IV - RECOMMANDATIONS


 

 

En ce qui concerne les populations indigènes qui vivent d'une manière ancestrale des ressources naturelles de la forêt équatoriale, on posera trois préliminaires :

1) Quel développement ? Il faut s'interroger sur le concept de développement : quel développement, pour qui ? Qui est développé et qui est sous-développé, et selon quels critères ? Quant aux <<projets de développement>>, s'agit-il de projets pour l'enrichissement de l'État, pour une catégorie sociale élevée dans l'État, ou pour des États étrangers, ou pour le bien des populations locales ? Le concept d'amélioration des conditions de vie paraît meilleur (mais il n'est pas exempt d'ambiguité et de danger).

2) Une démarche, une éthique, plutôt que des recettes. Chaque cas est particulier, les projets universels trop généraux n'ont pas d'efficacité. Il faut définir des échelles locales et travailler à des programmes adaptés à ces échelles.

3) Il y a une grande nécessité d'études. Toute intervention sur les populations indigènes est délicate et peut s'avérer désatreuse, humainement et écologiquement. On en est plus, actuellement, à un stade de conception et d'acquisition des connaissances, qu'à un stade d'application des résultats. Plus de recherches sont nécessaires pour définir des procédures légales, pour connaître ces populations et leur écologie et pour en tirer des solutions économiques et écologiques nouvelles.

Néanmoins, cet état ne doit pas nous faire oublier que nous sommes face à une urgence tant la situation des populations indigènes est devenue précaire.

 

A - PROGRAMMES AYANT DEJA MONTRE LEUR INEFFICACITE


* Déplacer les populations ;
* Concentrer les populations en gros villages ;
* Obliger les populations à devenir strictement agriculteurs permanents et les sédentariser;
* Les amener à participer à plus de 30% de leurs activités à l'économie de marché ;
* Allouer aux populations des espaces insuffisants ou ne pas leur en garantir du tout ;
* Développer des systèmes éducatifs qui les détournent de leurs savoirs sur l'environnement ;
* Subordonner leurs activités aux politiques de protection de l'environnement ou au tourisme ;
[c'est-à-dire les mettre dans des réserves, ou bien les ranger dans les attractions touristiques]
* Les placer sous la dépendance univoque de pouvoirs politiques extérieurs (même s'ils sont démocratiques) ;
* Faire des projets globalisateurs à trop grande échelle.

B - RECHERCHES NECESSAIRES

D'immenses zones d'ombre demeurent :

Les données de base sur l'écologie, l'économie, l'alimentation et les conditions démographiques et sanitaires de la majorité des populations indigènes forestières manquent totalement.


* Les études de cas sont encore trop peu nombreuses pour pouvoir fournir des conclusions fermes et définitives ;

* Il n'existe pas de documentation permettant de comparer l'adaptation des populations aux milieux forestiers tropicaux, en particulier pour dégager des tendances évolutives de changement.

Toutes les recherches doivent être menées d'une manière pluridisciplinaire.

[en dépit des recommandations constantes, celles-ci restent peu développées]

Il faut programmer d'urgence :


* des études de longue durée écologiques, économiques et des études portant sur l'anthropologie alimentaire des groupes traditionnels

ces études doivent être à la fois qualitatives et quantitatives, elles sont nécessaires pour comprendre le degré de dépendance vis à vis du milieu forestier et pour défirnir l'adapatibilité des communautés humaines

* des études détaillées, techniques et écologiques, des groupes en voie de changement
[pouvant servir d'exemple]
* des études ethnoscientifiques des savoirs traditionnels, des inventaires des ressources utilisées
de telles recherches sur les savoirs concernant la flore et la faune devraient être menées d'une manière contractuelle avec les intéressés, afin de les protéger en cas d'usage industriel ultérieur
* des études systématiques des procédés traditionnels de culture arborée et d'agroforesterie et d'enrichissement des jachères
en vue de l'amélioration des systèmes de culture et du transfert de ces techniques dans d'autres régions
* des études écologiques sur la dynamique de la régénération forestière après culture, et sur la dynamique des populations sauvages utilisées par l'homme, animales et végétales
* des études sur les systèmes traditionnels de partage, d'entraide et les mécanismes sociaux de réduction des risques
* des études économiques sur les réseaux locaux de commerce et d'échange

- à l'intérieur des communautés

- en direction des zones urbaines.

Il serait souhaitable d'organiser un réseau international de localités d'enquêtes : un choix de sites dispersés sur les divers continents possédant des populations forestières traditionnelles, où l'on mènerait des recherches pluridisciplinaires coordonnées, avec des protocoles similaires, sur l'écologie des activités traditionnelles forestières et leur impact sur l'écosystème.

Le choix des sites devrait être programmé par une ou plusieurs équipes pluridisciplinaires ; les recherches devraient y être menées à long terme, en impliquant des chercheurs issus des organismes nationaux (universités, musées nationaux et services forestiers et agricoles). Ces sites auraient à la fois une fonction de recherche et de formation à la recherche pour les partenaires, et d'expérimentation de techniques agro-écologiques alternatives.