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LA PREPARATION A L'AUTOFORMATION


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Marcel Frydman

Université de Mons Hainaut

1. Un état de carence surprenant

1.1. Constats


Lorsque nous avons abordé l'étude de la résolution de problèmes à l'aide de références originales, nous avons constaté, non sans surprise, que ce domaine important de l'activité pédagogique n'avait guère été exploré. Parmi les publications d'expression française, nous n'avons trouvé, pour la période précédant les années 1970, que les recherches de Roller (1956, 1958, 1959 et 1970). Bien que limitées à l'utilisation du dictionnaire, elles avaient tout de même montré, qu'en cette matière, un savoir-faire indiscutable peut être développé très tôt, à condition qu'une didactique appropriée soit mise en place.
L'approche expérimentale du sujet n'est pas beaucoup plus fournie dans la littérature pédagogique des USA. Si de nombreux chercheurs se sont intéressés à la lecture, on peut souligner, avec M. Jenkinson (1968), la pauvreté des recherches portant sur la compréhension, ce qui paraît paradoxal si l'on songe aux innombrables travaux consacrés à la phase d'apprentissage. Dans un ensemble d'études récentes rassemblées, à l'initiative de l'Unesco, par l'Association internationale pour la lecture (Staiger, Feitelson, Jenkinson, Tinker, Malmquist, Robinson, Skander, Mc Cullough, Harris, 1976), la compréhension apparaît régulièrement au centre des préoccupations. A aucun moment, cependant, l'un ou l'autre de ces spécialistes ne présente une technique précise susceptible de favoriser le développement d'une activité mentale pourtant considérée par tous comme essentielle. Les différents auteurs se limitent, dans l'ensemble, à la présentation de données générales qui ne conduiront sûrement pas les maîtres à réaliser des progrès significatifs au niveau méthodologique. Alors que ce siècle, nous dit encore Jenkinson, a systématisé les moyens d'apprendre aux enfants à reconnaître les mots, l'entraînement à la compréhension semble avoir été laissé au hasard; on a trop souvent pensé qu'il suffisait de poser des questions, non seulement pour contrôler la compréhension du contenu, mais aussi pour élaborer des méthodes permettant au lecteur de suivre les méandres de la pensée. Il est toutefois établi depuis longtemps, ajoute-t-il, qu'une définition de la lecture en fonction du sens à attribuer à un texte imprimé est trop limitative; la lecture est aussi une façon de penser, de résoudre des problèmes, de raisonner et elle implique le choix, l'analyse, le jugement, l'évaluation, la synthèse. Or, dans la pratique scolaire quotidienne, les différents exercices destinés à vérifier la compréhension ne vont guère au-delà du sens littéral d'un passage.
En ce qui concerne la recherche relative à la compréhension en lecture, Thorndike (1917) apparaît comme un pionnier. Il faisait lire des phrases et des paragraphes par une série d'enfants et leur posait ensuite des questions. N'est-il pas étonnant que les conclusions auxquelles il a pu aboutir paraissent toujours valables et que sa méthode soit toujours utilisée dans d'importantes études sur la compréhension (S.B. Smith, 1975)? Selon Jenkinson, les carences observées ici s'expliqueraient par la complexité de l'activité de compréhension. Ne faut-il pas tenir compte, par ailleurs, de la conception généralement rudimentaire de la méthodologie de la lecture des praticiens américains? Tout se passe comme s'ils ne distinguaient pas clairement les objectifs spécifiques des différents genres de leçons de lecture. En examinant les questionnaires-types proposés par les revues spécialisées actuelles d'outre-Atlantique, dont l'objet est de tester la compréhension, nous rencontrons habituellement des items basés sur le rappel d'un contenu plus ou moins manifeste et ne réclamant aucune opération intellectuelle. A la limite, l'auteur donne parfois l'impression de conclure à la compréhension dès que les mots sont déchiffrés. L'interprétation des idées est bien souvent évaluée à l'aide de questions ouvertes qui imposent à l'élève un travail de rédaction (quand on ne lui demande pas tout simplement d'exprimer des opinions personnelles alors que les éléments nécessaires à leur élaboration ne figurent pas dans le texte de référence).
