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SYNTHESE DES RECHERCHES SUR LE STRESS AU TRAVAIL


LE STRESS : DEFINITIONS ET CONCEPTIONS


Définir le stress au travail

Dans la littérature, la diversité et l'ambiguïté des définitions du stress illustrent la globalité du concept : la multiplicité des facteurs, la complexité des interactions, la subtilité des mécanismes mis en œuvre, l'hétérogénéité des réponses provoquées, et le nombre de disciplines impliquées. Le concept de stress professionnel ou de stress au travail présente la même confusion. Pourtant, les définitions qui s'y référent semblent d'emblée orientées vers l'idée d'une interaction entre l'opérateur et les conditions ou l'environnement de travail.
Beehr et Newman (1978) proposent une définition du stress au travail qui reprend l'idée de l'interaction entre le travailleur et son environnement de travail : "Le stress au travail réfère à une situation où des facteurs reliés à l'emploi interagissent avec les travailleurs de manière à modifier (en augmentant ou en diminuant) les conditions physiologiques et/ou psychologiques telle que l'individu est forcé de dévier du fonctionnement normal."
L'idée de l'interaction entre l'opérateur et l'environnement de travail s'illustre aussi dans la propension des définitions actuelles du stress à ne plus désigner le stress par les agents qui le provoquent mais par les réponses des individus aux différents facteurs qui y sont à l'origine.
Les définitions suivantes, empruntée à Schaufeli et Enzmann ainsi qu'à De Keyser et Hansez, illustrent cette tendance : "Le stress est un état transitoire de désadaptation fonctionnelle, dont les symptômes psychiques, physiologiques et comportementaux manifestent une tentative d'adaptation non encore réussie et se manifestant à court ou moyen terme. Cet état transitoire, s'il ne se traduit pas par une reconquête d'un nouvel équilibre psychique, évolue vers le burnout" (Schaufeli et Enzmann, 1998).
"Le stress psychologique dans la sphère du travail est une réponse du travailleur devant les exigences de la situation pour lesquelles il doute de disposer de ressources nécessaires, et auxquelles il estime devoir faire face" (De Keyser et Hansez, 1996).
Selon ces auteurs, et en plus d'exprimer cette tendance commune de la littérature qui est de différencier les facteurs de stress qui caractérisent la situation de la réaction de stress, qui est l'effet des exigences de la situation sur l'individu, la seconde définition souligne un processus d'évaluation subjective des ressources, une implication du travailleur dans la situation et une issue incertaine comportant une probabilité d'échec. Parmi les agents de stress professionnel, on trouve diverses situations de contraintes : temporelles, organisationnelles, relationnelles, … qui demandent une capacité d'adaptation excessive pour la personne qui y est soumise. Et parmi les symptômes que le stress développe chez l'individu on trouve des réactions aussi diverses que l'anxiété, la fatigue, la dépression, l'hypertension, les ulcères, les insomnies, les migraines, le syndrome de fatigue chronique,... A ces symptômes sont généralement reliées les conséquences qu'ils peuvent avoir sur le comportement de la personne stressée : augmentation de la consommation de tabac, abus d'alcool, excès de nourriture, … Parfois, des variables médiatrices liées aux différences individuelles, comme la personnalité ou le support social, sont introduites comme modérateur ou facilitateur des facteurs environnementaux. En ce sens, certains auteurs émettent l'hypothèse que si les caractéristiques des contextes environnementaux sont présentes de manière optimale pour chaque type de personnalité, il en résultera une adéquation, ou congruence, entre le travailleur et son environnement. En revanche, l'absence d'adéquation aboutirait à une situation qui serait source de stress (Ivancevich et Mateson, 1984).


Les différentes conceptions du stress

Les différentes conceptions du stress au travail offrent une structure qui met en relation les sources et les symptômes de stress. La plupart de ces modèles reposent sur des approches d'origines médicales et psychologiques qui visent à expliquer l'origine du stress. Ces approches causalistes ont généralement pour but de dégager quelques traits fondamentaux du fonctionnement de l'individu lorsqu'il fait face à une situation stressante. Ainsi, certains aspects du milieu de travail comme les stresseurs physiques ou chimiques (bruit, chaleur, exposition à des substances toxiques, etc.) et les mauvaises conditions matérielles de travail rappellent plutôt les conceptions physique et physiologique du stress. Alors qu'une conception psychosociale fait davantage référence aux aspects liés à la charge de travail, aux problèmes de rôle, aux relations dans le travail, à l'organisation du travail, à la structure de l'entreprise.

