Les briefing notes d'APFT, des informations pertinentes sur la situation des peuples des forêts tropicales

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BRIEFING DISPONIBLES (version anglaise, cliquez ici )

1 Forêts Tropicales: un espoir cinq ans après Rio?
2 Conférence Trinational Sangha River -Yale University, 25-29 sept. 1997
3 Liens institutionaux pour harmoniser les stratégies de développement et de conservation dans le Bassin du Congo
4 Les Feux, la Forêt, les Populations et le Smog en Asie du Sud-Est
5 Le Nouveau Millennium, l’Union Monétaire Européenne et le Pape
6 La sécheresse en PNG
7 Santé et maladies sexuellement transmissibles en milieu forestier - sud Cameroun

8 Viande sauvage et restauration de rue au Cameroun : le cas de Yaoundé
9 Le cacao et l’antilope, ou : pourquoi il ne faut pas laisser faire du chocolat à l’huile végétale... (le cas du Cameroun)
10 Le rotin peut-il sauver la faune ?

Briefing suivants


 

1. Forêts Tropicales: un espoir cinq ans après Rio?

L'Assemblée générale extraordinaire des Nations Unies, qui s'est tenue fin juin pour évaluer l'après Rio n'a pu que dresser un constat bien amer. Cinq ans après le 1er sommet de la Terre, l'espoir né d'une mobilisation exceptionnelle s'est évanoui. Certes, entre-temps, la conscience du péril écologique s'est largement répandue, mais cela s'est peu traduit par des actes et la grande idée de développement durable risque bien de passer aux oubliettes de l'histoire, belle utopie de plus.

La pauvreté comme l'appât du gain, l'égoïsme comme l'intérêt à court terme conjuguent leurs effets, au nord comme au sud, pour rendre plus illusoire que jamais la mise en oeuvre de la stratégie globale qu'appelle un péril mondial. Si, à des nuances près, tout le monde s'accorde sur le diagnostic, les divergences de vues entre Américains et Européens sur la façon d'y remédier illustrent bien la difficulté et n'augurent guère de l'avenir. Alors que les Européens défendent des positions très volontaristes, les Américains n'ont jusqu'à présent pas voulu ratifier de mesures contraignantes.

Le bilan "Rio+5" est inquiétant. En ce qui concerne les progrès de la désertification, les menaces sur les écosystèmes et la biodiversité, les émissions de gaz et le réchauffement, tous les indicateurs sont bloqués au rouge. Seule lueur d'espoir, semblerait-il, on noterait un léger mieux en ce qui concerne les forêts tropicales. Ne nous leurrons pas. Si le rythme de leur disparition s'est ralenti, c'est surtout lié au fait que les forêts les plus facilement exploitables ont déjà disparu. Entre 1960 et 1990, un cinquième de la totalité des forêts tropicales a été détruit. Ainsi en Amérique Centrale et en Afrique de l'Ouest elles sont déjà virtuellement anéanties. Ce qui reste ailleurs est gravement menacé. Paradoxalement la forêt amazonienne qui représente la forêt tropicale par excellence, et qui dans l'absolu paye le plus lourd tribut à la déforestation, est proportionnellement moins menacée que celle d'Afrique centrale ou d'Asie / Océanie tropicales. Il est difficile de proposer des chiffres précis, mais sur base des estimations actuelles, des concessions déjà accordées aux compagnies forestières, la disparition totale des forêts tropicales semble inéluctable. A l'échelle de la Belgique et de l'Europe que pouvons nous tenter pour sauver cet irremplaçable patrimoine naturel? Sans renoncer à une action globale indispensable, il parait envisageable de concentrer une partie de nos moyens et de nos efforts sur quelques objectifs limités.

Que faire et où?

Examinons les deux régions du monde où le péril est le plus grand à brève échéance.

En Asie/ Océanie, les forêts tropicales se rencontrent encore en Indonésie et en Papouasie Nouvelle Guinée. D'après une étude du World Resources Institute qui vient d'être publiée, leur situation paraît moins critique que celle de l'Afrique. Sur ce continent, ce qui reste de forêt tropicale naturelle se concentre dans le bassin du Congo. La situation y est particulièrement préoccupante essentiellement pour trois raisons :

Il ne reste donc plus beaucoup de temps pour agir. Nous avons cependant un certain nombre d'atouts. La coopération européenne, sous toutes ses formes, est de loin la plus importante dans une région dont nous avons une connaissance approfondie. Grâce à des programmes de la Commission Européenne comme ceux qui portent sur les Ecosystèmes Forestiers de l'Afrique Centrale (ECOFAC) et sur l'Avenir des Peuples des Forêts Tropicales (APFT), nous avons développé une expertise unique en partenariat avec les responsables et les chercheurs locaux. Leur qualité et leur motivation montrent qu'ils partagent de plus en plus nos préoccupations.

Il y a là une opportunité à saisir, mais quelle stratégie développer pour sauver ce qui peut encore l'être?

En fait il y a beaucoup d'initiatives, malheureusement souvent dispersées, voire concurrentes. La Commission Européenne devrait prendre le leadership et mettre en place la coordination des activités des différents intervenants. L'organisation, en avril dernier, par la Commission d'une réunion informelle de tous ceux qui sont actifs dans le Bassin du Congo est un excellent début.

En ce qui concerne l'exploitation forestière, il faut aider les pays concernés à faire appliquer les règlements et encourager un prélèvement le plus respectueux possible de l'environnement, et donc le développement de la certification, c'est-à-dire l'attribution d'un éco-label de qualité aux essences vendues sur nos marchés.

Il faut continuer à étudier les écosystèmes dont toute la complexité ne nous apparaît que très progressivement. De ce point de vue, il ne faut plus être dupe du mythe de la forêt vierge, pur produit de l'idéalisation de la nature par les citadins occidentaux.

Ces forêts sont habitées depuis des millénaires et leur exploitation selon les habitudes ancestrales ont contribué à la biodiversité. Il est donc indispensable d'associer les populations à la conservation. Ce n'est pas simple mais c'est la seule garantie de succès à long terme. De la ville au village, les populations doivent de spectateurs devenir acteurs et donc nos partenaires d'un développement durable.

Enfin, il faut être plus ambitieux. En effet, le résultat des recherches indiquent qu'en région tropicale peut être plus qu'ailleurs, il faut voir grand. Les distances parcourues par la grande faune étant considérables, il faut protéger des surfaces beaucoup plus importantes que les réserves et les parcs actuels. Dans ce but, on peut soit réunir plusieurs aires déjà protégées par des couloirs également contrôlés, c'est ce qui est actuellement proposé aux confins du Cameroun, Congo Brazzaville et Centrafrique, soit préserver une seule très vaste zone d'un seul tenant.

De ce point de vue, au centre du Bassin du Congo, le Parc National de la Salonga vient immédiatement à l'esprit. Délimité il y a de nombreuses années, il n'existe que sur papier. Immense, enclavé et situé dans une zone très peu peuplée, il présente une opportunité exceptionnelle pour préserver en un ou deux blocs près de 36.000 km2, soit nettement plus que la surface de la Belgique. Le programme ECOFAC avait prévu de l'intégrer dans ses activités. La situation politique dans l'ancien Zaïre avait fait interrompre toute activité dans ce pays. Avec les changements intervenus, il y a maintenant une opportunité exceptionnelle pour l'Europe et le gouvernement du Président Kabila de faire un geste majeur pour les générations futures.