M.S. Johnson et R.A. Kress (1970) estimaient que la difficulté à laquelle on se heurte, lors de l'établissement de niveaux distincts de compréhension, réside dans la variabilité des critères utilisés pour leur évaluation. Ils pensaient que les enseignants sont habituellement trop peu exigeants. C'est ainsi que de nombreux élèves, après avoir été jugés capables d'une lecture autonome, n'arrivaient toujours pas à résoudre les problèmes posés par l'interprétation du message écrit. Les auteurs définissaient le niveau d'autonomie en fonction des possibilités des sujets à se débrouiller seuls dans l'exploitation du matériel de lecture. A ce stade, ils devraient être capables, d'une part, de répondre tant aux questions se rapportant au contenu factuel qu'à celles exigeant une opération mentale et, d'autre part, d'appliquer l'information à d'autres situations. La performance de l'élève devrait correspondre, en ce qui concerne la compréhension, à un indice de maîtrise de 90 % pour chaque objectif. Nous ne trouvons cependant pas la moindre précision quant à la méthode grâce à laquelle une telle compétence serait développée et les objectifs opérationnels ne sont pas spécifiés. On comprend, dès lors, que W. Hill (1974) qui a dénoncé, lui aussi, de sérieuses déficiences sur le plan de la prise d'informations, pût douter de l'influence de l'évaluation de maîtrise sur la qualité de l'enseignement de la lecture.
Par ailleurs, si les expérimentations ne furent déjà pas très nombreuses dans le domaine de la compréhension, ce n'est qu'exceptionnellement que les chercheurs américains ont exploré celui de l'utilisation de références. Les recherches les plus intéressantes, à cet égard, ont été réalisées par Shores (1970) et plusieurs de ses collaborateurs qui avaient testé, entre autres, l'aptitude de l'élève à interpréter certaines références. Ces travaux ont servi de base à quatre dissertations doctorales non publiées et soutenues entre 1966 et 1971 (Rodgers, Snoddy, Stinson et Nold).
N'est-il pas étonnant, toutefois, que dans ces expériences, on ait systématiquement appliqué des tests standardisés? Il est vrai qu'on a trouvé une intercorrélation positive entre les performances enregistrées à cinq ensembles d'items d'une épreuve destinée à évaluer la capacité d'interpréter divers types de références (cartes, graphiques et tableaux, dictionnaires, diagrammes, catalogues). De plus, il y avait une corrélation positive entre les résultats de ces cinq sous - tests et ceux obtenus par les sujets à sept tests standardisés (Rodgers). La procédure consistant à recourir à ce genre d'épreuves nous paraît néanmoins inappropriée et elle n'est pas susceptible d'enrichir considérablement le pédagogue. Ces recherches ont tout de même révélé, en outre, une carence à peu près totale en ce qui concerne les matériaux permettant l'acquisition de l'aptitude à exploiter un référentiel.
Quoi qu'il en soit, dans aucune de ces expérimentations, l'auteur n'a évalué l'aptitude à la recherche personnelle d'informations; la tâche des sujets se réduisait, en effet, à un travail de décodage. Ces études n'avaient pas non plus pour objet la mise au point d'un traitement pédagogique destiné à développer une compétence.

