Présentation des derniers chercheurs engagés à l'ULB
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Bruno DANIS (Chargé de cours et chercheur - 2012)

Parcours

" Petit, j'étais baigné dans les documentaires du Commandant Cousteau ", raconte Bruno Danis, chargé de cours en Faculté des Sciences depuis octobre 2012 et chercheur au Laboratoire de Biologie marine. " Le déclic est venu lorsque mon grand-père m'a donné une vieille bobine de 8mm du Monde du Silence ". Né à Lille en 1974, ce passionné de la mer a déjà un parcours bien rempli. Après ses études secondaires à l'Ecole européenne à Bruxelles, il entame une licence en sciences zoologiques à l'ULB et se penche en 1997 sur la contamination par les métaux lourds de la baie sud de la Mer du Nord dans le cadre de son mémoire. " Le contact avec les professeurs et le choix de travailler sur le terrain m'ont orienté vers la biologie marine ", indique-t-il. Très vite, il se lance dans la recherche. Les professeurs Michel Warnau et Philippe Dubois encadrent sa thèse en écotoxicologie portant sur la bioaccumulation et les effets des polychlorobiphényles (PCB) sur l'étoile de mer Asterias rubens. Boursier FRIA, il étudie le comportement des contaminants et leurs effets biologiques, notamment en utilisant des radio-traceurs. " Pendant ma thèse, j'ai dû me débattre avec une grande quantité de données ", souligne le biologiste. Durant les derniers mois où il travaille en tant que chercheur doctorant au Laboratoire de Biologie marine, Bruno Danis mène, à la demande de la Politiques Scientifique Fédérale (BELSPO), une étude de faisabilité pour le projet SCAR-MarBIN (prédécesseur d'ANTABIF : www.biodiversity.aq), un réseau d'information sur la biodiversité Antarctique marine ayant pour objectif l'échange libre de données ainsi que le transfert de technologies et d'expertise au sein de la communauté des Antarcticiens. Il obtient son titre de docteur ès sciences en 2004.

Un an plus tard, Claude De Broyer, biologiste marin à l'IRSN, lui propose de participer au projet BIANZO (Biodiversity of Antarctic Zoobenthos, financé par BELSPO) et de partir à bord du Polarstern, un brise-glace allemand, durant trois mois et demi dans le cadre de l'expédition ANDEEP3, se focalisant sur la biodiversité Antarctique des zones abyssales. " C'était une expérience extraordinaire, une opportunité incroyable sur le plan networking : l'équipe était géniale (la moitié des chercheurs était invitée, soit 25 personnes) et l'équipage hors du commun ", se souvient Bruno Danis. " Travailler dans les abysses, de 3000 à 5000 mètres de profondeur, est un vrai défi, vu la fragilité des stations à échantillonner et les conditions météorologiques parfois extrêmes. Pour remonter le chalut, il faut parfois compter 7 heures de descente et autant de temps de remontée. Nous travaillions très intensément. " La mission a été couronnée de succès : le plan initial prévoyait d'échantillonner 6 stations, mais finalement on en a fait 12 de plus ! ", ajoute le chercheur. " J'ai pu travailler sur des bactéries, des amphipodes, des oursins et des étoiles de mer, à l'aide d'une série d'engins océanographiques. En termes de biodiversité, cette expédition a représenté une cascade de découvertes, qui ont d'ailleurs fait l'objet d'une publication dans la revue Nature. Par exemple, des 674 espèces de crustacés isopodes récoltés pendant l'expédition, 585 étaient des espèces nouvelles ! Depuis 2005, nous travaillons toujours sur les échantillons ramenés ", indique-t-il en désignant deux grands caissons entreposés dans son bureau, remplis d'étoiles de mer. Bruno Danis se spécialise en effet dans l'identification de celles-ci sur base de critères morphologiques, une discipline qui se perd. " Depuis 20 ans, il est plus facile de travailler sur des techniques moléculaires que sur la taxonomie systématique ", précise-t-il. " Le professeur Michel Jangoux me transmet progressivement ce savoir-faire ". Ensuite, ces données seront intégrées et mises en ligne et rendues accessibles à tous, à l'aide de différents systèmes d'information. En ce moment, le chercheur rassemble et trie en priorité les échantillons de 12 expéditions historiques, dont celle de la Belgica en 1898 et d'autres datant de la vague d'expéditions des années 50-60. D'autres collections (allemandes, américaines et britanniques) sont aussi traitées.