La conception physiologique du stress
La conception physiologique du stress repose sur les travaux de Hans Selye qui dès 1946 décrit le stress comme un "syndrome général d'adaptation" et le définit comme "toute réponse non spécifique de l'organisme consécutive à toute demande ou sollicitation exercée sur cet organisme" (Selye, 1974) . Il y a donc stress lorsqu'un individu est incapable de répondre de façon adéquate ou efficace aux stimuli en provenance de son environnement. Hans Selye décrit trois stades par lesquelles passe un individu en état de stress : - La réaction d'alerte : L'alerte est la perception d'une contrainte qui initie le processus de réaction non spécifique de l'organisme à un stimulus auquel il n'est pas préparé à répondre. Selye divise la réaction d'alarme en choc et contre choc. Le choc est l'état de surprise à l'agression soudaine. Le choc peut se manifester par une accélération du rythme cardiaque, un augmentation de la profondeur respiratoire, un hypertension ou une hypotension artérielle, une augmentation du tonus musculaire, etc. L'ampleur de la phase de choc dépend essentiellement du degré de la menace, de l'environnement, et des caractéristiques du sujet. Cette phase peut durer de quelques minutes à 24 heures. Elle est ensuite suivie d'un contre choc au cours duquel l'organisme se ressaisit et met en jeu ses moyens de défense.
- La phase de résistance : La phase de résistance, ou d'adaptation à l'agression, intervient si l'organisme est soumis de manière prolongée au stimulus stressant. Cette phase constitue l'ensemble des réactions non spécifiques provoquées par l'exposition prolongée de l'organisme aux stresseurs auxquels il s'est adapté au cours de la réaction d'alarme. L'organisme y résiste fortement mais accroît sa sensibilité aux autres facteurs de stress.
- L'épuisement : La phase d'épuisement est amorcée lorsque l'organisme cesse de pouvoir s'adapter aux stresseurs auxquels il est soumis. Ce stade répète la réaction d'alarme mais les mécanismes d'adaptation s'effondrent. Pour Selye, les réactions de l'organisme agressé constituent avant tout un phénomène favorable visant à maintenir l'équilibre avec l'environnement. Les travaux de Selye visaient par ailleurs à comprendre le rôle des systèmes hypothalamo-hypophysaires et surrénalien dans les réactions de stress.

La conception physique du stress
L'approche physique définit le stress comme une conséquence d'un stimulus de l'environnement. Cette approche conçoit le stress en terme de charge ou de niveau de demande auquel l'individu est exposé, ou comme un élément dangereux ou toxique de cet environnement. Le stress professionnel est alors compris comme une propriété de l'environnement de travail, et donc comme un aspect objectivement mesurable de cet environnement. A propos des problèmes psychologiques du personnel navigant de la Royal Air Force, Symonds (1947) écrit que "le stress est ce qui arrive à l'homme, pas ce qui arrive en lui, c'est un ensemble de causes pas un ensemble de symptômes". Dans la même optique, Spielberg (1976) affirme que le terme de stress doit référer aux caractéristiques objectives de la situation.
En accord avec ces auteurs, il est classique de distinguer les contraintes qui s'exercent sur l'opérateur et les réactions qui représentent un coût physique et mental pour l'opérateur. Le stress cause alors une réaction d'astreinte (strain reaction) qui est généralement réversible, mais qui peut aussi avoir des conséquences irréversibles et préjudiciables pour la personne qui en est victime (Sutherland & Cooper, 1990 ). Le concept de seuil de stress provient de cette manière de penser et les différences individuelles de seuil ont été utilisées pour prendre en compte les variabilités de résistance et de vulnérabilité au stress. Parmi les nuisances les plus souvent incriminées figurent les ambiances sonores, thermiques, lumineuses, ainsi que les vibrations et l'exposition à des substances toxiques.

Les limites des conceptions physiques et physiologiques
Deux principales critiques sont généralement faites à ces approches : la première empirique et la seconde conceptuelle. Tout d'abord, les modèles physiques et physiologiques ne peuvent rendre compte de certaines expériences. Par exemple, les effets du bruit sur l'exécution de certaines tâches sont sujets à des variations individuelles et contextuelles. Ainsi un niveau sonore habituellement considéré comme stressant et perturbant peut aider à maintenir un niveau de performance lorsque les sujets sont fatigués (Broadbent, 1971 ; Flanagan & al., 1998 ). Selon Scott et Howard (1970) , "Certains stimulus, en vertu de leur signification particulière pour certains individus, sont susceptibles de ne provoquer des problèmes qu'à une partie des personnes ; alors que d'autres stimulus, de part leur signification plus largement partagée, provoqueront des problèmes à un plus grand nombre de personnes". Ce qui implique la présence de variables cognitives médiatrices et de facteurs situationnels dans le processus de stress. Ce point de vue a ultérieurement été renforcé par les travaux de Douglas (1992) sur la perception du risque et du hasard, selon qui les perceptions ne peuvent être adéquatement expliquées par l'évaluation objective du risque et sont fortement biaisées par des aspects culturels et sociaux. Certaines recherches suggèrent également que le stress n'est pas fondamentalement un syndrome non spécifique. Plusieurs auteurs, nuancent les travaux de Selye, et mettent en évidence des patterns de réponses présentant des différences. Par exemple, Cox & Cox (1985) observent des différences de réponse sécrétrices de catécholamine, d'adrénaline et de noradrénaline à des situations de stress. Ils montrent également une sensibilité de sécrétion en fonction des caractéristiques du travail telles que le mode de rémunération et la cadence de travail. Cette étude suggère que l'activation de noradrénaline est en relation avec l'activité physique, les contraintes psychologiques et les frustrations engendrée par les types de tâches, alors que l'activation d'adrénaline est liée au sentiment d'effort et de stress. La seconde critique est que les approches physiques et physiologiques reflètent un paradigme relativement simple de stimulus - réponse, et ignorent les différences individuelles. Ces modèles appréhendent l'individu comme un traducteur passif d'un stimulus en une réponse physique et physiologique. Ils ignorent également l'interaction entre l'individu et ses différents environnements qui sont une part essentielle des approches systémiques de la biologie et de la psychologie. Par rapport à une perspective ergonomique du stress professionnel, ces approches déprécient donc l'intérêt des contextes organisationnels de travail.

