II - LES POPULATIONS

A - LES MINORITES

Le concept de National Cultural Minorities est utilisé aux Philippines pour distinguer les groupes non Chrétiens et non Musulmans de la majorité hispanisée.

Les minorités nationales forment 5% de la population. On peut les diviser en 7 groupes : les populations Moro, les Lumad et tribus montagnardes non Moro de Mindanao, les tribus de Palawan, les Mangyan de Mindoro, les tribus Caraballo, et les populations indigènes de la Cordillera du nord-Luzon (Fox 1974).

Officiellement on compte 52 groupes principalement au Nord-Luzon et à Mindanao. Ils sont en fait beaucoup plus nombreux. Les riziculteurs n'ont souvent pas été comptés.

Chasseurs-collecteurs Essarteurs Agriculteurs-riziculteurs
Palawan 1 ethnie : 300 3 ethnies : 26.586 n. chiffrées
Mindanao 4 ethnies : 38.500 ? 20 ethnies : 1.018.763 n. chiffrées
Negros 2 ethnies : 100 ? 1 ethnie : ?
Mindoro 7 ethnies : 33.000 n. chiffrées
n-e Luzon 7 ethnies : 40.200 7 ethnies : 412.375 8 ethnies
TOTAL 14 ethnies : 79.100 38 ethnies : 1.490.724

 

1) LES POPULATIONS MOBILES

Plusieurs ethnies, connues sous le nom de <<Négritos>>, sont caractérisées par des activités de chasse importantes, et un style de vie extrêmement mobile.

On en distingue deux grands types économiques : les chasseurs-collecteurs (partiellement agriculteurs) et les chasseurs-agriculteurs à plein temps.

a) Les chasseurs-collecteurs partiellement agriculteurs

NE Luzon Agta {Casiguran, Aeta}, Pakak Gaddang

Les Agta et les Casiguran sont insérés dans un système d'échanges avec les agriculteurs voisins, principalement Palanan, depuis des siècles ; ils ont ainsi fourni aux paysans des produits de base -rotin, copal-, des poissons et de la viande, ainsi que de la main d'oeuvre et des services; dans de nombreux cas, ils ont mêlé la chasse et la collecte avec une horticulture rudimentaire, leur servant d'appoint saisonnier, de temps en temps.

Les Pakak Gaddang[1] vivent dans les hautes terres. Ils continuent la culture sur brûlis, leur environnement est la forêt primaire avec une flore et une faune sauvage utilisées comme ressource supplémentaire de nourriture.

Palawan Batak

De plus en plus, les Batak exploitent le copal sauvage pour le vendre, achetant du riz avec l'argent obtenu, ce qui entraîne un net déclin de la collecte.

On trouvera des informations sur ces groupes SS IV-A et B

 

b) Les chasseurs-agriculteurs

Negros Ata du sud, Ata du nord

On trouvera des informations sur ces groupes SS IV-C

 

Mindanao Mangwangan, Mamanwa, Tasaday (sous groupe Manobo Cotabato)

Les Tasaday : Il s'agit d'un groupe mis en valeur d'une manière considérée par de nombreux spécialistes comme excessive voire artificielle; cependant si l'on doit contester leur <<découverte>> et leur soi-disant isolement, on peut tenir pour légitime l'existence dans ce massif forestier mal connu, de groupes de chasseurs nomades, associés aux essarteurs.

Luzon Pinatubo Ayta

Ce groupe qui était déjà agriculteur, dans une zone déforestée, a vu son territoire détruit par l'éruption du volcan Pinatubo en 1991. Depuis, les Ayta sont réfugiés dans des camps, sans moyens de subsistance. Une partie de ces Négritos a été déplacée au nord de l'île de Palawan.

 

2) LES AGRICULTEURS SUR BRULIS

Agriculture itinérante de riz pluvial (ou <<riz de montagne>>) par essartage, horticulture complétée par la chasse ou par la pêche; dans les zones de montagnes.

Luzon

Les essarteurs se situent dans les forêts autour de la Cordillera Central, au nord et au sud-est

du nord au sud Apayao (= Isnag), Gaddang, Ilongot

Dans cette même zone du nord de Luzon, quelques populations christianisées pratiquent également l'agriculture sur brûlis dans la forêt :

Ibanag, Malaweg, Paranan

Palawan Palawan, Tagbanwa, Tau't Batu

Mindoro <<Mangyan>> (nom générique des autochtones)

du nord au sud Alangan, Tadyawan, Taubuid (= Batangan), Buhid, Hanunòo

Mindanao

Les groupes d'essarteurs traditionnels se situent dans les massifs montagneux, d'accès difficile. Plusieurs grandes populations sont désormais massées dans les vallées et le long des côtes, sous l'influence de l'administration, mais des groupes ou des familles de ces ethnies persistent à vivre dans les montagnes.

- nord-ouest Subanon

- sud-ouest Tiruray, Tboli, Manobo-Cotabato, Blit, Ubo, Blaan

- centre Ata, Bukidnon, Manobo (nombreux sous--groupes : Bagobo, Ilianen, Tagabawa, Tigwa...)

