2. Géochimie des isotopes radiogéniques...
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2.1. Introduction
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Nous pouvons considérer deux applications essentielles à la géochimie des isotopes radiogéniques
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La première application concerne naturellement la géochronologie qui se base sur la propriété de constance du taux de désintégration des nucléides instables au cours du temps (déjà évoquée précédemment). L’indépendance de ce phénomène aux conditions physico-chimiques environnantes permet par simple mesure de la quantité de nucléides fils et de nucléides pères de calculer un temps durant lequel le système géologique est resté clos.
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La seconde application concerne leur utilisation en tant que traceurs géologiques. Cette utilisation se base sur le fait que tous les isotopes d’un même élément possède les mêmes propriétés chimiques au cours des phénomènes géologiques (fusion, cristallisation…). Corrigés de l’âge de la roche, les rapports isotopiques des roches dépendent donc de la nature de la source de l’élément considéré.


Principales paires (ou triplet dans le cas de l’uranium, du thorium et du plomb ou du K-Ar-Ca) d’éléments à vie longue dont les isotopes radiogéniques (pères et fils) seront utilisés en géochronologie ou comme traceurs pour les phénomènes géologiques anciens. Leur demi-vie et la valeur de la constante de désintégration l associée sont reportées pour chacun d’eux.


Principaux isotopes cosmogéniques à vie courte, ces isotopes radiogéniques seront utilisés en géochronologie ou comme traceurs pour les phénomènes géologiques récents. D’après leur demi-vie très « courtes », ces isotopes auraient disparu du milieu naturel depuis plusieurs milliards d’années si ils n’étaient pas constamment régénérés par les réactions entre les gaz de l’atmosphère et les rayons cosmiques. Le tritium (3H) est lié en grande partie pour son origine aux explosions de bombes nucléaires en surface de la Terre (courantes dans les années 1950 à 1970). Leur demi-vie et la valeur de la constante de désintégration l associée sont reportées pour chacun d’eux.
Ces deux utilisations directes de la géochimie des isotopes radiogéniques (datation et traceur) seront liées à des paires d’éléments à vie longue pour les phénomènes géologiques anciens (> million d’années) et à des paires d’éléments à vie courte (isotopes cosmogéniques) pour les phénomènes géologiques les plus récents.
2.2. Géochronologie
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2.2.1. Introduction : un peu d’histoire
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Cette partie 2.2.1. provient pour sa plus grande part du site de Vincent Deparis (ens-lyon/âge de la Terre) traitant de l'âge de la Terre. Elle n'a pas été paraphrasée mais seulement intégrée dans le plan du cours. Je conseille également de lire l'ouvrage passionant de V. Deparis et H. Legros, Voyage à l’intérieur de la Terre. De la géographie antique à la géophysique actuelle. Une histoire des idées, Paris, CNRS Editions, 2000.
2.2.1.1. Le temps infini des Anciens et du Moyen Age
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Pour Aristote (384-322 av. J.-C.), la Terre est éternelle et garde perpétuellement son identité car les modifications de la surface se compensent en moyenne.
Pour les Stoïciens, au contraire, la Terre est engagée dans une succession de créations et de destructions où à chaque fois le même monde est créé avec les mêmes êtres et les mêmes événements. Équilibre perpétuel chez Aristote, répétitions cycliques chez les Stoïciens, dans les deux cas il y a conservation du Monde.
Les premières compilations des âges et des générations des personnages de l'Ancien Testament sont tentées au Ier siècle apr. J.-C. par Flavius Josèphe (37-100), puis par Théophile d'Antioche (115-181) et Eusèbe de Césarée (265-339) pour retrouver la date de la création : 5500 ans avant la naissance du Christ.
2.2.1.2. Les âges bibliques
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Au cours du XVIe et du XVIIIe siècles, Alphonse de Vignole (1649-1744) compte plus de deux cents calculs différents : le plus court donne 3483 ans depuis la Création jusqu'au Christ, le plus long 6984. En 2003, Jean Dercourt constate "que les valeurs obtenues correspondent à l'âge du cuivre; or les archéologues établissent que durant cette période, le peuple juif quitta le bassin mésopotamien pour aller vers l'Ouest. On mesure là les pérégrinations d'un peuple et non l'âge de la Terre"
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Le plus célèbre de ces âges est dû à James Ussher (1581-1656), qui affirme que la Création eut lieu au début de la nuit précédant le 23 octobre de l'an 4004 av. J.-C.. Christophe Colomb (1450-1506), Mercator (1512-1594), Johannes Kepler (1571-1630), Isaac Newton (1642-1727) font chacun leur proposition.
Toute l'histoire de la Terre (la formation des montagnes, l'empilement des couches géologiques, le creusement des vallées) se trouve concentrée dans ces courtes durées sans que cela pose problème. La Terre se forme et se structure au cours d'événements brefs et violents, dont le Déluge est le principal.
2.2.1.3. Les premiers âges géologiques
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Vers 1660, Niels Stenon (1638-1680) reconnut au Danemark la continuité et l'homogénéité des niveaux de craie sur de grandes régions, et admis qu'elles représentaient l'accumulation de sédiments pendant une certaine durée de temps, chaque niveau pouvant définir une unité de temps. Buffon (1707-1788) reprend cette piste et détermina la quantité de sédiments s'accumulant dans une mare de sa propriété de Montbard et établit un taux de sédimentation. Il mesura l'épaisseur d'une formation sédimentaires le long des côtes normandes et en déduisit qu'elle s'était
déposée en plusieurs dizaines de milliers d'années (dans ses carnets, Buffon propose des temps beaucoup plus longs de l'ordre de dizaines de Ma).
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En 1721, Henri Gautier (1660-1737) a l'idée lui de dater l'âge du globe en estimant le temps d'érosion des reliefs grâce à la mesure de la turbidité des fleuves. Il affirme qu'en 35 000 ans un continent serait entièrement nivelé. Mais lorsque l'on reprend ses mesures et la loi qu'il invoque, on trouve des durées bien plus considérables (tout comme Buffon on observe une certaine retenue ou "Peur" des dates longues.). |

