L’enseignement de l’évolution biologique
à l’école


Recherche financée par le Gouvernement de la Communauté Française de Belgique
Promoteurs : Prof. V. Carette (1), J.C. de Biseau (2) & J.L. Wolfs (2)
Chercheurs : A. Colsoul (1), G. Leclercq (2) & J.F. Poncelet (2)

Université Libre de Bruxelles
(1) Sciences de l’éducation
(2) Didactique de la biologie

 

La théorie de l’évolution constitue indiscutablement le fil conducteur de la pensée biologique moderne. Depuis sa première formulation par Darwin en 1859, cette théorie n’a cessé d’être testée sans qu’aucun résultat expérimental significatif ne soit venu la remettre sérieusement en question. Bien que la théorie de l’évolution se soit considérablement étoffée à la suite de nombreuses recherches théoriques et expérimentales, la sélection naturelle proposée par Darwin est toujours considérée aujourd’hui comme l’un des mécanismes majeurs de l’évolution biologique. La biologie actuelle ne prétend pas répondre à toutes les questions concernant l’origine et l’évolution de la vie mais notre compréhension des mécanismes de l’évolution s’améliore continuellement et une écrasante majorité de scientifiques considère que la théorie de l’évolution permet d’expliquer la biodiversité du monde vivant. L’évolution biologique est aujourd’hui considérée comme une théorie scientifique aussi solide que les théories atomique, quantique ou que celle de la tectonique des plaques. Pourtant, parmi les non spécialistes, la théorie de l’évolution convainc nettement moins de personnes que les autres théories scientifiques fondamentales. Une des raisons de ce rejet est évidemment liée à la difficulté de concilier une explication scientifique de la biodiversité (en particulier l’émergence de l’homme actuel) avec certaines positions religieuses encore très populaires.
Dans une société qui défend la liberté de conscience des individus, mais aussi l’indépendance de l’état vis-à-vis des religions et l’importance d’une éducation laïque, les cours de sciences, et plus particulièrement l’enseignement de la démarche scientifique, représentent un enjeu fondamental. A ce niveau, les gouvernements responsables de l’éducation se doivent d’être très vigilants face aux revendications des partisans de l’enseignement des thèses créationnistes dans le cadre des cours de sciences et face à la propagande parfois très organisée en faveur de ces thèses (voir la parution récente de « l’atlas de la création » et sa distribution à grands frais dans les établissements d’enseignement). Mais au-delà de cette vigilance, nous pensons que l’attitude la plus efficace à long terme consiste à renforcer de manière significative l’enseignement de la théorie de l’évolution (et plus généralement de la démarche scientifique), tant sur le plan quantitatif que qualitatif. En effet, l’objectif n’est pas d’imposer aux jeunes un mode de pensée unique mais bien d’assurer une formation suffisante pour leur permettre de choisir librement leurs convictions. Deux lacunes majeures nous semblent actuellement faire obstacle à cet objectif :
1) L’enseignement de l’évolution au sens large (càd y compris les thèmes qui s’y rapportent indirectement et permettent de l’aborder ultérieurement, p.e. la classification) occupe une place trop restreinte dans les cursus actuels, tant au primaire qu’au secondaire.
2) La formation des enseignants en ce qui concerne la théorie de l’évolution et l’épistémologie des sciences est souvent insuffisante, ce qui les empêche d’aborder cette matière avec conviction et les met mal à l’aise par rapport aux débats éventuels autour du statut de la théorie.
Les difficultés des élèves vis-à-vis de la notion d’évolution et de son statut scientifique sont donc le résultat d’une mécompréhension des mécanismes de l’évolution biologique et de la nature même de démarche scientifique, à quoi s’ajoute éventuellement un discours religieux appris dès le plus jeune âge et insuffisamment compensé par une réflexion épistémologique approfondie. Celle-ci devrait être développée à l’occasion du cours de biologie. En conséquence, beaucoup d’élèves quittent l’enseignement obligatoire en ayant de l’évolution une image largement tronquée. Au-delà de la lacune scientifique qui résulte de cette mécompréhension, c’est surtout l’échec de certaines compétences transversales majeures indispensables à tout citoyen qui transparaît ici : la curiosité et l’honnêteté intellectuelle, l’équilibre entre ouverture d’esprit et scepticisme (voir les socles de compétences et compétences terminales du Ministère de la Communauté Française).
Pour remédier à cet échec, il convient d’insister sur l’indispensable complémentarité entre la compréhension des mécanismes de l’évolution biologique d’une part et du statut de la théorie issue de la démarche scientifique d’autre part.
Le présent projet a pour objectifs:
1) d’identifier avec précision les difficultés rencontrées par les élèves dans le processus d’appropriation de la notion d’évolution biologique
2) de développer des outils permettant aux enseignants de détecter ces difficultés et d’y remédier
3) de tester l’efficacité de ces outils en situation réelle.
Ces objectifs viseront principalement le secondaire supérieur. Toutefois, une enquête concernant les connaissances des élèves et la formation des enseignants sera également menée dans le primaire et le secondaire inférieur.