La conception psychosociale du stress
La troisième approche conceptuelle du stress prône une perspective dynamique de l'interaction entre la personne et son environnement. Elle se réfère aux processus cognitifs et aux réactions émotionnelles impliquées dans l'interaction personne-environnement. Il revient à Holmes et Rahe (1967) d'avoir été parmi les premiers à mettre l'accent sur les facteurs psychologiques et sociaux impliqués dans les phénomènes de stress. Ils ont tenté de faire correspondre les changements survenus dans l'existence de marins de l'US Navy et les maladies qu'ils ont présentées à cette même période. Ils ont donc élaboré un instrument de mesure - le Recent Life Change Questionnaire - pour évaluer les événements de vie stressants, ces événements étaient classés selon cinq rubriques : santé, travail, résidence et famille, relations sociales, situation financière. Les sujets devaient ensuite évaluer par une note de 0 à 100 les différents événements de vie. Puis chacun des items (heureux ou malheureux) fut pondéré selon le stress qu'il produit, par exemple : Décès d'un conjoint = 100, divorce = 73, mariage = 40, naissance = 39. Par la suite un instrument de mesure regroupant les différentes échelles fut élaboré afin de permettre au sujet de se situer par rapport aux changements qui affectent sa vie personnelle et engendrent une tension. Le questionnaire des événements de vie a été utilisé lors de différentes recherches qui montraient que des changements dans la vie précéderaient des problèmes médicaux. Ainsi, un sujet qui obtiendrait un score de 200 aurait une probabilité de 50% d'avoir des difficultés au niveau de sa santé, et le taux atteindrait 75% si le résultat dépasse 300. Une des premières critiques, assez intuitive, que l'on pourrait faire à ce modèle est que l'accumulation de petits événements quotidiens est parfois plus insidieuse et plus stressante que les modifications majeures dans l'existence. Toutefois ces contrariétés et leur caractère cumulatif sont difficiles à évaluer. Une autre critique porte sur le fait que le modèle de Holmes et Rahe postule que les différents items de leur échelle sont des sources objectives et quantifiables de stress ne prenant pas en compte les facultés individuelles d'adaptation. Or, il existe des différences individuelles dans la façon de réagir aux événements de vie, et certaines personnes qui affrontent de nombreux facteurs de stress restent en bonne santé alors que d'autres qui seraient objectivement moins stressées sont enclines à tomber malade. C'est pourquoi un autre chercheur, Lazarus (Lazarus, 1966 ; Levin et Ursin, 1980 ) s'est intéressé à la capacité des individus à gérer les événements de vie. Il a montré qu'il était important de savoir quelles méthodes sont utilisées pour arriver à faire face aux aléas de l'existence. Une telle approche a donné naissance à la notion du "coping" c'est-à-dire la capacité de l'individu à faire face, à résister, à venir à bout d'une difficulté. Le coping peut consister en une réponse directe, par exemple, l'élimination de la source de stress, mais également en une réponse palliative qui consiste à réduire la perception du danger (déni, recours à des médicaments anxiolytiques, conversion somatique, …).


Conclusions

Aujourd'hui, les approches psychologiques et sociales du stress professionnel semblent prépondérantes dans les recommandations émises par l'Organisation Internationale du Travail, l'Organisation Mondiale de la Santé et la Commission Européenne. La législation belge en matière de stress et de bien-être au travail va également dans ce sens.
Deux variantes de la théorie psychologique dominent actuellement la littérature : l'approche interactionniste et l'approche transactionnelle. La première se focalise sur les caractéristiques structurelles de l'interaction entre l'individu et l'environnement, alors que la seconde aborde davantage les mécanismes psychologiques sous-jacents à cette interaction. Les modèles transactionnels peuvent donc être compris comme un développement des théories interactionnistes.



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Auteurs : Lecomte, Nathalie ; Patesson, René.
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