APFT-News, un magazine d'informations sur le travail d'APFT dans les forêts tropicales

 

APFT-NEWS

3 numéros / an - N°7 (Avril 1999)

- Projet CEE - DG VIII -

 

Sommaire

1 2ème atelier régional ville-forêt - Réserve de faune de la Lopé
2 La ville africaine entre globalisation et conservation locale
3 Relations ville-forêt : questions pour le rapport final
4 Des lianes très sollicitées : Les rotangs dans la proche campagne de Yaoundé
5 La filière viande à Libreville
6 Menaces sur les forêts sacrées autour de Kinshasa
 
Articles suivants
 

 

1.- 2ème atelier régional ville-forêt - Réserve de faune de la Lopé

Après Yaoundé en 1997, c’est la réserve de Faune de la Lopé, au Gabon, qui a accueilli du 24 au 28 août 1998 le deuxième atelier Ville-Forêt d'APFT. Cette fois encore, ce séminaire a pu être organisé grâce au soutien du programme l'Homme et la Biosphere de l’UNESCO. L'atelier a réuni collègues et partenaires camerounais, congolais, équato-guinéens et gabonais pour la sous-région mais également cette année, outre des membres de la Cellule de Coordination et de la Direction Scientifique, une anthropologue danoise de l’Université de Copenhague. Nos collègues danois qui travaillent notamment en Ouganda dans le domaine de la gestion des ressources forestières, nous apportent ainsi une nouvelle dimension comparative des usages et des représentations de la forêt.

Nous n'avons pu que regretter l’absence de nos collègues de la République Démocratique du Congo, que les événements politiques et militaires ont empêchés de nous rejoindre. Malgré leurs difficultés, ils ont réussi à nous faire parvenir leurs rapports d'activités ainsi que les articles pour ce N°7 d'APFT News.

Ce deuxième atelier a permis de renforcer un constat: celui de l’importance pour les citadins de la forêt et de ses ressources, qu’il s’agisse du gibier, du bois ou des produits non ligneux. Ce n’est pas seulement le besoin vital des populations urbaines mais aussi leur profond attachement culturel qui les poussent à exercer une pression directe sur les ressources naturelles, la gestion des aires protégées ou même le développement rural en général. Cette pression s’intensifie au rythme de l’extension des espaces urbains qui empiètent de plus en plus sur la forêt. Les résultats préliminaires des experts du réseau ville-forêt du projet APFT nous le confirment. Cet axe de recherche original a ainsi montré sa pertinance, s'attirant la reconnaissance d'autres projets travaillant sur les mêmes terrains.

Outre les échanges d’idées et de réflexions indispensables à l’ancrage de l’identité du réseau Ville-Forêt d'APFT, l’atelier s’était fixé des objectifs à deux niveaux. Le premier, général, était de consolider le réseau, tant en ce qui concerne le renforcement des capacités que l’identification d’experts nationaux dans le domaine et la formation d'experts à venir.

Quant aux spécificités de l’atelier, la première a consisté d’une part, à passer en revue les quatre composantes du projet, et d’autre part, à tirer le bilan du fonctionnement du réseau et à l’améliorer, et à préparer la section Ville-Forêt du rapport final.

Les autres priorités, et non les moindres, ont été d’accroître la visibilité d’APFT au niveau régional et d’approfondir les analyses thématiques en cours. La dernière priorité, soit la consolidation de la coopération entre APFT et l’ERAIFT (Ecole Régionale Post-Universitaire d’Aménagement Intégré des Forêts Tropicales), n’a malheureusement pas pu être concrétisée : le Professeur Joseph Onyembe, tout comme ses compatriotes congolais, n’a pu quitter Kinshasa.

Cette deuxième table ronde a aussi été l’occasion d’établir des contacts fructueux avec les responsables gabonais de la réserve de la Lopé ainsi qu’avec leurs homologues européens d'ECOFAC. Ainsi, on retrouve parmi les priorités d'APFT la préoccupation d'épauler le programme ECOFAC dans le cadre de son volet d'appui au développement des populations locales. Sur base des initiatives d'ECOFAC visant à mettre sur pied des micro-projets de développement, une structure de recherche-action s'est mise en place pour faire un bilan critique de la situation, identifier des sources de tension avec les villageois et de nouvelles solutions qui redynamiseraient la vie économique dans les villages en tenant compte des critères socioéconomiques et démographiques propres à la Lopé.

