Présentation des derniers chercheurs engagés à l'ULB
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Irene DI JORIO (Chargé de cours à titre définitif - 2010)

Parcours

Aujourd'hui titulaire de la chaire d'Histoire de la communication de masse de l'ULB, Irene Di Jorio a, dès le début de son parcours, développé un intérêt pour le domaine qui se trouve au coeur de ses expériences de recherche et d'enseignement. Licenciée en Sciences de la Communication à l'Université de Bologne, elle a soutenu sa tesi di laurea (mémoire de licence) en Histoire contemporaine ; docteure en Histoire de l'Europe Moderne et Contemporaine des universités de Paris X et de Bologne, elle a consacré sa thèse à l'étude de la communication politique.

Après des humanités classiques (Liceo classico), Irene Di Jorio décide de se tourner vers les Sciences de l'information et de la communication à l'Université de Bologne. Elle y suit un parcours d'étude très axé sur l'analyse des sources médiatiques au travers de disciplines comme la sémiotique, la sociologie de la communication et l'histoire des médias. " Ces champs de recherche étaient fortement développées au sein de la filière des 'Scienze della Comunicazione' qui avait été créée par Umberto Eco au début des années 1990 ", souligne Irene Di Jorio. " C'est au moment de me spécialiser que j'ai décidé d'étudier la propagande fasciste italienne et, plus spécifiquement, la presse locale en réalisant un mémoire en histoire contemporaine ", explique-t-elle.

Le choix de la presse fasciste comme objet d'étude s'explique par son intérêt pour le discours politique : " J'étais attentive aux débats politiques de mon époque : déjà au lycée avec la guerre du Golfe, à l'université ensuite avec la Yougoslavie... Je remarquais des récurrences dans les discours et il me paraissait important de donner une profondeur historique à l'analyse de la propagande de guerre. C'est ainsi que je suis parvenue à appliquer ma " boîte à outils " à des sources historiques et à m'interroger sur les stratégies discursives par lesquelles le fascisme italien avait essayé de mobiliser les Italiens en vue de la participation aux nombreuses guerres du régime ".

Un intérêt qui la poursuit puisqu'après avoir terminé son mémoire, Irene Di Jorio décide de mener un doctorat en histoire. " En Italie, l'accès aux doctorats se fait sur base de concours ; un examen qui peut se préparer pendant des années. Je l'ai donc passé et ai obtenu une bourse. Ma thèse de doctorat portait sur la propagande dans le régime de Vichy. Je m'intéressais depuis quelque temps aux régimes qui - pour faire face aux problèmes propres à toute société de masse - construisent des appareils de propagande d'Etat. De ce point de vue, le cas de Vichy m'offrait un point d'observation privilégié. Comment lancer l'image d'un nouvel Etat, dans un contexte de crise extrême, face à un pays défait, occupé et divisé en plusieurs zones ? Qu'est-ce que signifiait, concrètement, " faire de la propagande " ? Pour répondre à ces questions, je ne pouvais pas me limiter à analyser les produits de la propagande : je devais me pencher sur les gens qui la faisaient, du sommet des " stratèges " à la base des propagandistes. Sous le régime de Vichy, les dirigeants se rendent compte que la censure et le contrôle des mass-médias ne suffisent pas, qu'il est aussi important de former des leaders d'opinions (avocats, dentistes...) qui doivent faire de la propagande de bouche-à-oreille. Mais sur quels savoirs s'étaient fondés les hommes de Vichy pour bâtir cet appareil qui intégrait communication de masse et propagande orale ? Cette interrogation faisait ressortir un microcosme d'hommes et des professions peu étudiés: des publicitaires, des militaires, des anciens révolutionnaires... " nous raconte la chercheuse à qui il importe de sortir du temps court de l'événement pour comprendre les tendances lourdes qui caractérisent la " science de l'opinion ". " Si on passe de l'étude des contenus à l'analyse des techniques et des techniciens, on s'aperçoit que les frontières entre propagande politique et publicité commerciale sont beaucoup moins rigides qu'on ne le pense : les savoirs migrent d'un domaine à l'autre, d'un régime à l'autre, il y des transferts de compétences ".

Sa thèse, Irene Di Jorio la mène dans le cadre d'une co-tutelle entre l'Université de Bologne et l'Université de Paris X mais passera la quasi totalité de son temps à Paris puisque c'est là que se trouvent les archives qui l'occupaient. " A partir de ma thèse, j'ai développé la question des continuités et des ruptures entre dictatures et démocraties. La propagande n'est pas une spécificité des régimes dictatoriaux. Quand on s'intéresse aux gens qui font la propagande, on peut se demander ce que sont devenus les propagandistes après le régime de Vichy ? Que sont devenus leurs savoirs et leurs techniques dans les démocraties d'après-guerre ? ", poursuit le Prof. Di Jorio.

Après sa thèse, elle arrive en Belgique grâce à une bourse de post-doctorat du FNRS-ULB. Son projet part de deux expériences, en apparence très similaires, de propagande d'Etat (celle de l'Etat français et celle de la République Sociale Italienne), pour élargir l'angle chronologique au-delà des années de la guerre et de l'Occupation.

D'autres projets suivent ainsi que la constitution d'une équipe de recherche sur l'histoire des techniques de propagande et de publicité avec Véronique Pouillard.

Ensuite, elle obtient la Chaire d'Histoire de la communication de masse et donne cours à des étudiants d'information et communication mais aussi de l'Institut d'études européennes, d'histoire, d'histoire de l'art et de psychologie : " C'est très intéressant d'avoir des étudiants d'horizons différents qui viennent avec leur approche. Fournir une profondeur historique à l'étude de la communication et des outils analytiques à l'étude de l'histoire sont des objectifs indissociables ". Une approche combinée que lui permet sa double formation.

Au niveau de sa recherche, Irene Di Jorio s'intéresse actuellement à la question des savoirs, avec une attention particulière pour l'histoire des méthodes et des professions de la communication. " Le département d'Information et Communication - avec la richesse disciplinaire qui le caractérise - est stimulant pour ma recherche. La recherche nourrit l'enseignement, mais enseigner nourrit également celle-ci. Il faut un dialogue constant entre les deux. Le dilemme est ensuite de trouver le temps d'écrire ", conclut Irene Di Jorio.

Contacts

Irene DI JORIO

Fac Lettres, Traduction et Communication

tel 02 650 3979, fax 02 650 3921,

Campus du Solbosch

ULB CP123, avenue F.D. Roosevelt 50, 1050 Bruxelles