- est Mandaya (nombreux sous-groupes : Mansaka)

Mention particulière doit être faite de groupes musulmans (ayant donc abandonné leur religion traditionnelle et leur droit coutumier) mais dont certaines fractions sont dispersées dans les massifs forestiers montagneux, pratiquant l'essartage :

Ilanon, Magindanao

 

3) LES RIZICULTEURS-ESSARTEURS

Sans nous étendre sur ces sociétés dont l'agriculture très développée est celle des rizières irriguées en terrasse, on notera que celles qui vivent en zones de montagnes complètent les rizières avec des parcelles d'essartage sur brûlis, et surtout s'attachent à maintenir les forêts, nécessaires à la régulation des eaux d'irrigation.

Les crêtes restent couvertes de forêts, les pentes seules étant transformées en splendides terrasses irriguées (justement célèbres); toutefois ces forêts sont soigneusement conservées par les riziculteurs, qui (outre l'apport de matériaux de construction par exemple) connaissent la nécessité de leur maintien pour la gestion du niveau d'eau d'irrigation. De plus, ils sont soin de défricher des parcelles d'essartage pour légumes et tubercules complémentaires aux alentours des villages, au dessus des rizières. (Conklin, comm. orale).

Deux ethnies du nord-Luzon seront présentées, l'une les Ifugao, particulièrement bien étudiée servira de modèle, l'autre, les Tingian, est déstructurée par une entreprise de pâte à papier.

N Luzon Igorot (terme générique), Ifugao, Kankanay, Ibaloi, Bontok.

Plusieurs ethnies subissent l'influence des riziculteurs des montagnes, et abandonnent peu à peu l'essartage pour pratiquer la riziculture irriguée; cette mutation s'effectue peu à peu, et les deux types d'agriculture coexistent, de sorte qu'une partie de ces ethnies reste essarteurs :

Isneg, Tinggian (= Itneg), Kalinga

Autre caractéristique de ces riziculteurs est la nécessité de la chasse. A Negros par ex. les fermiers Visayan des plaines chassent le cochon sauvage dans les forêts primaires et secondaires de Barangay (1 par semaine) surtout pendant la saison sèche (Décembre à Mars). Il y a peu de petit gibier dans ces forêts. On attrape des crabes quand ils migrent, 3 espèces de crevettes, une vingtaine de sortes de poissons (Mudar, 1982).

 

[1]ORACION, 1983

B - LES PROBLEMES DES MINORITES

Migrations intérieures : sur les 7,5 millions occupant les hautes terres des îles des Philippines, 35 à 40% sont des migrants des plaines, le reste étant les minorités indigènes (Cadeliña 1985). D'une manière générale, les populations traditionnelles ont été, à travers les siècles, repoussées dans les hautes terres par des populations chrétiennes qui ont peuplé les vallées et les basses terres. Ce mouvement se poursuit, accentué par l'accroissement de la population philippine, qui nécessite de plus en plus de terres cultivées intensivement par des paysans devant nourrir les villes.

La population totale des Philippines est passée de 25 millions en 1960 à 57 millions en 1990.

Destructuration des populations (IWGIA Yearbook 1987) : pour lutter contre les guérillas communistes, on a militarisé les terres des indigènes et des minorités, avec déplacements et destructions de population, de villages, de forêts par des raids et des méthodes guerrières (les armes viennent des Américains). A côté des forces armées philippines, l'armée américaine est très présente à Mindanao pour protéger les 295 sociétés d'exploitations forestière et minière. Cependant les Bontoc de la Cordillère du nord-Luzon se sont opposés avec succès aux projets du gouvernement et de la Banque Mondiale.

L'économie des Minorités : des groupes de chasseurs-collecteurs sont présents dans diverses régions des Philippines, connus sous le nom de <<Négritos>>. Toutefois cette appellation qui fait référence à un trait physique les différenciant des autres Philippins, ne peut de nos jours suffire à les caractériser en rapport avec un certain type d'économie. En effet, à quelques exceptions près, la plupart de ces <<Négritos>> pratiquent l'agriculture sur brûlis comme appoint.

Parmi les populations traditionnelles pratiquant l'agriculture sur brûlis, on observe une mutation économique et technique, car de nombreux groupes, naguère essarteurs, adoptent, avec difficulté et sans y réussir souvent, la riziculture en terrasses irriguées, à l'exemple de leurs voisins directs (c'est le cas par exemple dans la Cordillère Centrale au nord de Luzon et au sud de Mindoro). Nombreux sont les membres de populations traditionnelles qui se trouvent dépourvus de terre, et deviennent manoeuvres dans les plantations des propriétaires terriens, ou salariés dans les compagnies forestières ou minières.

L'agriculture sur brûlis des populations montagnardes des Philippines est souvent basée sur le riz pluvial (ou riz de montagne, cultivé sans irrigation), en association avec de nombreuses autres plantes dont des tubercules, qui sont ici complémentaires. Dans la plupart des sociétés d'essarteurs montagnards, la chasse et la pêche apportent les protéines animales du régime alimentaire, la collecte apportant un supplément alimentaire, qui devient prépondérant lors des pénuries agricoles.