3 numéros (issues) / an (year) - N°4 (Novembre 1997/ November 1997) - Projet CEE / Project EEC - DG VIII -
Aucune communauté nest représentative à elle
seule des peuples des forêts tropicales. Cest pour cette raison
que la composante "Augmentation des connaissances et des capacités
de recherche" dAPFT a sélectionné un ensemble de
régions sur les trois continents ACP, pour y mener simultanément
les mêmes enquêtes, à vocation comparative.
Les communautés où nous uvrons représentent des situations socio-économiques qui correspondent aux grands types de développement dans les forêts tropicales, fournissant autant dexemples des modes dajustement que les sociétés traditionnelles opèrent face à la modernité. La démarche comparative, mais aussi pluridisciplinaire et holistique qui est la nôtre, est la seule susceptible de conduire à des résultats dintérêt général, qui permettront des recommandations constructives en termes de politique de développement et de conservation.
La constitution dun important réseau de chercheurs, débutants et confirmés, européens et originaires des pays ACP, nous permet, en mobilisant une forte équipe, dêtre présents sur plusieurs terrains. Il ne sagit pas là dune quelconque dispersion qui serait préjudiciable à une bonne recherche, bien au contraire cest une position théorique et méthodologique fondamentale. En effet, nous avons privilégié une approche régionale, plutôt que par village ou par "ethnie", car il est indéniable que les populations forestières actuelles ne sont nulle part isolées les unes des autres, et que les conditions socio-économiques varient grandement dun village à lautre, même le long dune seule route. De la même manière, on sait maintenant que le milieu naturel forestier est loin dêtre homogène, de telle sorte que les ressources et les sols qui sont disponibles pour les hommes varient de place en place. Ainsi telle communauté africaine de langue ntumu (Cameroun) sera réputée "pêcheurs de rivière", alors que seuls quelques villages, et dans ceux-ci, seules quelques familles, seront réellement impliquées dune manière prédominante dans des activités de pêche - cest ce que montrent nos études en cours. En Guyane, les petits villages Wayãpi proches des sources de lOyapock apparaissent isolés et tournés vers des activités traditionnelles, alors que près de la moitié des membres de cette ethnie vit à Camopi, dans une bourgade pluri-ethnique faisant face à un village de pionniers brésiliens...
Cest ce qui a motivé notre approche par "vallée", qui rend mieux compte de communautés et de situations complexes.
Nous avons intitulé nos zones de travail "Sites intensifs
pluridisciplinaires", pour souligner le caractère collectif
de notre démarche ainsi que le type détudes privilégiant
des séjours longs - sur la base dau moins un cycle annuel,
prenant en compte les variations saisonnières de ressources, dactivités
et de mobilité.
Dans les livraisons ultérieures de notre Newsletter, nous présenterons
nos sites plus en détail, les uns après les autres. Ici nous
voudrions montrer lensemble et sa cohérence.
Nous nous efforçons de prendre en compte :
Lensemble des "Sites intensifs pluridisciplinaires" sélectionnés répond à cette nécessité, présentant une variété de situations face au changement, sur les trois continents :
Enfin, des études dans des villes primaires ou secondaires permettent daborder le problème des relations entre urbains et habitants ruraux des forêts.
Le CAMEROUN est un pays où la diversité des paysages est
notoire.
Dans la Vallée du Ntem, qui fait frontière avec la Guinée
Équatoriale, sont installés des villages Mvae et Ntumu, dont
les habitants sont tout à la fois agriculteurs, cultivateurs de cacao,
piégeurs et pêcheurs. Cette région nest actuellement
lobjet daucun programme spécifique de développement,
mais les choses sont appelées à changer dans un futur proche
: un projet de barrage va noyer terroirs villageois comme zones de pêche,
et la forêt qui la borde par le nord commence à être
exploitée.
La Plaine Tikar se situe à lintersection de la forêt
et de la savane arborée ; une partie seulement des Tikar qui lhabitent
sest installé dans le massif forestier, après une migration
relativement récente du nord vers le sud. Ils y ont rencontrés
des tout petits groupes de pygmées Medzan avec lesquels ils sont
désormais associés. Cet ensemble de populations nous permet,
par contraste, de dégager les spécificités des sociétés
comme celles du sud du Cameroun, implantées dans la forêt depuis
beaucoup plus longtemps.
La périphérie de la Réserve de faune du Dja subit des
pressions diverses : à louest, des villages Bulu sont confrontés
à la présence de la Réserve, qui limite certaines activités
; à lest des hameaux de pygmées Baka voient leurs territoires
soumis à une nouvelle exploitation forestière. La partie nord
est propice à une véritable expérimentation : tester
en grandeur réelle lapplicabilité de la législation
sur les forêts communautaires.
