Présentation des derniers chercheurs engagés à l'ULB
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Julie ALLARD (Chercheur qualifié - 2008)

Parcours

"Adolescente, je pensais étudier le droit. Mais mon professeur de philosophie à l'Ecole européenne, que j'aimais énormément, m'a poussée vers la philosophie; à 18 ans, je me suis lancée à l'ULB sans trop savoir vers quoi j'allais", se rappelle Julie Allard qui poursuit, "La philosophie est souvent influencée par une manière de philosopher, les rencontres avec certains professeurs ont donc été déterminantes pour moi". Quelques années plus tard, droit et philosophie se sont combinés puisqu'elle rejoindra le Centre Perelman de Philosophie du Droit de l'ULB.

Sa licence de philosophie terminée, Julie Allard entame en parallèle deux 3e cycles : l'un à l'ULB (Approche transdisciplinaire des enjeux contemporains); l'autre à l'Université de Caen, en philosophie politique et juridique. En 1998, alors qu'elle rédige ses deux mémoires de 3e cycle, elle est engagée dans une recherche ARC (Action de Recherche Concertée) à l'ULB : elle étudie alors l'évolution de l'Université face aux enjeux sociaux. Elle enchaîne avec une thèse de doctorat qui portera sur les représentations philosophiques du jugement judiciaire. " En général, on définit le jugement comme une application du droit. Le terme "application" renvoie à une règle générale qu'on applique à un cas particulier. Or, en droit, il y a beaucoup de cas pour lesquels il existe soit plusieurs règles générales contradictoires, soit aucune règle générale limpide. Que fait le juge dans ce genre de cas ? Cela fonctionne alors en sens inverse : le juge est confronté à un cas particulier et doit retrouver la règle générale qui s'y applique. Son jugement, souvent subjectif, est-il arbitraire ? J'ai étudié cette question à travers plusieurs écrits, en particulier ceux de Kant, afin de conceptualiser le jugement judiciaire. A travers ma thèse, je souhaitais créer un dialogue entre deux disciplines qui s'ignorent, voire se méprisent parfois : le droit et la philosophie ", explique Julie Allard, "Je voulais également interroger le "pouvoir" que l'on reconnaît avec plus ou moins d'enthousiasme aux magistrats ainsi que la légitimité de leur action. J'étais sensibilisée par les "affaires" judiciaires mais aussi intriguée par l'acte de juger lui-même, difficile et si nécessaire".

Sa thèse défendue en 2004, elle poursuit ses travaux à l'ULB. Comme chargée de recherche FNRS, elle étudie l'usage contemporain de la notion d'humanité et le cas particulier des crimes contre l'humanité. Elle part pendant six mois à l'Institut des Hautes Etudes sur la Justice, à Paris où, à la faveur de la rencontre avec Antoine Garapon, elle travaille sur la mondialisation du droit et le dialogue des juges, soit l'échange d'arguments, d'interprétations et de solutions juridiques entre magistrats du monde entier. "A l'heure actuelle, les juges citent de plus en plus souvent des juges d'autres pays pour motiver leur décision; en particulier lorsqu'ils doivent statuer sur des questions éthiques ou sociétales telles que l'euthanasie, l'avortement, l'homosexualité, la bioéthique, etc. Ils s'inspirent de l'étranger pour éclairer une décision difficile à prendre, mais ils ne se réfèrent pas à n'importe qui : ils citent des juges réputés, dans des systèmes dignes de confiance, susceptibles d'influencer l'évolution judiciaire de leur pays", souligne Julie Allard et elle poursuit, "Un exemple classique est celui de la Cour suprême des Etats-Unis qui a dû se prononcer sur la légalité d'une loi texane interdisant les relations homosexuelles. Elle a rejeté sa propre jurisprudence en la matière en se référant à celle de la Cour européenne des droits de l'homme alors que les deux systèmes sont totalement hétérogènes. Ce phénomène, outre le fait qu'il s'inscrit dans un contexte plus général de "déterritorialisation" du droit, est une nouvelle occasion de s'interroger sur les juges et la justice dans les démocraties. Les juges sont-ils légitimes lorsqu'ils se réfèrent à leurs collègues étrangers ? Outrepassent-ils leur fonction ? Exporter à l'étranger du droit national, que ce soit des règles, des principes ou des solutions particulières décidées par les juges, est devenu un véritable enjeu politique et culturel et peut même participer d'une stratégie économique : c'est le succès du droit anglais par exemple, en matière de contrats qui rend les juristes anglais si nécessaires et a fait de Londres une capitale incontournable pour les affaires".

Julie Allard continue aujourd'hui ses travaux sur la mondialisation du droit et sur le dialogue des juges au sein du Centre Perelman de l'ULB où elle a été nommée chercheur qualifié FNRS en 2008. Elle y étudie les différentes interprétations possibles de la globalisation de la justice. "Si la mondialisation nous contraint à réguler certains sujets tels que le terrorisme, l'internet, la pollution ou les flux boursiers, au-delà des compétences territoriales, s'agit-il seulement d'un phénomène fonctionnel ou d'un projet politico-juridique à plus long terme ? La mondialisation du droit correspond-t-elle à une forme de cosmopolitisme, c'est-à-dire de construction politique universelle ?", interroge la chercheuse, mettant à profit dans le contexte de la mondialisation ses travaux antérieurs sur le travail des juges.

Auteur ou co-auteur de plusieurs publications, coordinatrice du Groupe de recherches européen sur les contentieux transnationaux (GRECT), Julie Allard est régulièrement désignée comme expert en France où elle donne notamment des cours de philosophie aux élèves de la prestigieuse Ecole Nationale de Magistrature. "La philosophie du droit est une discipline traditionnellement anglo-saxonne. Toutefois, en Belgique francophone, pour des raisons historiques et culturelles, nous avons une grande tradition en cette matière, héritée en particulier de Chaïm Perelman; nous nous exportons donc bien en France", explique-t-elle. Et de conclure : "Ce que j'aime dans la recherche ? La liberté : je peux choisir les thèmes sur lesquels je travaille, les concepts que j'utilise. Ce qui me guide dans mon choix ? Mon intérêt pour l'histoire des concepts, l'actualité des questions que je traite, les enjeux de société gigantesques qui se profilent".

Contacts

Julie ALLARD

Faculté de Droit et de Criminologie

tel 02 650 4671, fax 02 650 4546,

Campus du Solbosch

ULB CP137, avenue F.D. Roosevelt 50, 1050 Bruxelles