Gageons que notre pays qui a eu le rôle que l'on sait dans la création des Parcs Nationaux du Congo aura à coeur, avec le soutien de la Communauté européenne, de soutenir une initiative en la matière.

Pierre de Maret

QUELQUES REFERENCES

Article paru dans La Libre Belgique, dans la rubrique Université d’Eté, 11/08/1997
Pierre de Maret est professeur d’Anthropologie à l’Université Libre de Bruxelles et Directeur du programme APFT.

2. Conférence Trinational Sangha River
Yale University, 25-29 sept. 1997

L’objectif de cette réunion était de promouvoir une meilleure communication entre trois projets de conservation :·

Ce symposium avait aussi pour but de réunir des chercheurs (en sciences humaines -préhistoire, histoire, anthropologie- et en sciences naturelles -écologie...) avec des responsables d’aires protégées, des praticiens du développement et des responsables nationaux des ministères concernés.

Cinq représentants d’APFT ont participé à cette conférence :

- Serge Bahuchet (LACITO);
- Edmond Dounias (ORSTOM);
- Alain Froment (ORSTOM);
- Daou V. Joiris (ULB);
- Manuel Thuret (LACITO).

Au cours de la deuxième session, «Knowledge and policy interactions in Conservation », Daou V. Joiris fit une communication sur ‘ les contraintes anthropologiques dans le cadre des projets de conservation en Afrique Centrale’.

Serge Bahuchet et Edmond Dounias sont intervenus en tant que commentateurs.

Cette communication traita des princi-paux critères socio-culturels que les programmes de conservation dans les forêts tropicales devraient prendre en considération. Ces critères sont spécifiques aux économies forestières en Afrique Centrale. Il faut aborder en détails la question des terroirs coutumiers. Il faut aussi envisager les changements socio-économiques causés par la gestion d’aires protégées. La présentation fut illustrée par des études de cas dans le cadre du programme ECOFAC.

La troisième session à laquelle participa M. Thuret traita des approches de conservation dans la région de la Sangha.

Plusieurs points ont été soulevés au cours de ces discussions :

Plusieurs collaborations futures sont envisagées :

Daou V. Joiris

QUELQUES REFERENCES

Daou V. Joiris : « Les contraintes anthropologiques dans le cadre des projets de conservation en Afrique Centrale », Colloque Trinational Sangha River Conference, Université de Yale, 25-29 Septembre 1997. A paraître dans les actes du Colloque.
Daou V. Joiris est anthropologue et coordinatrice des expertises d’APFT.
Civilisations, Vol. XLIV, N° 1-2, «Les Peuples des Forêts Tropicales : Systèmes traditionnels et développement rural», Janvier 1997.

 

3. Liens institutionaux pour harmoniser les stratégies
de développement et de conservation
dans le Bassin du Congo

Dans le cadre des essais des bailleurs de fond pour coordonner leurs stratégies de développement et de conservation dans le bassin du Congo comme discuté en premier lieu à Bruxelles les 23 et 24 avril derniers, des efforts sont aussi faits au niveau de la mise en place d’une politique. Deux séries de réunions ont eu lieu à Washington D.C., l’une avec CARPE et l’autre avec des responsables de la Banque Mondiale impliqués dans plusieurs projets centrafricains.

Central African Regional Program for the Environment

T. Trefon, Roger Fotso d’ECOFAC Cameroun et Assitou Ndinga de UICN Congo se sont rendus à Washington pour participer à la première réunion du Groupe des Conseillers de CARPE. La réunion a offert l’opportunité à ces conseillers d’avoir une présentation formelle de l’initiative d’USAID qui a pour but d’identifier et de commencer à établir les conditions et pratiques nécessaires pour réduire la déforestation et les atteintes à la biodiversité dans le Bassin du Congo et de rencontrer les chefs d’équipe. Les activités de CARPE (ou les Résultats Intermédiaires dans le jargon d’USAID) se concentrent sur : l’Infrastructure, les Produits Forestiers Non Ligneux, l’Utilisation de la faune, les Aires Protégées, les lacunes dans le Réseau des Aires Protégées, la Conservation commu-nautaire, la Foresterie, et l’Agriculture.

Alors que CARPE s’occupe des sciences naturelles et de questions de politique publique, il a y cependant un besoin reconnu par tous de mieux comprendre les facteurs de sciences humaines. Comme APFT et CARPE ont des objectifs stratégiques semblables et que tous deux agissent en Afrique centrale, des liens de collaboration prennent forme. Ceux-ci incluent le partage de l’information, le partage des résultats des recherches préliminaires, l’échange de la documentation, des contacts facilités avec les experts africains. CARPE a aussi fondé un projet ULB/APFT qui combine l’analyse socio-économique et la télédétection dans les zones urbaines. L’échange de services/ressources entre la Base APFT à Yaoundé et le Bureau régional de CARPE à Libreville se met en place.

World Bank Meeting -Vicente Ferrer

Indépendamment de la réunion accueillie par CARPE, mais à l’occasion du voyage à Washington, des contacts ont été établis à la Banque Mondiale. Mr. Vicente Ferrer est principal économiste de la Banque pour l’agriculture en Afrique. Le Département de Mr. Ferrer est impliqué dans la politique forestière et environnementale des pays du Bassin du Congo. Il est intéressé d’en savoir davantage sur APFT parce que son travail sur les questions opérationnelles forestières détaillées a conduit à des préoccupations quant aux effets de la foresterie commerciale sur les communautés forestières.

Comme la Banque Mondiale est actuellement impliquée dans l’élaboration et l’application d’une politique fiscale au Cameroun qui redistribuera « au niveau local » les revenus tirés par l’état des concessions d’exploitation industrielle du bois, elle pourrait utiliser les données d’APFT par exemple, pour :

 

World Bank Meeting with REIMP

Deux réunions ont eu lieu avec le directeur de projet, François Rantrua, Philippe Gerbe, du département environnement, Maurizia Tovo, sociologue et Antoine Lema, sciences humaines.

Le Regional Environmental Information Management Project est fondé principalement par la UE/DGVIII et le GEF. Il s’agit d’une initiative de la Banque Mondiale qui fournit la planification et la gestion des ressources naturelles dans le Bassin du Congo en abordant les problèmes suivants :

Deux secteurs où APFT et REIMP pourraient collaborer sont :

Ces réunions révèlent l’accord grandissant parmi les bailleurs de fond que les projets de développement et de conservation doivent donner une plus nette priorité aux facteurs des sciences humaines pour être efficaces. Elles ont aussi présenté des opportunités pour APFT d’appliquer ses expertises à une action/politique pratique en réduisant l’écart entre les activités de coordination générale et les besoins au niveau local.

Les membres de CARPE sont :

Les partenaires US :

- Biodiversity Support Program
- NASA/Université du Maryland
- Corps de la Paix
- Service des forêts, Département américain de l'agriculture (USDA)
- Wildlife Conservation Society (WCS)
- World Learning, PVO-NGO/NRMS
- World Resources Institute
- World Wildlife Fund (WWF)

Les partenaires africains :

- ONGs
- Universités
- Consultants du Secteur Privé
- Agence des Gouvernements

Ce programme de 5ans/14 millions$ vise à :

- rassembler des informations de base sur l'état actuel des forêts du Bassin du Congo;
- identifier et classer par ordre de priorité les menaces à l’égard de l’avenir des forêts de la région et également les possibilités de gestion durable de ces forêts;
- élaborer des systèmes pour suivre les ressources forestières et la biodiversité;
- faciliter la capacité des décideurs d’Afrique centrale à gérer les forêts et préserver la productivité écologique et économique à long terme de la région.

