Asie
InsulaireOptions de présentation :
La Nouvelle Guinée est caractérisée par une extrême diversité culturelle. De très nombreuses études ont été réalisées sur cette île, mais la majorité concerne les sociétés des Hautes Terres, surtout sur l'organisation sociale et la religion. Il y a très peu d'études se rapportant à l'écologie des groupes de forêt, cependant ces rares publications sont très bonnes : concernant de très petites sociétés, elles ont surtout une valeur d'exemple et permettent difficilement des généralisations. (C'est aussi à cause du manque d'informations que nos exemples sont plus nombreux pour les ethnies de Papouasie que pour celles d'Irian Jaya).
En ce qui concerne les techniques de subsistance et en particulier l'agriculture, il s'avère que le comportement technique est autant déterminé par des facteurs sociaux et historiques que par des contraintes écologiques ou géographiques.
Pour ces raisons, nous avons choisi de présenter une typologie des stratégies de subsistance, en montrant autant que faire ce peut les marges de variation, illustrées par quelques exemples.
[lozenge] Environ 806 groupes ethniques différents vivent dans les zones forestières d'Irian Jaya et de Papouasie. 85 % de ces populations comptent moins de 5 000 personnes. Toutes ont des traditions, des stratégies de subsistances et des droits coutumiers différents.
* Papouasie-Nouvelle Guinée :
* Les lois sont favorables aux droits des communautés, elles sont en général appliquées ; les communautés connaissent très bien leurs droits territoriaux et en sont fières ; elles sont prêtes à tous les combats pour protéger leurs territoires, leurs ressources et leurs revenus.
[lozenge] Le principal danger menaçant les forêts équatoriales est l'accroissement de la population (en premier lieu sur les Hautes Terres) qui entraîne une recherche de nouvelles terres agricoles et un défrichement intense. Par contre l'exploitation forestière est contrôlée.
[lozenge] Compte tenu de la faiblesse des informations précises sur l'écologie des groupes traditionnels, il est nécessaire d'encourager les études d'impacts avant toute intervention.
* Irian Jaya :
[lozenge] Ce territoire est gouverné par un gouvernement étranger (l'Indonésie), dans lequel les populations indigènes sont peu représentées ; ni leurs droits ni leurs besoins ne sont garantis et elles n'ont que peu accès aux décisions.
[lozenge] Les terres indigènes sont potentiellement reconnues en droit mais les lois ne sont pas appliquées, au contraire ces terres sont utilisées pour une politique de peuplement exogène (la Transmigration) et menacées par des immigrants d'autres îles indonésiennes.
[lozenge] L'exploitation forestière est intense, alors que les réglementations sur la reforestation et sur la protection de la nature ne sont pas appliquées.
La Nouvelle Guinée[*] présente une histoire fascinante : les premiers hommes y pénétrèrent il y a 50 000 ans, durant une intense glaciation mais l'élévation du niveau de la mer les y laissa isolés pour les millénaires qui suivirent. Ainsi ces populations évoluèrent en se diversifiant à un degré extrême : on compte actuellement plus de 1000 langues sur cette vaste île, qui représente un vrai laboratoire où toutes les expériences de l'adaptation culturelle sont présentes. Par exemple les recherches archéologiques les plus récentes révèlent une pratique de l'agriculture du taro il y a déjà 14 000 ans, longtemps avant le développement de l'agriculture des céréales en Mésopotamie... De la même manière, les sociétés néo-guinéennes ont développé une expression artistique (sculptures, céramiques) très achevée et originale. Cette île est restée isolée jusqu'au milieu du XXe siècle, lorsque les prospecteurs européens y pénètrent, et grâce à un relief accidenté, nombre de régions restent encore sans contact avec le monde extérieur.
[*] Cette partie du rapport a bénéficié de l'aide de Polly WIESSNER, Max Planck Institut, Andechs (Allemagne).
L'île de Nouvelle Guinée comporte en son milieu une longue chaîne de reliefs de plus de 1 500 m d'altitude, d'où résulte un net étagement de la végétation. La forêt dense humide s'élève jusqu'à 1 500 m d'altitude. Cette zone est largement entrecoupée de larges plaines alluviales, à moins de 500 m d'altitude, où croît une forêt marécageuse riche en palmiers sagoutiers.
Le long des hautes terres de l'intérieur, la végétation s'étage : vers 1 500 m, transition arbres sempervirents / arbres décidus (chênes, bouleaux), vers 2 000 m, transition feuillus / conifères, vers 3 000 m, végétation alpine avec des buissons, mousses et lichens. Il s'agit d'une zone de hauts reliefs, coupés de vallées profondes.
Hors des Hautes Terres, le pays est couvert de forêt dense humide (environ un quart de celle-ci étant moins riche en espèces, par suite d'activités agricoles). Cette forêt de Nouvelle Guinée est la plus diversifiée au monde, on y compte environ 11 000 espèces végétales. Les principales vallées des Hautes Terres sont couvertes de prairies, résultant d'intenses activités agricoles.
La Nouvelle Guinée montre de grandes disparités de densité de population. Dans la zone des Hautes Terres, la monoculture de la patate douce et un climat sain permettent des densités qui dépassent localement 100 hbts/km2. On retrouve des densités aussi fortes dans les plaines marécageuses, pour les populations utilisant le palmier-sagoutier comme aliment de base (jusqu'à 200 hbts/km2 chez les Wosera dans la plaine du Sepik). Par contre, les groupes des forêts ont les densités les plus basses, inférieure à 10, et souvent proche de 1 ou 2 hbts/km2. Enfin, les groupes qui vivent dans les surfaces de basses terres couvertes de savanes ont des densités de 15 à 30 hbts/km2.
Le territoire forestier néo-guinéen, extrêmement accidenté, est a peu près dépourvu de routes, mais quelques larges rivières sont navigables. De ce fait, toutes les ethnies situées hors de ces voies de transport sont dispersées dans des montagnes couvertes de forêts, grâce auxquelles elles vivent. Elles sont à peu près sans contact avec le monde extérieur (encore qu'en Papouasie les transports aériens, soit du gouvernement, soit des missions chrétiennes, se soient grandement développés). La plupart de ces sociétés forestières ont organisé leur territoire le long d'un bassin versant, ce qui rend inopérante la distinction entre groupes de forêt de plaine (de piémonts) et groupes de forêt de montagne : en effet fréquemment une même ethnie utilise un territoire englobant plusieurs types de forêts car s'étendant sur plusieurs altitudes.