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En estimant le taux de sédimentation ou le taux d'érosion des montagnes et en les supposant constants dans le temps, des géologues, telsJohn Tuberville-Needham (1713-1781), Pierre-Bernard Palassou (1745-1830) ou Jean-Louis Giraud Soulavie (1752-1813) puis Phillips (1800-1874), arrivent à des âges de plusieurs millions d'années pour la formation des couches sédimentaires ou l'abrasion des reliefs. Au début du 20è siècle, Grove Karl Gilbert (1843-1918) assimila chaque couche épaisse de quelques décimètres dans la craie des grandes plaines d'Amérique du Nordres à un cycle de la Terre autour du Soleil (cycle de précession). Alors la durée put s'exprimer en années et le Gilbert fut défini (22 000 ans). Mais les non-dépôts entre les couches et les érosions étaient trop fréquentes pour que cette unité ait valeur générale. |
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Buffon (1707-1788), de son côté, a l'idée en 1778 de se servir du refroidissement du globe. Il affirme que la Terre était au début de son histoire entièrement en fusion, qu'elle s'est ensuite consolidée et lentement refroidie. En extrapolant une série d'expériences sur des globes de métaux, de verre et de pierre, il trouve qu' il a fallu 2 905 ans pour que la consolidation atteigne le centre de la planète, 33 911 ans pour qu'il soit possible de la toucher et 74 047 ans pour qu'elle acquiert sa température actuelle. Ces âges lui semblent encore insuffisants lorsqu'il cherche à les concilier avec les phénomènes géologiques.... |