Le site de CARPE est : http://carpe.gecp.virginia.edu Le site est aussi accessible à partir du site APFT.

 
Theodore Trefon

Theodore Trefon coordonne les relations Ville-Forêt pour APFT.

 

4. Les Feux, la Forêt, les Populations et
le Smog en Asie du Sud-Est

Depuis des milliers d’années le feu fait partie de l’écologie normale et humaine des forêts tropicales à travers de monde. Par exemple, on a retrouvé des résidus de charbon dans des régions de Sumatra qui ont été interprétés comme le résultat de feux autant spontanés que provoqués délibérément. L’ignition spontanée de la forêt permet à la lumière d’atteindre le sol de la forêt et à de nouveaux arbres de pousser. Elle donne plus de chances aux nouvelles espèces de s’établir et maintient le caractère "mosaïque" distinctif de la structure de la forêt. On sait à présent que c’est ce caractère "mosaïque" qui contribue à la reproduction de la forêt et qui maintient sa haute biodiversité en lui fournissant un large éventail d’habitats à différents stages de régénération. Nous savons aussi que le feu est utilisé depuis des années pour défricher les champs par les cultivateurs itinérants traditionnels. Il s’agit d’une stratégie pour exploiter les forêts de façon efficace et durable, ce qui contribue aussi à maintenir le caractère distinctif de la forêt tropicale de l’Asie du Sud-Est.

Les forêts de basse altitude génétiquement riches de Sumatra, Bornéo et Irian Jaya que les écologistes et les gouvernements cherchent à protéger comme habitat ‘naturel’, sont en grande partie le résultat de l’interférence humaine qui implique des stratégies conscientes de brûlage.

Pendant presque l’ensemble de la période coloniale, les cultivateurs itinérants traditionnels ont été accusés d’être des destructeurs plutôt que des gestionnaires et de faiseurs de la forêt, une image qui a persisté parmi les responsables post-coloniaux, encouragée, il faut le souligner, par de nombreux ‘experts’ forestiers et conseillers en conservation. Nous savons maintenant que ce n’est pas vrai. Quelle ironie alors que les feux qui balayent aujourd’hui les régions de Sumatra et du Kalimantan sont moins une conséquence de l’ignorance des agriculteurs traditionnels dont les feux ‘ne seraient plus sous contrôle’(une explication communément avancée par le gouvernement d’Indonésie) que le résultat cumulé de politiques qui ont encouragé les transformations étendues et intensives de la forêt pour la rendre plus productive, qui ont simplifié leur organisation écologique et réduit leur diversité, et ont donc augmenté le risque de dégâts causés par le feu, sans s’assurer que des contrôles étaient en place pour prévenir les accidents.

La cause principale des feux semblent être une conséquence d’un essartage extensif faisant partie des plans du gouvernement pour l’émigration, l’exploitation forestière aveugle et non réglementée et la modification de la forêt pour des plantations d’arbres. Durant des décennies, suivant un modèle établi par les Hollandais, le gouvernement indonésien a utilisé l’émigration comme un instrument pour diminuer la pression démographique dans le centre javanais, des aires ouvertes au développement économique et comme un outil politique pour intégrer une population ethniquement diverse. Beaucoup d’émigrants dans les zones pionnières sont dans l’impossibilité de gérer les terres qu’on leur a fournies et partent rapidement des zones d’établissement, coupant la forêt -par des moyens légaux ou illégaux- pour établir une agriculture dans des zones de terre sèche. Ils utilisent des techniques d’agriculture sur brûlis sans la connaissance et les précautions prises par les populations locales.L’abattage en Indonésie a beaucoup augmenté depuis l’indépendance, une combinaison de concessions d’exploitation forestière locales à petite échelle, de plus grandes sociétés et de joint ventures multinationales. Les techniques modernes d’exploitation du bois, même quand elles n’entraînent pas de coupe à blanc, laissent une grande quantité de déchets après leur passage, qui lorsqu’ils sont secs, prennent facilement feu, spontanément ou accidentellement. Les zones dégagées par l’exploitation forestière, l’agriculture itinérante sur brûlis des pionniers, ou spécifiquement dans ce but, sont cultivées. Ceux-ci varient selon le lieu, mais incluent de plus en plus des arbres pour la pâte de bois, le caoutchouc et -dans les zones où les feux font actuellement le plus de dégâts- l’huile de palme. Ici aussi ce sont les déchets séchés laissés sur place par les firmes qui semblent créer le plus de risques.

La presse de ces derniers jours a mis beaucoup sur le compte des soi-disantes oscillations périodiques de El Niño qui, pour dire les choses simplement, entraîne de plus longues saisons sèches et des périodes de pluie en dessous du niveau annuel moyen dans certaines régions de la ceinture tropicale. Tous les ingrédients mentionnés ci-dessus fourniront le déclic final pour accroître les dégâts sur des régions étendues. Mais les cycles d’El Niño ont lieu depuis des siècles sans déclencher la calamité régionale sans précédent avec des fumées pathogènes et les effets du smog dont nous avons été témoins cette année. Les feux non contrôlés sont un fait banal à travers l’histoire, mais ces dernières années ils sont devenus de plus en plus fréquents, même les années pendant lesquelles El Niño ne sévit pas. Depuis la fin des années septante, il est courant que les feux au Kalimantan occultent le soleil et menacent les résidents, par exemple à Brunei et en Malaisie de l’Est. A certains endroits les couches en surface de charbon et de tourbe ont pris feu et continuent de brûler pendant des années et non des mois. Cependant les pluies arrivaient habituellement à temps pour résoudre les problèmes immédiats que les gouvernements semblent incapables de gérer d’une autre manière. Beaucoup de fermiers traditionnels à travers les tropiques sont conscients des effets d’El Niño et les ont gérés de façon satisfaisante dans le passé, élaborant même dans certains cas des plans d’urgence. Les institutions semblent être plus ignorantes et moins bien placées pour réagir. Il est crucial de comprendre pourquoi il en est ainsi si on veut faire face au problème, voire le résoudre. Il semblerait que ce n’est pas à cause d’un manque d’information. Le Département indonésien pour l’environnement, par exemple, est capable de faire correspondre des images satellites avec des bases de données qui indiquent précisément à qui appartiennent les plantations où les feux les plus dévastateurs ont commencé. Ces plantations sont sur des domaines appartenant à peine à plus de 146 sociétés. Certaines des ces sociétés sont contrôlées par les membres de l’élite politique indonésienne, certaines ont des appuis malaisien ou singapourien et d’autres impliquent le capital occidental.

Les réactions parmi les populations et les gouvernements de la région sont partagées. Les gouvernements du groupement ASEAN sont fortement solidaires et évitent de se critiquer. Pour cette raison cela a été relativement facile pour l’Indonésie malgré les conséquences sévères de la pollution en Malaisie et à Singapour. Le Président Suharto s’est excusé auprès de ses voisins ASEAN à deux occasions et cela semble les avoir satisfaits, du moins pour l’instant. Au niveau populaire cependant les critiques du gouvernement indonésien vont bon train. Non seulement l’homme de la rue se sent extrêmement irrité par ce qui est généralement considéré comme un échec du gouvernement indonésien à prendre les mesures adéquates pour empêcher le désastre, mais les affaires aussi commencent à souffrir, et la publication de photos satellite dans la presse singapourienne ainsi que des commentaires critiques suggèrent la possibilité de demandes de compensation.

