APFT-News, un magazine d'informations sur le travail d'APFT dans les forêts tropicales

3 numéros (issues) / an (year) - N°3 (Juin 1997/ Juin 1997)

- Projet CEE / Project EEC - DG VIII -

 

Sommaire / Content

1 Deux ans déjà...
2 APFT in numbers
3 Ethnoécologie
4 Le Programme de Gestion Périphérique Nord du Dja
5 Comment faire appel à l'expertise d'APFT pour appuyer des projets de l'Union Européenne
6 Forest - City Workshop
7 "Les Peuples Auchtones et la Conservation : Déclaration de Principes du WWF"
8 Tropical Deforestation: The Human Dimension


1. DEUX ANS DEJA...

Ce n'est pas encore l'heure des bilans, mais le programme APFT lancé il y a deux ans est manifestement à un tournant. Tout indique que, malgré les efforts multiples, la déforestation s'accélère, notamment sous la presssion grandissante des compagnies forestières extrême orientales, mais aussi de la crise et de la croissance démographique.

Que ce soit dans le domaine de la foresterie ou de la conservation, les choses bougent comme on le verra dans ce numéro.

Pari audacieux au départ, APFT apparaît de plus en plus comme une courroie de transmission propice pour articuler à l'échelon régional d'abord et global ensuite, différentes initiatives qui ont en commun de vouloir placer l'homme (et la femme) au centre d'une démarche qui vise à partir d'une meilleure compréhension de la complexité non seulement des relations entre les populations et leur environnement forestier, mais aussi des dynamiques à l'oeuvre, à tester différentes solution concrètes.

Les membres d'APFT apportent déjà ainsi leur concours à une série d'initiatives de l'Union Européenne en matière de Forêts Tropicales et est de plus en plus souvent sollicité par d'autres organismes nationaux et internationaux.

Basé sur un réseau d'expertises universitaires, APFT entend favoriser dans les pays où il est présent, une expertise scientifique locale et aider les chercheurs nationaux à faire bénéficier les décideurs de leur différents états de l'expertise ainsi crée. A long terme, ce qui est la perspective dans laquelle nous entendons nous placer, le capacity building est essentiel.

De même, la mise en commun au niveau régional de l'expérience acquise est des plus bénéfique. Ainsi un premier atelier régional, consacré à l'impact des villes sur la forêt a eu lieu du 17 au 23 avril 1997 à la base APFT de Yaoundé. Il a réuni pendant une semaine des chercheurs du Cameroun, Congo, Gabon, de Guinée Equatoriale et de ce qui était en core à l'époque, le Zaïre.

Pierre de Maret


2. APFT IN NUMBERS

APFT is a 5-year, European Union (DG VIII) financed project.

Activities are carried out on 3 continents in 10 countries by a Consortium of 5 European institutions as well as 15 European and 15 ACP Network affiliates. Particular emphasis is placed on activities in 10 SIP Sites Pluridisiplinaires Intensives.

Since the beginning of 1996 more than 25 senior field work and coordination missions have been carried out. 16 European experts are in the field now or will commence activities in the field soon and 19 ACP national experts are working on APFT assignments. The Scientific Council (11 members) has met 4 times and the 4-member Management Board has assembled 8 times.

An area where effective collaboration between APFT and the EU on the Brussels and Delegation levels is particularly relevant is that of social science and development consultancies. To date 17 consultancies have been carried out and with a roster of 11 Development projects, this facet of APFT has potential to develop considerably.

Since 1 April 1995, 4.250 users from 25 different lands have visited the APFT website: http://lucy.ukc.ac.uk/Rainforest/ In the past year, the specialised bibliography was consulted more than 2,611 times.

An APFT II has already started activities in Cameroon in the domain of Community Forestry.


3. ETHNOECOLOGIE

L'ethnoécologie constitue pour nous l'étude des relations d'une société avec son milieu naturel. Elle aborde:

De ce fait, cette approche nous renseigne sur des ressources potentielles (produits non ligneux), et surtout elle permet de définir les besoins des communautés rurales et de délimiter l'impact de l'homme sur l'environnement.

Elle est sous-tendue par deux concepts-clefs, celui de stratégie de subsistance et celui d'espace social.