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Une valeur de l'âge du globe est donnée par Charles Darwin (1809-1882) en 1859 : il estime à 300 millions d'années le temps mis par la mer pour creuser la vallée de Weald dans le sud de l'Angleterre (il extrapole le taux d'érosion actuel). Cette durée lui semble compatible avec l'évolution biologique et les lents processus de la sélection naturelle.
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Lord Kelvin défend pour la Terre un âge fini de 100 millions d’années, ou tout du moins compris entre 20 et 400Ma (qu’il révisera plusieurs fois à 96 Ma en 1862, 100 Ma en 1868, 50 en 1876, 20 à 50 en 1881 et enfin 24 Ma en 1893). En supposant que la température initiale du globe était homogène et égale à la température de fusion des roches et en utilisant les lois de la diffusion de la chaleur de Fourier (refroidissement par conduction), il calcule un temps de 20 à 400 Ma pour que la variation de température près de la surface (le gradient géothermique) atteigne la valeur actuelle de 37°/km.
Lord Kelvin et d'autres physiciens se rallient à l'estimation basse de 24 Ma. Ils déterminent en effet que si le Soleil tire son énergie de sa contraction gravitationnelle, il ne peut pas avoir un âge supérieur à 20-25 Ma, limitant du même coup l'âge de la Terre. |
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John Joly (1857-1933) définit en 1899 un âge de 100 millions années (datation basée sur l’hypothèse que la salinité de l’eau de mer a été acquise de manière régulière au cours du temps par l’apport fluviatile (cette hypothèse date en fait de 1715, elle a été émise par Edmond Halley (1656-1743) pense trouver l’âge de la terre dans la salure de l'océan qui doit augmenter régulièrement au cours des temps en fonction de l'apport continuel en sels par les fleuves. Il affirme qu'on trouvera peut-être de cette manière que le monde est bien plus vieux qu'on ne le pense mais il ne donne pas de chiffres.) |
2.2.1.4. La découverte de la radioactivité
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- La découverte de la radioactivité par Henri Becquerel (1852-1908) en 1896 va débloquer la situation.
La production de chaleur par les désintégrations radioactives invalide le modèle thermique de lord Kelvin et rend caduque son estimation de l'âge du globe (l'erreur de lord Kelvin est en fait surtout d'avoir oublié la convection qui modifie complètement le mode de refroidissement de la planète en apportant continuellement en surface de la chaleur provenant des profondeurs).
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Pierre Curie (1859-1906) observe qu'une émanation gazeuse produite par le radium perd exponentiellement son activité qui diminue de moitié tous les 3 jours, 24 heures et 42 minutes et en déduit, en 1902... "Qu'ainsi, une mesure absolue du temps, indépendante des observations astronomiques était possible, car la variation d'abondance d'un élément radioactif mesure un temps écoulé".
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La radioactivité fournit un nouveau moyen pour déterminer l'âge des roches. Le rapport éléments radioactifs/éléments radiogéniques (produits de la désintégration) ne dépend en effet que du temps et constitue une horloge (si on connaît la proportion initiale d'éléments radiogéniques).
- La première tentative est basée sur la mesure de l'hélium produit par la désintégration du radium. En 1904, Ernest Rutherford (1871-1937) attribue à un échantillon un âge de 40 Ma, qu'il révise en 1905 à 140 Ma, puis en 1906 à 500 Ma
- Lord Rayleigh (1875-1947), par la même méthode, est le premier en 1905, à dépasser le milliard d'années. Les mesures de l'hélium sont cependant biaisées car d'une part l'hélium ne reste pas confiné dans la roche mais peut s'échapper et d'autre part il peut provenir de la désintégration d'autres éléments.
- Bertram Boltwood (1870-1927) 1907 élabore en 1905 une méthode de datation plus fiable en se basant sur la mesure du rapport uranium/plomb dans des pechblendes, il obtient 410 à 535 millions d’années
Pendant ces premières années de géochronologie "absolue" les résultats parraitront disparates quant à l'âge absolu de la Terre en raison des échantillons utilisés. Pierre Termier (1859-1930), écrira même en 1910 "La méthode repose toute entière sur un « postulatum » invérifiable qui est la constance absolue de la vitesse de désintégration de l'atome instable. Tout cela est vraisemblable mais incertain".
- Néanmoins les datations se succèdent dans cette première moitié du XX siècle. Arthur Holmes 1913 (qui soutient Wegener) constate d'abord que les résultats confirment tous l'échelle stratigraphique basée sur des données paléontologiques, et il en sera ainsi pour toutes les mesures ultérieures, et les premières valeurs qu'il proposa, sont pour nombre d'entre elles aujourd'hui confirmées :
- pour le Carbonifère, il proposa 340 Ma et les mesures sophistiquées actuelles indiquent que la période a commencé il y a 354 Ma et s'est achevée il y a 298 Ma
- pour le Dévonien, il proposa 370 Ma et aujourd'hui il dure de 350 à 410 Ma
- pour le Silurien, ce sera 430 Ma et aujourd'hui 435 à 410 Ma
Grâce à cette méthode géochimique, il estime également que les plus vielles roches doivent avoisiner les 1600 millions d’années.
- Partant à la recherche de l'âge de la plus vieille roche terrestre, Russel (1877-1957) en 1921 constate que la plus ancienne roche connue avait 1 Ga et que si l'on admettait que tout le plomb des minéraux terrestres était issu de la désintégration de l'uranium, il avait fallu 8 Ga pour le faire.
- Alfred Nier puis Harold Urey (première datation sur les rapports isotopique plutôt que sur les concentrations d’éléments). Alfred Nier fait progresser les méthodes radiochronologiques en se servant de la notion d'isotope. Trois chaînes radioactives (uranium 238/plomb 206, uranium 235/plomb 207 et thorium 232/plomb 208) permettent de réaliser des datations ainsi que le rapport plomb 206/plomb 207 qui est lui aussi fonction du temps (méthode Plomb-Plomb). Nier trouve pour les plus vieux échantillons de roche des âges de 2 570 Ma.
- En 1946, Arthur Holmes (1890-1965) et Friedrich Houtermans (1903-1966) montrent que moyennant des hypothèses sur les compositions initiales, la méthode de Nier donne directement accès à l'âge de la Terre, qu'ils fixent entre 3 et 3,4 milliards d'années.
- En 1953, un nouveau progrès dans l'estimation de l'âge du globe provient de l'analyse de la composition isotopique des météorites. Clair Patterson (1995) montre, à partir de la méthode uranium/plomb, que la Terre et les météorites se sont formées au même moment à partir d'un réservoir identique, il y a 4,55 milliards d'années. Cet âge est confirmé par d'autres méthodes radiochronologiques (potassium/argon et rubidium/strontium) et définitivement accepté dans les années 1970 par la datation des roches lunaires.
Orientation bibliographique :
V. Deparis et H. Legros, Voyage à l’intérieur de la Terre. De la géographie antique à la géophysique actuelle. Une histoire des idées, Paris, CNRS Editions, 2000. Lien...
"Age et histoire de la Terre" Discours de Jean Dercourt, Secrétaire perpétuel à l'Académie des sciences, Séance solennelle de réception des Membres élus en 2002, 17 juin 2003. Lien...
Richet, P., L'âge du monde : à la découverte de l'immensité du temps. Seuil, Paris, 1999
2.2.2. Généralité sur le calcul d’un âge radiochronologique
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Nous avons vu précédemment que la désintégration des noyaux instables ou excités suivait une loi f(t) caractérisé par une constante lambda propre à chaque élément père. Soit à un temps t, le nombre de nucléides fils Fmesuré peut s’écrire :