1.2. Les recherches du laboratoire de didactique de l'ULB


Au cours des années 1971 et 1972, toutefois, le laboratoire de didactique expérimentale de l'Université Libre de Bruxelles s'est livré à un ensemble de recherches dont l'objectif était l'élaboration d'épreuves permettant d'évaluer l'aptitude à la résolution de problèmes. Il faut noter que les tests, qui portaient sur la langue maternelle et la mathématique, ne visaient nullement un contrôle des connaissances fixées dans la mémoire. Dans cette perspective, il était évidemment indispensable de construire un outil de référence comportant tous les renseignements dont l'élève avait besoin pour répondre aux items, de manière à ne pas imputer à l'oubli les erreurs ou l'absence de réponse éventuelle. L'administration des épreuves à la population scolaire de deuxième année du cycle d'observation de l'enseignement secondaire rénové de l'Etat, soit à plus de 1800 élèves, a notamment révélé que:
1. dans bien des cas, les élèves s'avéraient incapables de trouver, dans le livret de référence, l'endroit où figurait l'information utile;
2. lorsqu'ils identifiaient correctement l'information recherchée, les sujets rencontraient généralement d'énormes difficultés dans son utilisation; ils n'arrivaient pas, de toute évidence, à exploiter les données mises à leur disposition.
Il était incontestablement du plus haut intérêt d'établir l'inaptitude des élèves de notre enseignement moyen inférieur dans le domaine considéré. Les recherches citées se sont cependant surtout soldées par un certain nombre de constatations. Jusqu'alors, en effet, aucun traitement pédagogique n'avait été appliqué dans le but de favoriser le développement d'une telle compétence. Or, aussi longtemps que l'éducabilité n'était pas démontrée, le travail ne pouvait avoir qu'une portée relativement limitée.
2. Présentation d'une recherche à caractère opérationnel
C'est dans ce contexte qu'est né notre projet d'expérimentation pédagogique qui s'est effectivement déroulée au cours de l'année scolaire 1973-1974. Elle devait permettre au chercheur de se prononcer sur l'éducabilité de l'aptitude à exploiter un ensemble de références. Nous avons testé six hypothèses fondamentales - et tenté de répondre à huit questions latérales - dont les plus importantes sont assurément les suivantes:
1. l'exploitation des données fournies par un matériel de références constitue une compétence qui peut être développée dès la 6e année primaire;
2. l'administration d'un curriculum impliquant une mise en situation de problèmes à résoudre avec référentiels permet l'acquisition de la compétence;
3. la mise en situation de problèmes n'est pas suffisante et elle doit donc s'accompagner d'un entraînement intensif et systématique dirigé par le maître;
4. les élèves ayant bénéficié du traitement progressent de façon significative dans une épreuve exigeant le recours à un outil de référence différent de ceux qui auront été utilisés pendant la période d'apprentissage (hypothèse relative au transfert d'apprentissage).
2.1. Le dispositif expérimental
Nous avons appliqué un dispositif longitudinal qui est considéré, à l'heure actuelle, comme celui qui présente le plus de garanties quant au rôle joué par la variable indépendante. Ce dispositif est représenté schématiquement dans le tableau n° 1.
Quatre échantillons comprenant chacun douze classes ont participé à l'expérience: les trois premiers sont constitués de classes de 6e année primaire, le quatrième (D) de classes de 4e latine, de 4e moderne et de 3e année de l'enseignement secondaire rénové. Les groupes expérimentaux (A et B) ont été soumis à deux traitements différents (X et X') et leurs performances comparées à celles des groupes de contrôle (C et D). Toutes les observations ont été représentées par la lettre 0, qu'elles fussent préexpérimentales, expérimentales ou postexpérimentales. Les lettres X et X' désignent les deux variables indépendantes correspondant aux deux traitements pédagogiques qui furent administrés aux groupes A et B.
Trente-six classes de 6e année ont donc été soumises à deux prétests basés sur l'utilisation de référentiels et dont le niveau d'exigences était indiscutablement élevé. L'application de la technique arc sinus [4] a permis de constituer, de façon aléatoire, trois groupes équivalents de 12 classes en fonction des résultats enregistrés aux épreuves préexpérimentales. C'est également de façon aléatoire qu'ont été désignés les deux groupes expérimentaux et le groupe de contrôle.
Représentation schématique du dispositif expérimental

