II - POPULATIONS ET PEUPLEMENT



A - STRUCTURE DES POPULATIONS ET DIVERSITE

L'île de Nouvelle Guinée dans son ensemble est connue comme un des territoires du globe où la diversité ethnique et linguistique est poussée à son maximum : on y compte plus de 1000 langues différentes. Le nombre total des groupes ethniques des zones forestières (marécageuses ou non) de la Nouvelle Guinée (sans les îles) s'élève à 806. L'ensemble de cette population approche le million de personnes. L'effectif moyen de ces groupes est très faible : 58 % d'entre eux ont une taille inférieure à 1 000 personnes, 85 % comptent moins de 5 000 membres, et seulement 1 % dépasse 20 000 personnes (Tableau). La densité de population dans les zones forestières est très basse, partout inférieure à 5 hbts/km2.

Dans les deux grandes îles, Nouvelle Bretagne et Nouvelle Irlande, qui sont totalement couvertes de forêts, la situation est semblable, bien que les groupes de petite taille soient plus rares : 31 % seulement comptent moins de 1000 membres, mais, là aussi, 84 % ont moins de 5000 personnes. On peut évaluer à 120 000 personnes les habitants de ces deux îles.

Notons que 43 groupes sont trop isolés pour avoir été recensés et contactés.

 

Total Nouvelle Guinée

Nombre de groupes forestiers : 806

taille

groupe

0-

100

100-

500

500-

1 000

1 000-

5 000

5 000-

10 000

10 000-

20 000

plus de

20 000

?*
Nbre 62 260 144 20 6
groupes 466 221 50 26 43
8 32 18 3 1
% 58 27 6 4 5
* Cette colonne correspond aux groupes qui sont trop isolés pour avoir jamais été recensés, donc à des groupes non contactés.

 

Île principale de Papouasie-Nouvelle Guinée

Nombre total de groupes forestiers : 618

taille

groupe

0-

100

100-

500

500-

1 000

1 000-

5 000

5 000-

10 000

10 000-

20 000

plus de

20 000

?
Nbre 41 204 113 17 3
groupes 358 180 38 20 22
7 33 18 2,5 0,5
% 58 29 6 3 4

 

Irian Jaya

Nombre total de groupes forestiers : 188

taille

groupe

0-

100

100-

500

500-

1 000

1 000-

5 000

5 000-

10 000

10 000-

20 000

plus de

20 000

?
Nbre 21 56 31 3 3
groupes 108 41 12 6 21
11 30 16 2 2
% 57 22 6 4 11

La signification de ces chiffres est importante. En effet, cela montre un très grand morcellement des territoires forestiers, et une immense diversité culturelle. Chaque ethnie possède ses propres règles socio-politiques, ses propres lois coutumières, ainsi que ses propres valeurs et aspirations : 806 groupes ethniques signifient aussi 806 différentes stratégies et politiques. La diversité, voire le morcellement, comporte aussi ses contraintes.

Autant de barrières ethniques provoquent souvent des réactions fortes de défiance à l'égard des groupes voisins; elles sous-tendent en particulier un type de relations fréquemment agressif et guerrier. Ainsi, tout développement d'un groupe provoque une réaction brutale de jalousie de ses voisins (de la même ethnie), pouvant aller jusqu'à une destruction par le feu des nouvelles installations.

Cette diversité linguistique n'est pas sans poser des problèmes de communication. Quelques langues de commerce sont utilisées, mais aucune ne l'est sur l'ensemble du territoire (tok-pizin, et secondairement motu, sont les plus importantes); aucune n'est parlée par la totalité d'une population donnée, car fréquemment les femmes ne les connaissent pas.

 

B - HABITAT

On peut distinguer plusieurs types d'implantation, selon les types de végétation.


* Dans les forêts marécageuses, grands voire très grands villages linéaires le long des cours d'eau, avec quelquefois des maisons communautaires :

le long de la Kikori River, chez les Gebusi par exemple, certaines maisons abritent jusqu'à 250 habitants;

* dans les forêts d'altitude moyenne, petits villages ou hameaux dispersés; dans la forêt de la chaîne centrale, habitat dispersé, maisonnées isolées et dispersées autour d'un village central. Dans la plupart des cas, les villages ou hameaux dépassent rarement 200 personnes.

* L'exception vient des zones marécageuses, productrices de sagou, où l'on peut rencontrer de grands villages de plus de 500 personnes.

L'accès aux villages centraux n'est le plus souvent pas possible par route, mais par petit avion; les déplacements s'effectuent cependant ordinairement à pied ou par les rivières selon les régions, pour atteindre de nombreux villages et tous les hameaux.

 

Quelques types de villages en Nouvelle Guinée (d'après Brookfield & Hart, 1971)