Présentation des derniers chercheurs engagés à l'ULB
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Carla NAGELS (Premier assistant - 2006)

Parcours

Durant mes études de sociologie à l'ULB, je me suis découvert un réel intérêt pour la déviance et la sociologie du crime. Une fois mon diplôme en poche, je me suis rendue à Ottawa pour une maîtrise en criminologie où j'ai découvert une toute autre conception de l'enseignement et de la pédagogie. Ce fut un véritable enrichissement personnel. Pour préparer mon retour en Belgique, j'ai ensuite déposé un projet de thèse sur la violence des jeunes. J'avais déjà travaillé sur le sujet lors de mon séjour à Ottawa et, hasard de l'actualité, la Belgique vivait, en 1997, les émeutes urbaines d'Anderlecht.

Ma thèse portait sur le discours politique de la Chambre des représentants en matière de jeunesse et de violence, pour la période allant de 1981 à 1999. J'étais interpelée par le côté indéfinissable du terme « violence » et je souhaitais analyser la façon dont le discours politique structure la réalité sociale : en représentant les citoyens mais aussi parce que le discours dominant se réalise à travers les appareils de l'État. L'idée consistait donc à déterminer la façon dont la jeunesse et la violence s'associent dans ce discours. Il fallait pour cela remonter à une période suffisamment lointaine pour observer comment ces deux objets étaient discutés avant leur association. Mon corpus comprenant tout ce qui concernait la jeunesse et la violence (politiques de l'éducation, de l'immigration et de l'emploi, délinquance, système de justice?), il s'est révélé particulièrement vaste, avec ses 10.000 pages de matériel empirique.

La grande constatation fut d'observer que, durant les années 80 et quelle que soit la thématique, le discours se structure selon des intérêts de classes sociales constituées (travailleurs, patronats?). À cette époque, la jeunesse est perçue comme un groupe fortement pénalisé par le système social (chômage, marginalisation?) alors que la violence se voit essentiellement par le prisme des grandes manifestations de contestation. Par contre, dans les années 90, suite, entre autres, aux émeutes urbaines de 1991 et à la montée de l'extrême-droite, on observe l'émergence fulgurante du discours sur la délinquance et la violence des jeunes. Les députés se mettent à défendre des individus porteurs de droits et de devoirs et non plus des classes, et la jeunesse est perçue comme sujet à risque : risque de décrochage scolaire, délinquance, etc. Du coup, tous les débats politiques fluctueront désormais entre prévention et répression, droits et devoirs, intégration et exclusion.

Une fois ma thèse publiée, j'ai profité de mon temps libre pour écrire un ouvrage sur la jeunesse - qui devrait bientôt paraître -, en compagnie d'Andréa Rea. Ce livre correspond en réalité à ma préoccupation de base puisqu'en tant que sociologue, j'ai toujours travaillé sur le thème de la jeunesse. En compagnie de Dominique De Fraene et Jenneke Christiaens, attachée à la VUB et à l'Université de Gand, j'ai également suivi de très près la réforme de la protection de la jeunesse. Nous avons aussi obtenu une recherche pour le Service scientifique fédéral afin de travailler sur l'évolution du comportement délinquant des mineurs entre 1980 et 2005 - pour lequel il n'existe aucune donnée statistique en Belgique. Ma nomination va me permettre de superviser ces travaux et de continuer à travailler sur mes thématiques de base tout en donnant mes cours et les TP dont je suis chargée. Et s'il me reste un peu de temps, j'aimerais me pencher sur la délinquance des classes aisées.

Objectivement, il est très difficile de quantifier la violence et de comparer les époques. Par exemple, des délits qui sont catalogués comme « violents » dans les années 80 - notamment certains liés à la drogue - ne le seront peutêtre plus dans les années 90. D'autres par contre apparaissent récemment, comme le vol de GSM. Il faut donc toujours replacer les faits dans le contexte social de l'époque.

Thèse

Jeunes, violence et société. Analyse du discours de la Chambre des représentants entre 1981 et 1999 dans une perspective de criminologie critique (publiée le 24 janvier 2004)

Contacts

Carla NAGELS

Faculté de Droit et de Criminologie

tel 02 650 3967, fax 02 650 4636,

Campus du Solbosch

ULB CP137, avenue F.D. Roosevelt 50, 1050 Bruxelles