La stratégie de subsistance, c'est le point de contact du milieu technique, du milieu naturel et du milieu spirituel, "surnaturel", elle résulte de la synthèse des connaissances ethnoscientifiques du groupe humain, qui sous-tendent son milieu technique, de la maîtrise des problèmes posés par le milieu naturel, elle résulte enfin de la cosmogonie. (Bahuchet 1985, Les Pygmées Aka et la forêt centrafricaine)

L'espace social, c'est l'espace déterminé par l'ensemble des systèmes de relations, caractéristique d'un groupe donné (Condominas 1980, L'espace social )

Stratégie de subsistance et espace social sont eux-mêmes largement induits par des facteurs historiques qu'il est important d'avoir cerné. En complément, l'alimentation est un domaine relevant à la fois des sciences biologiques (nutrition) et sociales, susceptible de quantification précise, mais où se marquent profondément les choix culturels. De plus, le comportement alimentaire constitue un registre à travers lequel une société affiche sa cohésion, il a aussi, au travers par exemple des tabous ou des préférences gustatives, une valeur démarcative à l'égard des sociétés voisines. L'anthropologie alimentaire est l'étude des relations qui existent entre les disponibilités offertes par le milieu, leur utilisation alimentaire, les conséquences physiologiques qui en découlent et les structures économiques et sociales. C'est le domaine le mieux à même de caractériser et d'évaluer l'utilisation d'un écosystème par une société particulière, son degré de dépendance réelle par rapport aux ressources naturelles, mais aussi, grâce à quelques mesures biologiques (anthropologie nutritionnelle) de vérifier l'adéquation d'un régime alimentaire aux nécessités vitales des organismes (en particulier auprès des enfants).

Problématique

Une série de questions sont posées à propos des habitants des forêts tropicales :

a- les activités des populations vivant traditionnellement en forêt sont-elles compatibles avec le maintien de la biodiversité ou au contraire destructrices de l'écosystème?
b- en particulier, les techniques agricoles pratiquées sont-elles compatibles avec le maintien d'un couvert arboré et avec une régénération de la fertilité des sols?
c- les techniques et les connaissances ancestrales peuvent-elles contribuer à l'élaboration de nouveaux modèles de gestion efficace?
d- quelles stratégies sont développées spontanément par les populations lorsqu'elles sont perturbées du point de vue sociologique, économique ou écologique, et quels besoins manifestent-elles?
e- dans quelle mesure la densité de population porte-t-elle atteinte aux sols et au milieu naturel?
f- quel état nutritionnel et sanitaire résulte de leur système économique?
g- dans quelle mesure l'arrivée de nouveaux paysans ou employés (scieries par exemple) affecte-t-elle la subsistance des populations locales et les équilibres écologiques?
h- quel est l'impact des projets de développement/conservation sur les communautés locales, quelle perception en ont-elle, par rapport à leurs attentes et aspirations?

En ce qui concerne les populations urbaines des zones forestières :

a- quel est l'impact de l'accroissement de la population urbaine et de la crise sur les écosystèmes forestiers?
b- quelle est la part des produits originaires des forêts dans le régime alimentaire et dans l'économie des citadins?
c- quelle est l'influence des représentations mentales que se font les citadins de la forêt, de ses richesses et de ses habitants, sur les projets de développement durable et de conservation?

Plus précisément, les questions suivantes sont abordées :

- Sur l'écologie :

Quelle est la dépendance du groupe vis-à-vis du milieu naturel? Quels produits sauvages interviennent dans le régime alimentaire, et avec quelle ampleur? Quel territoire est utilisé par le groupe pour ses activités de subsistance? Quel est le cycle agricole et quelle surface est nécessaire à la rotation complète des cultures?

Il s'agit là d'évaluer la pression exercée par le groupe humain sur les ressources renouvelables et sur la biodiversité :

- Impact des activités de prédation sur la faune (espèces chassées, proportions),
- Impact des activités agricoles sur l'environnement (surfaces, rendements, fréquence).

On élabore de nouvelles recherches appliquées dans les domaines des systèmes culturaux, de l'agroforesterie, de la cueillette, de la chasse et de la pêche traditionnelles:

- En particulier, traitement des friches et jachères, influençant la régénération forestière.
- Gestion et utilisation rationnelle des ressources:

Quelles ressources non-ligneuses sont exploitées ou seraient exploitables dans la région concernée? Quel intérêt économique réel représentent-elles pour la population? Quel est l'impact des activités liées au commerce sur les peuplements animaux ou végétaux (par exemple, chasse ou pêche professionnelles)? Quelles possibilités (biologique et sociale) y a-t-il de développer des activités alternatives telles que l'élevage du petit gibier? Quelles activités culturelles et artisanales possibles, susceptibles de valoriser le patrimoine culturel des populations locales?

