|
Les végétaux ont la pêche ! |
||
|
Par Ariane Vlérick,
Inforsciences
|
Que les plantes soient des organismes «photosynthétiques» n'est probablement plus un secret pour personne. Qu'il y ait des rapports entre la photosynthèse et l'énergie, peut-être pas non plus. Mais lesquels? Et d'abord... qu'est-ce donc que la photosynthèse ? La photosynthèse est réalisée dans la nature par les organismes phototrophes, ou encore autotrophes, parmi lesquels comptent les algues, les plantes supérieures et certains types de bactéries. Par contre, les animaux sont qualifiés d'organismes hétérotrophes. " «Pffffffffff ! Allons donc... Mais qu'est-ce encore que ce jargon?! 'Peuvent pas parler français comme tout le monde, ces scientifiques?» Et si... Et si nous cessions de râler un instant? Juste pour décortiquer, du bout des mots, ces deux phrases d'apparence complexe. Un peu de grec peut suffire à comprendre l'essentiel... La photosynthèse signifie, littéralement, «construction (synthesis) à partir de lumière (phos, photos)». C'est donc la capacité que possède un organisme vivant à collecter et à exploiter l'énergie solaire pour la transformer en une forme d'énergie «utilisable» : une énergie chimique. Pour qu'un organisme vivant puisse faire de la photosynthèse, il faut qu'il dispose d'un moyen de "capturer" la lumière. Et puisque cette lumière va lui servir, au bout du compte, à construire des substances chimiques nécessaires à sa croissance et à son développement, pourquoi ne pas le qualifier d'organisme «bouffeur de lumière»? Et bien, phototrophe, ce n'est rien d'autre que cela, puisque la nourriture se dit « trophè » en grec! Phototrophe est parfois remplacé par autotrophe, parce que cette capacité à «vivre de lumière et d'eau fraîche» rend l'organisme photosynthétique totalement indépendant des autres : il se nourrit (trophè : la nourriture) « par lui-même » (auto). Les animaux sont quant à eux incapables d'utiliser directement la lumière du soleil comme source d'énergie : sans leur casse-croûte, ils meurent. On les qualifie d'organismes hétérotrophes parce qu'ils ne peuvent survivre sans se nourrir d'autres (heteros) organismes vivants. Alors... Est-il toujours indispensable de démontrer l'utilité d'étudier les «langues mortes»?... |
|
|
|
Imaginons un instant ce que nous dirait une plante si elle pouvait communiquer avec nous... |
|
Cliquez sur l'image pour l'agrandir |
L'énergie et la photosynthèse : le point de vue... d'une plante ! Vous ne nierez sans doute pas que, dans votre langage, le verbe «végéter» a une connotation franchement péjorative! Si vous l'utilisez pour désigner l'activité de l'un de vos congénères, c'est que ce pauvre bougre va bien mal... qu'il manque sérieusement de vigueur, de «punch»... De même, si vous le traitez de «plante». Pour certains d'entre vous, je ne suis finalement qu'un objet inanimé, car votre vision de la Vie est indissociable d'une propriété que vous partagez seulement avec les animaux : celle de vous mouvoir. Et oui ! Votre animal de compagnie bénéficie en général de bien plus de considération que votre petite plante verte de salon... Va savoir pourquoi, car celle-ci vous fait bien moins de dégâts ! J'imagine que c'est parce que le brave toutou et le mignon matou vous sont plus proches, plus semblables dans leur fonctionnement, plus «affectueux». Ceci dit, ce n'est pas parce que nous ne bougeons pas et que nous n'émettons aucun son que notre vie ne repose pas elle aussi sur l'énergie et la communication. A ce sujet, et si l'on ose sortir de vos schémas d'humains, on peut concevoir un dialogue muet. Il y en a quand même certains qui nous bichonnent : ils prennent un malin plaisir à nous cultiver dans la perspective de recueillir de délicieux fruits et légumes, ou d'offrir un bouquet coloré à l'être qui leur est cher. Nous sommes alors appréciés pour notre contribution à votre bien-être, pour le service que nous vous rendons. Certains vont même jusqu'à nous attribuer une certaine forme de «Volonté»[1] ou à s'interroger sur nos caractéristiques «humaines»[2], sur nos goûts musicaux[3]. Plausible ou pas, là n'est pas la question. Jamais vous ne me direz « je ne peux pas vivre sans toi ». Il est cependant évident que nous sommes totalement indispensables au développement et au prolongement de la vie sur Terre -la vôtre y comprise ! Il suffit par exemple de se rappeler