Présentation des derniers chercheurs engagés à l'ULB
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Marie-Soleil FRERE (Chercheur Qualifié - 2003)

Parcours

A partir de 1990, les pays d'Afrique francophone ont connu d'importants bouleversements politiques, marqués par l'émergence conjointe du multipartisme, des élections libres et du pluralisme médiatique, dans des contextes caractérisés, depuis des décennies, par le monopartisme et le monopole étatique. Dans le paysage actuel en pleine mutation, il s'agit d'aborder les médias d'Afrique subsaharienne en tant qu'indicateurs des évolutions politiques, sociales, économiques et culturelles des sociétés qui leur donnent naissance et plus particulièrement à travers cinq problématiques cruciales :

  • La position de l'écrit et de la langue française au sein des médias africains. Les médias (presse écrite, radio, télévision), comme les institutions nouvelles issues des processus dits de démocratisation, constituent des lieux où s'illustrent les relations souvent stratégiques à l'écrit (et donc à l'instruction) et la manipulation des registres de la langue française ou des langues nationales. De la presse écrite (qui monopolise le débat politique public et répercute, en français, la parole de ceux qui comptent), à la radio (se consacrant au divertissement, aux messages religieux, à l'information de proximité en langues nationales), en passant par la télévision (vouée à servir de miroir aux décideurs), les médias, par leurs usages (stratégiquement) différenciés, révèlent le statut de la langue française et de l'écriture dans ces sociétés largement non alphabétisées et non francophones.

  • La collusion entre hommes de presse, hommes de pouvoir et puissances d'argent dans un contexte de forte personnalisation. Les médias offrent à voir cette connivence entre milieux journalistiques, politiques et financiers dont ils sont souvent à la fois un produit (les financements politiques occultes des titres de presse sont nombreux) et un acteur (les médias permettant de sceller des alliances ou de faire éclater des conflits).

  • Les modèles démocratiques et médiatiques importés. Les médias, comme les structures politiques, institutionnelles et administratives des Etats africains, situent leur action et leurs discours par rapport à des référents exogènes, autant sur le plan organisationnel que sur celui de la pratique professionnelle. Ainsi, les législations sur les médias, les mécanismes de régulation, les codes de déontologie professionnelle, les initiatives d'autorégulation se réfèrent à un modèle d'organisation du paysage médiatique et de la profession journalistique dit universel, mais issu de l'expérience de l'Occident. Si cet arsenal normatif peut effectivement aider à la consolidation et à la structuration de médias indépendants et professionnels, il peut aussi, au contraire, se changer en coquille vide ou, pire, en alibi pour des régimes autoritaires et des pratiques détournées.

  • Les médias comme grille de lecture de l'ambiguïté des relations Nord-Sud. Au-delà de l'analyse des flux inégaux d'information, massivement orientés du Nord vers le Sud, significatifs de la dépendance dénoncée dans les années 1970, les médias offrent à voir d'autres mécanismes : de la problématique des transferts de technologie dans le domaine de la presse, à l'observation des modalités et fondements (proclamés et sous-jacents) de l'aide octroyée par des pays ou organismes du Nord aux médias du Sud dans le cadre de divers dispositifs de coopération, des stratégies de " don " et de " captation " sont à l'?uvre qui reflètent la nature générale des relations Nord-Sud.

  • L'instrumentalisation du désordre par et pour les médias. Dans une Afrique souvent perçue comme en proie à un perpétuel chaos, les médias contribuent parfois à installer et entretenir l'instabilité (même s'ils en souffrent). Bien des guerres d'Afrique francophone ces dernières années ont été préparées, entretenues, par certains médias, des médias de la haine du Rwanda en 1994, à ceux de Côte d'Ivoire plus récemment. En leur propre sein, les médias africains ont souvent tiré profit du manque de structuration (ou de la déstructuration progressive) de l'environnement pour se déployer lucrativement dans des espaces totalement informels.

Ainsi, à travers l'étude des médias, c'est l'ensemble des dynamiques contemporaines des sociétés africaines qui peuvent être décryptées.

Thèse

Presse et démocratie en Afrique francophone: de la communication traditionnelle précoloniale à l'émergence d'une presse privée dans les traditions démocratiques au Bénin et au Niger (publiée le 21/03/1997)

Contacts

Marie-Soleil FRERE

Fac Lettres, Traduction et Communication

tel 02 650 4449, fax 02 650 3921,

Campus du Solbosch

ULB CP123, avenue F.D. Roosevelt 50, 1050 Bruxelles