IV - LES
POPULATIONS MOBILESPrésents dans les îles de Negros, de Palawan, de Mindanao et de Luzon.
| noms d'ethnie | nombre | territoire | densité |
|---|---|---|---|
| Ata, Negros | env. 10 familles (1973, SIL) | ||
| Mangwangan, Mindanao | 17.000 (1975, SIL) | 800 km2 | 9,75 / km2 |
| Tasaday, Mindanao | [50] | ||
| Batak, Palawan | 400 (1980, Eder) | ||
| Pakak Gadang, Luzon | 6.000 (1984, SIL) | ||
| Agta, Luzon | 9.150 (SIL) |
Environ 9 000, répartis en 8 dialectes (sous-groupes).
* Vivent en petits groupes, formant des camps mobiles :
des camps dispersés, de 3 à 7 familles (toutes apparentées), soit 12 à 30 personnes (moyenne : 25). Mobilité très haute, une à deux fois par mois. Les camps sont installés dans les vallées des rivières, ou sur la grève.
Le territoire d'un groupe correspond à un bassin-versant : la vallée et les forêts couvrant les montagnes.
* Chasse, pêche, collecte et petite agriculture sont pratiquées en proportion variable selon les sous-groupes :
* La chasse (à l'arc ou à la sagaie) décroît fortement en importance : environ 50 % du temps de travail dans les années 60, elle tombe à moins de 10 % actuellement.
* Pêche dans les rivières, ramassage des coquillages marins ou d'eaux douce. Certains groupes ne la pratique que très peu et saisonnièrement, alors que d'autres y consacrent plus du quart de leur temps de travail.
* La collecte est une activité importante, représentant plus de 25 % du temps de travail quotidien.
Outre les produits alimentaires (fruits, tubercules, noix et miel), on ramasse activement des produits de commerce, principale source de revenu et dorénavant principale occupation économique.
* L'agriculture est toujours marginale dans leur économie, les parcelles sont très petites (de 1/7 à 1/4 ha). Le nombre de familles pratiquant cette activité varie d'une zone à l'autre, de 25 % à 95 %.
* L'alimentation dépend pour une part très importante des échanges avec les agriculteurs voisins : ce sont eux qui fournissent 90 % des féculents (surtout du riz, puis du maïs), base de l'alimentation. Par contre toutes les protéines viennent de la chasse et de la pêche.
Cependant, le poisson comme les porcs sauvages et les cerfs, sont surexploités, au point d'être éteints dans certaines zones. Les rivières sont pêchées intensivement au poison, à l'insecticide, à l'électricité, au filet, par les migrants (fermiers, petits entrepreneurs vendant le poisson, forestiers, soldats, etc.). Dans le même temps, le gibier disparaît, à la fois à cause de la dégradation du milieu forestier et d'une chasse excessive (en particulier chasse commerciale).
* Relations avec les agriculteurs : les Agta échangent plus de la 1/2 de la viande qu'ils tuent ; ils travaillent dans les champs comme manoeuvres, afin de se procurer du riz, du maïs, et du tabac -très important pour eux- ainsi que de l'argent.
Occupations actuelles : vendent du rotin, des orchidées, des plantes médicinales, du bois de feu, des poteaux (bois de construction), des coquillages. Ils sont de plus en plus souvent employés comme manoeuvres ou comme guides par les compagnies forestières, comme gardiens de nuit (pour les camions, les engins des entreprises).
* La stratégie des agriculteurs, qui colonisent de plus en plus en grand nombre les aires de déplacement des Agta, est de les maintenir dans un statut de dépendance proche du servage (par le biais de l'endettement), en les empêchant de pratiquer l'agriculture (par confiscation des terres, et même par vol et destruction pure et simple des cultures agta).
* Dégradation croissante de l'environnement (forêt, rivière), liée à la densité croissante de population par l'afflux de migrants pauvres venant d'autres régions.
* Les conditions sanitaires sont effroyables, et l'état de santé est très mauvais :
La mortalité est très forte, et la population décroît : tuberculose, pneumonies et malnutrition.
De plus, les Agta sont pris en tenaille entre les forces gouvernementales et les rebelles communistes, et nombre d'entre eux meurent par balle :
21 % des hommes adultes ont été tués ainsi entre 1977 et 1984.
Les Agta, comme les autres Négritos des Philippines, sont au plus bas de la hiérarchie socio-économique philippine, et ils sont totalement dénués de protection par la loi. De plus, chaque année qui passe voit une détérioration de l'accès à leur base alimentaire traditionnelle, principalement les poissons de rivière.