- Sur l'économie :

Quels sont les réseaux de circulation, d'échange et de commerce, à l'intérieur de la communauté concernée par le projet, et quelle est la part des activités de cette communauté à une échelle plus large (régionale, nationale voire internationale)? Quelle est la dépendance monétaire de la communauté vis-à-vis des ressources naturelles? Quelle perte serait entraînée par une diminution ou une suppression de ces activités? On ne néglige pas dans l'observation des modes de vie la part des activités non-techniques (repos, jeu, interactions sociales) dans l'occupation du temps, qui sont des éléments très important pour la cohésion et la vitalité d'une communauté. La participation respective des deux sexes aux activités de production est analysée car c'est d'elle que dépend la réussite des programmes d'éducation et de développement.

On évalue l'organisation spatiale et temporelle des activités, pour comprendre la dynamique de la société : saisonalité des activités et des déplacements, mobilité et dispersion, territoires et espaces de parcours. On s'intéressera aussi aux cycles à long terme (en particulier jachères et déplacement des villages).

- Sur la démographie et la santé :

Quel est l'accroissement de la population? Quel est son niveau nutritionnel et sanitaire? Y a-t-il adéquation entre les besoins et les potentialités du milieu? Quelle charge de population le milieu exploité peut-il supporter?

L'évaluation des contraintes inhérentes au milieu forestier et de l'efficacité du mode de vie sera réalisée par un bilan biologique. Certaines mensurations corporelles (poids, taille, périmètre du bras, plis cutanés) permettent d'évaluer l'état nutritionnel, c'est-à-dire d'évaluer si les besoins sont couverts; elles sont susceptibles de révéler l'existence de problèmes nutritionnels dont des enquêtes ultérieures spécifiques détermineront les causes.

L'aspect démographique a comme objectif de définir les structures et de mettre en évidence les dynamiques des populations humaines vivant en forêt dense humide. L'aspect purement démographique comporte l'effectif des populations, la structure par sexe et âge, l'évaluation de la population résidente et de la mobilité, les indices de fécondité, natalité et mortalité. Le taux de mortalité infantile est un marqueur particulièrement important à prendre en compte. Les anthropologues apportent leur contribution à la compréhension des structures de population, des types de mobilité, des réseaux d'alliance et des comportements féconds. Les biologistes mettront en lumière les facteurs explicatifs de la morbidité/mortalité, et fécondité/infécondité.

Cadre d'analyse

La compréhension d'un côté du système économique des populations forestières, et tout particulièrement la mise en relief de leur degré de dépendance par rapport au milieu forestier, et de l'autre des changements socio-économiques contemporains, nécessite une grille d'analyse prenant en compte plusieurs séries de facteurs qui s'interpénètrent.

A) La communauté est située dans le double cercle :
- de ses relations avec le milieu naturel ;
- de ses relations avec les autres sociétés.
1) Relations actuelles avec le milieu naturel
2) Relations avec les autres sociétés (selon des cercles concentriques)

B) Il faut évaluer l'origine de l'approvisionnement alimentaire

En ce qui concerne ce paramètre, l'économie des essarteurs forestiers est située dans une double interaction. En bref, dans quelle proportion l'approvisionnement alimentaire est-il assuré :

C) Il faut prendre en compte la profondeur historique

«Le propre de l'homme est le fait culturel et le sens profond du déroulement du temps : inquiétude ou espoir envers l'avenir, référence constante au passé. Même là où l'écriture n'existe pas, le rite invoque le mythe, le pouvoir tire sa justification des généalogies, etc., bref le sens de l'histoire imprègne toute culture.» (Condominas 1980, L'espace social)

Quelle est l'ancienneté de l'implantation dans l'écosystème forestier, quel est le passé démographique du groupe considéré, quelle est l'histoire de ses contacts avec le monde extérieur, quelle est l'archéologie des paysages et des implantations humaines de la région où vit cette société, quelle a été l'évolution du paléoenvironnement et la part des facteurs climatiques et anthropiques dans les processus? Autant de questions auxquelles il faut donner des réponses.

Démarche

Les recherches sont menées sur le terrain, sur des thèmes et des problématiques directement liés au développement durable, dans trois domaines complémentaires et indissociables : l'écosystème forestier tropical et la biodiversité, les stratégies de subsistances des sociétés qui tirent leur ressources vitales du milieu naturel et ce faisant en modifient le fonctionnement, et les représentations que les membres d'une société donnée se font de leur environnement, et qui sous-tendent leurs activités.

L'approche est régionale plutôt que d'être réduite à un seul village. L'accent en effet sera mis sur les relations à l'échelle du groupe ethnique dans son ensemble, en prenant en compte également les «ramifications» vers les villes, le cas échéant. Dans le même sens, des contextes multiethniques sont également choisis. Mais l'approche est néanmoins ³le point de vue du village², par opposition aux études portant sur le développement au niveau national ou global.