Les problèmes liés à la présence de villages
dans ou à la périphérie immédiate des aires
protégées sont abordés dans les autres pays dAfrique
centrale : au GABON dans la Réserve de Faune de la Lopé, au
CONGO dans le Parc dOdzala, ainsi que dans lest de la RÉPUBLIQUE
DÉMOCRATIQUE DU CONGO au parc de la Garamba et au Kivu - parcs de
Kahuzi-Biega et des Virunga. Au Congo, au Cameroun et au Gabon, nos actions
sont menées en complémentarité avec celles dECOFAC.
Il nest que de se promener dans un marché dune ville
dAfrique centrale pour mesurer limportance de la forêt
: viande de gibier, mais aussi fruits, graines, poissons, remèdes
et condiments sont innombrables. Aussi avons-nous mis en place un réseau
détude des relations entre les villes et les communautés
rurales à Yaoundé, Libreville, Pointe Noire et Kinshasa. Ce
réseau est basé sur des équipes des universités
nationales.
Au GUYANA, nous avons choisi la vallée du Rupununi, où
se côtoient des communautés Wapishana et Makushi, dont certains
villages sont implantés dans une mosaïque forêt-savane,
et dautres à la périphérie du grand parc de lIwokrama.
Ces groupes se caractérisent par des modes de subsistance en grande
partie traditionnels.
En revanche, les Karib de la région de la rivière Barima sont
majoritairement employés dans des entreprises de production de curs
de palmiers.
La GUYANE française (bien que ne relevant pas à proprement
parler des pays ACP) nous permet dobserver des contextes économiques
similaires, et dexaminer les conséquences dun système
politique national tout à fait différent.
Les cours des fleuves Oyapock (qui forme frontière avec le Brésil)
et Maroni (frontière avec le Surinam) se ressemblent : de petites
bourgades pluriethniques dans les basses vallées (Saint Georges de
lOyapock, Maripasoula sur le Maroni) où se côtoient Amérindiens
et Créoles, puis des petits villages amérindiens isolés
vers les sources.
Dans la haute vallée de lOyapock, le bourg de Camopi est constitué
de Wayãpi et dEmerillons, et fait face à un hameau brésilien
où se situent les commerces. Plus loin, quelques villages Wayãpi
très isolés disposent dune immensité de forêt
pour lagriculture, la chasse et la pêche.
La basse vallée du Maroni est habitée par des Noirs Boni-Aluku,
alors que le haut cours est le domaine des Wayana.
La partie sud de la Guyane fait lobjet dun projet de Parc national,
qui immanquablement englobera les territoires des Wayana et des Wayãpi.
Les activités dAPFT à VANUATU sont concentrées
sur lîle de Santo et menées en association avec le programme
de lORSTOM "Se nourrir à Santo".
Sur la Côte ouest, notamment dans la région de Wusi, nous étudions
les systèmes dagriculture irriguée de taros (plantes
aracées à tubercules) et le mode de transformation de la forêt
par larboriculture.
Dans le même temps, le marché de la petite ville de Luganville
fait lobjet dune étude détaillée, qui se
poursuit dans les villages lapprovisionnant - notamment Fanafu.
La PAPOUASIE-NOUVELLE GUINÉE est certainement une des régions
du monde où la diversité culturelle est la plus grande : près
de mille langues différentes y sont parlées, dont la moitié
dans les forêts. Nos sites reflètent cette diversité,
puisque notre étude intègre des communautés des basses
terres, des forêts daltitude moyenne et des hauts plateaux.
Sur le versant sud de lîle, une série de groupes éloignés
les uns des autres (les Anga, les Kasua, les Liawep) sont caractéristiques
des forestiers, agriculteurs, chasseurs et pêcheurs à lhabitat
très dispersé. Toutefois ces régions ne sont pas à
la marge : ainsi le territoire des Kasua est-il convoité à
la fois par des sociétés dexploitation forestière
et des compagnies pétrolières, avec lesquelles la communauté
doit passer contrat.
Non loin des Anga, les Pawaia consommateurs de sagou (palmier à fécule)
sont confrontés à la mise en place dune aire protégée,
la Crater Mountain Wildlife Management Area.
Plus haut, les Oksapmin de la région Ok, outre leur agriculture de
subsistance, effectuent des cultures maraîchères destinées
à la ville minière d'Ok Tedi.