Soit:

Dans un système géologique naturel, cette équation possède deux inconnues : Fo la quantité initial du nucléide Fils à t=0 et t (ou e(lambda*t-1) l’âge de la roche. Ce système peut être résolu et l’âge de la roche connue que si F0 = 0 (il ne reste alors plus qu’une inconnue)

Dans une représentation graphique du nombre de nucléides Fils (nb F) versus nombre de nucléides Père (nb P) chaque roche est caractérisée par une diminution de nb P et une augmentation de nb F au cours du temps. Si F0 différent de 0, le nombre de nucléides Fils à t=0 (F0) n’est pas commun aux trois systèmes lithologiques et ne permet donc de trouver l’âge.

Si l’on divise chaque terme par le nombre de nucléides stables G (F et G sont des isotopes du même élément, différent de l’élément P). Pour ces mêmes roches, l’abondance relative de nucléides Fils à t=0 (Abr F0 = nb F/nb G)) est commune aux trois systèmes lithologiques, en effet les processus de cristallisation et de fusion ne fractionnent pas les isotopes d’un même élément. Par contre, les rapport nb P/nb G restent différents (éléments différents) et caractérisent chaque roche. Graphiquement, à un temps t donné, les 3 roches s’alignent sur une même droite appelé isochrone (droite reliant des roches de même (iso-) âge (-chrone)). L’équation de cette droite est de la forme nb F/nb G = a* nb P/nb G + c et permet donc une résolution simultanée d’un système de 3 équations :

Pour lesquelles:

La droite solution du graphique précédent :

Est solution de chacune de 3 équations de la forme :

ce qui nous permet de définir les constante a (intercepte) et c (pente de la droite) :