qu'au sein des écosystèmes nous sommes les seuls organismes vivants à avoir un rôle de producteurs (voir le texte "L'énergie dans l'écosystème"). Les animaux se contentent de consommer ce que nous produisons. Nous sommes capables de mettre en émoi nombre de vos sens : par exemple, votre goût lorsque vous vous délectez d'un fruit juteux ; votre vue lorsque vous vous émerveillez devant la beauté d'une fleur ; votre odorat lorsque notre parfum délicat vous enivre. Parfois même, c'est dans notre piège d'ensorcellement, de dépendance que vous tombez. D'ailleurs, celui d'entre les hommes qui a appris à percer nos mystères et à les utiliser intelligemment s'est doté tout autant d'un pouvoir de guérison hors pair que de pouvoirs maléfiques envers ses semblables. Mais si nous vous sommes si indispensables, c'est bien moins pour nos fruits et nos fleurs que pour nos feuilles et nos tiges. Car bien avant de pouvoir jouir ou souffrir de notre présence dans votre environnement, il vous faut respirer... Or, c'est au niveau de nos parties vertes, exposées à la lumière, que s'effectuent les réactions qui mènent notamment à la production d'oxygène qui est libéré dans l'atmosphère. La photosynthèse est la seule voie par laquelle se régénère l'oxygène présent dans l'air que vous consommez au cours de la respiration et de la combustion d'énergie fossile. |
|
|
|
Jugez par vous-mêmes de notre efficacité... Alors que le dioxyde de carbone ne représente pour vous qu'un vulgaire déchet de la respiration, c'est environ 120 milliards de tonnes de ce gaz que nous convertissons chaque année en substances organiques grâce à nos chloroplastes. Certaines de vos sources d'énergie (comme le charbon, le gaz naturel et le pétrole) sont des produits de décomposition d'organismes terrestres ou marins (végétaux ou animaux) qui renferment une énergie d'origine « extraterrestre », issue de radiations solaires qui ont été capturées il y a des millions d'années, toujours par les organismes photosynthétiques ! Comment fonctionne la photosynthèse ? Considérons la plante comme une « boîte noire », une machine qui, alimentée en eau et en dioxyde de carbone, est capable de produire de l'oxygène moléculaire, gazeux (O2). La mise en route de la machine nécessite bien évidemment un apport d'énergie, qui se présente ici sous forme de lumière. Dans ces conditions, le "rendement de la machine" est tel qu'il y a autant de molécules d'oxygène (O2) formées que de molécules d'eau (H2O) et de dioxyde de carbone (CO2) consommées. Au bilan, on a : 6 CO2 + 6 H2O --> C6H12O6 + 6 O2 Une partie des sucres formés (C6H12O6) est utilisée pour la croissance et le développement de la plante tandis qu'une autre est stockée sous forme d'amidon, pour une utilisation future. La quantité d'énergie nécessaire à l'alimentation de la machine dépend des performances du système qui lui permet de capter la lumière : l'énergie lumineuse incidente est en effet convertie en des proportions variables d'énergie chimique, d'énergie de fluorescence et d'énergie calorifique. Seule la forme chimique est utile dans le cadre de la photosynthèse. Si l'on compare le système de capture de l'énergie lumineuse à un pluviomètre et la pluie à un flux de photons, on peut assimiler la chaleur à une perte d'eau par ruissellement, l'émission de fluorescence à une fuite, et enfin l'énergie chimique à l'eau collectée efficacement dans le pluviomètre. La compréhension du fonctionnement de la photosynthèse retient l'attention de chercheurs de tous bords. C'est en effet l'exemple même du sujet de recherche dont les connaissances ne peuvent progresser que par la mise en commun de données nouvelles issues de l'ensemble des disciplines scientifiques. A l'heure actuelle, on connaît bien la structure du chloroplaste et de ses divers compartiments, sans pour autant pouvoir identifier l'ensemble des « acteurs moléculaires » présents au sein de cet organite cellulaire végétal et, surtout, attribuer à la fois une structure et une fonction à chacun d'entre eux. Au baromètre des Prix Nobel, le chloroplaste -et particulièrement la production d'énergie en son sein- a d'ailleurs la cote ! Et il l'aurait probablement encore plus si l'attribution de ces prix avait débuté avant l'an 1901... Avant que la lumière du Soleil nous échappe, ne croyez-vous pas qu'il soit grand temps de « cultiver notre jardin » ? |
|