Dans le district de Vanimo, sur la côte nord de la Papouasie Nouvelle
Guinée, cohabitent des Imeri de villages reculés, dautres
de zones dexploitation forestière, avec des communautés
semi-urbaines dans la bourgade de Vanimo - dont lapprovisionnement
en produits forestiers nest pas négligeable.
| Groupes à stratégies traditionnelles | Sociétés près d'aires protégées | Sociétés en changement | Villes | ||
| A | Cameroun | vallée du Ntem (Ntumu, Mvae)Périphérie du Dja (Baka) | Réserve de Faune du Dja (Bulu, Bajwe, Baka, Kaka) | exploitations forestières : Périphérie du Dja, (Bajwe, Baka) Plaine Tikar (Tikar, Medzan) | Yaoundé |
| Gabon | Réserve de la Lopé (Okande, Makina, Sake, Simba) | Libreville | |||
| Congo | Parc dOdzala (Bakota, Mboko, Mongom, Bakola) | Pointe Noire Ouesso | |||
| RDC | Parc national de Kahuzi-Biega | Kinshasa Kikwit | |||
| C | Guyane | Vallée de lOyapock (Wayãpi)Vallée du Maroni (Wayana) | Oyapock et Maroni : Parc national du Sud-Guyane (Wayãpi, Wayana) | Vallée de lOyapock, Camopi (Wayãpi)Vallée du Maroni (Boni-Aluku) | St George de lOyapock (Palikur) |
| Guyana | Vallée du Rupununi (Makushi, Wapishana) | Rupununi : Parc de lIwokrama (Makushi) | Barima river, production de curs de palmiers (Karib) | ||
| P | Vanuatu | Côte ouest de Santo (Wusi) | Luganville | ||
| Papua-New Guinea | AngaKasuaOk (Liawep)Vanimo (Imeri) | Crater Mountain Area (Pawaia) | Ok, cultures maraîchères (Oksapmin)Kasua, compagnies forestières et pétrolières Vanimo district, exploitation forestière (Imeri) | Vanimo |
La psychologie contribue à plusieurs titres à l'objectif que sest fixé lAPFT qui, rappelons-le, est de favoriser la participation des populations "bénéficiaires" au processus de développement durable et de conservation des forêts tropicales, afin quelles intègrent la gestion et la protection des ressources forestières dans le cadre de leurs activités et de leur mode de vie en général.
La nécessité dintégrer la dimension psychologique aux actions de lAPFT sest rapidement imposée, sachant que, et on ninsistera jamais suffisamment sur ce point, les représentations quont les populations delles-mêmes, de l'Autre et de leur environnement influencent considérablement leurs pratiques.
Si ces questions se posent, c'est bien que culturellement le planificateur et ses interlocuteurs font partis de deux mondes distincts, et que la relation quils entretiennent est historiquement asymétrique :
La psychologie intervient à la fois comme outil de connaissance et comme mode d'action.
Recherche
Plusieurs grands axes de recherche se dégagent :
Les connaissances acquises permettent dévaluer le degré dadhésion des populations aux actions de développement et de conservation. A terme, cette évaluation vise à faire des propositions qui favorisent le dialogue entre tous les interlocuteurs et stimulent la participation des populations aux actions proposées.
Les outils
La méthode utilisée a ceci de spécifique et d'intéressant qu'elle permet à la fois une collecte des données et une participation des populations à une réflexion sur les questions de développement et d'environnement. Une telle sensibilisation vise à ce que les populations, rendues conscientes de ce quelles sont aussi actrices, et non pas seulement consommatrices des programmes, se réapproprient les objectifs de développement et denvironnement.
Pour atteindre cet objectif, le psychologue a recours à plusieurs outils qui ont en commun de nécessiter une interaction entre le chercheur et les populations, et de les impliquer dans une réflexion avant toute action proprement dite.
Ce sont principalement des entretiens collectifs et individuels semi-directifs enregistrés et traduits sur place, d'une part, et une observation simple ou participative d'autre part.
Lors des entretiens collectifs, nous mobilisons des techniques propres à la dynamique de groupe afin de favoriser l'expression de problématiques parfois délicates et de faciliter l'intégration par tous les membres du village des propos tenus pendant l'assemblée. Ils sont l'occasion d'une observation des conduites et des interactions non-verbales suscitées par les interventions orales des uns et des autres.
La psychologie a pour particularité d'appréhender et d'analyser les conduites humaines intervenant dans une relation, à partir de ce que les groupes et les personnes impliqués dans cette relation expriment verbalement ou non-verbalement.