Plus le nombre d’équations relatives à un même système géologique (même âge et même F0) est important plus t et F0 peuvent être déterminés avec précision. Pour une datation sur roche totale, une dizaine d’échantillons est ainsi souhaitable. Lorsque ce nombre de 10 échantillons (même âge et même F0) n’e peut être atteint (ex : datation sur minéraux séparés n=2 à 4 ), on utilise de préférences plusieurs systèmes équivalents (F0 varie mais pas t) pour confirmer l’âge puis pour reculer F0 dans un second temps.
La qualité de la droite isochrone (et donc de l’âge) dépendra significativement de l’écart de valeurs nb P/ nb G.
2.2.3. Le système Rb-Sr
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2.2.3.1. Isotopes du Rb et du Sr, parentés
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Le strontium (symbole : Sr) possède de nombreux isotopes (Z = 38 et 73 < A < 105 ; M= 87,62). Seuls 4 sont stables dans la nature (84Sr, 86Sr, 87Sr et 88Sr), les autres isotopes ont des demie-vies très courtes et ont donc des abondances dans la nature négligeables. Le 87Sr provient pour partie de la désintégration β- du 87Rb.

Le rubidium (Rb) possède de nombreux isotopes (Z = 37 et 71 < A < 101 ; M= 85,4678). Seuls 1 est stable dans la nature (85Rb), et 1 possède une demie-vie très longue (87Rb). Les autres isotopes ont des demie-vie très courtes et ont des abondances dans la nature négligeables. Le 87Rb est radiogénique et se désintègre en 87Sr par radioactivité β-.

Dans le cas du couple 87Rb-87Sr, l’équation (5) devient:

Pour permettre la résolution de cette équation dans un système naturel, Chaque terme est normalisé au nucléide stable 86Sr.
2.2.3.2. Géochimie du Rb et du Sr
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Le strontium appartient au groupe des alcalino-terreux (deuxième colonne) tout comme le calcium et le barium. Sr et Ca ont le même comportement et le Sr intégrera donc les minéraux calciques tels que les plagioclases, l’apatite, le sphène, les pyroxènes calciques et les amphiboles calciques en milieu endogène et la calcite, le gypse, la baritine etc. en milieu exogène.
Le rubidium appartient à la première colonne de la classification périodique des éléments, c’est un alcalin tout comme le potassium et le sodium. En milieu magmatique, le Rb sera donc incompatible tout comme le potassium et le substituera lors de la formation de minéraux potassiques tels que les feldspaths alcalins et les micas.
D’une manière générale, le rubidium et le strontium sont enrichis dans les matériaux crustaux plutôt que dans les matériaux mantelliques. Les roches granitiques présentent des rapports Rb/Sr importants alors que les roches mafiques présentent des rapports Rb/Sr faibles limitant alors l’utilisation de la méthode.
Au cours d'un processus de cristallisation fractionnée (donnant un corps granitique par exemple), il existera des variations importantes de concentration en strontium et en rubidium au sein des différents termes de la séquence lithologique. Les différences de comportement entre ces deux éléments se traduiront à leur tour par des variations importantes du rapport Rb/Sr et ainsi du rapport 87Rb/86Sr. Les premières lithologies issues de la cristallisation fractionnée sont plus calciques et donc plus riches en Sr, alors que dans les derniers liquides et les minéraux qui se formeront à partir de ces liquides, la concentration en Sr diminue et la concentration en Rb augmente tout comme celle du potassium. Dans l’exemple suivant, la roche 1 de composition granodioritique est plus riche en calcium et plus pauvre en potassium que la roche 2 monzogranitique et que la roche 3 granitique. Les rapports Rb/Sr (et bien entendu 87Rb/86Sr) seront plus élevés dans les roches granitiques que granodioritiques.

Exemple schématique de la répartition du strontium et du rubidium au sein d’une intrusion granitique en fonction des différentes lithologies. Trois roches co-génétiques présentent des rapports 87Sr/86Sr initiaux identiques pour des rapports 87Rb/86Sr différents. Dans l’exemple, le vieillissement (désintégration progressive du 87Rb en 87Sr) des roches permet d’obtenir une isochrone. La pente de cette droite donne un âge de formation du massif de 240 Ma.

