Texte rédigé par Cathy Lemer, doctorante au LaPsE
Nous vous recommandons de passer d'abord la situation expérimentale comme sujet naïf.
Pour plus de facilité, nous vous permettons aussi de faire apparaître l'applet dans une fenêtre pop-up que vous pourrez garder sous les yeux sous les yeux pendant que vous lisez le texte.
On nous répète souvent qu'il est impossible de faire deux choses à la fois et dans certains cas c'est exact. Essayez d'écouter attentivement une personne parler tout en prêtant votre attention à la télévision, il y a fort à parier que vous aurez perdu des parts d'informations importantes des deux sources. Ceci est le cas car il s'agit de deux actions contrôlées, où votre attention est sollicitée. L'attention partagée dans un tel cas amène des performances fortement détériorées. Pourtant nous connaissons tous des circonstances durant lesquelles nous faisons plusieurs choses à la fois. Nous pouvons conduire une voiture et suivre une conversation avec le passager ou déjeuner tout en lisant le journal. Ces deux cas de partage de l'attention (et bien d'autres) sont possibles car l'une des deux tâches est automatisée. On oppose les tâches automatiques aux tâches contrôlées.
Certaines de nos actions sont devenues automatiques à force d'apprentissage. Ainsi, marcher, parler, utiliser un couteau et une fourchette pour manger, lire, écrire, conduire une voiture (si vous avez votre permis de conduire depuis déjà un bon moment) sont par exemple des actions que vous avez tant de fois répétées qu'elles se sont automatisées.
L'automatisation d'une tâche est très adaptative. En effet, une fois devenue automatique, une tâche exige peu d'efforts conscients et permet donc à l'attention de se focaliser sur une autre tâche pour la contrôler.
Mais il est des cas où l'automatisation d'une tâche peut avoir un rôle d'interférence. Dans notre vie quotidienne, nous avons déjà tous vécu le cas où une tâche automatique prenait le pas sur une autre tâche, moins apprise.
Un bon exemple de tâche automatisée est la lecture. Pour un lecteur dit expert (un adulte qui lit couramment), la lecture est à ce point automatique qu'elle est presque irrépréssible. Les publicistes s'en réjouissent puisque c'est grâce à cet état de fait que nous sommes des milliers à lire les messages publicitaires rencontrés dans la rue par exemple même si nous ne voulons pas consciemment y porter notre attention.
L'expérience reprise pour vous illustre bien l'automatisation de la lecture et son interférence sur une tâche demandée, en l'occurence la dénomination de couleurs. Cette tâche fut proposée dès 1935 par Stroop. L'effet a d'ailleurs conservé son nom.
Dans la tâche Stroop classique, dans laquelle on demande de nommer des mots colorés, on trouve habituellement que le temps requis pour nommer la couleur de l'encre de mots colorés est plus long aux essais incongruents ( ROUGE, le mot "ROUGE" écrit en bleu) qu'aux essais neutres ( LOUPE, le mot "LOUPE" écrit en bleu). Il s'agit de l'effet d'interférence. Par contre, le temps de nomination de la couleur est plus court aux essais congruents ( BLEU, le mot "BLEU" écrit en bleu). qu'aux essais neutres ( LOUPE, le mot "LOUPE" écrit en bleu). Ce dernier effet est appelé facilitation.
Ceci illustre le traitement automatique et non-intentionnel des mots. L'idée centrale est que la nomination des mots est plus rapide que celle de taches de couleur (Cattell, 1886, p. 531). On présume que dans la tâche Stroop, le mot de couleur ne pourrait pas être ignoré et serait traité automatiquement (bien que non-pertinent pour la tâche). La réponse sur le mot serait disponible avant celle sur la couleur, pouvant produire interférence ou facilitation sur le traitement de la couleur.
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by Marielle Lange |