Theodore Trefon

2. La ville africaine entre globalisation et conservation locale

Parce que les efforts de conservation sont plutôt axés sur la forêt, les impacts des villes sur les écosystèmes forestiers restent souvent des problèmes négligés. Cependant, l'avenir des forêts se joue largement en ville. En raison de l’urbanisation croissante de l’Afrique Centrale, les populations urbaines menacent sérieusement la biodiversité, particulièrement dans les zones périurbaines. C'est aussi dans les capitales que se décide la mise en coupe des forêts en fonction d'impératifs économiques et politiques à court terme. Mais, simultanément, les citadins constituent un potentiel important de conservation. Afin d'accorder toute son importance au facteur urbain, le volet Ville-Forêt du projet APFT (i) cherche à définir et à contrôler les besoins urbains en ressources forestières, (ii) analyse leurs effets réels, (iii) établit des liens entre les besoins urbains et les projets de développement rural et de conservation et (iv) identifie les stratégies qui aideraient à couvrir les besoins des populations urbaines tout en réduisant les répercussions négatives de leurs comportements sur l’environnement.

La conservation est-elle possible dans le contexte actuel ?

Bien que le groupe des experts africains et européens d’APFT soit essentiellement attaché aux usages des ressources forestières (gibier, bois de chauffe, produits non-ligneux) et, dans une moindre mesure, à la manière dont les citadins perçoivent la forêt, les résultats de leurs enquêtes doivent être considérés dans une perspective plus large. La crise économique régionale (chômage, ajustements structurels, dévaluation, endettement, chute des prix) joue également sur la manière dont les citadins exploitent les ressources forestières. Paradoxalement, alors que la communauté internationale appuie et subventionne les efforts de conservation, c’est souvent le consommateur occidental, ainsi que les sociétés et les institutions du Nord qui, consciemment ou non, incitent à des pratiques nuisibles à une bonne gestion des ressources au niveau local.

Les difficultés des systèmes étatiques à rencontrer les besoins des populations urbaines contribuent aussi à leur dépendance vis-à-vis des ressources forestières et des produits agricoles en zone périurbaine, que ces derniers soient de subsistence ou maraîchers.

La nécessité de mieux comprendre comment (i) la politique locale/nationale et (ii) les problèmes non résolus du droit foncier entravent effectivement les efforts de conservation doit requérir beaucoup plus d’attention. Dans le cadre d'une économie de rente, typique de l'Afrique Centrale, les ressources naturelles sont fréquemment exploitées comme si elles n'étaient en rien un patrimoine collectif : les populations ne bénéficient que d'un droit d'utilisation des espaces forestiers, alors que les Etats se réservent la propriété exclusive du sol et du sous-sol des forêts.

La démographie et le processus d’urbanisation expliquent, quant à eux, pourquoi les villes de la région grignotent la mosaïque forestière périurbaine. L’Afrique sub-saharienne connaît la croissance démographique la plus rapide au monde et les six pays du Bassin du Congo ont vu leurs populations augmenter de 2,5 à 2,9 % l’an ces trente dernières années. Les populations urbaines, elles, ont quintuplé en moins d’une génération (voir encadré).

Alors que les villes coloniales africaines avaient été aménagées pour devenir des enclaves urbaines à l’occidentale servant les intérêts commerciaux et administratifs des puissances coloniales, les cités africaines actuelles sont caractérisées par leur remarquable proximité, tant sociale que physique, des forêts et des zones rurales. La distinction ville-village s'estompe rapidement : si la modernité pénètre de plus en plus les villages, le comportement rural est reproduit en ville. Cette imbrication socioculturelle explique que la gestion des zones protégées et les efforts de conservation rurale et de développement sont sous l'influence directe des populations urbaines.

Faut-il "diaboliser" les villes ?

Etant donné la prééminence de la ville dans le paysage centre-africain, des initiatives citadines sont de plus en plus nécessaires à la résolution des problèmes de conservation. Ce phénomène ne doit pas être considéré comme une contrainte, mais plutôt en termes positifs : les populations urbaines peuvent potentiellement contribuer à la conservation de la biodiversité. La ville africaine offre des possibilités de synergie entre la société civile et le secteur privé, et permet des stratégies dynamiques de survie économique, des économies d’échelle, ou encore des initiatives de sensibilisation pour encourager chacun à une meilleure prise en considération de son environnement.