Exemple schématique de la répartition du strontium et du rubidium au sein d’une roche de composition granodioritique en fonction des phases minérales présentes. Trois espèces minérales co-génétiques présentent des rapports 87Sr/86Sr initiaux identiques pour des rapports 87Rb/86Sr différents. Dans l’exemple, le vieillissement (désintégration progressive du 87Rb en 87Sr) des minéraux permet également d’obtenir une isochrone. La pente de cette droite donne le même âge de formation de 240 Ma que l’isochrone sur roche totale.
Ce même raisonnement peut être tenu à l’échelle de l’échantillon et non plus à l’échelle du massif. Si l’on s’intéresse à l’échantillon de monzogranite de l’exemple précédent, au cours d'un processus de cristallisation il existera des variations importantes de concentration en strontium et en rubidium au sein des différents minéraux constitutifs de cette roche. Les différences de comportement entre le rubidium et le strontium se traduiront donc par des variations importantes du rapport Rb/Sr et ainsi du rapport 87Rb/86Sr entre les différentes phases. Les plagioclases sont plus calciques et donc plus riches en Sr, alors que dans les feldspaths alcalins et surtout les micas sont plus pauvres en Sr et plus riches en Rb.
Comme pour tout système géochronologique basé sur l’utilisation d’isotopes radiogéniques, l’utilisation d’un diagramme de type isochrone ne peut se faire que si le caractère co-génétique des entités (roche totale et/ou minéraux séparés) a été établi clairement. A contrario, l’obtention d’une isochrone valable (âge contrôlé par une méthode différente) sur une série d’échantillons mal contraints peut permettre d’établir leur co-généité (même rapport 87Sr/86Sr initial).
2.2.3.3. Exemple de datations de roches magmatiques:
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En préambule, retenons que la méthode Rb-Sr peut être utilisée en géochronologie si le complexe à dater respecte les points suivants :
1) Le rapport Père – Fils doit être suffisamment large pour permettre d’obtenir une large variation du rapport 87Sr/86Sr. Lorsque c’est le cas, les variations dans les compositions isotopiques de l’élément fils doivent également être suffisamment larges au regard des gammes d’erreurs analytiques. Dans les meilleures circonstances, les rapports isotopiques peuvent être mesurés avec une précision de 10 ppm ou moins. Si la quantité totale de 87Sr radiogénique produite est petite par rapport à la quantité de 87Sr présente initialement, par exemple si la proportion de 87Sr radiogénique produite est seulement d’un dixième de ppm ou moins sur la quantité totale de 87Sr, il y a un faible espoir en utilisant cette méthode d’obtenir un age raisonnable. L’erreur sur la pente de régression est fonction de la gamme de variation des valeurs utilisées. Pour des précisions analytiques similaires, la précision sur l’âge est meilleure si la variation du rapport Père-Fils est plus large.
2) Les déviations face à un comportement en système fermé doivent être minimales par rapport à l’événement que l’on cherche à dater. Ces déviations doivent être prises en considération dans le choix même du système radiogénique utilisé pour obtenir une datation. En effet les éléments n’ont pas la même mobilité, les minéraux ne sont pas non plus tous aussi réactifs aux changements de conditions environnantes. Dans le cas du couple Rb-Sr, il faudra être vigilant face à d’éventuelles épisodes métomorphiques (instabilité des micas, des feldspaths alcalins…), métasomatiques et/ou d’altération (mobilité importante du potassium et du Rubidium dans les milieux aqueux) postérieurs à la mise en place des lithologies étudiées. Dans le cas d’un système perturbé, il faudra envisager la taille critique pour laquelle le système peut être considéré ouvert ou fermé. Un plus petit volume est plus facilement perturbé qu’un gros volume.
3) La composition isotopique en strontium doit être homogène au moment de la formation de l’objet à dater (même rapport 87Sr/86Sr initial pour toutes les lithologies du massif). Comme dans le cas précédent, un plus petit volume est plus facilement homogénéisé qu’un grand volume. De même à plus haute température, la diffusion permet également une meilleure homogénéisation qu’à plus basse température. Pour les grands volumes l’homogénéisation requiert la présence d’un liquide (plus à même de s’homogénéiser par convection et/ou advection) silicaté (magma) ou aqueux.
Les roches alcalines anorogéniques présentent à la fois des concentrations importantes en Rb et Sr, des rapports Père – Fils et 87Sr/86Sr très larges à l’origine de la très large utilisation de cette méthode dans ces roches. Nous verrons l’exemple du massif agpaitique de Lovozero de la province alcaline de la péninsule de Kola (Russie) ainsi que l’exemple d’une approche du couple Rb-Sr sur minéraux séparés (muscovite, feldspath, roche totale) ayant permis la datation d’une pegmatite associée à un granitoïde de Cuba (Grafe et al., 2001).
Données Rb-Sr en roche totale de différentes syénites du massi
f de Lovozero (Russie). Les 2σ 87Rb/86Sr recalculés ont été maximisé dans le présent exemple à 10% de la valeur 87Rb/86Sr. Nous verrons dans le cas de l’île de Los qu’une erreur de 2.5% (plus réaliste) permet également d’obtenir une bonne régression sur les données.