[5]GRIFFIN, HEADLAND, RAI 1990
La forêt, assez accidentée, reste chez eux relativement intacte. Leurs traditions de chasse, cueillette et pêche existent encore et représentent environ 50% de leur production totale.
Ils pratiquent un semi-nomadisme, alternant la résidence dans leur essart, dans la forêt et près des rivières. Leur territoire est un bassin versant, de l'ordre de 240 km2. La mobilité est grande, entre le village de base fixe (une quinzaine de familles), des camps dans les champs, et des camps de forêt (une fraction, jusqu'à la moitié, du groupe).
On a pu évaluer que sur une année, un groupe de Batak passe l'équivalent de trois mois dans le village de base, trois mois et demi dans des camps de forêt, et plus de cinq mois dans des habitations près des champs. De plus, une à deux semaines sont passées en visite dans d'autres communautés.
* Ils pratiquent une petite agriculture sur brûlis de
tubercules et de céréales, de complément.
* La chasse est très importante :
cochon sauvage (Sus celebensis), écureuil, paon, divers oiseaux et serpents. Mais le gibier commence à diminuer car ils le vendent aux fermiers des plaines ou partagent leur prise quand ceux-ci prêtent un fusil.
* Ils pêchent et ramassent crustacés et mollusques dans les rivières et même au bord de la mer (qui n'est jamais très éloignée)
* Une grande partie de leurs moyens d'existence provient de leurs contacts avec les populations voisines : si la moitié de leur alimentation vient de leurs propres activités (chasse, pêche, collecte et agriculture), l'autre est obtenue par du travail salarié et la vente de produits forestiers.
* Vente de produits forestiers : miel, viande, résines d'Agathis, rotin.
* Travaux extérieurs : pour les ethnies voisines (Tagbanua en particulier), ils travaillent dans les champs, aident au défrichage et à la récolte, y compris celle du café.
* L'alimentation provient de la chasse et des cultures, ils obtiennent 60% de leurs glucides (tubercules, céréales) de leurs cultures et des échanges, et 10% de la cueillette; 80% des protéines viennent du gibier chassé, 10% des poissons, mais seulement 5% des animaux domestiques.
| Glucides | Protéines | ||
|---|---|---|---|
| céréales cultivées | 50% | gibier de forêt | 80% |
| Céréales achetées ou échangées | 30% | poisson de rivières et mer | 10% |
| tubercules, bananes cultivées | 10% | animaux domestiques | 5% |
| tubercules sauvages | 10% | poisson salé | 2% |
| poisson séché | 3% |
* Les Batak sont cependant en situation de déchéance culturelle,
par perte de leurs spécificités, par un plus grande nombre
de mariages mixtes et par une perte d'autonomie économique.
[6]CADELIñA 1988, EDER 1987
une situation catastrophique
Dans l'île de Negros vivent deux groupes de négritos : le groupe-sud à Rais et Mabinay, les Ata et le groupe-nord à Calatrava (étudiés par Rahmann et Maceda, Reynolds). Malgré leur séparation ces groupes sont très semblables, et leur situation est similairement défavorable.
Le changement principal survenu dans leurs conditions de vie provient de la diminution drastique de leurs ressources liée à une déforestation rapide, dûe à l'exploitation et la migration depuis les basses terres vers les hauteurs commencée entre 1894 et 1900.
Les exploitants forestiers et les migrants cultivateurs sur brûlis sont essentiellement responsables de la déforestation de l'île; rien qu'en 1978, 600 ha de forêt ont été brûlés par les migrants.
En 1983, seulement 17% des terres forestières de 1960 sont encore couvertes de forêts dignes de ce nom, ne formant plus que des poches entre les prairies et les bosquets de palmiers, poches de forêts fortement secondarisées, et même "tertiarisées".
Dans les années 60, le gouvernement a commencé un reboisement à Mabinay; mais cela a provoqué le déplacement de fermiers qui, perdant leurs ressources, sont allés vers l'intérieur faire des brûlis clandestins malgré l'interdiction du gouvernement.
Les Négritos eux-mêmes, forcés à partir vers l'intérieur, sont devenus par manque de terre et perte totale du gibier des cultivateurs permanents et incompétents; ils ont atteint un stade critique.
Les Ata ont complètement perdu leur langue.
L'agriculture est permanente : ils cultivent surtout du maïs, en alternance avec des tubercules, manioc, ignames, patates douces et taro; ils ne peuvent plus cultiver le riz, la terre n'étant plus assez fertile. Ils commencent à utiliser des charrues et des buffles, mais le manque de capitaux les entraînent à emprunter et ils remboursent en donnant une partie de leur récolte (la moitié ou le tiers). Certains font de la culture de rente de canne à sucre.