En second lieu, l'approche est résolument comparative. En effet, il est certes intéressant de montrer l'utilisation que fait une société particulière, isolée, du milieu naturel, mais il est beaucoup plus important d'explorer les différentes solutions, les différents modes d'ajustement que diverses sociétés peuvent adopter pour tirer partie d'un même type d'écosystème.

A cette fin, on compare :

- des sociétés similaires vivant dans différents endroits du monde,
- des sociétés aux modes de production différents (par exemple chasseurs-cueilleurs/ agriculteurs/ migrants et pionniers) vivant dans la même région,
- une même société dans différentes situations de changement (traditionnel/acculturé) pour comprendre les effets de nouvelles conditions de vie (stress, état sanitaire, persistance ou abandon de traits culturels et sociaux).
 

4. LE PROGRAMME DE GESTION PERIPHERIE NORD DU DJA

Sous-programme de l'APFT, le programme de recherche appliqué "Gestion Périphérie Nord de la Réserve de Faune du Dja" se propose d'établir un plan d'aménagement des massifs forestiers en périphérie nord du Dja (Est-Cameroun), incluant des forêts communautaires. Ce plan d'aménagement, élaboré sur des bases scientifiques rigoureuses, se veut outil de travail, de comparaison et de collaboration pour tous les acteurs du développement et de la conservation agissant dans la zone, particulièrement les projets ECOFAC et UICN.

Pluridisciplinaire, le programme se décline en une série d'études complémentaires :


Le Programme Gestion périphérie Nord du Dja et les Forêts Communautaires

Dans la stratégie globale de gestion que le programme entend proposer, les forêts communautaires se révèlent être un des outils potentiels parmi d'autres d'intégration des populations à la gestion et la prise de décision. Outil récent dont les potentialités et les limites n'ont jusqu'ici été qu'effleurées, les forêts communautaires soulèvent actuellement au Cameroun plus de débat qu'elles n'apportent de solutions. Loin des enjeux économique (la zone d'étude s'inscrit dans une zone récemment exploitée) et des initiatives prosélytes (il ne s'agit pas de vulgariser à tout prix un outil mais bien de le tester), le Programme tente simplement de définir la connaissance scientifique minimale nécessaire à l'établissement du plan simple de gestion défini par la loi, et de tester sur le terrain l'efficacité réelle de l'outil proposé. Aussi dans une première phase l'objectif est-il plus de mettre entre les mains des décideurs nationaux (notamment la Direction des Forêts) les bases scientifiques nécessaires à des jugements rationnels. Travaillant en partenariat avec la Community Forestry Unit, notre démarche (partir du terrain) est donc complémentaire de celle-ci (partir de l'institutionnel).

Enfin, au niveau formation, le Programme a accueilli dans le cadre de leur mémoire de fin d'étude à l'Université de Liège (Belgique) deux fonctionnaires détachés de l'administration des Eaux & Forêts.

C. Vermeulen
Pour tout renseignement :
Cameroun :
APFT-FSAGx
Programme de Gestion Périphérie Nord du Dja
B.P. 1857 Yaoundé
Belgique :
Professeur W.Delvingt
F.S.A.Gx., Unité de sylviculture
Passage des déportés, 2, 5030 Gembloux
 

5. COMMENT FAIRE APPEL A L'EXPERTISE D'APFT POUR
APPUYER DES PROJETS DE L'UNION EUROPEENNE

L'objectif du volet "Expertises: Appui aux projets UE" est de promouvoir la prise en considération du facteur humain dans les programmes de développement durable et de conservation. Pratiquement, ce volet du programme APFT fonctionne de la façon suivante:

 

Les consultances APFT depuis 1994

Depuis décembre 1994, les chercheurs APFT ont réalisé dix sept expertises pour onze projets de développement et de conservation. Les contrats ont été conclus soit via APFT soit par les chercheurs eux-mêmes. La plupart de ces consultances ont été financées par les commanditaires, ce qui indique qu'APFT répond à une demande réelle et qu'il est judicieux de développer un réseau d'experts européens et ACP dans ce domaine.

Nos interventions en Afrique centrale portent essentiellement sur la problématique de conservation des écosystèmes tropicaux et sur la gestion de ceux-ci en collaboration avec les riverains. A ce jour, nos missions couvrent cinq pays d'Afrique centrale (Cameroun, Congo, République Démocratique du Congo, Guinée Equatoriale, République Centrafricaine). L'expertise APFT dans les Caraïbes se développe également à travers des actions de terrain de longue haleine (Equateur, Guyane française) ou par des contacts préliminaires (Belize). Comme pour l'Afrique centrale, il s'agit globalement de problèmes relatifs à la conservation. Dans le Pacifique, diverses perspectives d'intervention existent en Papouasie Nouvelle Guinée et au Vanuatu.