Diagramme isochrone 87Sr/86Sr versus 87Rb/86Sr pour les échantillons en roche totale du massif de Lovozero (Russie). Ces données s’alignent sur une droite isochrone dont la pente donne un âge de 351 +/- 14 Ma pour un rapport 87Sr/86Sr initial de 0,703605 +/- 0,000063 (toute les roches) et un âge de 349 +/- 17 Ma pour un rapport 87Sr/86Sr initial de 0,703611 +/- 0,000072. Les néphélines présentent un faible rapport Rb/Sr alors que les feldspaths alcalins présentent un rapport Rb/Sr plus important

Diagramme isochrone 87Sr/86Sr versus 87Rb/86Sr pour un échantillon de pegmatite d’un granitoide de Cuba en minéraux séparés (d’après Grafe et al., 2001). Ces données, à l’exception de la biotite, s’alignent sur une droite isochrone dont la pente donne un âge de 86,6 +/- 2,3 Ma pour un rapport 87Sr/86Sr initial de 0,703300 +/- 0,000036.
2.2.3.4. Métamorphisme et ouverture du système Rb-Sr
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Pour aborder la question de l’utilisation du couple Rb-Sr dans des roches ayant subi un métamorphisme conséquent, il faudra comprendre dans quelle mesure le métamorphisme aura « réouvert le système » (qu’il ai lieu en système chimiquement fermé ou non (métasomatose)) et quelle est l’échelle affectée par cette « réouverture » (un système isotopique peut être considéré comme ouvert à l’échelle d’un cristal, d’un échantillon, et clos à l’échelle d’un massif). Cette notion de « réouverture » sera très rapidement associée à une seconde notion portant cette fois sur la nouvelle « fermeture » du système qui se mettra alors de nouveau à « vieillir » : désintégration du 87Rb en 87Sr et donc création de 87Sr radiogénique (87Sr qui provient de la désintégration du 87Rb).
En effet, lors d’un épisode métamorphique la roche va se modifier d’un point de vue minéralogique, certains éléments vont de nouveau être libérés (diffusion…), et la nouvelle paragenèse s’équilibrera du point de vue isotopique. Le degré de métamorphisme nécessaire pour affecter ces roches dépendra alors de la minéralogie qui les constitue, ce degré de métamorphisme se caractérisera espèce minérale par espèce minérale par une température de « fermeture » propre à chaque espèce (muscovite : 250°C, Biotite : 300°C, Amphibole : 400-500°C, feldspath : 500°C…). D’un point de vue géochronologique, un épisode métamorphique conséquent se caractérisera par une réhomogénéisation isotopique des lithologies, redistribuant les différents isotopes du strontium : les roches (ou les minéraux) présentent de nouveaux des rapports 87Sr/86Sr identiques mais plus hauts que le rapport 87Sr/86Sr initial prévalent lors de la mise en place du massif (il y a eu ajout de 87Sr radiogénique durant le vieillissement naturel des roches avant l’épisode métamorphique).
Diagramme schématique isochrone 87Sr/86Sr versus 87Rb/86Sr pour les échantillons analysés en roche totale d’un massif magmatique mis en place à 240 Ma et subissant un métamorphisme (à t=actuel). Les roches se rééquilibrent sur une isochrone de pente nulle. Le nouveau rapport 87Sr/86Sr initial est plus haut que le rapport initial magmatique en raison de la proportion plus élevée de 87Sr radiogénitique dans le système.