En Indonésie la critique populaire est assez silencieuse parce que les gens ne savent pas qui blâmer. Les zones de l’archipel qui ont été peu touchées, la capitale Jakarta inclue, n’ont pas été informées de l’étendue de ce qui se pas-se. Quand ils l’apprennent, par exemple s’ils voyagent en Malaisie, les gens se disent "honteux d’être indonésien". Dans les zones qui ont été durement touchées telle que la province de Jambi, les réactions sont mitigées.

Tout le monde reconnaît généralement que les pluies sont arrivées tard cette année mais la perception générale semble être que ceux responsables des feux méritent d’être blâmés, puisque dans le processus de défrichement on sait depuis longtemps que le contrôle des feux ne doit pas dépendre des pluies. On dit depuis des années aux petits fermiers que les mesures de conservation de la forêt requièrent la construction de coupe-feu et l’assurance que les feux restent sous contrôle.

Dans ces zones d’agriculture traditionnelle, le blâme est donc mis sur le dos de ceux qui dégagent des terres pour de nouvelles plantations, particulièrement en ce qui concerne l’huile de palme dont la production est encouragée pour sa valeur en Indonésie en compétition avec la Malaisie. Cette expansion extra-rapide sans se soucier des procédures essentielles est perçue comme la conséquence de "tycoons" à Jakarta qui sont autorisés à dévaster les forêts, et souvent aidés par une force de travail itinérante qui cherche à s’enrichir rapidement assistée par ceux qui, parmi les représentants chargés d’appliquer la loi, sont suffisamment corrompus pour accepter des pots de vin. Ces derniers font la sourde oreille à la destruction de la forêt et ils participent parfois même à des abattages illégaux.

Des divisions se créent donc entre les indigènes eux-mêmes : entre les fermiers traditionnels appliquant des techniques vieilles de plusieurs siècles et ceux qui ont abandonné l’agriculture traditionnelle et espèrent faire de l’argent facile en travaillant pour des entrepreneurs qui font de l’abattage illégal; entre ceux qui pensent qu’ils ont droit aux terres au nom d’un usufruit traditionnel et les nouveaux-venus; et parmi les représentants de divers bureaux locaux gouvernementaux qui travaillent souvent en compétition plutôt qu’en coopération.

Deux choses sont frappantes en ce qui concerne la catastrophe actuelle, outre son échelle clairement dévastatrice et la complexité des facteurs techniques impliqués. La première ressort des deux précédents paragraphes; c’est que cette catastrophe est simultanément globale, régionale et locale. La seconde concerne les perceptions et les représentations des différents acteurs. Sauf preuve contraire, ce qui est largement montré -et spécialement dans les communiqués de presse des porte-paroles des gouvernements- comme un désastre ‘naturel’, a en fait ses racines dans les activités d’êtres humains, et dans les politiques à long terme des gouvernements et des sociétés. Il n’est pas nouveau de décrire comme ‘naturelles’ des causes qui sont dans une grande mesure sociales ou culturelles. Nous faisons tous cela, assez innocemment, la plupart du temps. Les forêts tropicales, comme nous l’avons déjà dit, ne sont ‘naturelles’ que dans ce sens.

Cependant, ce serait une calomnie si le blâme pour ces feux et ce smog polluant était rejeté au nom d’une catastrophe naturelle face à laquelle les gouvernements et le commerce sont impuissant, ou s’il devait se répercuter sur les fermiers locaux qui utilisent quotidiennement le feu pour modifier la forêt et qui pendant des milliers d’années ont assuré par là la richesse de ses espèces et la productivité économique.

 

Roy Ellen
et Bill Watson
 

5. Le Nouveau Millennium, l’Union
Monétaire Européenne et le Pape

Les cultes du cargo, une sorte de mouvement religieux millénariste, sont présents en Papouasie Nouvelle Guinée depuis les premiers contacts avec les Européens. Une littérature substantielle existe sur ce sujet aujourd’hui.

Les cultes cargo fleurissent en temps de crise. Ils incluent des éléments de protestation, d’adaptation et d’affirmation de soi dans un monde en rapide évolution . On peut les envisager comme des essais désespérés d’expliquer par des moyens traditionnels les changements imposées de l’extérieur, incorporer ces changements dans la matrice culturelle existante et de récolter une partie des bénéfices de l’économie occidentale. Ces cultes forment une strate idéologique sous-jacente partagées par les sociétés rurales en Papouasie Nouvelle Guinée, tandis que la niche occupée auparavant par les dirigeants coloniaux l’est maintenant par les élites rurales et urbaines expatriées. Etant donné que la Papouasie Nouvelle Guinée n’est pas un pays de citadins scolarisés ayant un accès limité au flux d’idées et de pensées transnational et international, il suffit d’un déclic approprié pour déclencher une activité millénariste.

Dans beaucoup de régions de Papouasie Nouvelle Guinée des signes montrent que les idées du cargo et millénaristes sont relancées par l’approche du millenium. Cet événement est spécial, non seulement pour l’Eglise catholique qui a déclaré l’an 2000 comme une année de Jubilé, mais aussi pour les expatriés non cléricaux et les membres de l’élite urbaine.

En outre, la présence d’opérations minières et d’exploitation forestière dans de nombreuses zones du pays fournit à la population rurale une ample justification à son sentiment de crise, de ressentiment et de changement.

La situation est aggravée par la diffusion d’une mauvaise information. Par exemple, on prévoit que l’Union Monétaire Européenne englobe le monde entier, rendant la monnaie locale, le Kina, obsolète et permettant au Pape (un européen) de reprendre le gouvernement de ce monde uni. De tels événements sont interprétés comme la réalisation des prophéties de l’Ancien Testament. Les prédicateurs radicaux amé-ricains sont particulièrement actifs pour lier l’Europe au règne de l’Antéchrist qui va précéder la seconde venue du Christ (et la fin du monde). Leurs publications sont disponibles dans beaucoup de librairies religieuses en PNG et leurs idées s’étendent ensuite aux aires rurales par l’intermédiaires des visiteurs des villes. Un exemple : Morris Cerullo (666 par 1999 ? Attention à l’Economie Globale en Explosion !, San Diego, 1991) voit le CEE comme "l’économie mondiale la plus grande et la plus riche" (p.11), et affirme qu’une devise européenne unique, " est prophétiquement significative parce que dans les Révélations, Chapitre 13, il est dit qu’il va y avoir une résurgence de l’ancien Empire Romain, qui existait du temps de la Première Venue du Christ. Ce nouvel Empire Romain prendra vie avec la Seconde Venue du Christ. Les nouveaux Etats Unis d’Europe seront comme cet ancien Empira Romain" (p.12). De plus, "Le Chancelier Kohl a déclaré : ‘Nous Allemands voulons étendre la CEE au sein de l’Union Européenne. Notre objectif central est, et continuera à être, l’unification politique de l’Europe.’ Le résultat final de cet objectif sera l’établissement d’une Europe unifiée qui mènera le monde, sous le règne de l’Antéchrist, à sa plus haute gloire, et, en fin de compte, à sa plus grande catastrophe." (pp. 13-14). Il conclut : "Partenaire, écoutez bien ceci : La Communauté Européenne (CEE) est destinée par le plan final de Dieu à émerger comme la puissance mondiale principale du 21ème siècle." (p.15).

