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UNE NECESSAIRE DYNAMIQUE MAIS
Une double balance doit être maintenue entre la surface utilisée et disponible pour la communauté et sa démographie : il en découle un délicat problème de densité de population.
L'intrusion de populations allogènes, de même que l'attribution de terres à des activités de développement, d'exploitation ou au contraire de conservation de la nature, conduisent à une réflexion sur les terres laissées aux populations indigènes, sur les activités qui leur sont permises, et demandent de définir une politique quant à la place de ces populations dans l'État-Nation.
Deux facteurs sont à prendre en compte pour la définition des surfaces nécessaires, requérant des unités spatiales différentes :
La pratique de l'agriculture demande une réponse en terme de surfaces allouées, alors que la pratique des activités de chasse et de collecte appelle une réponse en terme de droits de parcours et de prélèvement.
Lorsqu'on laisse aux populations indigènes les moyens de pratiquer leur genre de vie sans contrainte majeure, elles ne sont pas destructrices du milieu.
Si des surfaces suffisantes leur sont allouées, ces populations non seulement ne détruiront pas le milieu, mais deviendront, ipso facto, ses protecteurs.
La pratique de la chasse, de la pêche et de la collecte (tant alimentaire que technique) s'effectue sur des espaces de forêts considérablement plus larges que les activités agricoles. Les distances parcourues sont importantes, elles obligent à une grande mobilité et souvent à une installation temporaire loin du village. Une des contraintes écologiques tient dans l'hétérogénéité de la forêt et de la dispersion des ressources : les individus d'une espèce d'arbre particulière sont très souvent espacés de plusieurs dizaines de kilomètres - il peut n'y en avoir qu'un seul exemplaire sur un territoire indigène.
Exemples de distances parcourues et de territoires de chasse : Amazonie, superficie nécessaire pour les Améridiens: 250 km2 pour une population de 150 personnes en forêt dense continue.
La reconnaissance de l'importance des activités de chasse, pêche et collecte pour l'économie et l'alimentation des populations indigènes entraîne des conséquences pour l'aménagement :
* prendre en compte les territoires de chasse, pêche, collecte (dans
toute leur ampleur) ;
soit en attribuant les-dits territoires à la communauté, soit en autorisant la circulation et les activités de prélèvement sur des territoires ayant d'autres propriétaires et d'autres attributions économiques
* permettre (autoriser) la mobilité temporaire.
A l'inverse, si l'on vient à empêcher les activités de chasse, pêche et collecte, on supprime du régime alimentaire les ressources protéiques et vitaminiques. Il est donc vital d'en procurer d'autres. Il est important d'avoir en tête les conséquences des actions de législation et d'aménagement : la chasse étant interdite, est-on bien certain que les indigènes sauront et voudront élever des poulets pour remplacer le gibier ?
Les obstacles à la fois techniques et psychologiques sont nombreux, le premier étant que dans la totalité des sociétés qui nous concernent, l'élevage, souvent rudimentaire, a une fonction sociale et religieuse, et non alimentaire.
Le prélèvement des ressources sauvages par les populations indigènes approvisionne fréquemment des réseaux de commerce, locaux, régionaux voire internationaux. Il est important de re-situer ces activités commerciales dans le contexte économique des nations et de reconnaître la contribution des indigènes à l'économie nationale.
* Revaloriser, reconnaître et prendre en compte la participation des
autochtones aux circuits locaux et la gérer (chasse commerciale en
particulier);
* Penser en termes de circuits et de réseaux locaux et non pas ressources d'exportation internationale et favoriser ces réseaux.
Dans ce contexte, il faut considérer que nombre de populations indigènes vivent dans des régions reculées, qu'elles sont les seules à utiliser d'une manière rationnelle et non destructrice, et dont elles <<exportent>> certaines ressources vers d'autres régions de l'Etat; en ce sens on doit admettre qu'elles mettent en valeur, dans l'intérêt de la Nation, des terres inaccessibles pour lesquelles aucune autre activité durable ne serait d'ailleurs envisageable.
On pense ici plus particulièrement aux groupes de chasseurs-collecteurs comme les Pygmées d'Afrique centrale, les Penan de Bornéo ou les Négritos des Philippines et de Malaisie, qui apparaissent comme de véritables spécialistes des forêts.
