
Cette petite île, entièrement forestière (7.000 ha de forêt primaire), possède un intérieur montagneux (Ellen 1993 d). 67% de la population est musulmane. Il faut noter l'importance du sagou des forêts marécageuses.
Aujourd'hui, l'exploitation forestière s'intensifie pour alimenter une usine de contreplaqué, à laquelle s'associent la récolte de damars (d'Agathis) et l'ouverture de larges routes. De plus la culture du girofle disparaît privant les agriculteurs-essarteurs de sources de revenus
| Les populations | nombre | territoire | villages | densité |
|---|---|---|---|---|
| Alune , W. Ceram | 15.000 (1987, SIL) | 27 | ||
| Manusela, E.C. Ceram | 3.500 (1986, SIL) | 30 | ||
| Seti | 5.000 (1983, SIL) | 8 | ||
| Bobot, E. Ceram | 5.000 (1987, SIL) | |||
| Masiwang | 800 (1987, SIL) | |||
| S. Wemale (Tala, Honitetu) | 3.726 (1987, SIL) | 28 | ||
| Naulu , C. S. Ceram | 1.256 (1990) | 1885,05 km2 | 1,5 ht/km2 | |
| Population totale de l'île | 247.375 (1993) |
Vivant dans l'intérieur comme chasseurs-cueilleurs nomades, ils sont venus en 1870 s'installer près de la côte, mais ont continué à exploiter, bien que dans une bien moindre mesure, la forêt ancestrale.
Ils vivent dans le sous-district Amahai, Ceram centre-sud, sur la côte dans le domaine des Sepa. De famille austronésienne, ils parlent d'autres langues, le Sepa, langue véhiculaire de la région, le malais d'Amboine, langue véhiculaire des Moluques centrales, ceux qui sont scolarisés l'indonésien, langue d'état.
Ils ont eu à supporter la création de villages de transmigration sur les rivières Ruatan et Nua : entre 1976 et 1982, 1425 foyers s'installent.
Ils ont un habitat double
On vit en villages permanents (25 à 200 pers.) et dans les huttes de champs (pour 25 maisonnées, 39 huttes, p. 143). Ils ont aussi des camps temporaires de chasse et pour l'extraction du sagou. Les communications se font par les sentiers et la route. La distance entre les communautés va de 0,03 à 50 km. Le village se déplace avec la permission du gouvernement.
La propriété de la terre.
On reconnaît traditionnellement des territoires distincts et des propriétés au niveau du clan et à quelques égards au niveau de l'individu; mais il n'y a pas de limites; celles-ci sont maintenues par le respect mutuel. Les droits de défriche reviennent au lignage, à la famille et à l'individu.
Les Nuaulu ont la propriété historique d'une bande de 5 km à partir de la côte, soit un territoire d'env. 1670,3 km2. Ils extraient le sagou de forêts de marécage qui en tout font quelques 214,75 km2.
Structure socio-politique.
L'unité résidentielle est la famille étendue. La structure de la communauté est le clan. Chacun est divisé en deux sections chacune avec son chef. Les décisions sont prises par les chefs de clan et le conseil des hommes initiés, auxquels s'ajoute aujourd'hui un chef de village appointé par le gouvernement. Les Nuaulu vivent dans les domaines traditionnels des Sepa, sujets du Raja de cette région qui a été incorporée dans le système administratif du gouvernement.
Religion et forêt
Les rituels animistes et le culte des ancêtres sont étroitement liés à de nombreux sites de la forêt (montagne sacrée de Nunusaku). Les chefs religieux sont les médiums, les devins, les chefs de clan à fonctions religieuses, quelques spécialistes mineurs religieux (gardiens des maisons sacrées).
Agriculture sur brûlis
Les 1ères cultures sont les Colocasia et Xanthosoma puis les ignames (4 var.), taro, puis les bananes, patate douce et canne à sucre, enfin un peu de manioc; aussi des piment, aubergine, arachide, millet, tomate, papaye, tabac, courge, Celosia. Aujourd'hui ils y plantent aussi des cultures de rente (girofle, coco, café).
Le riz de montagne n'a jamais eu d'importance et le riz inondé a été récemment introduit par les transmigrants sur env. 300 ha dans la région de Kairatu. ...
Dans un jardin : 60% de tubercules, 20% de légumes, 15% de fruitiers, 5% de non comestibles, et moins d'1% du reste.
On prend 90% des friches sur les terres de jachère et depuis longtemps sur la forêt secondaire (taillis de bambous) dans un rayon de 4 km autour du village. Le cycle est de 3 ans au minimum. Ce qui infirme que l'agriculture sur brûlis détruit la forêt primaire; 70% des jardins de la localité de Ruhuwa sont sur des pentes abruptes (35%), mais l'érosion est cependant faible, la terre y est plus meuble et l'on obtient des tubercules plus longs et plus grands. Leur taille moyenne varie de 0,40 à 0,90 ha; 40% des champs sont à plus de 2 km du village.
L'agriculture est permanente uniquement pour les cultures de rente.
La forêt se dégrade en forêt secondaire, taillis de bambous, un peu de prairies. Les gens sont conscients du peu de disponibilité de terres arables dans la région de Sepa à cause du mouvement précipité de transmigration sur les terres le long des rivières Nua et Ruatan.
Chasse, cueillette et pêche sont très importantes
On chasse 20 espèces : petit gibier (phalanger, couscous, civette) ...et gros gibier (cerfs, cochons, casoar, python, varan). La chasse, surtout individuelle, est collective pour les rituels. Ils utilisent arcs, lances, pièges et chiens. Ils chassent dans les jardins abandonnés, les forêts marécageuses à Sagou, les vergers, la forêt secondaire, et moins dans les forêts humides primaires et humides de montagne.