Une telle rhétorique favorise les attentes locales syncrétiques pour le tournant du millenium, et ces espérances influencent, évidemment, des décisions prises en ce qui concerne l’exploitation forestière et minière. Ces opérations qui entraînent des changements à grande échelle dans les environnements ruraux peuvent être perçus par les villageois comme des nécessités cataclysmiques (les Catholiques) précédant le gouvernement monolithique du Pape, dont ils profiteront ; ou comme étant d’aucune importance puisqu’il n’y a pas de futur après l’an 2000 (dénominations radicales).

Donc, les attentes rurales pour le tournant du millénaire peuvent avoir de sérieuses conséquences pour l’état du pays et de ses ressources après l’an 2000. En effet, les efforts faits pour stopper l’épuisement des ressources naturelles de Papouasie Nouvelle Guinée, tels que la promotion des commerces à petite échelle, l’agriculture de rente, les scieries portables ou les programmes de sensibilisation de propriétaires terriens, sont peut-être inappropriés dans certaines régions. Par exemple dans la Province rurale Sepik à l’Est, "L’Assemblée de membres de l’Eglise de Dieu misent presque littéralement sur le retour du Christ en l’an 2000 et la destruction ultérieure du monde par le feu. Les gens estiment que couper la forêt est une bonne manière de générer des revenus puisque tout sera de toute façon détruit. Il y a aussi une perspective très fataliste de l’environnement et de la sécurité économique générale - les gens croient que les deux dépendent ‘de la volonté de Dieu’ et ne sont pas sous contrôle humain." (Jolene Stritecky, communication personnelle).

Les sociétés malaises d’exploitation forestière ont déjà pris avantage d’une telle attitude et utilisent la notion de fin du monde imminente pour obtenir l’accord des propriétaires terriens pour leurs opérations (e.g., avec le peuple Kasua de la Southern Highland Province, Florence Brunois, communication personnelle). A Enga, beaucoup de personnes ne voient pas la raison de planter des cultures de longue durée telles que le café ou les Pandanus, des cultures qui nécessitent plusieurs années pour produire, et qui sont généralement plantées par les pères pour l’usage de leur fils (Charles Yala, communication personnelle).

Ces quelques exemples ne sont pas exceptionnels; les idées millénaristes semblent être répandues à travers tout le pays. Une enquête préliminaire effectuée en avril de cette année à l’Université de Papouasie Nouvelles Guinée, a montré que 46 des 55 étudiants interrogés faisaient état de la présence de croyances millénaristes semblables au sein de leur village.

A retenir :

En Papouasie Nouvelle Guinée, la pensée millénariste encourage l’exploitation à court terme de la forêt, sans envisager une gestion durable des ressources puisque, dans les esprits, la fin du monde est proche.

 

Christin Kocher-Schmid


QUELQUES REFERENCES

Burridge, K. (1960) Mambu. A Melanesian Millennium. London: Methuen & Co.
Lawrence, P. (1964) Road Belong Cargo. A Study of the Cargo Movement in the Southern Madang District, New Guinea. Melbourne: Melbourne University Press.
Wanek, A. (1996) The State and its Enemies in Papua New Guinea. (Nordic Institute of Asian Studies Monograph Series 68) Richmond (Surrey) Curzon Press.
Worsley, P. (1957) The Trumpet Shall Sound. A Study of 'Cargo Cults' in Melanesia. London: Paladin.

 

6. La sécheresse en PNG

Lié au phénomène d’El Niño, le type de temps actuel, qui a causé des conditions de sécheresse importantes et anormales à travers l’Asie et l’Australie, affecte particulièrement l’île de Nouvelle Guinée. La nation de la Papouasie Nouvelle Guinée qui occupe la moitié Est de l’île est durement touchée.

La plupart de ses habitants vivent dans des zones rurales et comptent sur l’économie de subsistance. Habituellement la Papouasie Nouvelle Guinée est un pays assez humide et nuageux et ainsi l’agriculture de subsistance est adaptée à ces conditions climatiques. Les cultures de base peuvent tolérer certaines conditions de sécheresse mais ne peuvent pas survivre lors d’épisodes prolongés. La situation s’est aggravée avec les gels plus tôt cette année qui, en haute altitude, a détruit les cultures de pommes de terre. Aujourd’hui plus de 650.000 personnes (sur une population de 3,9 millions) sont nourries par les gouvernements et des organisations d’aide étrangères. En plus, comme des pluies sont attendues tôt cette année, ce nombre va augmenter parce que des nouveaux jardins n’ont pas pu être plantés pendant la sécheresse.

Les météorologistes prévoient que ce temps sec va continuer. Cela signifie que les gens vivant dans les zones de plaines seront aussi affectés. Là ils comptent sur le palmier sago mais ils ont besoin de beaucoup d’eau pour extraire l’amidon de la chair.

La situation est aggravée par certains facteurs reliés à la sécheresse :

D’après les récents rapports du gouvernement (The National, 14/11/97), 6.4 millions de kina (à peu près £2.56 millions) sont nécessaires chaque mois pour nourrir la population dans les zones les plus sévèrement affectées. L’Australie contribue actuellement pour un montant de 4 millions de dollars australiens par mois à l’aide directe, mais cependant les vols d’approvisionnement des Forces de Défense Australiennes sont gênés par le smog. S’il doit payer l’addition, le gouvernement va devoir geler les nouveaux projets et réduire les services publics l’année prochaine.

En outre, si le temps sec continue jusqu’en 1998, on s’attend à ce que le gouvernement perde plus de 164 millions de kina (£65.6 millions) en revenus provenant du secteur agricole. En bref, la Papouasie Nouvelle Guinée affronte sa plus sérieuse crise naturelle depuis longtemps.

A retenir :

La sécheresse qui sévit actuellement en Papouasie Nouvelle Guinée a des conséquences :


Christin Kocher-Schmid
 

7. Santé et maladies sexuellement transmissibles
en milieu forestier - sud Cameroun

Le SIDA passe pour avoir une prévalence faible dans les zones forestières rurales d'Afrique, surtout par rapport à la situation de l'Afrique de l'Est. Pour mieux évaluer ce problème, le programme APFT a développé, dans le cadre des études en biologie humaine, une recherche particulière sur le profil de la pandémie en Afrique centrale.

Des enquêtes sérologiques menées au Cameroun (A. Froment) font état d'un taux de séropositivité inférieur à 1%. Toutefois, cette situation est susceptible d'évoluer assez rapidement, dans deux contextes spécifiques :

Dans la vallée du Ntem (au sud du Cameroun), une équipe APFT (D.Bley, N. Vernazza-Licht, H. Pagezy) a commencé, en collaboration avec l’IFORD, une enquête sur la mobilité des villageois vers les zones urbaines, et compte développer une étude spécifique sur l'épidémiologie du VIH dans la proximité de plusieurs entreprises industrielles. Par ailleurs, l’IFORD a entrepris une grande enquête sur la ville de Yaoundé, dont les grandes lignes sont présentées dans le texte qui suit.