Les produits secondaires non-ligneux, pour la plupart, font déjà partie des traditions d'exploitation des autochtones ; plusieurs d'entre eux ont déjà au cours des siècles été exploités pour du commerce à longue distance. Ils présentent donc l'avantage d'un savoir technique déjà existant, comme celui de la présence de réseaux locaux de commerce.
Ajoutons que nombre de produits ont été inventoriés, étudiés et exploités localement pendant la période coloniale : il existe donc sur eux une documentation précieuse et des précédents économiques dont il importe de tenir compte.
Toutefois, l'extraction des produits non ligneux porte en elle des risques potentiels non négligeables :
D'un point de vue écologique, la question reste entière du caractère renouvelable de l'extraction des ressources non ligneuses, c'est-à-dire dans quelle proportion le taux d'extraction reste inférieur au taux de régénération naturelle.
<<L'extractivisme>> nécessite une connaissance scientifique des dynamiques de populations sauvages (qui est actuellement loin d'être acquise), il nécessite aussi des mécanismes légaux de régulation du commerce qui ne sont pas simples à mettre en oeuvre.
Par ailleurs, certains problèmes peuvent naître des produits eux-mêmes, surtout dans le domaine des plantes médicinales.
S'il s'agit réellement de se fournir dans la forêt en plantes sèches, le risque existe de falsification des produits vendus par les récolteurs.
Ce fut la cause première de l'abandon du commerce des racines de Rauwolfia vomitoria en Afrique équatoriale, par exemple.
L'autre risque est inverse (mais éventuellement lié au précédent) : les société pharmaceutiques peuvent s'intéresser aux plantes médicinales sauvages des zones équatoriales en vue de l'extraction des principes actifs, qui seront ensuite synthétisés. Dès lors, l'approvisionnement en produits sauvages n'aura plus aucun intérêt.
Cela soulève le problème délicat de la <<propriété intellectuelle>> des populations indigènes, qui révèlent un savoir médicinal acquis au cours des siècles, mais n'en seront pas rémunérées proportionnellement.
La création d'aires protégées destinées à la conservation de la nature (telles que parcs nationaux ou réserves naturelles) peut constituer pour une communauté indigène une catastrophe plus grave que l'ouverture d'un chantier forestier, ou similaire à la construction d'un barrage. En effet, une communauté jusque là libre sur un territoire qu'elle a parcouru des générations durant et qui lui fournissait ses moyens d'existence, peut se retrouver privée de ceux-ci, dépouillée de sa terre, voire déplacée sur des terres inconnues. Il est certes nécessaire de préserver les écosystèmes et de sauvegarder les espèces animales menacées, mais il ne faut pas se tromper d'ennemis, ni sacrifier des êtres humains au dogme de la Nature.
Les activités traditionnelles sont compatibles avec le maintien d'un couvert forestier et d'une faune diversifiés : il ne faut pas oublier que les écosystèmes équatoriaux actuels sont issus des activités humaines. Il n'y a pas de forêt vierge.
Les perturbations que subissent les forêts actuelles ont leur origine dans les activités à vocation commerciale : exploitation du bois, défrichements agricoles pour colonisation paysanne, chasses et collectes commerciales. Ces perturbations ne sont jamais dûes aux actions des communautés menant une économie de subsistance.
Au contraire : en Amazonie, les seules forêts qui persistent dans toute leur richesse biologique, sont d'abord celles qui coïncident avec les réserves indigènes où vivent les amérindiens.
La question principale qui se pose est toujours : faut-il laisser les hommes dans les aires protégées, et quels droits peut-on leur accorder ?
On doit considérer une contrainte importante : ménager des aires de protection intégrale où toute activité humaine est interdite, a pour conséquence une réduction des territoires traditionnels, et donc une augmentation de la densité de population sur les aires limitrophes, contribuant potentiellement à l'appauvrissement de la forêt à cet endroit.
Nous discuterons de ce point dans la section suivante.
La méthode qui semble actuellement préconisée le plus largement est celle dite des <<zones-tampons>> (en anglais buffer zones), mais l'attention a déjà été attirée sur l'imprécision du terme.