Theodore Trefon



3. Relations ville-forêt : questions pour le rapport final

L’avenir des forêts tropicales dans le Bassin du Congo dépend dans une large mesure des habitants des villes. Les populations urbaines en rapide expansion ont tendance à utiliser et à percevoir les ressources forestières de manière incompatible avec la conservation et une exploitation durable, ce qui cause une perte importante de la biodiversité. Les habitants des villes exploitent leur forêt pour des raisons économiques, politiques et culturelles. Ces populations urbaines sont de plus en plus confrontées à une rareté des ressources et à des coûts de plus en plus élevés. Leurs conditions de vie déjà précaires sont donc menacées.

Problèmes

L’impact des villes et des populations urbaines sur la dégradation de la forêt et la diminution de la biodiversité en Afrique Centrale résultent des problèmes suivants qui se superposent les uns aux autres :

- l'urbanisation (démographique et spatiale)
- la crise économique
- les contraintes institutionnelles
- la globalisation
- l'attachement culturel aux produits forestiers
- les perceptions locales de la conservation et la dégradation de la biodiversité

Les principales variables qui lient les écosystèmes forestiers aux aires urbaines sont :

l'utilisation des ressources forestières

les représentations mentales

l'utilisation de l'espace

les réseaux d'échanges

les modes de consommation

la cueillette des PFNL à destination des marchés urbains

la consommation urbaine du gibier

le bois de chauffe, et le charbon de bois

les relations familiales entre villageois et urbains

les nouvelles dynamiques associatives

Les populations elles-mêmes développent des stratégies de survie pour combler le vide laissé par des systèmes étatiques déficients.
- quelles sont ces stratégies, et comment s'organisent-elles?
- quels sont les services rendus?
- quel est leur impact sur l'exploitation des ressources naturelles?

 

Le présent rapport vise à tracer des pistes de réflexion et d’action pour répondre à certaines de ces questions. Si certains lecteurs parmi vous peuvent nous soumettre des idées, c’est avec intérêt que nous en prendrons connaissance.

Réponses à faire suivre à : Theodore Trefon

4. Des lianes très sollicitées : Les rotangs dans la proche campagne de Yaoundé


Jusqu'au début des années 1980, et dans le cadre des "gesticulations" qui se succèdent depuis près de trois décennies au chevet des forêts tropicales, le bois ou plutôt l'arbre a régulièrement caché les produits forestiers dit "mineurs" ou "secondaires". Mais depuis lors, on a observé chez les chercheurs, ONG et administrations forestières nationales, un grand engouement pour les produits forestiers non ligneux (PFNL) des forêts tropicales humides. Cet engouement a été en grande partie provoqué par l'intérêt toujours accru que les paysans et citadins manifestent pour ces PFNL.

L'urbanisation croissante, les influences extérieures, la paupérisation et certains événements macro–économiques ont amené les citadins et les populations rurales des régions forestières tropicales à s'intéresser plus que par le passé aux PFNL. Cette "redécouverte" et la "ruée" vers les PFNL qui s'en est suivie ont suscité chez les "développeurs" de tout bord diverses préoccupations liées à la gestion durable et à la valorisation de ces ressources.

Une ressource très importante pour les paysans

L'exploitation lucrative des rotangs est une activité très importante dans la région de Yaoundé. Elle touche 35% des ménages de nos sites d'étude et consomme une part non négligeable du temps des personnes concernées (13 jours par mois pour les artisans). Elle rapporte en moyenne 383.167 FCFA par an aux coupeurs vendeurs et aux artisans, soit 50% de leurs revenus annuels. Les ressources monétaires procurées par le rotin sont déterminantes non seulement en termes de valeur absolue ou relative mais aussi et surtout à cause de leur caractère "immédiat" ou "rapide" et relativement régulier qui fait d'elles un grand moyen de faire face aux difficultés de trésorerie courantes (achat de pétrole, savon, médicaments...)

L'exploitation du rotin participe à l'allègement du sous–emploi et du chômage, permet à certaines personnes d'avoir un revenu, d'accroître leurs disponibilités en numéraire, de satisfaire leurs besoins et ceux de leur famille. Et l'argent procuré par le rotin contribue au développement d'autres activités lucratives (achat de produits phytosanitaires pour les cacaoyères ou les parcelles de culture de tomates...).