Ils élèvent chiens, chats, poulets, canards, les consomment très peu, mais les utilisent dans les rituels.
Cueillette alimentaire : sagou, noix de Canarium, nombreux fruits, fougères. Quelques animaux grenouilles, larves.
54% du sagou sont obtenus des grandes réserves de palmiers (forêt de marécage à 16 km du village -6 heures de marche- au confluent des rivières Nua et Ruatan, de 48 km2) qui se régénèrent naturellement et qui sont plus riches en farine/jr que ceux venus en bosquets près des villages : 300,04 g contre 256,2 g (> 1056 cal./jr/adulte) car on les coupe avant la totale maturité de l'arbre. En forêt chaque palmier nécessite une équipe de 2 ou 3 hommes.
Bois de construction, rotin, bambou...,
La pêche, moins importante, n'est cependant pas négligeable en rivière, sur le littoral (arcs, lances, nasses) et en mer le lamantin (arcs, lances, filets, pirogues).
Les outils sont tous de fabrication locale (en bois, rotin, bambou de la forêt) sauf les machettes, hache et fer de lances obtenus de l'extérieur.
| produits sauvages ramassés /jour | calories /jour/adulte | |
|---|---|---|
| sagou | 76% | 1958 |
| bambous | 23% | |
| fougères, div noix et fruits | 1% | |
| Total | 3085 |
Le sagou fournit 76% en poids des plantes sauvages ramassées et 1958 cal./jr et par adulte c'est à dire 63% de la prise totale d'énergie /jour d'un adulte, 3085 cal. env. (ces chiffres sont donnés pour la saison humide quand les conditions sont les moins favorables à la collecte du sagou, pendant la saison sèche ces chiffres sont plus élevés), les bambous 23%, puis viennent les fougères, les noix de Canarium; les fruits de Pandanus et d'Eugenia en fournissent 1%. Manioc, banane, patate douce, taro, igname cultivés.
Virtuellement toutes les protéines animales et 64% de l'ensemble des protéines sont obtenues de ressources sauvages, mais la chasse demande un effort intense et la productivité est assez basse. 1813 cal., plus de 40% de la prise totale par jour, vient de produits sauvages. Les produits sauvages sont accessibles toute l'année et moins sujets aux maladies que les cultivés. C'est une source stable, continuelle et fiable. Ces produits sont acquis par eux-mêmes et selon des échanges lignagers. Aucun n'est acheté.
On conserve la farine de sagou pendant un mois et les galettes pendant plusieurs années, les noix de Canarium en grande quantité. La viande est séchée pendant plusieurs semaines et conservée à l'abri des rats. Ceci non pour parer à une baisse saisonnière inexistante mais pour les grandes cérémonies.
Médecine traditionnelle
Les guérisseurs sont réputés et utilisent de nombreux produits de la forêt. On a relevé des inventaires de plantes mais sans faire d'analyse chimique.
L'intégration dans l'économie nationale et régionale passe par
- des cultures de rente croissantes depuis 25 ans : girofle, coco, café et un peu de muscade.
- de la cueillette de rente : un peu de sagou, rotin, copra et bois de construction.
- la chasse commerciale : viande, oiseau-lyre, cacatoes, loriot. Il y a des marchés depuis peu.
- le travail saisonnier : les jeunes gens s'engagent depuis peu comme bûcherons, guides, cantonniers.
Situation politique et juridique
75% des enfants vont à l'école mais très sporadiquement. L'enseignement se fait en indonésien, langue nationale.
Il y a des officiers locaux gouvernementaux au niveau du sous-district à fonctions gouvernementales et de police à Amahai (30 km de chez eux). Ces populations ont un statut particulier par rapport aux autres populations de la nation. Le département des Affaires sociales est à un certain point responsable d'eux (en tant qu'Orang Terasin). L'État reconnaît leurs droits sur les terres, mais il exerce un contrôle final. Ces populations ne sont pas dans des réserves mais encouragées à la sédentarisation dans les régions de transmigration. Le chef de village est leur représentant. C'est un civil qui transmet les instructions du gouvernement et rapporte à l'officier du sous-district.
Les relations se font avec les villages chrétiens et musulmans de la côte et quelques populations encore animistes, éloignées de 3 à 5 km. Les marchés, magasins et centres de santé sont à 30 km, les missions et stations agricoles à 40 km. Ils ont des contacts avec des marchands, des exploitants forestiers, des agriculteurs immigrants.
Contexte économique.
Des pressions externes sur l'environnement sont exercées depuis 1975 par l'exploitation forestière et l'expansion agricole (immigrants), 22% (540 ha) des terres de la communauté de Ruhuwa appartiennent à des non-Naulu (Sepa et Tamilau musulmans) alors que les Naulu utilisent 4,2% de terres et ont 61,7% de forêts (p. 121), ce qui est source de conflits. Il n'y a pas de surexploitation agricole de leur part, mais diminution du gibier dans les aires d'exploitation forestière.
Risques majeurs : immigration croissante, discrimination sur le marché du travail (accès fermé aux emplois gouvernementaux). exploitation forestière, modernisation forcée.
Santé. Forte mortalité infantile, mais peu de malnutrition. Les maladies sont la malaria, principale cause de décès, l'hépatite, la tuberculose, la dysenterie, la pneumonie; pas d'alcoolisme ni de drogues.
Attitude envers le changement. Fort désir de conserver culture traditionnelle et identité ethnique.
[5] R. Ellen, 1978, 1993