Les responsables APFT ont également été invités à se rendre auprès des délégations européennes, des ministères nationaux et des projets financés par l'UE afin de susciter une demande d'expertises en sciences de l'Homme et de l'environnement.

Enfin, la Cellule de Coordination a lancé un appel aux chercheurs APFT pour identifier, sur leurs sites de recherche, les problèmes auxquels les communautés locales sont confrontées. Ceci nous permet d'entreprendre des démarches pour des consultances qui, nous l'espérons, favoriseront une amélioration des conditions de vie des peuples des forêts tropicales.

Pour tout renseignement complémentaire merci de vous adresser à:
D.V. JOIRIS, responsable du volet "Expertises - Appui aux projets UE"
Cellule de Coordination APFT
Centre d'Anthropologie Culturelle de l'ULB - CP 124
44 Av. Jeanne, 1050 Bruxelles.
Tel : 32 2 650 34 28
Fax : 32 2 650 43 37
Email : vjoiris@ulb.ac.be


6. FOREST - CITY WORKSHOP
YAOUNDE, CAMEROON
17-24 APRIL 1997

Understanding how city dwellers in Central Africa use and perceive the forest is a key component in the broader APFT goal of designing new models for sustainable forest management. Twenty core specialists from five African countries and Europe already involved in this area met in Yaoundé to present preliminary research findings, redefine priorities, and discuss methodological issues. To enhance the comparative nature of discussions pertaining to such topics as fuelwood or bushmeat consumption as well as mental representations, papers were submitted for discussion from APFT researchers working in Vanuatu and Papua New Guinea.


7. " LES PEUPLES AUTOCHTONES ET LA CONSERVATION :
DECLARATION DE PRINCIPES DU WWF "

Quelques considérations et suggestions du Conseil Scientifique du programme APFT - Avenir des Peuples des Forêts Tropicales

Entendons bien qu'il me s'agit pas ici pour APFT d'approuver ou de soutenir officiellement les positions du WWF, ni de critiquer point par point chacun des paragraphes de cette Déclaration. Mais plutôt de formuler des observations, et d'indiquer dans quel cadre une collaboration pourrait se nouer aujourd'hui entre un programme de recherche comme APFT, et un organisme majeur de conservation comme le WWF.

Suite la demande qui nous a été transmise par Mr. Gonzalo Oviedo, Forest Unit, WWF- International, le programme " Avenir des Peuples des Forêts Tropicales " se félicite que le WWF, ait tenu à diffuser largement ses positions, voulant ainsi recueillir divers avis et suggestions concernant la conservation des écosystèmes, et la défense des intérêts des populations autochtones.

Dans la version qui nous est actuellement présentée, cette Déclaration de principes du WWF nous semble particulièrement liée la nécessité:

En tant que programme pluridisciplinaire de recherche et de sensibilisation financé par la DG VIII - Union Européenne, il nous semble utile de formuler quelques observations.

La biodiversité, fruit de l'interaction entre l'écosystème et l'activité humaine

La Déclaration du WWF souligne avec raison que les peuples autochtones sont bien "les gardiens les plus importants de la Terre" où "ils vivent depuis des millénaires " et qu'il importe "d'apprécier l'immense contribution que les peuples autochtones ont apporté à la conservation des nombreux écosystèmes les plus fragiles de la terre"(§ 6).

En ce qui concerne les forêts tropicales, essentielles pour le maintien de la biodiversité, il est important de rappeler, à l'encontre d'une opinion encore trop répandue, que le concept même de forêt "vierge" est trompeur. En effet, les progrès de l'archéologie révèlent une présence humaine millénaire, remontant même dans certains cas à plusieurs dizaines de milliers d'années. De plus, des traces d'activité agricole remontant à quatre ou cinq mille ans, ont modifié la végétation existant.
En fait, les forêts telles que nous les connaissons aujourd'hui ont été profondément remaniées par l'homme. D'une part, l'activité agricole de défrichage a, volontairement ou non, influencé les cycles naturels. D'autre part, l'homme a, volontairement ou non, manipulé les espèces végétales et leur répartition, soit en les sélectionnant, soit en les transplantant : cette activité humaine a entraîné pour certains peuplements végétaux - palmiers, noyers - une diversité de variétés plus grande que s'il s'agissait d'espèces spontanées.

