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Mécanismes
et valeur adaptative du recrutement alimentaire chez Myrmica
sabuleti (Hymenoptera, Formicidae): approches expérimentale
et théorique
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RESUME
SUCCINCT
Publications correspondantes
: numéros 1, 2, 5,
6 et 10 de la liste des
publications
Le
premier objectif de ce travail est de mettre en évidence
les mécanismes du recrutement alimentaire de la fourmi Myrmica
sabuleti et de comprendre l'émergence des comportements
collectifs observés expérimentalement. Le second objectif
est d'effectuer une première approche de la valeur adaptative
de la stratégie de récolte collective de cette espèce
en termes de compétition interspécifique. Trois méthodes
complémentaires ont été utilisées pour
atteindre ces objectifs : expériences en laboratoire, observations
en milieu naturel et modélisation mathématique.
M.sabuleti utilise un recrutement par piste pour exploiter des
sources de nourritures importantes. La dynamique de ce recrutement
est de type explosif : quelques minutes après la découverte
de la source de nourriture, plusieurs dizaines d'ouvrières
sont présentes autour de cette source. Une colonie de cette
espèce est capable de sélectionner la solution de
saccharose la plus concentrée lorsqu'elle a le choix entre
deux solutions offertes en même temps. Elle est également
capable de déplacer son activité de récolte
si une solution de saccharose 1M est découverte alors qu'un
recrutement vers une solution 0,1M est déjà en cours.
Le déplacement d'activité se fait beaucoup plus difficilement
si la première source découverte est une solution
de saccharose 0,5M. La flexibilité du comportement collectif
de M. sabuleti ne s'observe pas chez d'autres espèces
telles que Iridomyrmex humilis et Lasius niger, utilisant
également un recrutement par piste. Une première modélisation
mathématique montre que lorsque deux solutions de saccharose
de concentration différentes sont découvertes simultanément,
la sélection de la source la plus riche peut être obtenue
grâce à une modulation de la quantité de phéromone
déposée par les recruteuses en fonction de la concentration
de la solution sucrée à laquelle elles se sont alimentées.
Le modèle montre également que les déplacements
d'activité peuvent être obtenus si la modulation est
importante.
Lorsque
les ouvrières de M. sabuleti ont le choix entre deux
chemins identiques menant à une solution de saccharose de
concentration donnée, le chemin préférentiellement
emprunté change au cours du recrutement. A nouveau, ce résultat
est très différent de celui obtenu pour Iridomyrmex
humilis et Lasius niger dans des conditions expérimentales
comparables. Chez ces deux espèces, l'activité principale
se concentre rapidement sur un des deux chemins et ce choix reste
fixé jusqu'à la fin du recrutement. Chez M. sabuleti,
le nombre d'inversions d'activité d'un chemin à l'autre
est d'autant plus élevé que la solution de saccharose
est peu concentrée. Le modèle mathématique
reproduit cette relation si la quantité de phéromone
déposée diminue avec la concentration de la solution
sucrée. Le modèle montre également que les
inversions d'activités seront d'autant plus nombreuses que
la durée de vie de la phéromone est faible.
Les
différents paramètres du recrutement susceptibles
de jouer un rôle dans l'émergence des comportements
collectifs de M. sabuleti ont été étudiés
expérimentalement.
1.
Au cours du recrutement, les pourvoyeuses s'orientent à la
fois grâce à leur mémoire visuelle et aux signaux
chimiques des pistes. Néanmoins, l'orientation visuelle n'est
pas requise lors de la sélection collective des sources de
nourriture qui s'effectue à travers les signaux chimiques.
2.
Seuls 40 à 50% des exploratrices qui découvrent une
solution sucrée recrutent des congénères :
elles se déplacent rapidement dans le nid, bousculent les
ouvrières qu'elles rencontrent et quittent le nid après
une minute en moyenne. Au cours de ces déplacements, une
recruteuse provoque la sortie d'une vingtaine de congénères
en moyenne. Les autres exploratrices ne recrutent pas de congénères
: elles se déplacent plus lentement dans le nid, ne bousculent
pas les ouvrières qu'elles rencontrent et restent plusieurs
minutes dans le nid avant de retourner vers la nourriture. La proportion
de recruteuses ne dépend pas de la concentration de la source
sucrée.
3. L'intensité du comportement de dépôt
de la phéromone de piste est constant au cours du recrutement.
Néanmoins, les pourvoyeuses déposent en moyenne deux
fois plus de phéromone lorsqu'elles reviennent d'une solution
de saccharose 1M que lorsqu'elles se sont alimentées à
une solution 0,1M.
4. Alors qu'une piste naturelle fraîchement déposée
par une recruteuse oriente efficacement les ouvrières recrutées,
une piste âgée de 10 à 15 minutes n'est plus
active.
5. Une piste fraîche déposée à l'entrée
du nid provoque la sortie des ouvrières, même si aucune
recruteuse n'est entrée au préalable.
6. Lorsqu'au terme d'un recrutement vers une solution de saccharose
0,1M, on propose à une colonie une solution de saccharose
1M, le recrutement reprend et de nouvelles ouvrières, n'ayant
pas participé au recrutement précédent, sont
recrutées. Ce résultat suggère que les recrutées
potentielles qui se trouvent à l'intérieur du nid
ont différents seuils de réponse aux signaux de recrutement.
Afin de comprendre l'émergence des comportements collectifs
de M. sabuleti, et plus particulièrement le déplacement
d'activité d'une source pauvre vers une source riche, nous
avons utilisé un modèle mathématique précédemment
développé pour étudier d'autres espèces.