La notion de zone-tampon n'a jamais été vraiment définie, et ce terme recouvre à peu près toutes les initiatives impliquant des populations près d'une aire protégée. De ce fait il n'y a aucun consensus sur les objectifs, leur localisation (à l'intérieur ou à l'extérieur du parc ?), les critères de délimitation etc. . Il n'y a d'ailleurs que peu d'exemples de réalisation de zones-tampons qui emporte la conviction sur leur efficacité [cf. WELLS et al. 1992]. Les problèmes pratiques sont nombreux (par exemple, comment déterminer l'ampleur des prélèvements autorisés par rapport à la dynamique des populations naturelles). Toutefois, il convient d'être particulièrement vigilant sur les surfaces attribuées aux indigènes, afin qu'elles ne soient pas trop exiguës.
Peut-être faut-il préférer aux zones-tampon une participation actives des indigènes dans l'entretien des aires protégées.
Il convient aussi d'étudier des règlementations qui autorisent le parcours, la chasse et la collecte de subsistance, mais interdisent la chasse à but commercial - qu'elle soit pratiquée par les indigènes eux-mêmes ou par des groupes allogènes.
Toutefois, il faut conserver en mémoire que ces chasses commerciales
sont souvent une source de revenus importante pour les communautés
indigènes : venant à être interdite, une autre source
de revenus devra être envisagée.
Facteurs à prendre en compte.
* Nécessité des jachères longues (15-30 ans)
:
Il ne fait aucun doute que le point capital, tant sur le plan écologique que sur le plan économique, pour la vie des forêts équatoriales, réside dans le phénomène des friches et jachères, sa maintenance permettant seule la régénération forestière après exploitation agricole.
* Surfaces cultivées :
L'agriculture sur brûlis fonctionne avec un système d'ouverture annuelle ou biennale de forêt primaire ou de vieille forêt secondaire (quinze ans est l'âge moyen pratiqué et recommandable). Les surfaces cultivées varient d'un continent à l'autre mais surtout en fonction a) des types de sol, b) des plantes cultivées (globalement, tubercules et bananiers demandent moins de surface que le riz pluvial).
| Région (ethnie) | plantes cultivées | parcelles/ an |
surface/ famille |
surface/ personne |
| Cameroun (Mvae) | tubercules, bananiers, courges | 2 | 1,3 ha | 1 800 m2 |
| RCA (Ngbaka) | tubercules, bananiers | 1 | 0,5 ha | 800 m2 |
| Amazonie | manioc, maïs, bananiers | 1 | 0,5 ha | 800 m2 |
| Nouvelle Guinée | tubercules, bananiers | 0,2-0,6 ha | 600 m2 | |
| Bornéo | riz pluvial | 1-3 | 2 - 5 ha | 300 - 600 m2 |
| Philippines (Hanunòo) | tubercules, riz | 1 | 1 ha | 1 700 m2 |
| Philippines (Tagbanwa) | riz pluvial, tubercules | 2 | 0,5-0,8 ha | 800 - 1 300 m2 |
Relevons que d'une manière générale, les paysans traditionnels n'organisent pas leur travail selon le principe d'un gain maximum pour un effort minimum, au contraire ils cherchent dans leur pratique agricole à minimiser les risques, plus qu'à minimiser leur travail. Ainsi le travail collectif peut être préféré au travail individuel, et les relations sociales d'entraide primeront sur les activités individuelles.
La capacité de charge et les surfaces nécessaires : On peut être amené à avoir à évaluer les surfaces agricoles nécessaires pour une communauté donnée. Il faut alors tenir compte de plusieurs paramètres, qui doivent être déterminés sur le terrain même, car ils sont propres à chaque population. Nous disposons déjà de certains outils.
Ainsi, le concept de <<capacité de charge>> (carrying capacity) a été défini pour déterminer la relation entre population humaine et surface agricole, dans l'agriculture itinérante, à l'aide d'un nombre réduit de variables :
a) la terre disponible, b) la terre nécessaire per capita, c) la durée de la jachère, d) le nombre d'années de production de la parcelle, e) la population [voir l'article récapitulatif de BRUSH 1975].
Le but principal est de calculer à partir de quel point une population ne peut plus s'accroître sans causer des dommages aux terres, sans dégradation des sols.