Ce qui est exprimé n'est pas nécessairement "ce qui est dans la réalité", mais bien ce que les interlocuteurs expriment de cette réalité et comment ils la vivent. Et c'est précisément là que le psychologue intervient : il saisit cette dimension cachée, qui n'est pas matériellement saisissable, et qui pourtant guide les conduites.
Sensibilisation
Les actions de sensibilisation se dirigent à la fois en direction des décideurs (Union Européenne, Ministères locaux, ONG) et des populations locales.
Outre les actions de sensibilisation qui découlent de la méthode utilisée, et qui ont été évoquées précédemment, on a recours :
Cette action poursuit un double objectif :
Ces actions de sensibilisation sappuient sur une équipe de chercheurs de lUnion Européenne et des pays ACP, dont une partie a été formée dans le cadre du volet "psychologie" de APFT . Les actions ainsi menées ont abouti à la création dun réseau de recherche et dactions multilatéral.
Le volet psychologie de l'APFT se déploie principalement en Afrique, et au Cameroun en particulier. Chaque site sélectionné présente une situation particulière en matière de modification de l'environnement. Cette diversité permet à terme une analyse comparative :
Dans une Afrique comptant pratiquement 50% de citadins, la prise en compte
du facteur urbain constitue une priorité pour les projets daction
en faveur des forêts tropicales qui visent la conservation, la gestion
et le développement durable.
En effet, la ville est à la fois le lieu où se prennent les
décisions politiques et économiques concernant lavenir
de la forêt et le lieu où les produits forestiers sont consommés.
Mais la ville est aussi le « point de contact » avec le monde
extérieur, le lieu du changement social, de lélaboration
de nouvelles stratégies, de nouveaux comportements, de nouvelles
attentes et représentations individuelles ou collectives qui diffuseront
vers les villes intermédiaires et le milieu rural.
Phénomène urbain par excellence, « le secteur informel
» est devenu un élément essentiel, des économies
du tiers monde et en particulier celle du continent africain où il
assure une grande partie de lemploi et apporte une réponse
aux besoins élémentaires des populations (nourriture, logement,
vêtement, formation, santé, transport, etc...).
Létude de léconomie informelle sinscrit
donc dans les objectifs généraux du programme APFT, plus particulièrement
dans la recherche dune meilleure compréhension de la dynamique
socio-économique urbaine, de son incidence sur lutilisation
des ressources naturelles, mais aussi sur sa capacité à élaborer
de nouvelles stratégies en vue dun développement durable.
Bien quobservé et étudié depuis plus de vingt
ans, « le secteur informel » ne connaît toujours pas de
définition convaincante et certains auteurs vont jusqu'à remettre
en question la notion même dinformalité.
En 1972, dans son rapport « Kenya » le BIT (titulaire officiel
de lexpression) proposait une définition des activités
du « secteur informel » basée sur sept critères
:
Quelques années plus tard ces critères étaient passés à quinze et leur nombre ne cessa ensuite de croître. Fallait-il tenir compte du caractère licite ou illicite des activités, de leur taille, de leur rapport à lEtat, de leur structure organisationnelle, de leur chiffre daffaire, de leur rapport au secteur formel, etc... ? Ce problème définitionnel rend parfaitement compte de lextraordinaire polymorphisme du secteur informel et de la difficulté den englober les diverses réalités. Lidentification du secteur informel, reste donc pour une part intuitive et lon pourrait sans doute élaborer autant de définitions quil y a de « terrains » dobservation ou dobservateur. La pluralité même des termes utilisé pour désigner ce secteur de léconomie est un bon exemple des différentes approches dont il a fait lobjet : petite économie, infra-économie, économie de survie, économie populaire, économie urbaine, économie duale, économie alternative, économie occulte...
Dune façon générale on sentend aujourdhui
pour dire que le secteur informel désigne de petites unités
dintermédiation financière, de production et de distribution
de biens et de services qui ont recours à des modes de production
et de gestion peu sophistiquées et qui fonctionnent sans statut légal
( activités alégales comme apolitiques plutôt quillégales).
La récupération des déchets et leur recyclage, la réparation
de matériel électrique électronique et mécanique,
le transport, la vente deau, de viande de brousse, de bois de chauffe,
de bois de construction, la confection vestimentaire, le gardiennage des
voitures, la plastification de documents, le pesage des personnes et la
prise de tension sanguine, les petits commerces ambulants, les banques informelles,
les caisses dépargne informelles, les mutuelles informelles
(sécurité sociale), lartisanat des objets domestiques
(fer, bois, rotin, cuir...), lagriculture urbaine....sont quelques-unes
des très nombreuses activités abritées par le secteur
informel . La créativité entrepreneuriale est lune des
caractéristiques centrales du secteur informel. De nouvelles activités
se créent sans cesse, elles répondent certes à des
besoins mais elles ont pour objectif principal de générer
des emplois plutôt que des profits.