La ville, principal facteur d'accélération de l'exploitation des PFNL

Il y a quatre décennies environ, les quantités de rotangs prélevées dans les forêts de la région de Yaoundé étaient très réduites parce que destinées presque exclusivement à une utilisation traditionnelle (réalisation des hottes et paniers, construction des cases...), car elles intervenaient en milieu rural et dans le cadre d'une économie domestique. Le Cameroun, comme l'ensemble des Etats de l'Afrique tropicale, était un pays à dominante rurale. Depuis lors, la conjonction de plusieurs éléments a entraîné un accroissement vertigineux de la population urbaine. Yaoundé qui nous concerne ici est passée de 90. 000 habitants en 1962 à 1.080.000 habitants en 1995.

Au niveau des villes, cette explosion s'est accompagnée de profondes modifications ou mutations des modes de vie, sous l'influence de l'occidentalisation et du brassage des populations de diverses origines. L'utilisation massive des objets en rotin est à mettre à l'actif de plusieurs facteurs parmi lesquels ces changements ou mutations tiennent une place de choix. Le développement de la ville a apporté avec lui l'utilisation de salons, berceaux, penderies, abat–jour, cache-pots... totalement inconnus des populations autochtones, et à la fabrication desquels le rotin se prête facilement. La demande accrue du rotin en ville a largement contribué à l'augmentation drastique des quantités d'Eremospatha macrocarpa et de Laccosperma secundiflorum coupées dans la campagne proche de Yaoundé. Actuellement, cette ville consomme directement ou indirectement au moins 80% du rotin utilement coupé dans la région. La métropole reçoit chaque semaine en moyenne 600 paquets ou rouleaux de rotin alors que de l'avis de nos informateurs, il y a trois décennies cette moyenne se situait en dessous de 50 unités.

Yaoundé devient alors non seulement le débouché du rotin brut et des articles en rotin, mais également un pôle de diffusion de l'exploitation du rotin, et de production d'articles dans les campagnes (centre d'acquisition ou d'amélioration du savoir–faire, de ravitaillement en intrants, de transit des modèles stylistiques exogènes...). La ville joue également un rôle de collecte et de redistribution pour le rotin et d'autres PFNL comme le Gnetum africanum et les plantes médicales.

Cependant l'urbanisation n'a pas été le seul élément à l'origine de l'accélération du prélèvement des PFNL. Ont aussi contribué au développement de ce phénomène :

Une exploitation qui est loin d'être rationnelle

La demande urbaine ajoutée aux besoins pressants des paysans provoque une accélération des prélèvements de rotangs. Cette forte sollicitation ne va pas sans incidence sur le potentiel productif de la ressource et le milieu écologique. Dans 3 de nos 7 sites d'étude, la pression sur les rotins est intense et se traduit par des restrictions à l'accès dans les "forêts privées", des disputes au sujet des sites de coupe dans les forêts qui ne font pas l'objet d'une appropriation individuelle, de fréquents changements des zones de coupe, la coupe de tiges peu matures et l'augmentation sensible des distances entre les sites de coupe et les habitations (par exemple à Zamakoé, de l'avis de paysans, la distance moyenne est passée de près de 6 km à environ 9 km entre 1992 et 1997).

Dans certains villages où la pression est très forte, les clones de rotins sont "assiégés" en permanence et les tiges n'atteignent pas le stade de fructification avant d'être coupées. Cette pratique limite les chances de reproduction des rotins qui, par ailleurs souffrent dans certains secteurs de l'extension des défrichements à des fins agricoles.

Sur un autre plan, il est important de relever que l'activité de cueillette perturbe quelque peu le milieu (destruction des herbes, plantules et arbustes dans plusieurs cas). Enfin, notons que les techniques de prélèvement présentent deux lacunes importantes qui ont des répercussions négatives sur la population de rotins : certains cueilleurs détruisent les tiges immatures afin d'accéder aux rotins mûrs et les rendements de prélèvement sont dans l'ensemble bas (les coupeurs ne prennent, dans beaucoup de cas, que les parties traînantes des tiges, enregistrant ainsi des pertes de 40% à 60% pour l'Eremospatha macrocarpa.

Pour une exploitation durable et une valorisation accrue des rotangs

Comment tirer le meilleur parti des PFNL sans nuire à terme à leurs potentiels productifs ? Ainsi peut être résumée la question cruciale au centre des préoccupations dans le domaine des PFNL.