En réalité, les forêts tropicales constituent une mosaïque de surfaces en évolution permanente due à une intervention humaine fort ancienne, ce qui disqualifie la trompeuse distinction entre forêt primaire et forêt secondaire, cette dernière ne constituant qu'une courte étape - couvrant quelques dizaines d'années - durant laquelle l'écosystème se modifie, en privilégiant l'apparition de quelques espèces pionnières.

Les populations forestières ont donc à la fois modelé la répartition des espèces, et entretenu l'écosystème. La préservation de la biodiversité en forêts tropicales est donc depuis fort longtemps le fruit de l'interaction entre l'écosystème et l'activité humaine.

Nous pouvons conclure qu'une option de conservation du type " Homme contre Nature " a trop longtemps entraîné des incompréhensions, et de nombreux dommages pour les populations des forêts tropicales, particulièrement dans et autour des espaces protégés, et nous saluons la position du WWF, qui marque ici une évolution importante dans la sphère de la conservation.

Peuples Autochtones : Droits territoriaux et accès aux ressources

La constatation " que les communautés indigènes et tribales ont souvent souffert de discrimination et de marginalisation politique " (§ 5) est à mettre en rapport avec l'expérience historique des peuples autochtones, qui est celle d'une dépossession continuelle de leurs ressources vitales, le plus souvent au nom d'impératifs imposés de l'extérieur.

Au nom d'un développement " civilisateur ", à caractère intégrationniste depuis les débuts de l'ère coloniale, mais aussi plus récemment au nom d'une certaine idée de la conservation de la Nature.

Ces injonctions contradictoires ont négligé une réalité de base de ces populations : leur environnement est aussi leur milieu nourricier, qui leur a permis auto-subsistance et échanges de biens avec les populations environnantes.

Face à l'appropriation de leurs ressources et à la dépossession de leurs terres, les peuples autochtones ont, un peu partout à travers le monde, posé leur revendication essentielle: obtenir des garanties réelles concernant leurs terres traditionnelles, garanties qui leur permettraient à la fois de préserver un accès à leurs ressources vitales, et d'exercer un droit restrictif d'accès vis-à-vis de populations exogènes à la recherche de ressources nouvelles.

Cette nécessaire reconnaissance de droits territoriaux se heurte dans de nombreux pays à la résistance des Etats-Nations, peu disposés à renoncer à des droits sur le sol et le sous-sol souvent exclusifs, susceptibles d'être cédés en concession à tout exploitant, et cela en général sans même prévoir de consultation des populations locales dans le droit fil des pratiques coloniales.

La mise en oeuvre de droits territoriaux pour les peuples indigènes suppose aussi de dépasser l'opposition entre propriété de l'Etat, et propriété privée, et d'inciter les Etats à penser en droit moderne toutes les implications d'une reconnaissance de propriétés indivises, ou Common Property.

Il s'agira aussi de mieux appréhender la diversité des droits coutumiers de ces populations, et de comprendre la complexité de leur élaboration, qui, en forêts tropicales, prévoit des modalités précises, socialement régulées, d'utilisation du sol et d'accès à ses ressources: rotations saisonnières, aires de passage, prélèvements autorisés.

De manière à pouvoir intégrer les pratiques de droit coutumier dans de nouvelles dispositions juridiques garantissant des droits territoriaux, il sera indispensable de consulter de manière approfondie les détenteurs traditionnels de ces savoirs coutumiers, mais également de recueillir l'avis de spécialistes en sciences humaines, entre autres les anthropologues, qui auront pu mener des enquêtes approfondies auprès des populations concernées.

Organisations indigènes et indigénistes : convergence et diversité

Un peu partout dans le monde, nous assistons aujourd'hui à l'émergence des peuples autochtones comme acteurs politiques.

Depuis les premières formes d'organisation de ces peuples dans le courant des années soixante, les progrès ont été considérables, et aujourd'hui les organisations indigènes sont structurées de manière permanente dans un grand nombre de pays, et elles se fédèrent de plus en plus au niveau national, et même international. Ces mouvements indigènes, qui visent avant tout l'auto-organisation des peuples autochtones, sont également soutenus par des ONG indigénistes d'appui à leurs revendications, souvent destinées à sensibiliser l'opinion publique internationale.

Reste que " le libre consentement exprimé en connaissance de cause des communautés concernées " (§ 27) face aux atteintes à leur environnement suppose l'existence de porte-paroles " autorisés ": il nous faut bien reconnaître que malgré leur influence et leur représentativité croissante, les organisations indigènes telles qu'elles existent actuellement présentent certaines caractéristiques qui posent question à leurs interlocuteurs.

