiewski (1983) ainsi que d'Edelwich et Brodsky (1980) permet de distinguer quatre phases successives dans l'évolution du burnout :
- Un enthousiasme, une implication et un niveau d'aspiration initial élevé auxquels succèdent une frustration progressive due à un manque de succès et à une insuffisance des ressources disponibles.
- Ces divergences entre les demandes et les ressources disponibles vont entraîner un stress qui se traduira par une fatigue émotionnelle grandissante.
- Si ces écarts persistent, la désillusion et le stress qui l'accompagne vont amener progressivement le sujet à développer des réactions de défense telles le cynisme, l'indifférence ou l'agressivité vis-à-vis de son entourage professionnel.
- Les derniers stades du burnout se traduisent par un retrait et un détachement émotionnel conduisant à une apathie généralisée : les personnes se sentent alors comme consumés, brûlées de l'intérieur.
Cette évolution montre que les conséquences du burnout sont sévères, et ce sont les professions fondées sur la relation d'aide (professionnel de la santé, enseignants, sapeurs-pompiers) qui sont le plus fréquemment touchées par le syndrome du burnout parce que leur activité s'intéresse directement aux relations et émotions entre les personnes.

Le karoshi
Au Japon, de récentes études (Katsuo et Johnson, 1998 ; Hamajima, 1992 ) font état d'un syndrome d'épuisement nerveux provoqué par le travail pouvant mener à une mort subite de l'individu : Le karoshi, c'est-à-dire la mort par excès de travail. Le karoshi touche principalement des employés japonais modèles aux horaires de travail illimités, et qui au bout d'un certain temps sont pour la plupart victimes de crises cardiaques.
Parmi les causes invoquées le nombre d'heures de travail représente un facteur important, la pression qu'exerce une attitude collective par rapport au travail semble également déterminante. En effet, selon Hamajima, les comportements commandés par le système idéologique et économique japonais entraînent auprès des travailleurs "une hyper-adaptation sociale mal compensée par un mode de vie stressant et autodestructeur".

Le syndrome de fatigue chronique
Selon Scherrer (1967) , "la fatigue est une baisse d'activité d'un système vivant, pour une incitation constante, liée à l'activité de ce système et réversible par sa cessation transitoire". La fatigue résulte donc le plus souvent d'une maladie générale (diabète, anémie, cancer, dépression, intoxication médicamenteuse), d'un surmenage sportif ou professionnel. Toutefois, dans certains cas, il est difficile de trouver une cause organique, psychique ou toxique précise. Nous avons alors affaire à ce que les Anglo-saxons appellent le syndrome de fatigue chronique (SFC), ou maladie des yuppies. Généralement, le SFC est caractérisé par une fatigue prolongée d'une durée minimale de six mois, perçue comme incapacitante et souvent exacerbée par l'exercice physique. Toutefois, et contrairement au stéréotype populaire, le syndrome de fatigue chronique n'atteint pas que les jeunes cadres stressés mais touche des personnes de tout âge, race et classe sociale, avec une fréquence d'apparition de deux à quatre fois supérieure chez les femmes que chez les hommes (Fukuda et al., 1994 ). Le syndrome de fatigue chronique fait aujourd'hui l'objet d'âpres discussions dans la littérature médicale, opposant les tenants d'une pathologie nouvelle et ceux contestant la réalité du syndrome (Shepherd, 1997) . De fait, l'étiologie de ce mal demeure encore inconnue, certains auteurs l'assimilent aux encéphalomyélites myalgiques, alors que d'autres avancent l'hypothèse d'un agent infectieux ou d'un rétrovirus qui se développerait en réaction à des situations de stress. Toutefois, le modèle le plus accepté actuellement serait qu'un ensemble de composantes multifactorielles soient à l'origine de ce syndrome.


Les réactions comportementales et sociales

L'exposition à des facteurs de stress engendre chez la plupart des individus des réactions telles que l'irritabilité, l'agressivité, l'isolement. Le stress peut également provoquer une augmentation de la consommation de tabac, d'alcool, de somnifères, l'excès ou l'absence d'appétit, la recherche du risque, puis à long terme cassure sociale, divorce, accidentabilité, absentéisme. Au niveau des réactions comportementales liées au travail, les symptômes comportementaux peuvent se diviser en deux catégories. La première comprend les symptômes propres au travailleurs, tel : l'agressivité envers les collègues et supérieurs, l'alcoolisme et tabagisme sur le lieu de travail, l'isolement, les comportements d'évitement par rapport au travail. La seconde catégorie comprend les symptômes propres à l'entreprise, tels : le taux d'absentéisme, le turnover, les accidents, la baisse de productivité (Ross & Altmaier,1994). Selon, l'American Institute of Stress le stress professionnel serait d'ailleurs à l'origine de 75 à 90 % des consultations en médecine du travail et de 60 à 80 % des accidents de travail.


La taxonomie des syndromes de stress

La dernière partie de ce chapitre sur les réactions au stress professionnel amène inévitablement la question de la différenciation des état de stress aigus et chronique. A ce propos, la littérature mentionne traditionnellement trois syndromes : le stress aigu (SSA), le stress post-traumatique (SSPT) et le stress chronique (SSC).