Le problème de conservation de la ressource mérite une attention soutenue dans la mesure où la cueillette des rotins concerne la structure végétative elle–même. Il importe de trouver un niveau d'exploitation et des méthodes viables de ces lianes. Nous pensons par exemple à la mise en place de systèmes de collecte par rotation suivant une périodicité donnée à travers les grands massifs forestiers et à l'amélioration du rendement des prélèvements par la pratique de la traction tardive des tiges coupées. Malheureusement, cette technique peut difficilement fonctionner dans des forêts collectivement exploitées dont l'accès n'obéit à aucun principe de régulation, l'incertitude de retrouver les tiges sectionnées étant de nature à encourager plutôt la traction immédiate.

Cet élément et bien d'autres militent en faveur de l'élaboration et de la mise en exécution de mécanismes et de normes pouvant contribuer, du point de vue social, à la viabilité des prélèvements ou à la gestion durable dans les forêts exploitées de façon collective. On sait en effet que dans de nombreux contextes, une propriété commune dans le cadre de l'accès libre conduit à la surexploitation et au gaspillage, d'où la nécessité de mettre de l'ordre dans les "capharnaüms" que constituent les forêts communes où l'accès est libre, non organisé. C'est le cas par exemple des forêts de Mébiènè, Zamakoé, Awaé etc... Il convient d'établir pour différents acteurs, en présence dans ces forêts, des droits, des responsabilités et des devoirs.

Sur un autre plan, il faudrait également faire jouer des économies de la matière elle-même, c'est–à–dire éviter le gaspillage tout au long de la chaîne en recherchant et en vulgarisant des méthodes de conservation appropriées pour les rotins après prélèvement, ainsi que des techniques susceptibles d'augmenter considérablement le rendement de la matière première au cours de la transformation. Cette suggestion, comme d'autres déjà émises implique nécessairement une sensibilisation, une éducation ou une formation des coupeurs et des artisans. Ces actions auraient pour objectifs, entre autres, de bannir certains états d'esprit négatifs en matière de gestion rationnelle et de susciter chez ces acteurs des types de perceptions et de comportements favorables à la protection et à une bonne utilisation de la ressource.

Enfin, nous pensons qu'un des leviers sur lequel on devra appuyer de façon déterminante pour diminuer la pression sur les peuplements naturels est la mise en culture. La voie tracée dans le Sud–est asiatique (sylviculture des rotins) est donc à suivre. La volonté des paysans interrogés - 80% y sont favorables - est un atout important qui, ajouté à d'autres facteurs (existence d'un cadre de vulgarisation, emploi du temps des hommes pas trop chargé, pratique de l'agro–foresterie chez les populations de la région...) peut contrebalancer les handicaps éventuels.

Concernant la valorisation, il importe de chercher les voies et moyens de donner au rotin sa meilleure valeur utilitaire, de promouvoir l'artisanat rural afin d'augmenter les revenus et le niveau de vie des exploitants. Une telle entreprise nécessite entre autres la recherche de débouchés plus rémunérateurs pour les produits artisanaux et l'amélioration des connaissances techniques et gestionnaires des artisans. Il faudrait aussi améliorer leurs aptitudes à la créativité. Cette formation devrait leur permettre de bien gérer leur unité de transformation, de produire des articles de bonne facture capables de soutenir la concurrence, d'attirer les clients et d'étendre la demande.

Le rotin est un PFNL très important dans la région de Yaoundé. Son exploitation est en grande partie commandée par la proximité de cette ville. La ressource subit à présent une pression remarquable. Certes, dans l'ensemble, il est trop tôt pour parler d'apocalypse. Mais, dans certains villages, les indices prémonitoires d’une pénurie sans précédent sont de plus en plus perceptibles et la poursuite des tendances actuelles est à éviter.

Louis Defo, APFT / Université de Yaoundé I


5. La filière viande à Libreville

Dans le cadre des relations ville-forêt, l’étude de la consommation de viande de brousse par les citadins permet de lever le voile sur un aspect important de la pression qu’exerce la population urbaine sur l’écosystème. Comme d’autres grands centres urbains d’Afrique Centrale, Libreville compte parmi sa population de nombreux amateurs de gibier. A terme, la satisfaction de cette demande s’accompagne d'un risque potentiel, celui d’endommager l’écosystème au sein duquel ce gibier est prélevé. En effet, presque la moitié de la population du pays se retrouve dans la capitale gabonaise. Les pressions exercées sur l’écosystème forestier par les amateurs de gibier risquent, au regard de la croissance démographique à Libreville (6% par an), de prendre de plus en plus d’ampleur, les quantités de gibier déversées sur les marchés librevillois devenant considérables.