La crise cumulée des économies et des Etats africains est
à lorigine de lexpansion du secteur informel qui sest
développé au point de concurrencer le secteur formel. Urbanisation
rapide, boom démographique, migration rurale, crise économique,
réduction des fonds publics et plus récemment ajustement structurel
sont les composantes qui ont entraîné une explosion de la demande
d'emplois.
Durant les années 50 à 80, la population urbaine a augmenté
au rythme de 6% par an et de 10% dans les villes périphériques,
alors que le développement des emplois dans le secteur moderne ne
représentait que 2%. Limportant chômage urbain qui découle
de cette disparité à alors cherché une voie de résorption
dans les activités informelles. Lémergence du secteur
informel constitue une sorte de réflexe de survie de populations
refusées par le secteur formel. Dans un premier temps, il a joué
un rôle d'adoption des migrants et plus tard un rôle d'accueil
des agents économiques exclus du secteur officiel. Les activités
abritées par le secteur informel se répartissent de la façon
suivante: 37% pour le commerce, 36% pour les activités de type industriel,
19% pour les services et 8% pour le transport (source BIT).
En se référant aux estimations les plus basses, le secteur
informel représenterait une contribution de 20 à 30 % du Pnb
des pays africains (50 à 55 % selon le ministère sénégalais
du Plan), il occuperait près de 60% des actifs urbains, pourrait
fournir 90 % des nouveaux emplois urbains africains et continuerait de croître
(selon lenquête menée par la Division de l'Industrie
et de l'Energie du Département de l'Afrique de l'Ouest de la Banque
mondiale).
Longtemps sous-estimé voire méprisé le secteur informel
sest imposé comme une composante essentielle des économies
du tiers monde. Dans le cas de lAfrique mais aussi de lAsie
on ne peut plus le considérer comme une sorte de proto-économie
assujettie aux impératifs de la survie et vouée à une
disparition rapide.
A la fin des années 80, constatant léchec du modèle
de développement « industrialiste », la désertion
croissante des pouvoirs publics africains et laugmentation drastique
de la paupérisation urbaine, les institutions internationales vont
se mettre à considérer le secteur informel comme une alternative
sérieuse pour le développement économique.
La Banque Mondiale et le FMI, notamment, considèrent lémergence
du secteur informel comme une saine réaction du « marché
» à légard de linterventionnisme des Etats
africains.
Ils y voient aussi une véritable « pépinière
» de petits entrepreneurs qui, à condition dêtre
soutenus, pourront, grâce à leur prix compétitifs, prendre
place dans léconomie internationale.
Le secteur informel est donc perçu comme un vecteur de développement
économique, dont on va semployer à « formaliser
» les activités. Cette « incorporation » du secteur
informel passe par la formation des « entrepreneurs » aux techniques
de gestion, à la concurrence, à l'économie de marché
et vise à favoriser laccès au crédit qui permettra
daméliorer les techniques et entraînera un gain de productivité.
On retrouve dans cette approche, exclusivement économique, la reproduction
dun modèle de développement de type « take-of
» construit et inspiré dun scénario transposant
dans le tiers monde les conditions du développement occidental. Seul
le destinataire de laide change, non plus lEtat et le secteur
moderne, mais le secteur informel dont on attend quil sinstitutionnalise.
Cette approche du secteur informel sinscrit dans la logique du modèle
économique dominant et constitue un point de vue extrêmement
réducteur au regard du particularisme des activités et de
la dynamique sociale de léconomie populaire.
Bien que lensemble des sociétés soient aujourdhui
intégrées (ou en voie de lêtre) dans léconomie
marchande, lutilisation de critères standards micro ou macro-économiques
propres aux économies développées pose à lévidence
le problème de la prise en compte de déterminants, sociaux,
culturels et économiques spécifiques (redistribution, réciprocité,...).
Le marché africain est incontestablement un modèle différent
de celui du marché néo-libéral, et ceci tant du point
de vue de son histoire que de sa fonction dans la société.
De nombreuses recherches ont été menées dans la
perspective dune meilleure compréhension des principes et du
fonctionnement de léconomie populaire africaine.