Le syndrome de stress aigu
Le stress aigu désigne une réaction soudaine, unique, aisément identifiable et reliable à une cause précise. Par exemple, un stress aigu peut apparaître suite à un événement de vie majeur comme un deuil inattendu, mais aussi après une violente querelle, une promotion, ou encore un changement soudain dans l'environnement de travail. Dans la plupart des cas, cette réaction se résorbe graduellement dans la mesure où l'individu reconnaît et accepte ses propres émotions (Schuler, 1980) . Toutefois, l'intensité de l'événement et la réponse individuelle à celui-ci peuvent varier grandement. Dans le cas où cette réaction dure, elle peut alors constituer un syndrome de stress post-traumatique.

Le syndrome de stress post-traumatique
Les événements de vie majeur peuvent également engendrer des réactions dont l'effet psychologique n'est pas forcément immédiat. Le syndrome de stress post traumatique se développe comme une réponse retardée ou différée à un événement traumatisant qui présente une menace de mort physique et/ou psychique, avec le potentiel de provoquer une détresse envahissante chez presque toute personne (World Health Organisation, 1993) . Lorsque les événements de la situation de travail présentent un agent stressant d'intensité exceptionnelle, comme c'est parfois le cas pour le personnel militaire, policier, ou de secoure, une réaction de stress post-traumatique peut alors être développée par les opérateurs. Les agents stressant d'intensité exceptionnelle sont par exemple : les catastrophes naturelles (inondations, tornades, tremblement de terre), les catastrophes causées accidentellement (accidents de voiture, d'avion, incendies), et les catastrophes causées délibérément (agressions, prises d'otages, guerre). Parmi les symptômes les plus caractéristiques du stress post-traumatique figurent :
- L'impression de revivre le traumatisme : des pensées, rêves ou "flash-backs" récurrents accompagné d'un sentiment intense de peur et de désarroi.
- Des efforts délibérés pour éviter de penser à l'événement traumatique, ou encore afin d'éviter certains lieux ou situations pouvant éveiller des souvenirs douloureux.
- Le sentiment d'être anesthésié ou encore détaché des autres, une diminution de la capacité de porter attention aux autres ou à ressentir des émotions.
- Une hyperactivité, des insomnies, des difficultés de concentration, un état de perpétuel "qui vive", une plus grande nervosité et des réactions de sursaut exagérées (American Psychiatric Association, 1994).

Le syndrome de stress chronique
A la différence des événements de vie majeurs qui provoquent des stress aigus ou post-traumatiques, le stress chronique est une réponse à un accroissement de pressions sur une longue période de temps. Ce type de réaction débute graduellement et progresse lentement (Alonzo, 2000).
A un niveau biochimique, une expérience faites par l'institut danois de santé au travail, consistant à mesurer le stress chez deux groupes de femmes, des ouvrières piquant à la machine et du personnel universitaire, met en évidence que le stress aigu se caractérise par une augmentation de l'excrétion (dans l'urine) des hormones suivantes : l'adrénaline, la noradrénaline et le cortisol (parfois appelées hormones de stress aigu). Le stress chronique concerne d'autres hormones et substances métaboliques et peut entraîner une hausse du sérum cortisol et de l'hémoglobine glycolique. Des premiers résultats ont montré, d'un groupe à l'autre, une grande différence de niveau des hormones de stress mesurées. Dans l'ensemble, les résultats indiquent que les femmes piquant à la machine souffrent d'un plus grand déséquilibre hormonal que le personnel universitaire. L'étude montre, par exemple, que les piqueuses, par comparaison aux employées de l'université, ont des niveaux sensiblement plus bas de stéroïdes anabolisants, lesquels sont utilisés pour produire de l'énergie. Ce déséquilibre peut entraîner un manque de vitalité et, semblerait-il, une augmentation du risque de maladies cardio-vasculaires (European Agency for Safety and Health at Work, 1999) .
Certains auteurs (Kanner & al., 1981) suggèrent également que les événements de vie majeur ont un impact sur les symptômes de stress par le truchement des contraintes quotidiennes qu'ils provoquent. Par exemple, un licenciement peut entraîner au quotidien des difficultés financières, des inquiètudes quant à l'avenir ou à la gestion du temps libre. D'autres auteurs (Pearlin, 1981) pensent que les événements de vie majeurs peuvent modifier le poids d'une contrainte quotidienne préexistante, rendant soudainement écrasante et pénible une contrariété initialement mineure.


Conclusions

Au vu des études relatives aux différents types de réactions au stress, il semblerait que la répétition constante des problèmes de la vie quotidienne, souvent nommés événements de vie mineurs, influence d'avantage l'apparition d'un syndrome de stress qu'un événement de vie majeur, et qu'ils constituent par conséquent une mesure plus précise pour l'évaluation des effets du stress (De Longis & al., 1982). A ce propos l'approche épidémiologique postule que le contexte de travail engendre auprès des opérateurs des tensions quotidiennes dont l'intensité et les effets varient. Dès lors, n'importe quel facteur du milieu de travail constitue une source de stress potentielle. Cependant, au cours d'une approche ergonomique, il est important de déterminer quelles sont les conditions de travail qui auront tendance à affecter la plupart des opérateurs. Le choix d'une méthodologie qui puissent mettre en évidence et évaluer les facteurs de stress potentiel d'un poste de travail donné s'avérera donc décisif (Hurrell & al., 1988).



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