Mais par quoi est conditionnée cette attirance pour la viande de brousse ? Est-ce la conjoncture économique qui pousse les gens à se tourner vers des produits forestiers, parfois moins onéreux que les denrées importées ? Ou bien plutôt le désir de maintenir un mode d’alimentation plus « traditionnel », traduisant l’attachement culturel de ces citadins à leur terroir et à ses produits ?

Les consommateurs

Nous avons interrogé diverses catégories de personnes impliquées dans le commerce de la viande de brousse : agents du Ministère des Eaux et Forêts, chasseurs, commerçant(e)s et chefs de famille. Cependant, pour l’essentiel, nos recherches se sont concentrées sur les ménages citadins et les campements de chasse disséminés le long de l’axe ferroviaire du transgabonais.

Les questionnaires que nous avons soumis aux ménages des zones urbaines (au sein de notre échantillon, près des 3/4 des personnes ne sont pas originaires de la capitale ni de ses environs) visait essentiellement à cerner le profil type du consommateur de gibier et à mettre en évidence les raisons qui poussent les citadins à choisir ce produit.

Suite au boom pétrolier des années 1970-1980, de nombreux individus ont quitté l’arrière-pays gabonais pour venir s’installer en zone urbaine. L’essor qu’a pris le secteur pétrolier au Gabon à cette époque a eu des répercussions au niveau de toute l’économie nationale: l’urbanisation s’est accélérée, et on a assisté à un remodelage du territoire. Ce phénomène a évidemment eu pour conséquence d’accentuer encore les inégalités régionales. De nombreux immigrants issus de régions pauvres ont déferlé sur les villes, quittant leur forêt et son gibier, tout en emportant avec eux leurs habitudes et leurs préférences alimentaires. Constatons ici que la grande majorité des Librevillois consomme du gibier. Notre enquête révèle que près de la moitié d’entre eux se tourne vers la viande de brousse par goût. Le maintien d’une habitude est invoquée par environ un quart des consommateurs de gibier et un peu plus de 20% d’entre eux reconnaissent leur attachement culturel pour ce produit.

Cependant, la consommation de viande de brousse n’est pas nécessairement fréquente : au sein de 39% des ménages, on consomme de la viande de brousse une fois par mois et pour 31% d’entre eux, la consommation du gibier coïncide uniquement avec les périodes de fête. Cette habitude est-elle liée à des considérations financières ou la fête revêt-elle une signification particulière ? Il semblerait que les revenus des citadins ne leur permettent pas de satisfaire leurs goûts à leur guise... Il faut savoir que le prix des morceaux de gibier les plus appréciés par les amateurs ("porc-épic" et "sanglier") oscillent entre 4 000 FCFA et 50 000 FCFA. Près de la moitié des ménages urbains se composent de 5 à 10 personnes et les achats de gibier sont la plupart du temps mensuels et coïncident très fréquemment avec les périodes de réjouissances populaires ou familiales. Echelonné à cette fréquence, le poste de dépense « viande de brousse » devient beaucoup plus facile à intégrer au budget d’un ménage.

Chômer? Chasser?

A compter depuis l’accession du pays à la souveraineté nationale jusqu’à la moitié des années 1980, le Gabon a connu une période d’euphorie et de prospérité économique directement liées à la rente pétrolière. Or, à partir de la deuxième moitié des années 1980 et jusqu’à aujourd’hui, la récession économique brutale, la dévaluation du franc CFA et l’instauration d’une taxe sur la valeur ajoutée ont considérablement déstabilisé le peuple gabonais. De nombreuses sociétés privées et para-étatiques ont licencié une partie considérable de leurs employés ; d’autres ont tout simplement cessé leurs activités.