Ont ainsi été étudiés : la finance informelle
et ses mécanismes de mobilisation de lépargne (tontines)
et de circulation des flux monétaire, la productivité des
activités, les relations avec léconomie formelle les
incidences des politiques dajustement structurel (réduction
des salaires, privatisation, réduction des effectifs dans la fonction
publique) imposées par les institutions de Brenton Woods sur la paupérisation
et sur lexpansion du secteur informel, la baisse des revenus et le
développement de la pluri-activité, etc... . Les données
recueillies ont permis de construire une image fine de léconomie
informelle remettant en cause certains a priori ou dogmes.
Toutefois à de rares exceptions près les analyse fournies
se sont limitées à une approche de type économique,
certes pertinente, mais dont le caractère unidimensionnel rendait
mal compte des logiques multiples qui caractérisent notamment lorganisation
sociale.
Un autre regard était donc nécessaire pour compléter
les données économiques et tenter de comprendre de façon
globale ou holistique la dynamique du secteur informel.
Bien plus quun simple système économique produisant,
échangeant et consommant biens et services « léconomie
informelle » intègre les champs social et économique.
Contrairement à la vision dichotomique occidentale, léconomique
et le social sont ici intimement liés et il est dailleurs plus
opportun de parler « déconomie sociale » ou «
déconomie populaire » pour qualifier le phénomène
informel. Léconomie populaire ne peut être envisagée
comme une simple économie de la « débrouille »
individualiste, elle assure au contraire des services à la collectivité,
notamment par une forme de redistribution des revenus au travers de véritables
systèmes de sécurité et de protection sociale.
Certains auteurs tel M. Penouil considèrent la dimension sociale
comme prédominante : « Les activités informelles
sont avant tout une forme particulière de la dynamique sociale dans
les sociétés en développement.».
Dune façon générale, on pourrait dire que
le particularisme de « léconomie populaire » tient
au fait quelle utilise les ressources sociales, culturelles et économiques
disponibles, quelle entretient avec la société et sa
culture une relation étroite, tout en assimilant de façon
syncrétique des éléments de la modernité occidentale.
Cette économie sorganise en réseaux complexes, à
la fois sociaux, financiers et économiques.
Contrairement à léconomie occidentale, la rationalité
de léconomie populaire napparaît que lorsquon
lenvisage dans sa globalité. Non plus seulement dans lobservation
dindicateurs économiques mais aussi dans lidentification
des logiques sociales et représentations qui sous-tendent les comportements
des « acteurs » ainsi que dans lidentification et la compréhension
du fonctionnement des réseaux sociaux et leur inscription dans lespace
et le temps.
Lapproche « socio-anthropologique » telle que définie par J.P. Olivier de Sardan nous semble particulièrement adaptée à lacquisition de ce type de connaissance.
«Jentends par socio-anthropologie létude empirique multidimensionnelle de groupes sociaux contemporains et de leurs interactions, dans une perpective diachronique, et combinant lanalyse des pratiques et des représentations.»
«La socio-anthropologie fusionne les traditions de la sociologie de terrain et de lanthropologie de terrain pour tenter une analyse in situ des dynamiques de reproduction/transformation densembles sociaux de natures diverses prenant en compte les comportements des acteurs, comme la signification quils accordent à leurs comportements.»
Les recherches initiées par APFT sur léconomie populaire urbaine sinscrivent complètement dans cette perspective.
Le premiers résultats obtenus mettent en évidence limportance
des pratiques associatives et le rôle central quelles jouent
dans le développement de léconomie dite «informelle».
Ces associations représentent une transposition, en milieu urbain
de la communauté villageoise rurale dont le modèle dorganisation
sociale reste dominant. Toutefois, en milieu urbain, la notion même
de « famille élargie » évolue. La dimension communautaire
(solidarité dappartenance) reste prépondérante
mais la famille sélargit en dépassant les critères
traditionnels (spatiaux, ethniques, lignagers,...). Le développement
des pratiques associatives procède de la refondation dune «
famille plus étendue » en réponse à la déstructuration
de la famille traditionnelle, au refus de ses contraintes par les nouvelles
générations, et à lindispensable adaptation aux
conditions de vie urbaines.
Les associations constituent la trame qui structure léconomie
populaire et cest au sein de ce réseau que naissent et vivent
les activités marchandes et non marchandes, mais lon ne connaît
encore que peu de chose à leur sujet.
Les activités informelles urbaines sinscrivent dans une
forme particulière de dynamique sociale capable à la fois
dinvention et de réinterprétation et dont les pratiques
associatives sont lexpression. Le soutien aux réseaux associatifs
constitue probablement une piste féconde pour une aide au développement
sappuyant sur des initiatives locales déjà fonctionnelles
en lieu et place de projets « importés » dont on mesure
aujourdhui linadaptation.