D'abord, leurs leaders, souvent de jeunes cadres éduqués en ville, se montrent souvent habiles à négocier avec leurs gouvernements, mais les liens qui les rattachent à leurs communautés se sont parfois distendus, et les conflits avec les anciens, traditionnels arbitres des conflits, ne sont pas exceptionnels.

De plus, la vision unanimiste que donnent ces leaders de leurs sociétés ne résiste pas toujours à l'analyse des opinions observées au sein de leurs communautés: comme dans toute société humaine, ces opinions divergent fréquemment, y compris par rapport aux projets de conservation qui les concernent.

Il nous semble en tout cas que, sans une connaissance approfondie des règles complexes de représentativité et de délégations de pouvoir en vigueur, il sera souvent malaisé pour un acteur de la conservation de vérifier si ses interlocuteurs sont bien des portes-paroles qui recueillent un consensus, ou du moins le soutien d'une majorité au sein de leurs communautés.

Par ailleurs, dans les pays où les mouvements indigènes sont solidement organisés, s'observe régulièrement la mise en place de plusieurs organisations visant à organiser les mêmes populations : celles-ci entretiennent souvent une forme de rivalité, car elles peuvent diverger de manière sensible sur les objectifs à atteindre et sur les modes d'action pour y parvenir.

Cette évolution est bien sûr parfaitement légitime, dans la mesure où ces communautés s'ouvrent au monde extérieur, et à des formes de représentativité qui s'inspirent, au moins partiellement, de ce que nous appellerions le pluralisme politique.

Ces quelques observations nous permettent de conclure que toute action de conservation basée sur l'adhésion et la collaboration des populations locales devra recueillir des avis divers, et parfois divergents, à plusieurs échelons: au sein des communautés locales concernées, et auprès des mouvements et organisations indigènes qui visent à les représenter et à les défendre, souvent à un niveau plus élevé, régional, national ou international.

Le cas de l'Afrique

Pour ce continent, il est malaisé de circonscrire le concept même de population indigène, car son pouvoir séparateur prête à discussion : quelles populations devraient en faire partie, et lesquelles pas?

Si le critère retenu n'est pas l'antériorité de l'occupation du sol, - ce qui prête à de nombreuses contestations, théoriques et pratiques -, mais bien le caractère traditionnel des liens avec la terre et le maintien de certains traits culturels spécifiques, alors il est évident qu'une majorité des Africains, surtout en milieu rural, peut à bon droit se proclamer " indigène ".

Il est aussi important de pouvoir reconnaître que la validité du terme " peuples indigènes " est largement récusée en Afrique, et qu'en pratique les organisations indigénistes limitent souvent leurs interventions à la défense des droits de certaines communautés marginalisées ou minorisées, qui se distinguent encore, du moins partiellement, de la majorité des populations de leurs Etats par des modes spécifiques de production ou d'accès aux ressources : chasseurs-cueilleurs Khoïsan, Pygmées, nomades Touaregs, pasteurs Peuls, Masaï ,...

Concernant l'Afrique, les divers acteurs de la conservation ne peuvent par ailleurs que tenir compte :

Cette faiblesse d'organisation des populations, et le manque de structures politiquement organisées suffisamment autonomes par rapport aux Etats doivent amener les acteurs de la conservation à nouer des liens avec les communautés locales, les structures villageoises existantes, et les ONG qui mènent avec elles un travail fructueux.

Recherche et droits de propriété intellectuelle

De nombreux débats sur la nécessaire protection des droits de propriété intellectuelle des peuples autochtones ont aujourd'hui lieu, particulièrement à propos de ces zones à haute densité de biodiversité que sont les forêts tropicales.

On se contente souvent de parler des entreprises à caractère commercial, et de la brevabilité du vivant, mais ce débat concerne également acteurs de la conservation et chercheurs, dans la mesure où ils exploitent de nombreuses données recueillies auprès des populations dans les zones où ils travaillent.

D'abord parce qu'au cours du temps les savoirs accumulés par ces peuples ont trop souvent été utilisés pour permettre leur exploitation forcenée, ainsi que celle de leur environnement: rappelons simplement le triste exemple du caoutchouc au début de ce siècle.

