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Analyse critique de l'origine et de l'évolution des sciences de l'éducation, en particulier dans le contexte belge: de la science de l'éducation aux sciences de l'éducation, entre permanences et ruptures [Critical analysis of the origin and the evolution of the educational sciences, in the Belgian context]

Que représentent aujourd'hui les sciences de l'éducation ? D'où tirent-elles leur légitimité et leur sens ? Quels sont les rapports de ces sciences avec les autres disciplines qui s'intéressent également aux faits éducatifs ? Quelles sont, par exemple, les raisons qui expliquent qu'elles soient tantôt rattachées aux Facultés de Psychologie (ex : cas de la Belgique), de Philosophie ou de sciences sociales? Quelle est la place de la recherche fondamentale en éducation ? Quelle est la nature des liens entre les sciences de l'éducation et le monde politique et professionnel ? Si ces nombreuses questions sur le rôle des sciences de l'éducation, leurs histoires, leurs tensions et leurs écueils ainsi que sur leurs rapports avec les autres disciplines, les sphères politico-administratives et professionnelles sont vives dans nos universités, elles restent bien souvent sans réponses. Alors que de nombreux ouvrages existent en France, en Suisse et en Allemagne sur les sciences de l'éducation, ces recherches de synthèse restent pratiquement absentes de nos universités belges. Pourtant, analyser les sciences de l'éducation nous semble très instructif pour comprendre les places, les rôles et les héritages des chercheurs en sciences de l'éducation mais également pour interroger notre système scolaire aujourd'hui. S'il s'agit dans un premier temps d'interroger les représentations actuelles des sciences de l'éducation chez les académiques belges associés à cette discipline, nous voudrions également nous attarder sur l'émergence et les histoires de cette science en Belgique. Cette démarche devrait alors nous permettre d'instruire notre présent historique en partant de la façon dont le « passé » fut amené jusqu'à nous, tout en influençant nos langages, nos catégories de pensée et nos manières d'aborder les problèmes éducatifs. L'enjeu d'une telle démarche est ainsi d' « inscrire l'évidence de nos pratiques dans l'historicité » suivant la démarche génealogique de Foucault, Donzelot, Popkewitz, Rose et d'autres afin de produire une critique des processus de production des savoirs et des dispositifs de pouvoir qui organisent l'univers de ces sciences. A partir des premières recherches d'archives déjà effectuées, plusieurs pistes de recherche peuvent être mises en évidence. Premièrement, il s'agira de questionner le lien qui peut exister en Belgique entre une science de l'éducation et le monde politico-administratif et professionnel et plus spécifiquement entre l'instauration de l'instruction obligatoire et la naissance d'une section de pédagogie dans les universités belges. Comme le montre la littérature sur les sciences de l'éducation en France, en Suisse et en Allemagne (E. Plaisance, 1993 ; R. Hess, 1997 ; R. Hofstetter et B. Schneuwly, 1999, 2000, 2002), l'émergence dans les milieux académiques d'une science de l'éducation ne répond pas à une demande des professionnels de l'éducation et est liée à la nécessité d'une discipline pour appuyer son nouveau système d'éducation national. Ces liens existent-ils également en Belgique ? D'où viennent les demandes sociales pour l'émergence d'une science de l'éducation ? Quels sont les rapports entre la section de pédagogie, le Ministère de l'instruction publique et plus tard de l'éducation, les différents pouvoirs organisateurs et les institutions scolaires ? Quelles sont leurs divergences entre ces diverses instances ? Comment évoluent-elles ? Quel est le degré d'instrumentalisation et d'indépendance entre les sciences de l'éducation et le pouvoir politique ? Quelle est la place respective laissée à la recherche fondamentale et aux recherches actions ? Cette place varie- t- elle dans le temps et dans l'espace et pour quelles raisons ? Dans un deuxième temps, il s'agira d'interroger les rapports entre les sciences qui s'occupent de l'éducation et les différentes disciplines dont elles s'inspirent, de la fin du 19ème siècle jusqu'à nos jours. Si le 19ème siècle est souvent considéré comme le siècle des développements technologiques, il fut aussi et surtout l'âge des sciences naturelles. Au siècle du bourgeois conquérant, la connaissance positiviste et l'idée d'évolution s'imposent progressivement dans les enseignements et par sa nouvelle reconnaissance sociale, elles deviennent