Toutefois des interventions de ce type doivent être conçues
sur base dune connaissance fine des organisations, des logiques et
représentations sociales.
J.P. Olivier de Sardan, 1995, Anthropologie et développement,
APAD-KARTHALA.
Peemans J.P., 1997, Crise de la modernisation et pratiques populaires,
Zaïre-Histoire et Société, Paris, LHarmattan.
Lautier B., 1994, Léconomie informelle dans le tiers
monde, Paris, La Découverte, Collection Repères n°155.
Fire is part of the normal ecology and human ecology of tropical rain forests throughout the world, and has probably been so for many thousands of years. For example, residues of charcoal have been found in cores sunk in parts of Sumatra which have been interpreted as the result of both spontaneous and deliberate burning. Spontaneous ignition of forest provides opportunities for the light to penetrate to the forest floor and allows new trees to grow, it increases the possibilities for new species to establish themselves and maintains the distinctive patchiness of forest structure. This 'patchiness' is now widely acknowledged to contribute to the effective reproduction of forest and to maintain its characteristic high biodiversity by providing a wide range of different habitats at different stages of regrowth. At the same time, we know that fire has been used as a tool for clearing agricultural plots by traditional shifting or swidden cultivators for millennia, part of a strategy for successfully farming forest on a sustainable basis which has in turn contributed further to maintaining the distinctive form of southeast Asian rain forest. The genetically rich lowland forests of large parts of Sumatra, Borneo and Irian Jaya which environmentalists and governments seek to protect as 'natural' habitat, are in large part the result of human interference which involves conscious strategies of burning.
For much of the colonial period, traditional shifting cultivators were reviled as destroyers rather than managers and makers of forest, an image which has persisted among post-colonial policy makers, aided and abetted, it must be said, by many 'expert' forestry and conservation advisors. We now know that this is not true. How ironic then that the fires which now sweep through parts of Sumatra and Kalimantan are less a consequence of the ignorance of traditional farmers whose fires have 'got out of control' (a common explanation put forward by the government of Indonesia), but a cumulative result of policies which have encouraged widespread and intensive transformations of forest to make them more productive, which have simplified their ecological organisation and decreased their diversity and, therefore, increased the risk of widespread fire damage, without ensuring that the controls are in place to prevent accidents.
The main cause of the fires now appears to be a consequence of extensive land clearing as part of the government plans for transmigration, indiscriminate and unregulated logging and modification of forest for plantation trees. For many decades, following a pattern established by the Dutch, the Indonesian government has used transmigration as an instrument to alleviate demographic pressure in the Javanese heartland, open-up areas for economic development and as a political tool to integrate an ethnically diverse population. Many transmigrants in pioneer zones find it impossible to cope on the land they are provided with and quickly move out of resettlement zones, cutting forest - by legal or illegal means - to establish dry land agriculture.They employ slash and burn techniques without the precautions and knowledge possessed by local people.
Lumbering in Indonesia has grown rapidly since independence, a combination of small-scale local logging concessions, larger companies and multi-national joint ventures. Modern logging techniques, even when not involving clear-felling leave an enormous amount of trash behind, which when dry can easily catch fire, spontaneously or accidentally. Areas cleared through logging, pioneer slash and burn, or specifically for the purpose, are planted with plantation crops. These vary from place to place, but increasingly include timber trees for wood pulp, rubber and - in the areas where the fires are currently at their worst - oil palm. Here again, it is the uncleared dry waste left by the firms involved which seems to pose the greatest risk.
Much has been attributed in recent press reports to the so-called global El Niño periodic oscillations which, put simply, result in longer dry seasons and spells of below average annual rainfall in parts of the tropical belt. All of the ingredients mentioned above certainly increase the likelihood that El Niño aberrations will provide the final trigger in maximising damage over wide areas. But El Niño cycles have been operating for centuries without triggering the kind of unprecedented regional calamity with its pathogenic smoke and smog effects which have been witnessed this year. Out of control fires are historically commonplace, but in recent years have become more frequent, even in non El Niño years. It has been common since the late seventies for fires in Kalimantan to occlude the sun and to pose hazards for residents in, for example, Brunei and east Malaysia. In some places surface coal seams and peat have ignited and continue to burn for years rather than months. However, the rains have usually come in time to solve the immediate problem which the government appears incapable of handling in any other way. Many traditional farmers throughout the tropics are aware of what we call El Niño effects, and have managed them satisfactorily in the past, in some cases even making contingency plans. Institutions appear to be corporately more ignorant, and less well-placed to respond. Why this should be so is crucial to understand if the problem is to be addressed, let alone solved. It is not, it would appear, for lack of information. The Indonesian Department of the environment, for example, is able to match satellite imagery to databases which indicate precisely the ownership of plantations where the worst fires have started. These have been on estates belonging to hardly more than 146 companies. Some of these companies are owned by members of the Indonesian political elite, some have Malaysian and Singaporean backing and some involve Western capital.