Santé et MST à Yaoundé (Came-roun) : méthodologie d’un projet

[Myriam de Loenzien, Evina Akam (IFORD)]

L’institut de Formation et de Recherche Démographique (IFORD, Université de Yaoundé II) a coordonné, du 15 juillet au 23 septembre, une recherche portant sur la «Santé et MST dans les villes africaines : cas de Yaoundé». Ce travail a été mené en collaboration avec la Faculté des Arts, Lettres et Sciences Humaines de l’Université de Yaoundé I et le Centre Hospitalo-Universitaire de Yaoundé. Il s’inscrit dans le cadre d’une «Etude multicentrique des facteurs qui déterminent les différences de niveau de prévalence du VIH dans les villes d'Afrique sub-saharienne» dans deux pays à faible prévalence de VIH (Bénin et Cameroun) et deux pays à forte prévalence (Zambie et Kenya). L’ensemble du projet international est coordonné par l’Institut de Médecine Tropicale d’Anvers.

Cette étude vise à expliquer le maintien des différences de séroprévalence entre les quatre villes choisies chacune dans un de ces pays. Au niveau local, une telle recherche permettra d’améliorer la connaissance des facteurs déterminant la propagation de l'infection à VIH dans des populations où le mode prédominant de transmission est la relation hétérosexuelle. Par conséquent, les interventions pourront être mieux ciblées afin de réduire le nombre de nouvelles infections à VIH (projet ANRS, 1996).

A Yaoundé comme dans les autres villes étudiées, deux enquêtes ont été menées, l’une auprès de 340 prostituées, l’autre auprès d’un échantillon représentatif de la population générale de la ville, formé de 2040 personnes âgées de 15 à 49ans, soit 937 hommes et 1103 femmes, répartis dans 740 ménages. Les opérations de collecte comprenaient un questionnaire socio-démographique et des examens médicaux consistant en un prélèvement sanguin, une collecte d’urine et un prélèvement vaginal pour les femmes.

Outre les principales caractéristiques socio-démo-graphiques, les informations recueillies permettent d’identifier la fréquence des relations sexuelles, les caractéristiques des partenaires, l’utilisation éventuelle de méthodes de prévention telles que le préservatif. Le volet médical apporte des informations sur les antécédents de maladies sexuellement transmissibles, facteurs favorisant la transmission de l’infection à VIH. Les sérologies des personnes interrogées pour la syphilis et le VIH sont également connues, de même que la présence de germes tels que les trichomonases pour les femmes.

Des informations plus spécifiques permettront de mesurer l’importance jouée par un sous-type du VIH particulier, par certaines pratiques telles que la circoncision, le dry sex ou les relations sexuelles pendant les règles. Les informations recueillies permettront donc à la fois de tester des hypothèses propres à chacune de ces approches, et de croiser les facteurs relevant de domaines différents.

Des résultats préliminaires ont été présentés à la Conférence Internationale sur le Sida en Afrique qui s’est tenue à Abidjan en décembre 1997. Ils font état d’un taux de séropositivité au VIH d’environ 6% auprès de la population générale, ce qui est proche des taux mesurés lors de la pré-enquête (près de 7%), en décembre 1997. Parmi les prostituées interrogées, 30%étaient séropositives pour le VIH. Ce taux est légèrement supérieur à celui qui avait été donné par l’OCEAC en 1992 pour cette même ville (25%). Par ailleurs, la proportion de personnes positives pour la syphilis s’élevait à environ 10%.

Ces données feront l’objet d’une étude approfondie dans les mois prochains, pour l’élaboration d’un premier rapport début 1998.

Alain Froment (Orstom-APFT),
Myriam de Loenzien,
Evina Akam (IFORD)


8. Viande sauvage et restauration de rue
au Cameroun : le cas de Yaoundé

Au Cameroun, un important «flux» de viande de chasse approvisionne les gros bourgs, les villes et la capitale même, Yaoundé. La diffusion et la consommation de gibier dans les villes restent à préciser. Qui sont les acheteurs de cette viande sauvage, et pourquoi la mangent-ils ?

Une enquête, menée en 1994-1996 dans le cadre d’APFT, a porté sur tous les lieux de vente et de consommation -marchés, restaurants, gargotes et même maisons privées-, afin de cerner les motivations des principaux intéressés, propriétaires et consommateurs, et d’évaluer l’importance et les variations de ce commerce. Cette étude a permis de définir la place, jusqu’alors méconnue, de la viande de brousse dans l’alimentation urbaine, et en particulier dans l’alimentation de rues.

Le commerce de viande

Trois vastes aires protégées devraient permettre de préserver la forêt dense humide, dans la moitié sud du Cameroun. Leur mise en place affronte une réalité commune à de nombreux programmes de conservation : des populations rurales vivent au sein de ces réserves, et tirent les protéines de leur régime alimentaire de la faune sauvage. De plus, elles commercialisent une partie du gibier tué, afin d’accéder à des besoins primaires (soins de santé, scolarisation...), phénomène qui s’est nettement accentué ces dernières années en corrélation avec la chute des cours des cultures de rentes (cacao, café).

Cette situation pose de sérieux problèmes pour la mise en œuvre des programmes, tant de conservation de la nature que de développement rural. Dans quelle mesure faudrait-il interdire toute chasse traditionnelle, qualifiée généralement de «braconnage» ? Serait-il au contraire possible de gérer cette pratique ? Préconiser purement et simplement une interdiction du «braconnage», c’est faire abstraction de la réalité : des gens chassent et vendent de la viande pour gagner leur vie, et d’autres en achètent et en consomment parce qu’ils en ressentent le besoin.

«Aides-mamans» et consommation quoti-dienne : pourquoi manger du gibier ?

Dans une ville comme Yaoundé, forte de plus d’un million d’habitants, la viande de brousse se consomme dans trois principaux lieux publics : restaurants, «circuits» et «aides-mamans». Les deux premiers sont réservés à une clientèle ayant les moyens financiers d’une consommation de loisir, hors du domicile.

En revanche, les «aides-mamans» s’adressent à une clientèle plus large, composée d’employés, de fonctionnaires, mais aussi de vendeurs ambulants et de sans-emploi, pour une consommation quotidienne. Elles font partie de la restauration de rues : le client choisit un morceau directement dans une marmite, puis s’assoit sur un banc de bois et consomme son plat sur place, en plein-air.

Cette forme de restauration n’est pas marginale, puisqu’en septembre 1995, nous avons recensé près de 845 «aides-mamans», dans 39 des 63 quartiers de la ville, dont 162 pour le seul Centre ville. Toutes ne vendent pas du gibier. Mais lorsqu’elles proposent deux plats, gibier et viande d'élevage, les prix sont sensiblement équivalents, à 100 F CFA près.

Trois raisons principales expliquent l’essor de cette forme de restauration et la place qu’y tient la vente de gibier :

  1. la journée continue de travail, instaurée en 1994 : n’ayant pas le temps de rentrer déjeuner à domicile, des centaines d’employés se restaurent chaque midi dans la rue, pour un prix raisonnable.
  2. le prix des produits : tant dans les restaurants que dans la rue, la différence de prix entre plats de viande sauvage ou de viande d’animaux domestiques (boeuf, porc, poulet) voire de poisson, n’était pas significative (cf. tableau). Dans ce contexte, tous les plats étant au même prix, le consommateur se donne le plaisir de choisir ce qu’il préfère, c’est-à-dire le gibier, et même son gibier favori lorsqu’il en trouve !

 

Comparaison des prix des portions (F CFA)
 

 Gibier

Poission

Poulet

Boeuf

Divers.