Plusieurs formules mathématiques ont été proposées pour calculer la capacité de charge, nous en avons retenu deux :
* Formule de ALLAN [1949] (modifiée par BRUSH) pour la capacité
de charge :
Ps = taille critique de la population
A = durée de la culture
B = durée de la jachère
C = surface nécessaire per capita pour une subsistance moyenne
D = surface totale disponible de terres arables.
* CONKLIN [1959] propose une formule proche de celle-ci (en utilisant les
même symboles) :
Ps = taille critique de la population
D = surface maximum de terre cultivable
C = surface défrichée moyenne minimum nécessaire par personne et par an
T = A+B = durée moyenne minimum d'un cycle agricole complet (durée de la culture A + durée de la jachère B)
On doit imaginer une formule inverse pour déterminer quelle surface est nécessaire à une population donnée, connaissant la taille moyenne des parcelles cultivées et la durée du cycle agricole :
On peut s'aider de :
* Formule de ALLAN [1949] pour la surface de terre nécessaire par
personne :
C = <<facteur de culture>> = durée de culture + durée de jachère/durée de culture
L = surface moyenne en culture par personne
P = fraction de terre cultivable (%)
* On pourrait partir des formules de capacité de charge en les inversant,
par exemple :
P = population
C = surface défrichée per capita
A = durée de la mise en culture
B = durée de la jachère
Il serait nécessaire de tenir compte de l'accroissement potentiel de la population, afin de prévoir des surfaces suffisantes pour limiter l'augmentation de la densité de population.
Le plus simple (mais pas le plus juste) est d'ajouter à la valeur S <<surface nécessaire>> une valeur
Une augmentation de la population provoque en effet : soit une augmentation de la surface cultivée, soit une diminution de la surface disponible par tête, soit une diminution de la durée des jachères.
Le système traditionnel est fonctionnel avec une densité de population faible.
Le principal facteur de changement est l'augmentation de la densité de population, soit par accroissement naturel, soit par contingentement dans des aires limitées. L'accroissement de la population augmente la compétition sur les terres ; en même temps, le développement économique des pays pousse les agriculteurs à augmenter les cultures de rente destinées à l'exportation, diminuant les cultures vivrières.
Les réponses entraînées par l'augmentation de la population peuvent être de plusieurs ordres :
a) limitation de la taille de la population (par diminution de la natalité, accroissement de la mortalité) ou plus souvent par migration ;
b) limitation de l'utilisation des ressources, par réduction du cycle agraire ;
c) changement du système d'acquisition des aliments, par intensification des activités agricoles, de prédation...
d) choix techniques d'autres systèmes d'acquisition des aliments.
* En cas de limitation des terres disponibles, le risque majeur réside
dans la réduction de la durée de jachère et accélération
des rotations, favorisant l'extension des forêts secondaires, sans
leur laisser le temps de repousser jusqu'au stade mature ; un essartage
répété sur ces forêts secondaires s'avère
très dangereux, car il favorise une évolution vers des brousses
puis des herbages impropres au pacage, entraînant la disparition du
couvert arboré continu. Il y a alors nécessité absolue
d'enrichir les jachères.
Il faut favoriser les recherches sur la jachères
* Intensification agricole : un manque de terres implique que la production
par unité de terre doive s'accroître, mais ce gain est contrebalancé
par la nécessité de pratiques de travail de plus en plus complexes
et ardues [cf. NETTING 1974]. De plus, lorsqu'il devient impossible
de restaurer la fertilité du sol par la végétation
naturelle, il devient nécessaire d'utiliser des engrais pour combler
ce manque d'énergie.
On le voit, le problème majeur à la fois pour les populations traditionnelles et pour la forêt équatoriale réside dans la double menace (outre l'exploitation forestière proprement dite), de l'extension des cultures de rente permanentes et de l'accroissement de la population. Comment intensifier la production agricole, en limitant l'itinérance, mais en conservant un couvert forestier ?
Les pays d'Asie ont tous engagé une politique contre la pratique de l'agriculture itinérante (reprenant en cela les vieilles politiques coloniales européennes des débuts), avec des arguments fallacieux : on impute à l'essartage la déforestation, on lui reproche de détruire des arbres de valeur que l'on devrait vendre. En clair, on lui préfère l'exploitation forestière, qui rapporte au pays. On n'omet qu'une seule chose : l'agriculture a pour vocation première de nourrir les hommes, pas les budgets d'état...