Ensuite parce qu'un consensus se dégage aujourd'hui pour admettre que toute adhésion réelle des populations à un programme de conservation suppose de mobiliser les savoirs-faire locaux, et se doit donc d'encourager :

Peuples Autochtones, organismes de conservation et spécialistes en sciences humaines de ces populations : vers un partenariat fructueux

Trop d'experts en sciences humaines, spécialistes de l'étude de populations autochtones, ont jusqu'à un passé récent connu la frustration d'être consultés bien tardivement dans le cadre de projets de développement ou de conservation, et se sont souvent retrouvés dans le rôle de "pompiers", invités à vérifier ce qui était prévisible, et à constater l'irréparable: à savoir que les populations - mal informées, non-consultées, peu motivées -, cherchaient simplement à contourner des projets imposés, vécus comme autant d'obstacles à l'exercice de leurs activités quotidiennes.

La reconnaissance dans des cercles de plus en plus larges que ces échecs répétés sont pour l'essentiel dus à la non-prise en compte des facteurs humains locaux et à une absence de consultation sérieuse des populations ne peut que nous encourager à l'optimisme.

Dans le cadre du programme APFT et dans les pays où nous menons des recherches, nous tentons aujourd'hui de multiplier les échanges, et d'instaurer des rapports de confiance et de collaboration entre les acteurs du développement, de la conservation, et les populations locales et leurs représentants.

Alors que la Décennie pour les Peuples Autochtones proclamée par les Nations-Unies (1994 -2004) ne fait que commencer, le programme APFT espère vivement que des collaborations structurées entre certains de nos programmes de recherche, des projets de conservation du WWF, et les structurations indigènes ou indigénistes pourront déboucher sur des résultats concrets.

Avec pour objectif une conservation plus efficace de la biodiversité, et un renforcement de la capacité de résistance des peuples autochtones, qui, particulièrement en forêts tropicales, en ont le plus pressant besoin.

8. TROPICAL DEFORESTATION
THE HUMAN DIMENSION

Edited by: Leslie E. Sponsel - Thomas N. Headland and Robert C. Bailey with a foreword by Jeffrey A. McNeely Columbia University Press New York

Released in September 1996

24 authors, 14 chapters, 365 pages, photos, figures, tables, index hardback price: $50 paperback price: $18 (U.S. dollars)

This book promises to be a key resource for researchers and scholars on the human ecology of deforestation for many years to come.

The first chapter is an exhaustive review of the literature on the causes, consequences and solutions to deforestation throughout the tropics, and includes a bibliography of 462 citations. The book covers several major world areas, including Africa, Asia, Amazonia, and the Pacific.

The three editors are professors of anthropology and specialists on the human ecology of tropical forests (Sponsel for the Amazon, Headland for SE Asia, and Bailey for Central Africa).

Studies of tropical deforestation frequently neglect indigenous peoples who inhabit forests. The authors in this book illuminate the insights local people have into conservation of their ecosystems, the effects of habitation on those ecosystems, and the impact of development and deforestation on forest peoples' lives. Tropical Deforestation: The Human Dimension brings fresh perspectives to the major global crisis of deforestation touching on a wide range of themes in the tropical world including biological ecology, forest history, conservation biology, anthropology, political economy and economic development.

The book provides an extensive bibliography and review of studies concerning the causes, consequences and possible solutions to deforestation. It presents a background in the prehistory and colonial history of tropical regions examining how past inhabitants used natural resources, how governments took control away from local communities, and how such historical factors influence today's environments.

The authors then turn to the effects of economic development programs such as logging, mining, cattle ranching, and hydroelectric dams. They explore cases where local communities work toward conserving their ecosystem, but also investigate instances where short-term subsistence needs override concern for the long-term health of the region. In the concluding section, authors propose ways to combat tropical deforestation, including the use of satellite imagery technology to determine rates of deforestation and the involvement of indigenous peoples in conservation and development projects.

Enriched with more than forty photographs and illustrations along with ten tables, the book includes studies of the processes underlying deforestation in Central and South America, Africa, the Philippines, Indonesia, and the Indian subcontinent.

LESLIE E. SPONSEL is Professor of Anthropology at the University of Hawaii, where he directs the Ecological Anthropology Concentration.
THOMAS N. HEADLAND teaches anthropology at the University of Texas at Arlington, and is an anthropology consultant with the Summer Institute of Linguistics.
ROBERT C. BAILEY is Professor of Anthropology at the University of California, Los Angeles.

CONTRIBUTORS: Elliot Abrams, Janis Alcorn, Robert Bailey, Eduardo Bedoya, Alfonso Peter Castro, Carolyn Cook, Billie DeWalt, James Eder, AnnCorinne Freter, Glen Green, Thomas Headland, Lorien Klein, Jeffrey McNeely, Brien Meilleur, Augusta Molnar, Emilio Moran, David Rue, Leslie Sponsel, Susan Stonich, Linda Sussman, Robert Sussman, John Vandermeer, David Wilkie, John Wingard.

 

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