Aides-mamans
 150-500  250-400  200  500-600 ndole
350

Circuits
 1000-2000  1000-2000  1000-4000  1000  

  1. la crise économique qui sévit au Cameroun depuis une dizaine d'années, puis la dévaluation du franc CFA au début de 1994, ont entraîné à la fois une baisse du pouvoir d’achat et une hausse des prix du gibier au marché. Ainsi la pièce de gibier a augmenté de plus de 1000 F CFA, pour atteindre aisément maintenant 5000 F CFA. En conséquence, il est difficile à un ménage camerounais, dont le revenu mensuel moyen ne dépasse pas 40 000 F CFA (et qui compte 4 ou 5 personnes), de dépenser une telle somme pour deux kilogrammes de viande. Il en résulte une forte baisse de la consommation familiale de viande de brousse et de la fréquentation des circuits.

Des circuits devenus trop onéreux pour le pouvoir d'achat, du gibier trop cher pour une consommation à la maison, une insuffisante différence de prix entre le bœuf et l’antilope : tous ces facteurs expliquent le succès des «aides-mamans», les seules qui permettent aux citadins de déguster un plat de gibier sans grever le budget domestique, grâce à la pratique de prix dérisoires mais satisfaisants pour les deux parties.

Conclusion

A Yaoundé, chaque midi, des centaines de femmes proposent, dans tous les quartiers, des portions cuisinées de viande sauvage, à un prix très modique. Aujourd’hui, si le gibier reste l’aliment le plus apprécié, pourvu d’une image très valorisée, il n’est paradoxalement plus le mets de luxe qu’il fut naguère, car il est devenu le menu quotidien de milliers de passants, employés et fonctionnaires.

Il reste à analyser par quel dysfonctionnement économique les aliments animaux d’origine domestique n’entrent pas en compétition avec le gibier et ne représentent donc aucunement une alternative.

Face à une illusoire répression du braconnage et du commerce du gibier, le développement de l’approvisionnement des villes en viande d’élevage devrait constituer une priorité pour tous les intervenants concernés par la préservation de la faune.

Serge Bahuchet et
Kornelia Ioveva-Baillon

 

Serge Bahuchet est ethnoécologiste,
Directeur de recherche au CNRS et
Directeur du Conseil Scientifique d'APFT;
Kornelia Ioveva-Baillon,
diplômée en écologie,
est chargée de mission au WWF-Cameroun et à l’APFT à Yaoundé.
 

9. Le cacao et l’antilope, ou : pourquoi il ne faut
pas laisser faire du chocolat
à l’huile végétale... (le cas du Cameroun)

Les propositions de directives de la Commission européenne afin d’harmoniser le marché du chocolat, et relatives aux produits du cacao et du chocolat destinés à l’alimentation humaine, ont provoqué pendant plusieurs mois de nombreuses réactions tant du côté des consommateurs que des pays producteurs, avant d’être examinées au Parlement européen le 23 octobre 1997.

Nous livrerons ici quelques commentaires, en nous situant au niveau des villages camerounais, à la lueur des réactions des planteurs au cours des grandes variations du marché du cacao que cette décennie a connues.

Le cacao dans l’économie des paysans camerounais

Au cours de la campagne cacaoyère de la saison sèche 1992, les cours mondiaux ne cessèrent de baisser de mois en mois. Au Cameroun, les prix d’achat aux cultivateurs chutent, les acheteurs agréés renoncent à user leurs camions sur les routes défoncées des zones forestières. A la fin de la campagne, les planteurs découragés ne peuvent que contempler les sacs de fèves sèches, empilés dans leurs cuisines...

Déjà la chute des cours de la campagne 88-89 avait entraîné une perte de revenu variant de 50 à 60 %, le prix du kilo étant passé de 400 à 200 F CFA. Les cultivateurs cessèrent d’abord d’employer des produits phytosani-taires coûteux, puis de louer la main d’oeuvre saisonnière nécessaire au désherbage et à la récolte, enfin ils limitèrent les surfaces récoltées.

Mais surtout, les plus actifs se détournèrent de la cacao-culture pour trouver ailleurs les revenus nécessaires à la vie quotidienne : impôts, école, soins de santé, pétrole lampant et savon étaient payés par le cacao. Renouant avec leur passé, ils employèrent le temps libéré par l’inutilité du travail agricole (la collecte et la préparation des cabosses sont coûteuses en temps) à une activité à la fois plus attrayante et procurant des revenus réguliers : le piégeage, en établissant des camps en forêt, en disposant des lignes de centaines de collets et en les visitant régulièrement.

Dans ce contexte économique, le produit de la vente du gibier aux colporteurs venant des villes dépassait les revenus aléatoires du cacao, revenus encore réduits par la qualité faible résultant du manque de soins aux plantations. Bien sûr, un revenu annuel de 350 000 ou 400 000 F CFA grâce à la vente du gibier, ne se compare pas au million et demi que pouvait rapporter au ménage le cacao avant la crise, mais c’est toujours plus que rien ou qu’un salaire de manœuvre (30 000 F CFA/mois à cette époque) !

En 1994, nouveau coup : le Franc CFA est dévalué. Les salaires chutent, le pouvoir d’achat diminue, mais au marché, le prix du gigot de céphalophe (antilope forestière) augmente... Les cultivateurs devenus piégeurs "producteurs" de viande sauvage sont confortés dans leur choix. Certes, la dévaluation joue son rôle et favorise l’exportation ; les cours augmentant lors de la campagne cacaoyère 94-95, une partie des planteurs remet en état ses plantations. Mais beaucoup n’abandonnent pas pour autant le piégeage, devenu une activité florissante : le flux de viande boucanée de la forêt vers les villes ne cesse d’augmenter, au grand dam des antilopes... et des protecteurs de la nature qui ne savent comment limiter le flot !

De l’effet inattendu du chocolat européen

C’est dans ce contexte que, le 30 mai 1996, la Commission Européenne a présenté au Parlement européen une proposition de directive relative aux produits du cacao et du chocolat destinés à l’alimentation humaine [COM(95) 722 ; JO C231, 9/8/96]. Cette proposition prévoit notamment d’autoriser les chocolatiers des Etats membres à employer dans la fabrication du chocolat, jusqu’à 5 % de graisses végétales autres que le cacao [COM(95) 722 ; Bulletin de l’UE 4-1996 § 1.3.8].

Les amateurs de chocolat fin protestent sur la baisse de qualité du produit. Les amis de l’Afrique, quant à eux, s’interrogent sur les conséquences pour les producteurs du Tiers Monde. Les industriels du chocolat estiment que cette possibilité n’entraînerait qu’une baisse inférieure à 3 % de la demande (60 000 T/an) alors que les pays producteurs l’évaluent, eux, de 6 à 12 % (140 à 270 000 T/an).

Au-delà d’une querelle d’estimations, il est certain qu’une baisse de la demande se répercuterait d’abord sur les plus petits des producteurs, sur les plus fragiles. 7e producteur mondial, le Cameroun ne produit que 120 000 T/an, 5 % du tonnage mondial... Nul doute que les planteurs de la forêt camerounaise retourneraient rapidement à leurs pièges pour compenser, une fois de plus, les pertes, prévisibles, de revenu...

Conclusion

Dans la note de synthèse préparant le débat au Parlement européen, le rapporteur, M. Paul Lannoye, relevait, d’après l’avis de la commission du développement et de la coopération, que "les avantages limités de la directive ne compensent absolument pas ses importants inconvénients (baisse de la demande entraînant une surproduction temporaire qui accentuera la baisse des prix, recours aux matières grasses de substitution moins chères que le beurre de karité, coût supplémentaire pour le Stabex)." [Parlement européen, Note de synthèse 15-10-97].