Groupes


Prétests


Traitements


Post-tests


A


0p1 0p2


X101 X3 03 X5 05 X7 07 X9 09 X11 011


0P1 0P2 0P3


B


0'p1 0'p2


Z1 X'1 0'1 Y1 X'2 0'2 Y2 X'3 0'3 Y3 X'4 0'4 Y4 X'5 0'5 Y5 X'6 0'6 Y6 X'7 0'7 Y7 X'8 0'8 Y8 X'9 0'9 Y9 Z2 X'11 0'11 Y11


0'P10'P2 0'P3


C


0"p1 0"p2


W


0"P10"P20"P3


D



T


0"`P10"`P20"`P3



Traitements: Z1 = premier entraînement à l'utilisation d'un référentiel comportant l'exécution individuelle, l'autocorrection et la correction collective
X et X' = exécution individuelle
Y = entraînement assisté et renforcement
Z2 = correction de 0P2
W = activité traditionnelle
T = activité traditionnelle + expérience personnelle + maturation
2.2. Les traitements
2.2.1. Le groupe A (traitement X)
Les classes de ce groupe ont bénéficié de six épreuves d'entraînement comportant chacune dix items. Les sujets ont eu à résoudre, à l'aide de deux référentiels, 60 problèmes présentés selon un ordre de difficulté croissante. Ils travaillaient de manière strictement individuelle et aucune démarche ne leur a été suggérée par l'instituteur qui n'avait d'ailleurs reçu aucune information sur le contenu des tests. A la fin de la séance, les feuilles-réponses étaient enlevées aux élèves qui ne recevaient aucun feed-back. On peut dire qu'ils furent placés dans une situation de learning by doing.

2.2.2. LE GROUPE B (TRAITEMENT X')


Les mêmes tests ont été administrés aux classes B. Ici aussi les feuilles-réponses étaient retirées et notées par un évaluateur extérieur. Toutefois, les maîtres - qui avaient bénéficié de plusieurs séances de formation organisées par l'expérimentateur - dirigeaient la leçon de correction collective au cours de laquelle ils étaient chargés de multiplier les renforcements. La semaine suivante, une nouvelle épreuve d'entraînement, basée sur l'utilisation d'un référentiel différent, était appliqué aux seules classes B et également suivie d'une correction simultanée. Huit jours plus tard, les élèves retrouvaient un test du premier type, parallèlement à leurs compagnons de A, et le cycle recommençait pour se terminer à la fin mai 1974. Pendant quatre mois, les sujets furent donc soumis à un traitement intensif impliquant, sous une forme ou une autre, un entraînement par semaine, en moyenne, les tests alternant avec les séances de renforcement.

2.3. Les post - tests


Les élèves des trois échantillons de classes ont été soumis à trois post-tests au début du mois de juin. Le premier était identique au premier prétest et composé des huit mêmes questions. Le deuxième exigeait le recours aux référentiels que les élèves de A et B avaient manipulé à six reprises, mais les problèmes à résoudre étaient relativement plus exigeants que ceux des tests précédents. Le troisième, enfin, impliquait l'exploitation d'une série de documents qui n'avaient jamais fait leur apparition antérieurement. La première et la troisième épreuves d'évaluation finale devaient permettre la mise en évidence éventuelle d'un effet de transfert d'apprentissage. L'une et l'autre étaient basées sur un matériel de référence qui n'avait pas été utilisé au cours de la phase d'apprentissage.