Ainsi, on retrouve au sein de la population d’une part des chômeurs entièrement livrés à eux-mêmes, d’autre part des salariés au pouvoir d’achat considérablement affaibli. Parmi ces personnes, les plus débrouillardes ont essayé d’identifier des créneaux rentables dans lesquels s’investir afin de générer des revenus décents pour eux et leur famille. La chasse et la commercialisation de viande de brousse en font évidemment partie. En effet, la chasse leur offre une rémunération plus rentable et moins contraignante que l’agriculture. C’est pourquoi on a pu remarquer, depuis le milieu des années 1980, l’apparition de nombreux campements de chasse autour des réserves de faune, des gares ferroviaires et des anciens chantiers forestiers. Certains de ces campements sont même devenus des villages à part entière, caractérisés par une population particulièrement hétérogène. C’est le cas de Mouyabi. On distingue à l’intérieur de ce type de village deux catégories de chasseurs : les chasseurs qui commercialisent eux-mêmes les produits de leur chasse et ceux qui s’en remettent à un commerçant pour vendre le gibier. La première catégorie est composée d’individus débrouillards, prêts à se démener pour écouler leur marchandise eux-mêmes, profitant notamment du passage des trains. Les chasseurs de la deuxième catégorie confient la tâche de commercialisation à un tiers. C’est cette tierce personne qui fournira le matériel nécessaire à la chasse (fusil, lampes, cartouches, etc.) ainsi que de la nourriture. Certains investissements plus importants (comme par exemple, l’acquisition d’un congélateur pour conserver la viande) sont assumés par le commerçant (qui est, la plupart du temps, une commerçante...) sous forme de prêt. Le chasseur remboursera ensuite l’appareil en nature, c’est-à-dire en gibier. La stratégie adoptée par les commerçant(e)s consiste souvent en une multiplication de « contrats » avec différents chasseurs. Ce procédé contribue à la croissance considérable des quantités de viande de brousse acheminées vers les villes. L’offre devient vite supérieure à la demande, d’autant plus que, comme nous l’avons vu plus haut, la demande en gibier est occasionnelle et les ménages librevillois ne peuvent se permettre de consommer de la viande de brousse qu’une fois par mois ou à l’occasion d’événements particuliers.

Les perspectives

Toutes catégories socioprofessionnelles confondues, qu’elles soient originaires de régions forestières (a priori giboyeuses) ou non, la majorité des personnes que nous avons rencontrées lors de notre enquête consomment occasionnellement de la viande de brousse. Cependant, les Librevillois n’ont pas pour habitude de manger régulièrement du gibier. C’est pourquoi, l’approvisionnement sauvage et massif des marchés en viande de brousse paraît tout à fait disproportionné par rapport à la demande réelle en gibier. En terme de recommandations, il nous semble que des mesures appropriées devraient être prises afin de réguler cette offre et de l’ajuster à la demande en tenant compte du budget mensuel que les ménages consacrent à l’achat de gibier. Par ailleurs un effort particulier pourrait être déployé pour informer et sensibiliser les Librevillois en ce qui concerne les problèmes liés à une chasse devenue trop professionnalisée. C’est peut-être, entre autres choses, au prix de ce travail pédagogique que les Gabonais arriveront à préserver leur écosystème forestier.

 

Résumé par Aurélie Binot à partir d'un rapport APFT inédit

rédigé par Marius Indjieley, APFT/Université Omar Bongo

 

6. Menaces sur les forêts sacrées autour de Kinshasa

La réaction passionnée du grand public britannique à propos du 'Newbury Bypass' nous montre bien à quel point les gens ont des sentiments forts quand les arbres et l’environnement sont en jeu.
En même temps au Etats Unis, le séquoia géant de Californie est toujours un symbole national qui inspire de sentiments intenses.
Pendant que les forêts vierges sont sacrifiées pour les intérêts de corporations multinationales et les façons de vie traditionnelles disparaisses, le statut des forêts, la signification culturelle des arbres, et l'impact des campagnes de conservations sont des sujets qui ont inspirés des engagements intenses. Pourquoi les gens ont-il des sentiments aussi forts à propos des arbres? Avec cette explosion d’intérêt pour la question de l’environnement, une étude sérieuse sur ce que les arbres veulent dire pour les humains ce fait attendre depuis longtemps. Ce livre interdisciplinaire répond à ce besoin en offrant la première analyse avec croisements culturels du symbolisme des arbres.
Les luttes politiques concernant les ressources des forêts y joue un rôle important, et les perceptions des arbres dans différentes cultures nous éclaire de façon étonnante sur les manières différentes dont les humains conceptualisent la nature. A part du fait que ce livre sera une contribution majeure à l'anthropologie symbolique, cette étude détaillé sera une lecture essentielle pour des étudiants dans une grande variété de sujets et pour quiconque qui s'intéresse aux politiques d'écologie, à l'occulte et au neo-paganisme, and à l'histoire et la sociologie de l’environnementalisme dans son sens le plus vaste.


 

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