Le temps de jachère se raccourcit, 5 ans en 1960 (ce qui est déjà peu), réduit à 2 ans en 1977, il est aujourd'hui inexistant. Ce qui signifie des récoltes de plus en plus pauvres sur ces terres fragiles.
La chasse, la pêche et la cueillette complétaient traditionnellement les produits de l'essart. Mais en 1983 déjà, ces pratiques sont pratiquement éteintes, si ce n'est un peu de pêche.
Tubercules sauvages, fruits, miel, poisson, crevettes et coquillages, chasse de cochon sauvage, poulet, cerf, singes et chats sauvages. Les lances, les pièges et les chiens étaient des éléments importants de la maison.
Les produits de la forêt sont encore ramassés pour la subsistance, mais plus pour le commerce :
feuilles de Gnetum communément, un peu de rotin à usage domestique pour la construction des huttes (en 1950 le rotin était la source majeure d'argent). Un peu d'argent est obtenu du guano de martinet recueilli dans les grottes.
Alimentation : aujourd'hui ce sont les animaux domestiques (cochons, poulets et chèvres) et parfois du poisson acheté, qui sont la source principale de protéines. Les céréales sont fournies par l'essart et achetées.
* Problèmes : Ils sont soumis aux fluctuations des prix du grain
alors que leur salaire ne change pas. Leur principale source d'argent est
le travail de la canne à sucre dans les grandes fermes des terres
basses; ils s'engagent aussi pour les travaux de reboisement du gouvernement.
17.000 en 1975 (SIL). (Syn. : Manobo, Janga, Guanga)
Ils occupent aujourd'hui dans le Davao oriental les pentes les plus hautes de la Cordillère du Pacifique à 1.000m d'altitude. Dans les hauts Manay et Caraga, ils sont au-dessus des Mandaya chez qui ils descendent parfois.
Ils vivent en bandes semi-nomades de 14 à 20 personnes, adultes et enfants.
Agriculture sur brûlis en forêt secondaire : culture marginale de tubercules.
Une parcelle est plantée en tubercules et le groupe revient 3 mois plus tard récolter. Pas de riz.
Chasse, piégeage et pêche fournissent les protéines quotidiennes :
singes, lézards, cochons sauvages, serpents, cerf et oiseaux.. Pêche des anguilles, crustacés et poissons. Ils utilisent des lances, des arcs, des poisons de pêche
Cueillette :
de tubercules sauvages, racines, feuilles et fruits (Mangwangan), sagou sauvage, jeunes pousses de Caryota, Pinanga, Heterospathe, Areca et Calamus (Tasaday).
L'alimentation est fournie par la chasse, la cueillette, les en-cas (snacks) :
Ils consomment 52 végétaux sauvages identifiés. Importance du stockage de longue durée de viande fumée et de sagou : cuit entouré dans des feuilles.
| Aliment | Poids total en kg | calories totales | protéines totales en g. |
|---|---|---|---|
| sagou sauvage | 12 | 37080 | 74,4 |
| igname sauvage | 4 | 5200 | 80,0 |
| pousses div. palmiers | 12 | 5160 | 396,0 |
| fruits div. palmiers | 5 | 2440 | 175,0 |
| poissons, crabes | 2 | 1200 | 180,0 |
| cerf | 20 | 27800 | 3.300,0 |
| Totaux | 55 | 79.380 | 4.205,4 |
| moyenne par jour /5 | 15.876 | 841 | |
| moyenne par pers./21 | 756 | 40 |
C'est un exemple de régime alimentaire très fluctuant : ici 5 jours, pendant la saison des pluies, où la forte consommation de protéines (viande de cerf) compenserait selon l'auteur la faible consommation de calories.
L'auteur ajoute dans la discussion que 3 heures/jour de ballades en forêt fournit en grignottage près des 2/3 de l'apport total en protéines et calories (sic).
Contacts des Mangwangan avec les Mandaya de la haute Manay qui se fournissent chez eux en produits de la forêt et en <<femmes esclaves>>.
Ces femmes sont leurs domestiques, mais elles épousent des Mandaya et gardent toujours des contacts avec leur famille d'origine.
Problèmes : les Mangwangan sont en conflits avec les Mandaya lorsque ceux-ci, dépossédés de leurs terres dans les années 70, ont dû monter dans leurs territoires.
[9] - ROBSON & YEN, 1976