2.4. Résultats


Sans reprendre toutes les analyses statistiques que nous avons effectuées, insistons toutefois sur les données fournies par l'analyse de variance hiérarchisée appliquée aux scores des post-tests. Nous constatons que, dans aucun cas, il n'y a de différence significative entre A et C et il a donc fallu conclure à l'inefficacité des conditions expérimentales du groupe A, c'est-à-dire du learning by doing.
Par contre, le groupe B s'est révélé significativement supérieur aux deux autres échantillons, à chacune des trois épreuves d'évaluation finale. Les résultats enregistrés montrent donc que la compétence à laquelle nous nous sommes intéressés peut être développée dès la 6e année primaire et qu'elle s'accompagne de transfert.
Il était cependant indispensable d'évaluer la supériorité des classes B avec autant d'objectivité que possible. Dans ce but, nous avons comparé leurs performances avec celles d'un échantillon de classes provenant de l'enseignement secondaire (groupe D), auxquelles ne furent administrés que les post-tests. Si, à la troisième de ces épreuves, les scores obtenus par les deux groupes devaient être considérés comme équivalents, aux deux autres, en revanche - les plus exigeantes aussi du point de vue de l'exploitation de références -, c'est l'échantillon B qui s'est avéré significativement supérieur. Nous pouvons affirmer, par conséquent, qu'un savoir-faire tangible a bien été acquis dans les classes entraînées. Les différences importantes qui séparaient les deux groupes sur le plan du développement intellectuel, de la maturation et de l'expérience scolaire ou personnelle, ont été largement compensées par le traitement mis en place dont l'efficacité, dès lors, est démontrée.
Nous avons également étudié les effets des traitements en fonction des niveaux de départ, c'est - à - dire de l'appartenance de chaque classe aux sous-groupes supérieur, moyen ou inférieur constitués au début de l'expérience. Il est apparu que la répartition effectuée à cette époque, sur la base des scores des prétests, reflétait la différence de niveau socioculturel entre les classes. Il s'agissait de savoir si les traitements ne risquaient pas d'accentuer, ou de réduire, les écarts entre classes fortes et faibles, par exemple. L'analyse a montré, qu'en A et en C, la hiérarchie établie en fonction des niveaux de départ n'a pas été modifiée. En B, par contre, le traitement a incontestablement eu pour effet d'annihiler les différences qui existaient au début de l'année scolaire. Il est intéressant de relever, qu'au deuxième post-test, ce sont les classes inférieures du second groupe expérimental qui ont obtenu in fine la moyenne la plus élevée. D'autre part, l'une des classes les plus faibles au cours des premières évaluations, a réussi à dépasser, aux trois post-tests, l'une des classes supérieures du même échantillon et qui avait donc bénéficié du même entraînement.
Grâce au traitement, des individus très insuffisants dans le domaine étudié et, de surcroît, relativement démunis aux points de vue intellectuel et culturel, ont réussi à compenser leurs déficiences au point de se situer parmi les sujets qui avaient le mieux maîtrisé la compétence. Les informations que nous avons accumulées nous permettent d'affirmer que le facteur essentiel susceptible d'expliquer l'efficacité de l'entraînement était l'action du maître. Celle-ci se caractérisait, notamment, par l'intérêt que l'instituteur portait à l'expérience, par les procédés de renforcement utilisés, par la qualité du feed-back et de la relation interpersonnelle établie avec les élèves.

2.5. Conclusions


La recherche a permis de tirer au moins quatre conclusions importantes:
1. nous avons confirmé l'hypothèse suivant laquelle le recours occasionnel aux matériaux de référence, tel qu'il se pratique dans l'enseignement traditionnel ou rénové, ne favorise pas l'acquisition de la compétence qui faisait l'objet de notre expérimentation;
2. les élèves de 6e année primaire placés dans les conditions du learning by doing n'ont pas, dans l'ensemble, profité du traitement;
3. l'aptitude à utiliser un référentiel est éducable dès l'enseignement primaire - et la compétence, à partir du moment où elle est acquise, s'accompagne de transfert - lorsque les élèves sont soumis à un entraînement systématique dans le cadre duquel le rôle assumé par l'enseignant est un facteur déterminant;
4. dans un contexte pédagogique favorable, un curriculum centré sur l'acquisition, par l'élève, de la compétence étudiée, est un instrument efficace de démocratisation des études.

3. Les recherches ultérieures


S'il était indispensable, avant tout, d'établir l'éducabilité de l'aptitude à la prise d'informations et au traitement de celles-ci, la mise au point d'une didactique basée sur la consultation de références exigeait de nouvelles investigations. L'émancipation de l'individu se prépare tout au long de la scolarité, mais nous souhaitions identifier, autant que possible, le moment à partir duquel un entraînement systématique allait se révéler optimal.
Deux investigations successives effectuées en troisième et quatrième années de l'enseignement primaire nous ont permis de soumettre des enfants de huit à dix ans à un entraînement étalé sur une période de dix semaines et, dans un second temps, de quatre mois. La deuxième expérimentation a comporté vingt-deux séances d'entraînement. Les sujets devaient résoudre une série de problèmes en recourant aux documents de référence mis à leur disposition. Les textes se rapportaient souvent à une information d'ordre historique, géographique ou biologique, tandis que d'autres étaient constitués par le règlement d'un jeu. Les questions ont été élaborées de manière à éviter toute contamination par la connaissance. L'élève ne pouvait donc arriver à répondre qu'en se livrant aux recherches impliquées par la résolution du problème et au traitement éventuel des données.
Les épreuves postexpérimentales ont fait apparaître des écarts significatifs entre chacun des groupes expérimentaux et le groupe de contrôle de même niveau scolaire. De plus, en dépit de la période relativement courte de la formation, les sujets les plus jeunes (troisième année) ont obtenu des performances équivalentes à celles d'élèves de cinquième année soumis à la didactique traditionnelle.
L'évolution sensible et significative des trois groupes expérimentaux et le niveau de compétence acquis permettent de tirer une conclusion dont l'importance ne doit pas, nous semble-t-il, être sous-estimée. L'aptitude à s'informer et à se documenter, la compréhension et l'interprétation d'un message écrit peuvent s'acquérir très tôt à condition qu'une didactique appropriée soit adoptée.