Plusieurs pays asiatiques préconisent l'abandon de l'agriculture itinérante et son remplacement par l'agriculture permanente, dans ce cas, la riziculture irriguée. S'il est vrai que théoriquement celle-ci est plus productive, il n'en reste pas moins que la transition, pour les paysans, d'une technique à l'autre, est pénible et ne s'effectue pas sans répugnance.
On a pu observer et calculer, aux Philippines, qu'un hectare de rizière irriguée en terrasse nécessitait 630 journées de travail par an et par personne, alors qu'un hectare d'essart de tubercules n'en mobilise que 250. Le rendement en riz peut même être comparable : les 630 jours de travail en rizière irriguée des Ifugao leur donne 2 427 kg de riz ; ailleurs aux Philippines les Hanunòo produisent 2 tonnes de riz pluvial sur un essart d'un hectare avec seulement 385 jours de travail...
On peut, avec prudence, proposer une certaine amélioration de l'agriculture sur brûlis, en prenant bien garde que ce que l'on touche ici risque de déstabiliser des systèmes qui, pour l'instant sont les seuls à avoir fait les preuves de leur capacité à sustenter les populations qui les pratiquent.
Deux voies paraissent prometteuses : la gestion de la rotation agricole, et l'enrichissement des jachères en espèces intéressantes.
* Rotation agricole. Les recherches effectuées dès
1934 au centre de recherches de Yangambi (Zaïre) par l'Institut national
pour l'étude agronomique du Congo belge (INEAC) pour l'amélioration
de l'agriculture vivrière traditionnelle méritent d'être
rappelées. Elles visaient en particulier à maintenir un équilibre
correct entre périodes de culture et de repos, en préconisant
une méthode dite des <<couloirs forestiers alternés>>
[cf. JURION & HENRY 1967, DRACHOUSSOFF 1992] :
On défriche chaque année un couloir sur deux, les couloirs laissés en forêt seront défrichés six ou sept ans plus tard (la moitié du cycle total).
La rotation pratiquée dans les couloirs forestiers comporte 3 années de cultures vivrières en association échelonnée : le manioc et le bananier sont plantés à 5 mois d'intervalles, durant leur croissance le terrain est également occupé par une culture de maïs et ensuite de riz pluvial ; dès la deuxième année le terrain est abandonné à une repousse généralement exubérante et prolifique ; dès la troisième année seuls les stipes des bananiers dominent encore dans le recrû de recolonisation forestière. Le terrain est ensuite abandonné à la jachère forestière pendant une douzaine d'années.
Les services agricoles de Yangambi souhaitaient faire évoluer graduellement ce système vers une agriculture permanente, en passant par des stades d'allongement de la période de culture et en installant une jachère de parasoleraie. Toutefois, dans une perspective de gestion des forêts et non plus d'agriculture permanente, il est envisageable d'enrichir les couloirs alternés en guidant la jachère et en y introduisant des essences arborées utiles, selon les techniques agroforestières indonésiennes.
* Enrichissement de la jachère. Les populations d'Asie insulaire
nous fournissent de nombreux exemples de travail sur la jachère,
les paysans sélectionnant et plantant des espèces utiles.
La technique de constitution des agroforêts de Sumatra est exemplaire,
elle fonctionne sur les mêmes règles que celles de la régénération
naturelle des forêts. Les agriculteurs ne cherchent pas à lutter
contre la dynamique naturelle de la forêt, mais au contraire insèrent
judicieusement au sein de cette dynamique les essences désirées.
Une fois la forêt reconstruite, le renouvellement des arbres se fait
généralement pied à pied, en profitant largement des
trouées dans la canopée et en prenant garde de respecter les
conditions écologiques optimales de la croissance des espèces
concernées [cf. MARY & MICHON 1987, MICHON 1985, MICHON
& BOMPARD 1987]
* d'aménager l'espace en intercalant des zones agricoles et des zones de forêts protégées (non touchées par les défrichements agricoles), qui devront servir de réservoir d'espèces de reconquête pour les jachères de régénération ;
* de privilégier les projets de développement économique (et social) à long terme, équilibré et durable et nécessairement pensés à l'échelle de la région et non du pays, si l'on veut qu'ils soient viables.