dans certains cas un enjeu national, comme en Belgique. Ces nouvelles approches héritières de la biologie, de la physiologie et de la médecine modifient alors en profondeur les conceptions philosophiques antérieures relatives à la notion de l'enfance et entraînent une remise en cause profonde des principes d'éducation et du rôle de l'école. Les nouveaux mots d'ordre d'une pédagogie nouvelle sont désormais l'adaptation de l'école à la spécificité de la personnalité infantile, l'enfance comme nouveau sujet d'expérimentation, d'observation et d'évaluation et l'importance de l'hygiène sociale et morale. Se développent alors des sections de pédagogie dans les universités, des sociétés de pédologie, de nombreuses revues scientifiques, etc' pour promouvoir cette nouvelle conception de l'école : favoriser le « développement » des facultés biologiques, psychologiques et intellectuelles de l'enfant, tout en tenant compte de ses rythmes et des normes de croissances. Cette individuation de l'éducation s'accompagne d'une nouvelle hiérarchie basée sur les fameux tests d'intelligence. Un dernier aspect de cette nouvelle conception de l'éducation s'inscrit dès lors dans une nouvelle régulation du normal et du pathologique : les enfants « anormaux » étant considérés comme des agents perturbateurs pour l'évolution des enfants -et donc pour toute la société- il faut pouvoir les réguler. Qu'en est-il alors de ces nouvelles conceptions de l'enfance et de l'école ? Où et pourquoi apparaissent-elles ? Sont-elles partagées par tous ? Qu'en reste-t-il aujourd'hui ? Ne pouvons-nous pas y repérer des ancrages disciplinaires et biopolitiques ? Pourquoi voit on apparaître les tests d'intelligence, les nombreuses conceptualisations de l'enfance anormale ainsi que la nécessité des classes pour anormaux, thèmes abondamment commentés dans les premières revues pédagogiques et dans les premiers cours de pédagogie à l'ULB ? Pourquoi ces thèmes restent-ils si prégnants aujourd'hui ? De quoi sommes-nous les héritiers et en quoi et pourquoi notre discipline s'est-elle distanciée de ces théorisations qui datent de plus d'un siècle ? Ces questionnements visent à comprendre l'évolution des rapports entre les sciences de l'éducation en Belgique et les différentes disciplines qui étudient également l'école, l'éducation et l'enfance (la médecine, la psychologie, la sociologie, la philosophie ainsi que les différentes didactiques des disciplines). En outre, ils permettent de comparer ces architectures institutionnelles et épistémologiques avec la situation dans d'autres pays européens (la France, l'Allemagne, la Suisse) et ainsi comprendre les spécificités de la situation éducative belge sur le plan épistémologique, social et politique. La recherche en sciences de l'éducation étant souvent tributaire de contrats à court terme ayant une visée d'application ; ce projet sera l'occasion de développer une recherche plus fondamentale sur les sciences de l'éducation, en s'attachant à leurs fondements historiques, épistémologiques et politiques. Etant donné l'absence de recherches de synthèse sur les sciences de l'éducation en Belgique, cette thèse vise à produire des savoirs nouveaux dans ce domaine, qui puissent être articulés à d'autres travaux sur le plan international. En outre, une recherche de type fondamental comme celle-ci pourrait également avoir des retombées pratiques intéressantes dans différents domaines. Elle pourrait par exemple s'inscrire dans le projet de l'AREF d'établir une « cartographie » de la recherche en sciences de l'éducation. Elle pourrait également contribuer à fournir des critères d'analyse pertinents lors d'études comparatives internationales portant sur l'état de la recherche en éducation ou sur les programmes de sciences de l'éducation proposés aux étudiants, en particulier au sein de l'Union européenne. Enfin, nous fêterons bientôt le 40e anniversaire de la faculté, mais aussi le 90e anniversaire de la section de pédagogie. Pour cet événement, une étude à caractère historique, qui clarifie les enjeux à la fois épistémologiques, politiques et sociaux liés à la création de la section de pédagogie à l'U.L.B. dans le contexte international et belge de l'époque serait fort intéressante. [the history of educational sciences in Belgium. The links between universities and educational institutions. The links between educational sciences and various scientific disciplines]



disciplines et mots clés déclarés


Histoire de la psychologie [psychologie] Philosophie Sociologie de l'éducation

histoire de l'éducation histoire des écoles en belgique Michel Foucault sciences de l'éducation