À partir de 2005, Bruno Danis développe un réseau de contacts privilégiés avec de nombreux instituts polaires internationaux, dont le Scientific Committee on Antarctic Research (SCAR) et prend part au Census of Antarctic Marine Life (CAML), l'un des programmes du Census of Marine Life. " La grande majorité de mes collaborations est née du projet SCAR-MarBIN, la composante bioinformatique du CAML et de son successeur ANTABIF ", précise le biologiste, toujours impliqué dans le comité de direction de ce dernier. " Cette base de données sécurisée en ligne est gratuite et permet de gérer de manière intégrée la grande quantité d'informations scientifiques provenant des instituts d'une trentaine de pays. Le plus difficile a été au départ de convaincre les scientifiques de fournir leurs données car, bien que le Traité sur l'Antarctique précise que les informations doivent être échangées gratuitement, il ne stipule pas de date limite pour le partage de données. Heureusement, il s'agit d'une petite communauté scientifique, ce qui a rendu les développements en Open Source possible ", explique-t-il. Aujourd'hui, environ 4000 utilisateurs se connectent chaque mois à la plateforme d'information. Mise à jour de manière permanente par les spécialistes, elle est considérée comme la référence mondiale pour les métazoaires (une autre sera créée à l'avenir pour les bactéries, à travers le project mARS : Microbial Antarctic Resource System) se développant autour de deux grands axes : la taxonomie et la biogéographie. " De plus en plus de grands programmes cadres de la recherche en Europe se concentrent sur la gestion de grands flux données. Cette approche permet une meilleure connectivité entre disciplines scientifiques et une véritable approche intégrée ", précise le biologiste. Il participe en 2011 au projet Nodes Portal Toolkit (NPT) permettant aux participants du GBIF (Global Biodiversity Information Facility) de déployer de nouveaux portails d'information sur la biodiversité dans des contextes nationaux, régionaux et/ou thématiques et tisse par ailleurs une étroite collaboration avec l'Université de Bourgogne, dans le cadre de recherches postdoctorales.

Au-delà des aspects bioinformatiques dont il a la charge, Bruno Danis se penche surtout sur la question de la protection de l'environnement, sous-jacente à son implication dans ces multiples projets. " Ma vision est d'essayer d'intégrer beaucoup d'approches différentes pour pouvoir établir un état des lieux sur l'environnement polaire et ce, de manière irréfutable ", explique-t-il. " Il s'agit de voir ce qui est efficace en termes de conservation des espèces, et d'informer la sphère politique de manière à ce qu'elle puisse décider en toute connaissance de cause et de manière transparente ". Il participe par ailleurs en tant que Mentor à un programme bi-polaire, destiné cette fois-ci aux jeunes chercheurs, l'APECS (Association of Polar Early Career Scientists) et qui a pour objectif de stimuler l'interdisciplinarité et les collaborations entre jeunes chercheurs de par le monde.

À l'ULB, Bruno Danis se sent comme un poisson dans l'eau. " Cela fait du bien de revenir à la recherche ", avoue-t-il. " Et puis, j'y ai retrouvé des anciens collègues, même si on ne s'est jamais vraiment quittés ! " En dehors de ses activités de recherche et d'enseignement, il se lance dans l'écoconstruction et consacre son temps libre à sa famille. Et d'ajouter en souriant : " Chacun de mes enfants a fait sa conférence à l'école sur l'Antarctique ".

Contacts

Bruno DANIS

Faculté des Sciences

tel 02 650 2815, fax 02 650 2796,

Campus du Solbosch

ULB CP160/15, avenue F.D. Roosevelt 50, 1050 Bruxelles