Reaction among the peoples and governments of the region has been mixed. The governments of the ASEAN grouping feel a strong sense of solidarity and are extremely reluctant to criticise each other. For that reason Indonesia has had a relatively easy ride despite the very severe consequences of pollution in Malaysia and Singapore. President Suharto has apologised to his ASEAN neighbours on two separate occasions and this seems to have satisfied them, at least for the time being. At a popular level, however, criticism of the Indonesian government has not been so restrained. Not only does the man in the street feel exceedingly irritated by what is generally regarded as the failure of the Indonesian government to take adequate steps to prevent the disaster, but businesses too are beginning to suffer, and the publication of satellite photographs in the Singapore press along with the quotation of several critical comments suggest that there may be demands for compensation.
In Indonesia popular criticism has been muted because of an uncertainty of whom to blame. Areas of the archipelago which have been relatively unaffected, and this includes the capital Jakarta, have been kept woefully uninformed about the extent of what is happening. When they do learn, for example as result of having to travel to Malaysia, they remark that they "are ashamed to be Indonesian". In areas which have been severely affected such as the province of Jambi, the response has been mixed. There has been a general recognition that the rains have been late this year but the general perception seems to be that those responsible for the fires deserve all the blame, since in the process of clearing it has been accepted for some time that the control of fires should not be dependent on rains. Small farmers have been told for years that forest conservation measures require building fire-breaks and ensuring fires do not get out of control. In these traditional farming areas, then, the blame is being squarely laid at the feet of those involved in clearing land for new plantations, particularly for oil palm which is being promoted for all its worth in Indonesia in competition with Malaysia. This over-rapid expansion without due care for essential procedures is perceived as the consequence of business tycoons from Jakarta simply being allowed to devastate the forest land, often aided and abetted by a get-rich quick itinerant work-force assisted by those corrupt enough among the local law enforcement officers to accept bribes. Not only do the latter frequently turn a blind eye to forest destruction, they even at times participate in illegal felling. Thus divisions are being created among the indigenous inhabitants themselves: between traditional farmers carrying out centuries-old clearing techniques and those who have abandoned traditional farming and see the opportunity for making quick money in working for contractors engaged illegal felling ; between those who feel they have a genuine claim through traditional usufruct to forest land and those who are newcomers; and among the representatives of various local government offices often working in competition rather than cooperatively in coordination.
Two things are striking about the present catastrophe, other that its evidently devastating scale and the complexity of the technical factors involved. The first is clear from the preceding two paragraphs; that is the way it is simultaneously global, regional and local. The second concerns the perceptions and representations of different actors in the drama. Despite evidence to the contrary, what is widely portrayed - and especially in the press releases of government spokespersons - as a 'natural' disaster, in fact has its roots in the activities of human beings, and the policies of governments and companies over the long term. There is nothing new in describing as `natural' causes which are to a considerable extent social or cultural. We all do this, quite innocently, much of the time. The rain forest, as we have already said, is only 'natural' in this sense. However, it would be a gross calumny if the blame for these fires and polluting smog were to be either dismissed as a freak natural catastrophe in the face of which governments and commerce are impotent, or if it were to backfire on local farmers who routinely use fire as a tool for modifying the forest and who over many thousands of years have thereby ensured its species richness and economic productivity.
Roy Ellen and Bill Watson,Joel Bonnemaison nous a soudainement quitté le 6 juillet 1997,
alors quil dirigeait un stage en Nouvelle Calédonie.
Après avoir dirigé le Département Sud de lORSTOM,
Joël Bonnemaison avait rejoint luniversité de Paris IV
comme professeur de géographie culturelle.
Sa grande connaissance du Pacifique et son goût pour lencadrement
lont amené à rejoindre lAPFT, où il encadrait
de jeunes chercheurs. "L'idéal d'une bonne île est atteint
lorsque la diversité de l'espace permet aux différents groupes
de se diversifier écologiquement".
Nous lui devons entre autres publications Lhomme et la Pirogue,
La dernière île, mais aussi des souvenirs, de beaux
souvenirs...
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