Présentation des derniers chercheurs engagés à l'ULB
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Xavier LUFFIN (Chargé de cours à titre définitif - 2008)

Parcours

"J'ai grandi à Bruxelles, dans un environnement multiculturel. J'ai eu la chance de beaucoup voyager avec mes parents et de découvrir très jeune le bassin méditerranéen. J'avais à peine 10 ans que je me passionnais déjà pour l'archéologie et l'histoire du Moyen Orient", se souvient Xavier Luffin. Quelques années plus tard, tout naturellement, il s'oriente vers les études d'histoire de l'art et d'archéologie à l'ULB. Alors qu'il entame la licence, il s'inscrit en 1re année de langues orientales "parce que les langues m'ont toujours passionné : lorsque je suis dans un tram et que j'entends parler une langue étrangère, je ne peux pas m'empêcher de prêter l'oreille, de tenter de reconnaître l'un ou l'autre mots. Je parle d'ailleurs plusieurs langues : l'anglais, le néerlandais, l'italien, le grec moderne, le turc, l'arabe et le swahili", explique-t-il.

Diplômé en histoire de l'art et archéologie, toujours étudiant en langues orientales, il part à deux reprises sur un chantier de fouilles en Syrie, " c'était une belle expérience puisque j'ai pu allier mes passions pour l'archéologie et pour la langue arabe ", avoue le chercheur. Quelques mois plus tard, il part au Caire étudier la langue arabe pendant un semestre. Licencié en langue arabe, il passe l'agrégation et est engagé par une asbl bruxelloise impliquée dans le monde associatif immigré. Sa connaissance des langues pour atout, Xavier Luffin part ensuite à l'étranger - Palestine, Yémen, Burundi - travailler pour une ONG humanitaire, "l'archéologie est passée au second plan, ma passion de la langue arabe a pris le pas", sourit-il.

A la fin des années '90, il rentre en Belgique et rejoint l'ULB; il devient assistant à l'Institut des langues vivantes tout en réalisant sa thèse de doctorat qui a pour objet la description linguistique d'un créole arabe parlé en Afrique de l'Est (principalement Ouganda et Kenya), le kinubi. "C'est une langue dite périphérique à laquelle peu de linguistes s'étaient intéressés. J'ai commencé par apprendre le dialecte ; puis je suis parti au Kenya et en Ouganda à la rencontre de celles et ceux qui parlent encore cette langue. Ils ont accepté de discuter avec moi, je les ai enregistrés et à partir de ces témoignages parlés, j'ai établi une grammaire du kinubi", explique le chercheur.

En 2004, il défend sa thèse et devient chargé de cours à l'ULB; 4 ans plus tard, il est nommé à titre définitif. Sa recherche actuelle porte sur les créoles arabes : le kinubi mais aussi l'arabe de Bongor parlé au Tchad et l'arabe de Juba qu'on entend au sud du Soudan. "Je souhaite réaliser un corpus aussi large que possible de chaque dialecte. J'interviewe des hommes, des femmes, des jeunes ou des vieux, des personnes peu scolarisées ou avec un bagage culturel important, etc. Je leur demande de parler de l'histoire de leur communauté, de l'artisanat, des coutumes de mariage ou d'enterrement, de la religion, de l'histoire récente de leur pays, etc., tous des sujets qui amènent à de longues conversations. Ma motivation est bien sûr l'étude linguistique mais tous ces témoignages sont aussi des témoignages très intéressants pour des anthropologues : j'ai donc retranscrit et publié une partie de ces entretiens", précise Xavier Luffin qui poursuit, "pour réussir à faire parler les gens, il faut gagner leur confiance et pour cela, il faut du temps, beaucoup de temps : le micro fait peur, j'explique toujours longuement mon projet avant de sortir mon enregistreur. Il faut aussi un peu de chance pour rencontrer les bonnes personnes, au bon moment. Je garde le contact avec les principaux témoins : je leur envoie toujours le livre rédigé à la suite de nos entretiens afin qu'ils se sentent valorisés, qu'ils comprennent ma démarche".

Le chercheur s'intéresse également à l'usage de la langue arabe au Congo, avant la période coloniale. Les scientifiques ont en effet découvert des documents antérieurs ou contemporains à la colonisation écrits en arabe ou en swahili, avec caractères arabes; ce qui contredit l'idée jusqu'alors répandue que l'écriture a été introduite en Afrique par les Européens. Xavier Luffin tente d'établir un catalogue des documents en langue arabe ou caractères arabes - correspondance, livres, contrats, etc. dont les plus anciens datent de 1890 -.

Autre facette de ses activités : Xavier Luffin traduit en français des ouvrages littéraires contemporains, notamment du soudanais Ahmad Al-Malik ou encore de l'égyptienne Nawal El Saadawi, docteur honoris causa de l'ULB. "La traduction littéraire me permet de dépasser la frustration que peut engendrer une publication scientifique où vous passez de nombreuses heures sur un sujet pointu qui ne sera lu que par quelques spécialistes. C'est aussi pour cela que j'aime enseigner : en donnant cours, je découvre et je fais passer. Je m'attache à montrer aux étudiants que la littérature arabe est riche, en leur présentant bien sûr de "grands classiques" mais aussi en leur faisant découvrir de jeunes auteurs contemporains qui peuvent se montrer très critiques vis-à-vis de la société dont ils sont issus", précise le chercheur.

Enfin, dernier centre d'intérêt scientifique, Xavier Luffin étudie le karmanli, un turc noté en caractères grecs. Aujourd'hui disparue, cette écriture était utilisée par les chrétiens orthodoxes qui vivaient en Turquie jusqu'en 1923 : ils parlaient le turc mais pour se différencier de la communauté musulmane, ces chrétiens orthodoxes décidèrent d'écrire le turc en caractères grecs, laissant derrière eux une littérature abondante et jusqu'ici peu étudiée.

"Ce qui anime ma recherche et mon enseignement ? L'idée de rencontre culturelle. Qu'il s'agisse par exemple de la rencontre entre l'Afrique et le monde arabe qu'illustre l'écrivain soudanais Ahmad Al Malik ou la rencontre entre Turquie musulmane et religion grecque orthodoxe, les rencontres sont souvent difficiles à vivre mais elles sont aussi riches, à la fois sur la plan humain et culturel", souligne Xavier Luffin.

Contacts

Xavier LUFFIN

Fac Lettres, Traduction et Communication

tel 02 650 2138, fax 02 650 2007,

Campus du Solbosch

ULB CP175, avenue F.D. Roosevelt 50, 1050 Bruxelles