Présentation des derniers chercheurs engagés à l'ULB
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David BERLINER (Chargé de cours - 2009)

Parcours

Durant ses études secondaires au Lycée Dachsbeck, David Berliner se forge une passion qui ne le quittera plus pour la mythologie, le symbolisme et les religions. Il est déjà un " intello ", commente-t-il avec humour, porté par la conviction qu'il sera anthropologue un jour et mènera une carrière académique (sans nécessairement coller cette terminologie à ses visions d'avenir)

Il s'inscrit donc, à l'ULB, en anthropologie, une licence qu'il achèvera en 1998 par un travail de terrain au Burkina-Faso (son mémoire de licence est consacré à l'architecture des maisons mossi). Après son DEA toujours dans la même discipline, il s'engage dans un doctorat, sous la direction de Philippe Jespers qui a, depuis le début de ses études, contribué à cimenter ses aspirations et sa vocation. Pour sa thèse de doctorat, David Berliner retourne en Afrique de l'Ouest, mais réoriente ses recherches vers la Guinée-Conakry où il passera au total 14 mois. Adepte du nomadisme académique, il fera également l'expérience du statut de visiting Phd student à l'Université de Manchester pendant 8 mois. Grâce à une bourse Wiener-Anspach d'une année, c'est à St Cross College, à Oxford, qu'il rédigera sa thèse.

En Guinée-Conakry, David Berliner travaille sur la région côtière où se trouvent les populations Baga et s'intéresse, en particulier, à une société d'initiation à masques qui a disparu il y a un demi-siècle et à la persistance dans la modernité de ce passé religieux. Les masques sont toujours présents dans la mémoire et les pratiques religieuses des gens, même si les objets les représentant ne sont, eux, plus sculptés. De manière générale, sa thèse aborde la question des processus de transmission culturelle et religieuse et tourne le dos à une conception par trop matérialiste qui tend à enfermer l'Afrique dans ses objets (1).

Cette thèse intitulée " Nous sommes les derniers Bulongic. Sur une impossible transmission dans une société d'Afrique de l'Ouest (Guinée-Conakry) " est défendue à Bruxelles, en 2002, devant un jury composé des Profs. Peter Geschiere de l'Université d'Amsterdam, Filip De Boeck de la KUL, Pierre de Maret, Tal Tamari et Pierre Petit de l'ULB.

Alors qu'il était encore doctorant, David avait postulé à une bourse de la BAEF et à un mandat de chargé de recherche du FNRS, et il les obtient tous deux. Il utilise la première subvention pour se rendre en 2003 aux Etats-Unis, à Harvard, pour travailler auprès de Michael Herzfeld, qui sera honoré des insignes de DHC de l'ULB quelques années plus tard. Il séjourne un an à Harvard, le temps d'écrire et de prolonger les recherches développées dans son doctorat, en mettant l'accent sur le rôle des femmes dans la transmission religieuse, s'interrogeant en particulier sur les formes de la religiosité féminine en Afrique de l'Ouest. Chez les Baga de Guinée-Conakry notamment, les hommes se sont tournés vers l'Islam, et les femmes de continuer des pratiques religieuses anciennes non-islamiques (2).

Désireux de se frotter à l'enseignement, David cherche un nouveau point d'ancrage professionnel. Il le trouve à Budapest, en 2006, à la Central European University (CEU), une université qui offre uniquement des masters et des doctorats. Il y donne six cours à des étudiants principalement issus d'Europe de l'Est et d'Asie Centrale. L'ouverture d'un poste académique à l'ULB, liée à la succession de Philippe Jespers partant à la retraite, s'avère l'occasion pour David Berliner de rentrer au pays et dans son université mère. Il postule, obtient le poste de Chargé de cours et met un terme à son contrat avec la CEU.

Sa nomination définitive à l'automne 2009 lui permet de se poser ici et d'y créer des projets. D'abord, il voudrait consolider le centre qu'il a formé avec Pierre Petit - le Laboratoire d'Anthropologie des Mondes Contemporains (LAMC) - et en faire une plateforme de recherches et de discussions, avec des cycles de conférences réguliers et l'organisation de séminaires internes. Il s'agit, surtout, pour David Berliner de travailler en réseaux (ses collaborations internationales concernent Oxford, University College London, Harvard, University of Chicago, le CNRS et la CEU) et ce, autour de deux grands axes de recherche. Le premier émane d'une nouvelle étude menée à Luang Prabang, une ville du nord du Laos inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1995. L'objectif de ses recherches y est d'analyser les effets de la patrimonialisation dans toutes ses dimensions, aussi bien sociale et culturelle, que religieuse, politique, historique et économique. Cette recherche qualitative et de longue durée vise à comprendre comment les populations locales perçoivent les programmes de conservation de l'Unesco et la gestion du patrimoine dans une société en pleine mutation. Dans une optique comparative, les travaux de Berliner et de son équipe (ses doctorants travaillent sur cette problématique au Vietnam et au Maroc) visent à mieux comprendre la philosophie de l'Unesco et les changements induits par cette forme de labellisation patrimoniale globalisée. Cette étude collective donnera lieu à de nombreuses publications dans les années à venir, ainsi qu'à l'organisation d'un colloque international en 2011.

Le deuxième axe s'inscrit dans les questions de " genre et sexualité ". Les recherches actuelles de David Berliner au Laos cherchent aussi à explorer les constructions culturelles des rapports de genre et de la sexualité, en mettant l'accent sur les formes locales de l'homosexualité, l'essor du tourisme sexuel et de la prostitution féminine et masculine, phénomènes en pleine expansion dans cette région d'Asie du Sud-Est. Il collabore notamment avec plusieurs chercheurs au sein de l'Atelier Genre et Sexualités. De nombreux intervenants étrangers ont été invités par l'Atelier (voir le site http://www.ulb.ac.be/is/ags/) et deux colloques internationaux ont été récemment organisés (" Hétérotopies sexuelles " et " Islam, genre et sexualités "). En collaboration avec Cathy Herbrand, il est en train de développer un projet de recherche anthropologique relatif à la pornographie et la prostitution à l'ère d'internet. Les recherches viseront à comprendre comment, via la pornographie et la prostitution sur le net, se déploient des rapports particuliers à la sexualité, au genre, à l'amour, au corps, à la violence, au risque ou à la tradition et ce, dans différents contextes culturels, sociaux politiques, religieux et économiques. Contribuant à une meilleure connaissance des formes contemporaines du sexe, cette recherche donnera aux professionnels (psychologues, médecins, assistants sociaux) et au grand public, souvent désorientés par les évolutions récentes des sexualités (notamment chez les jeunes), le recul analytique nécessaire.

(1) BERLINER, David - An " Impossible " Transmission. Youth Religious Memories in Guinea-Conakry. In : "American Ethnologist" 32(4), 2005, pp. 576-592.

(2) BERLINER, David - The Anthropologist in the Middle of a Tug-of-War (Guinea-Conakry). In : "Men and Masculinities", 11, 2008, pp. 174-185.

Contacts

David BERLINER

Faculté de Philosophie et Sc. sociales

tel 02 650 4053,

Campus du Solbosch

ULB CP124, avenue F.D. Roosevelt 50, 1050 Bruxelles