D - ORGANISATION DES PROJETS

 

1) AU NIVEAU DES PLANIFICATEURS

Evaluation des projets soumis à financement


* Préparer et appliquer une grille d'évaluation qui prenne en compte les populations indigènes, les préjudices que le projet leur porte ainsi qu'à leur environnement, leur participation au projet, les bénéfices qu'elles en retireront (directement).

De tels documents sont maintenant en vigueur dans des instances internationales telles que la Banque mondiale.

Parmi les critères fondamentaux à prendre en compte, les projets de développement devront être cohérents avec les savoirs-faire et être respectueux des coutumes de la population concernée.

Si le projet implique un changement économique et culturel radical de la part du groupe concerné, on devra être particulièrement vigilant sur l'origine de sa conception.

Préparation d'un projet


* Il est indispensable que les planificateurs soient, sinon formés, au moins sensibilisés et informés en ethnologie sur les populations traditionnelles.

* Les projets d'auto-développement doivent être, à la base, souhaités par les communautés indigènes elles-mêmes : laisser parler les indigènes; ils doivent être maîtres de leur propre développement et de leur devenir.

* Il faut concevoir des projets de développement graduels, s'étalant sur la longue période de temps nécessaire pour que les communautés changent sans traumatisme et avec profit, en assimilant pleinement les nouvelles techniques et le nouveau contexte économique et social.

* L'analyse des données existant sur la population et la région concernée devra être préliminaire à tout engagement.

* Par l'analyse de la documentation, définir des échelles régionales pertinentes, des unités d'analyse, où la même problématique pourra être appliquée (aires géographiques).

* Préparer une grille pour déterminer le degré de dépendance au milieu forestier des populations impliquées dans un projet, qui sera appliquée sur le terrain.

 

2) AU NIVEAU DES DEVELOPPEURS
[application du projet]


* Identifier soigneusement partenaires et intervenants :

* Organisations indigènes

* Chefs coutumiers

* Hommes et partis politiques

* Structures de tutelles (agriculture, services ayant en charge plus particulièrement les populations indigènes, éducation, environnement)

* Indigénistes, anthropologues, naturalistes

* Organisations Non Gouvernementales

Il convient d'être particulièrement vigilent sur la représentativité réelle de ceux des indigènes qui se présentent comme porte-parole de leur groupe. Ce peuvent être des individus acculturés depuis longtemps, écartés de leur communauté d'origine depuis des années et n'en connaissant plus les réalités du moment. Ce peuvent être aussi des <<élus>> certes, mais téléguidés de l'extérieur.

Enfin, on ne perdra pas de vue que les ONG peuvent s'avérer des intermédiaires dispendieux, voire peu compétents, pas nécessairement indispensables.

* Prendre un contact préliminaire avec les populations et les consulter au sujet du programme de développement en cours de préparation : prendre le temps de leur parler et des les écouter ; les locaux doivent être maîtres de leur développement ; il faut responsabiliser les membres des populations indigènes lors de la conception des programmes.

* Organiser les campagnes de sensibilisation en s'appuyant sur les membres des populations indigènes déjà conscients des conséquences de l'appauvrissement du milieu ;

* Débattre de ces questions dans la langue maternelle des populations concernées (et non en français, anglais ou toute autre grande langue véhiculaire);

* Organiser ses <<consultations populaires>> de façon répétée afin de limiter l'influence et la présence des autorités locales, pour dépasser un discours stéréotypé.

* Impliquer des ethnologues nationaux et occidentaux sensibilisés à l'écologie des milieux forestiers dans les études préliminaires aux projets de développement - sur le terrain.

* Appliquer sur le terrain la grille prenant en compte les informations suivantes :

FICHE ETHNIQUE PRELIMINAIRE

 

- Noms, localisation, dénombrement et densité des ethnies ou des groupes ethniques concernés; groupes apparentés culturellement et/ou insérés dans le même complexe régional;

- Langue(s) et possibilités d'apprentissage de la langue (syllabaires, dictionnaires, cours);

- Type d'habitat , taille des communautés et composition des unités résidentielles; mobilité saisonnière

- Droit foncier et conception de l'espace;

- Pouvoir politique traditionnel et mode de représentativité;

- Type d'économie et d'exploitation du milieu : activités agricoles (surface des champs, rotation et durée des jachères); activités de chasse, de collecte et de pêche (produits, distances parcourues, saisonnalité des produits); activités extractivistes, etc.

- Alimentation

- Problèmes auxquels la société est confrontée.


* En ce qui concerne le choix des intervenants (agent agricole, infirmier, etc.) tenir compte de la division traditionnelle des tâches dans la société cible : engager des agents agricoles féminins pour encadrer les travaux agricoles, les cultures étant partout, en milieu forestier, du ressort des femmes.

* Dans la mesure du possible, l'exécution du projet devra se faire sous la responsabilité des organisations indigènes et des chefs coutumiers, en tous cas avec leur concours.

 

3) EVALUATION DU PROJET
[en cours de réalisation]


* L'exécution d'un projet devra être soumise à évaluation et auto-évaluation périodique.

* Il est recommandable de créer des équipes mixtes (nationales et occidentales) pour réaliser l'évaluation des projets, dans lesquelles les participants et consultants ayant une connaissance approfondie (et récente) de la région seront majoritaires face aux experts généralistes, dans lesquelles auront une place essentielle les représentants de la communauté-cible.