4. Une investigation dans l'enseignement technique


En 1981-1982, avec la collaboration de J. Allegaert, nous avons entraîné les élèves d'une classe de troisième année technique - considérée par les enseignants comme la plus faible de l'établissement - à la méthode de la consultation de références dans le cadre d'un cours d'électricité. Les sujets ont subi un traitement intensif au cours des six derniers mois de l'année scolaire et deux heures de l'horaire hebdomadaire y étaient régulièrement consacrées. A chaque leçon, dix problèmes nouveaux étaient proposés et résolus individuellement grâce à l'utilisation de divers référentiels, tandis qu'une phase de correction collective, avec renforcements et feed-back, était également prévue. L'évaluation postexpérimentale a comporté une épreuve originale dont le niveau de difficulté était incontestablement élevé et dont les items ne pouvaient pas être résolus à l'aide des connaissances acquises. Ce test a été administré à la classe expérimentale et à deux classes témoins dont l'une était une classe de sixième année technique (classe terminale).
Nous avons enregistré un écart significatif entre les deux groupes de troisième année et des moyennes à peu près identiques pour la classe expérimentale et la classe de sixième.
L'expérience a donc permis de confirmer, chez des sujets généralement réticents à toute approche théorique et peu enclins à la recherche personnelle, l'aptitude à progresser de manière significative dans le domaine de la préhension d'informations. D'autre part, tous les élèves - et pas seulement les plus doués - ont acquis des compétences biens supérieures à celles habituellement développées par les méthodes traditionnelles.
Compte tenu de l'étroitesse de l'échantillon, de nouvelles investigations devraient être effectuées dans l'enseignement technique et professionnel. Toutefois, dans la mesure où les constatations antérieures ont été entièrement corroborées, nous pouvons raisonnablement supposer que la stratégie didactique testée est probablement aussi la plus appropriée dans l'enseignement technique.

5. Conclusions générales


Les résultats cohérents obtenus dans le cadre de diverses expérimentations effectuées à des niveaux très différents montrent sans la moindre ambiguïté qu'une didactique appropriée permet de développer des compétences solides en matière de prise et de traitement de l'information.
Compte tenu des finalités nouvelles actuellement proposées à l'institution scolaire - et nous pensons en particulier au processus d'autonomisation -, l'exposé ex cathedra est nécessairement un moyen peu adéquat. En effet, cette procédure substitue, aux démarches mentales d'un niveau plus élevé, la réception passive et l'emmagasinement dans la mémoire de contenus souvent mal digérés et qui, de surcroît, sont inévitablement condamnés, à plus ou moins brève échéance, à être oubliés.
A une époque où les connaissances évoluent sans cesse et à un rythme toujours plus rapide, n'est-il pas plus opportun de modifier le rôle du maître et de remplacer le discours magistral par le travail personnel de l'élève? Celui-ci, bien entendu, doit préalablement être muni des compétences requises dont l'acquisition exige un entraînement de longue durée, systématique et relativement contraignant. Dans ce cas, la méthode de recherche dont nous proposons de doter le sujet ne le rend pas seulement apte à résoudre des problèmes nouveaux à l'aide de références originales, mais devient une véritable préparation de l'individu à l'autoformation.
La généralisation d'une telle didactique exigerait une transformation de la formation initiale des enseignants et l'avènement d'une formation complémentaire qui, idéalement, devrait être offerte à tous. Dans cette attente, nous proposons d'associer les maîtres aux expérimentations pédagogiques. En partant d'un constat de carence dans l'action, le pédagogue et l'enseignant - chez lequel toute résistance au changement serait ainsi automatiquement supprimée -, s'efforceraient de découvrir ensemble des voies didactiques plus pertinentes.

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[4]

Lebrun et J. Halleux, La technique arc sinus in: International Review of Education .


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