Présentation des derniers chercheurs engagés à l'ULB
sommairesommairepage précédentepage précédentepage suivantepage suivanteimprimerimprimerenvoyerenvoyermarquermarquer

Alexis WILKIN (Chercheur qualifié - 2009)

Parcours

Clio accompagne Alexis Wilkin depuis l'enfance, avec un père, une mère et un frère historiens ! Ces affinités électives, Alexis les fera aussi siennes, en entamant, à l'Université de Liège, des études d'histoire qu'il achève avec un mémoire consacré aux frontières de l'empire byzantin. Après un troisième cycle en archivistique, il s'engage dans l'enseignement officiel et se consacre à la formation d'élèves, notamment de sections professionnelles. Le bel idéal - apporter sa pierre à l'édification d'un monde plus équitable par l'éducation et venir en aide aux jeunes en difficulté - est toutefois écorné, au bout de deux ans de terrain. Il confie sa lassitude au Doyen de sa Faculté, Jean-Louis Kupper, qui l'encourage à postuler, au FNRS, un mandat d'aspirant.

Dès l'automne 2002, la vie professionnelle d'Alexis Wilkin est marquée par un rythme de publications soutenu et l'élaboration d'un doctorat dont le thème s'inscrit dans la dialectique ville-campagne. Il s'attache, en effet, à élucider les ressorts de la prospérité matérielle d'un établissement religieux et politique - la collégiale Saint Lambert à Liège - son assise foncière et internationale à la frontière de l'Empire. Après la thèse, il réoriente ses travaux, en capitalisant sur ses connaissances mais en problématisant la question des rapports de production. Partant de ses recherches doctorales sur les origines des modalités d'exploitation de la cathédrale et ses interrogations sur la corvée, il dépose, au FNRS en 2006, un projet empreint de ses questionnements nouveaux : quelle organisation du travail - esclavage, salariat, corvée - s'impose dans la région mosane depuis l'époque carolingienne jusqu'au Moyen-Age classique ?

J.-L. Kupper propose la thèse de doctorat d'Alexis Wilkin au Concours annuel de l'Académie Royale de Belgique, qui la publiera (1) ; Jean-Pierre Devroey, professeur à l'ULB et spécialiste d'histoire économique et rurale du Moyen-Age, en est un des rapporteurs. Des liens plus étroits se nouent entre les deux médiévistes, tant et si bien que l'idée d'une collaboration plus régulière et formelle fait son chemin naturellement. C'est ainsi qu'en octobre 2009, Alexis Wilkin devient Chercheur qualifié à l'ULB et rejoint Jean-Pierre Devroey et Alain Dierkens dans l'Unité de recherche en Histoire médiévale. Occasion pour Alexis de rendre hommage à l'élégance intellectuelle et morale de son patron liégeois.

Revenons à la période postdoc et aux séjours extra muros d'Alexis Wilkin. Il parvient à décrocher un statut de visiting scholar à Harvard, chez un des médiévistes les plus connus et sollicités au plan international, Michael Mc Cormick, spécialiste de l'économie du Haut Moyen-Age. Le séjour s'avère fructueux, au-delà de toute attente.

Mc Cormick a, en effet, reçu une subvention d'un million et demi de dollars de la " Andrew Mellon Foundation " pour développer un vaste programme de rencontre entre sciences exactes et histoire. Il s'agit, entre autres, de s'atteler à l'étude des maladies anciennes et de ressourcer l'épidémiologie historique, de renouveler l'histoire de l'alimentation, par l'examen des isotopes présents dans les ossements humains, de s'intéresser aux aléas climatiques et à la composition chimique des monnaies. Alexis Wilkin y participe à un séminaire sur l'utilisation de l'ordinateur à des fins linguistiques et computationnelles, notamment à l'analyse de textes anciens anonymes dont les " marqueurs stylistiques ", inventoriés et encodés, autorisent l'identification. Le Prof. Mc Cormick a décidé de pérenniser cette entreprise ; Alexis Wilkin, pour l'ULB, sera un des partenaires officiels de ces recherches computationnelles.

Pendant le second semestre de l'année académique 2008-2009, et grâce à l'obtention d'un mandat postdoctoral intercommunautaire de la Fondation Francqui, Alexis Wilkin a en outre eu la chance de passer six mois dans le service d'Histoire du Moyen-Age de l'Université de Gand (Prof. E. Thoen). Il y jette les bases de son projet actuel de Chercheur qualifié, et de plusieurs travaux toujours en cours sur les structures agraires de la Flandre et de la région mosane.

Dans les années à venir, la première priorité d'Alexis Wilkin sera, bien entendu, de mener à bien son projet de Chercheur qualifié, à savoir une vision intégrée de l'histoire du commerce et de l'agriculture, une approche de la campagne et de son insertion dans les réseaux commerciaux, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à l'an mil, cherchant à répondre à des interrogations déjà soulevées en son temps par le grand médiéviste belge Henri Pirenne. Aujourd'hui, grâce aux découvertes archéologiques, l'historien dispose d'indicateurs de l'intensité de la circulation des biens commerciaux et agricoles. Les thèses pessimistes et misérabilistes sur un Haut Moyen-Age pauvre et replié sur soi sont largement écornées.

D'autres projets pour demain ? Lancer une mini-Arc sur l'état de la paysannerie pendant les périodes de crise ; oser, aussi, lancer un projet audacieux et en marge, créant une collaboration entre psychologie cognitive et histoire, en confrontant des modèles empruntés à la psychologie expérimentale aux documents médiévaux qui nous permettraient d'appréhender les modalités de construction de la représentation de l'espace nourrie par l'homme du Moyen-Age.

Riche de son expérience américaine, Alexis Wilkin a de quoi apprécier les avantages comparés d'ici et d'ailleurs ! Elogieux sur la densité de publications en sciences humaines en Europe, sur la liberté de pensée et l'accès démocratique de l'enseignement supérieur en Belgique, il y déplore l'isolement du chercheur dans les humanities, les insuffisances en matière d'interdisciplinarité et l'absence de coordination générale des thématiques de recherche. Mettre sur pied des séminaires réguliers regroupant des spécialistes de même discipline, ou de différentes disciplines, comme il avait pu l'expérimenter à Harvard, créer une dynamique de projets collectifs - européens par exemple - communiquer ses connaissances à la société, mission essentielle du chercheur, et améliorer la connaissance des langues étrangères, singulièrement l'anglais, pourraient constituer quelques pistes pour amorcer un changement.

(1) WILKIN, Alexis - Les biens de la cathédrale Saint-Lambert des origines à 1300. Contribution à l'histoire économique du pays mosan. A paraître dans " Académie Royale de Belgique ".

Contacts

Alexis WILKIN

Faculté de Philosophie et Sc. sociales

Campus du Solbosch

ULB CP133/01, avenue F.D. Roosevelt 50, 1050 Bruxelles