A ces inconvénients, on devrait en ajouter un autre, qui concerne au moins le Cameroun : la baisse de la demande en cacao provoquerait un accroissement du braconnage et de la chasse commerciale, détruisant encore un peu plus cette faune sauvage que la Commission Européenne, par ailleurs, s’efforce de préserver grâce à l’établissement d’aires protégées, très coûteuses pour le contribuable européen...

Serge Bahuchet
Serge Bahuchet,
Directeur de recherche, CNRS,
et Directeur du Conseil Scientifque d'APFT
 

10. Le rotin peut-il sauver la faune ?

L'importance sociale, économique et culturelle des produits forestiers non-ligneux (PFNL) dans le Bassin du Congo est aujourd'hui évidente. Cependant des hypothèses qui, auparavant, semblaient séduisantes dans le domaine de la conservation doivent à présent être reconsidérées. Les données récentes de la région de Yaoundé (Cameroun) remettent en effet en question l'hypothèse selon laquelle la cueillette, la commercialisation et la transformation de certains PFNL par les villageois peuvent les conduire à diminuer l'exploitation non durable des produits écologiquement sensibles comme le gibier et les arbres tropicaux de valeur.

Certains chercheurs et environnementalistes soutiennent que la monétarisation des populations villageoises grâce au PFNL (autres que le gibier) est une approche de conservation viable. Nos enquêtes de terrain révèlent par contre que la cueillette du rotin et la commercialisation du gibier sont deux activités complémentaires qui se financent mutuellement. Il s'agit ici du budget-temps, l'utilisation de l'argent peu disponible ainsi que l'utilisation intensive croissante de l'espace forestier périurbain.

Selon l'hypothèse "l'alternative PFNL", les villageois vivent au sein de "systèmes de besoins fermés" : avoir assez d'argent pour satisfaire leurs besoins élémentaires pourrait les détourner de la chasse et du piégeage commerciaux ainsi que de l'abattage occasionnel d'arbres de valeur comme le Sapelli (Entandrophragma cylindricum) ou le Bubinga (Guibourtia spp.).

Malheureusement la réalité est assez différente. Les villageois veulent de plus en plus d'argent pour satisfaire différents types de besoins et de désirs. Bien que le développement de la monétarisation ne soit pas un phénomène récent, de nouvelles demandes apparaissent.

Les gouvernements de la sous-région, celui du Cameroun n'est pas une exception, ont de plus en plus de mal à respecter leurs responsabilités sociales, éducatives et de santé. Les populations doivent développer elles-mêmes leurs propres "systèmes de débrouillardise" sans se fier aux appuis étatiques. La globalisation, la connaissance des tendances de ce qui se passe à l'étranger, les contacts avec les grandes villes incitent les villageois à vouloir des radios et des télévisions, à s'habiller à l'occidentale et à consommer ce qui est perçu comme une alimentation "moderne". Le prestige associé à la consommation de la bière ou des "sucrés", par exemple, est considérable.

Il y a d'autres raisons pour lesquelles les villageois ont des besoins qui ne sont pas fixes mais élastiques. Dans la région Ewondo où le pouvoir traditionnel n'est pas hérité mais acquis, l'argent parle : il donne à ceux qui en possèdent le droit à la parole. En plus, si une législation proposée est approuvée et appliquée, un nouveau besoin d'argent sera le paiement de "l'impôt libératoire".

Comme beaucoup d'autres PFNL, les rotins (et plus particulièrement l'Ancistrophyllum secundiflorum et l'Eremosphata macrocarpa) jouent un rôle économique important dans l'interface des populations de Yaoundé et de son arrière-pays : un arrière-pays qui, par ailleurs, se vide lentement mais sûrement de ses ressources naturelles. En effet, le peu de biodiversité qui persiste dans l'auréole autour de Yaoundé, comme celle qui entoure beaucoup d'autres villes de la sous-région, est sérieusement menacée. (Trefon, 1997).

Les citadins, qu'ils soient pauvres ou nantis, dépendent des produits forestiers à des degrés variables. Les coupeurs-cueilleurs de plus de vingt villages dans cette région fournissent un marché de grossistes à Mvog Mbi en rotin où les artisans de quelques 117 ateliers viennent s'approvisionner en bâtons et lianes nécessaires à la fabrication d'une variété de produits allant des petits paniers et nattes à des meubles tels que des lits, des canapés, des étagères, etc. Ces produits sont en vogue parmi toutes les classes sociales et sont visibles dans cette ville comptant plus d'un million d'habitants.

La plupart des villageois sont impliqués simultanément dans plusieurs activités économiques : la cueillette du rotin n'en est qu'une parmi d'autres. Ces activités sont notamment l'exploitation agricole pour la consommation et la vente du surplus; la production cacaoyère; la chasse et la pêche; l'abattage des arbres et la coupe artisanale des planches; la cueillette d'autres PFNL tels que les feuilles d'emballage, les mangues sauvages, les noix, le vin de palme, etc.; l'extraction du sable nécessaire à la construction ou la distillation d'odontol (alcool local à base de vin de palme).

Bien que l'exploitation du rotin soit un travail éprouvant, douloureux et dangereux (parce que les charges lourdes sont transportées sur de longues distances à pied, les épines coupent les doigts, les branches mortes tombent avec les lianes), il fournit de l'argent rapide à tout moment de l'année sans investissement préalable. Le problème de saisonnalité qui entrave l'exploitation d'autres PFNL ne se pose pas. Le rotin est encore largement disponible autour de nombreux villages et il se vend assez facilement vu le nombre important d'artisans à Yaoundé.

Dans une enquête récente (Defo, 1997) on demanda aux coupeurs-cueilleurs de rotin s'ils pouvaient abandonner la chasse commerciale et l'abattage pour se consacrer essentiellement au rotin. Ils ont presque tous répondu non, soulignant que ces autres activités étaient beaucoup plus rentables et qu'il y avait un haut degré de complémentarité entre elles. Nous avons identifié trois types de complémentarité.

Par ailleurs, il ne faut pas négliger que l'argent gagné par le vente du rotin sert aussi à faciliter la chasse ou l'abattage. Il permet notamment d'acheter le câble pour faire les collets ; d'acheter l'essence pour une tronçonneuse et de la louer.

Etant donné les conditions et les obstacles économiques dans la région de Yaoundé ainsi que l'inventivité des villageois lorsqu'il s'agit de trouver des systèmes de "débrouillardise", la combinaison d'activités économiques complémentaires est de mise. Le rotin peut-il sauver la faune? Malheureusement non. La réponse n'est pas le rotin ou la faune mais le rotin et la faune.

Theodore Trefon
et Louis Defo
Theodore Trefon coordonne les Relations Ville-Forêt pour APFT.
Louis Defo, Université de Yaoundé I, est chercneur junior d'APFT.


QUELQUES REFERENCES

Defo, Louis, La Filière des Produits Forestiers Non Ligneux: L'exemple du Rotin au Sud-Cameroun, Rapport APFT non publié, 1997, Yaoundé.
Trefon, Theodore, « Urban Threats to Biodiversity in the Congo Basin » dans The Congo Basin: Recent Developments and Alternatives for Sustainable Development, BOS Newsletter, Journal on Tropical Forests and Forestry for Sustainable Development, Vol 16 (3), N° 37, Nov. 1997, Wageningen, Holland.


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