Le modèle tient compte des paramètres suivants : la
proportion d'ouvrières recruteuses, le temps de séjour
au nid des recruteuses et des non recruteuses, la quantité
de phéromone déposée par les recruteuses en
fonction de la concentration de la source sucrée, le temps
de vie de la phéromone de piste, le taux de recrutement,
l'orientation des pourvoyeuses. Les valeurs numériques utilisées
dans le modèle ont été choisies en fonction
des résultats expérimentaux obtenus. Avec les valeurs
de paramètres déterminées expérimentalement,
le modèle prévoit la sélection de la source
riche lorsqu'une solution de saccharose 0,1M et une solution 1M
sont découvertes simultanément. Par contre, le déplacement
d'activité d'une solution de saccharose 0,1M vers une solution
1M n'est pas observé dans les simulations. Diverses hypothèses
sont proposées pour expliquer le désaccord entre théorie
et expériences. La plus plausible semble être l'existence
de plusieurs signaux chimiques au cours du recrutement, comprenant
un signal attractif à très courte durée de
vie (moins de 30 secondes).
Les
colonies de M. sabuleti sont également capables de
réguler leur activité de récolte en fonction
du type de nourriture découverte. Cette régulation
est obtenue par le comportement des exploratrices qui recherchent
la nourriture. Le premier mécanisme de régulation
est la fréquence de déclenchement du recrutement,
déterminée par la proportion d'exploratrices qui déclenchent
individuellement un recrutement, celles-ci étant testées
indépendamment. Cette fréquence est le produit de
deux paramètres : la proportion d'exploratrices qui rentrent
au nid après avoir découvert la nourriture et la proportion
d'exploratrices rentrées qui réalisent une invitation.
Dans le cas des solutions sucrées, la proportion d'exploratrices
qui rentrent au nid diminue en fonction de la quantité de
nourriture découverte : elle vaut 100% pour une goutte sucrée
de 3 cm de diamètre et 37% pour une microgoutte de 0,25 µl.
Par contre, la proportion d'exploratrices qui, une fois dans le
nid, invitent leurs congénères à sortir est
comparable pour une source sucrée de grande taille (47%)
et pour une microgoutte de 0,25 µl (55%). Les résultats
sont très différents lorsque les exploratrices découvrent
des proies (insectes morts). Dans ce cas, la proportion d'exploratrices
qui rentrent au nid est de 100%, qu'elles aient découvert
une petite proie transportable individuellement (drosophile) ou
une proie de grande taille qu'elles ne peuvent transporter seules
(blatte). Par contre, la proportion d'exploratrices qui, une fois
dans le nid, réalisent une invitation est nulle si la nourriture
découverte est une petite proie isolée et de 70% si
la nourriture découverte est une proie de grande taille.
Dans le cas où la nourriture offerte est un tas de petites
proies agrégées (30 drosophiles), la proportion de
retour au nid est également de 100%, une invitation n'est
observée qu'exceptionnellement, mais une légère
augmentation du taux de sortie des congénères est
enregistrée.
En
milieu naturel, les colonies de M. sabuleti comptent en moyenne
1000 ouvrières et de 1 à 12 reines. Bien qu'habitant
dans des biotopes secs et ensoleillés, cette espèce
évite de se déplacer au sol pendant les heures chaudes
de la journée. Cette période correspond au maximum
d'activité de deux espèces sympatriques : Formica
fusca et F. cunicularia. Pendant cette période,
F. fusca remplace M. sabuleti aux distributeurs de saccharose
placés sur le sol. Par contre, M. sabuleti est l'espèce
la plus fréquemment observée sur les nectaires extrafloraux
de Vicia sativa, même pendant les heures les plus chaudes
de la journée. M. sabuleti exploite les sources de
nourritures de grande taille nouvellement découvertes grâce
à un recrutement alimentaire de type explosif, tandis que
F. fusca récolte la nourriture essentiellement de
manière individuelle. L'étude de l'interférence
entre M. sabuleti et F. fusca a été
réalisée avec des solutions de saccharose de grande
taille, des proies intransportables par les deux espèces
(blattes mortes), des proies transportables par une ouvrière
de F. fusca mais pas par une ouvrière de M. sabuleti
(asticots de Calliphora ) et des proies transportables par les deux
espèces (drosophiles). Grâce à son recrutement
explosif, M. sabuleti est capable de chasser F. fusca
des solutions sucrées et des grandes proies (blattes). Lorsque
des proies moyennes (asticots) sont offertes, l'issue de l'interférence
dépend de la vitesse des événements : une pourvoyeuse
de F. fusca est capable d'emporter la proie seulement si
elle la découvre avant que M. sabuleti n'aie eu le
temps de déclencher un recrutement. Les petites proies (drosophiles)
ne font jamais l'objet d'une interférence entre les deux
espèces : l'ouvrière qui la découvre la transporte
jusqu'à son nid. L'efficacité de la récolte
de nourriture de M. sabuleti et de F. fusca dépend
donc de la taille de la source de nourriture découverte et
de la technique de récolte de l'espèce.
Plusieurs
résultats obtenus dans ce travail montrent que la classification
des techniques de recrutement généralement utilisée
comporte des imprécisions amenant à de mauvaises interprétations
des phénomènes de récolte collective chez les
fourmis. En particulier, le recrutement de masse est un terme ambigu
dans la littérature et rassemble des espèces dont
les comportements collectifs sont très différents.
Ce point est discuté et une classification plus précise
des techniques de recrutement est proposée au terme de ce
travail.
RESUME
SUCCINCT
Publications correspondantes:
numéros 1, 2, 5,
6 et 10 des publications.
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