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Instituteur primaire durant 9 années, j'ai toujours été
convaincu de l'importance de mettre les enfants dans des situations de
recherche d'informations. Dans une société appelée depuis
le début des années 70 "société de l'information",
il me semblait évident que l'intégration de chaque enfant au sein
de celle-ci dépendait de la compétence qu'aurait ces enfants
à rechercher et à traiter de l'information.
Dans ce but, régulièrement, j'organisais des travaux de recherche
sur base de documents apportés par les élèves ou par
moi-même. Ces travaux étaient en général
réalisés en groupe et devaient amener les enfants à
répondre à des questions sur des sujets divers.
J'étais à l'époque persuadé comme la plupart des
instituteurs encore actuellement que la seule mise en situation de recherches
d'information permettait aux enfants d'acquérir les compétences
nécessaires à ce genre d'activité.
Les différentes recherches sur le sujet réalisées à
l'ULB - et surtout celles de M. Frydman - que j'ai rencontrées lorsque
je me suis intéressé de plus près au sujet m'ont fait
prendre conscience de l'inefficacité de mon travail. En effet, je
laissais les enfants se débrouiller et ne me souciais pas de
l'apprentissage pensant que celui-ci se construisait au fil de mes
activités. Je me situais dans une démarche de "learning by doing"
dont l'inefficacité a été démontrée tout
d'abord par M Frydman et par d'autres ensuite.
Ces différentes recherches réalisées depuis le
début des années 70 ont mis en évidence que la
consultation de références était une compétence
éducable à la condition que celle-ci soit systématiquement
entraînée. Elles ont aussi dénoncé
l'incompétence des étudiants - quel que soit le niveau
d'enseignement - face à des tâches de consultation.
Progressivement, l'analyse des discours et des programmes scolaires de
l'enseignement fondamental indique que la recherche d'informations est devenu
un objectif d'éducation - sans que l'on parle pour autant d'une
discipline. Cet objectif mis en avant dans de nombreux discours
pédagogique a entraîné en Communauté
Française un mouvement défendu par de nombreux inspecteurs : le
mouvement "BCDI" importé directement de France.
Le discours promouvant ces initiatives est le suivant : " Si il faut former
l'enfant à rechercher de l'information, il faut le mettre en
présence d'ouvrages". Cette solution - la solution pour certains - est
à vrai dire après analyse fort coûteuse, en
général peu efficace et même pédagogiquement peu
pertinente.
Cette prise de position - souvent contestée - repose sur
différents arguments qui peuvent se résumer en ces termes :
Elle est coûteuse car la mise la mise en place et le
fonctionnement des BCDI demande la présence d'un personnel si possible
qualifié. Vu la conjoncture économique, les BCDI en
Communauté Française de Belgique devraient fonctionner soit avec
du personnel "prélevé" du capital-période, soit avec des
personnes bénévoles - pas ou peu formées.
Elle est peu efficace car même si une véritable
stratégie d'apprentissage à consulter des
références était mise en place dans des BCDI, nous
pouvons supposer que celles-ci ne seraient en général accessibles
aux classes qu'à des moments déterminés et peu
réguliers. Cette réalité ne correspond pas pour nous
à la "psychologie" de l'enfant de l'école fondamentale qui reste
encore souvent dans une pensée attachée au présent. Si
l'on veut inciter l'enfant à consulter, il faut pouvoir lui donner les
moyens de trouver l'information au moment de son questionnement. Si l'on
repousse "la consultation", sa motivation - indispensable pour réaliser
ce genre d'activité - sera moins importante...
Elle est peu efficace car nous pensons que des exercices
systématiques à la consultation de références
doivent être fréquents et intégrés dans une
démarche méthodologique de la classe. En fréquentant la
BCDI, de nombreux enseignants risquent de se décharger de la
responsabilité de cet apprentissage sur la personne responsable de
celle-ci.
Elle est pédagogiquement peu pertinente car beaucoup d'enfants
risquent d'être submergé par la quantité d'ouvrages
classés la plupart du temps suivant la C.D.U.- classification
décimale universelle - qui reste pour nous difficile à
appréhender .
Elle est pédagogiquement peu pertinente car de nombreuses
écoles n'ont ni les moyens, ni les locaux pour installer une BCDI.
Ainsi, le discours actuel au sein de certaines écoles est de
prétendre que sans ces BCDI, la transformation pédagogique est
impossible. De ce fait, la non-création de BCDI pourrait être
une source de justification pour continuer une pédagogie
"traditionnelle".
Enfin, ni les BCD, ni les CDI en France n'ont prouvé à ce
jour leur efficacité dans le domaine de la consultation de
références.
En conclusion, nous ne pensons pas que les BCDI soient l'instrument le plus
efficace pour mettre en place des activités de consultation de
références à l'école fondamentale et qu'il serait
dangereux de le laisser croire. Cependant, il ne faudrait pas croire pour
autant que nous rejetons systématiquement l'utilité des BCDI dans
le contexte scolaire mais nous refusons de leur faire endosser le rôle
que beaucoup ont tendance à leur attribuer. La BCDI est un
instrument qui a sa place dans une école - si les moyens financiers le
permettent - mais dont il faut connaître et maîtriser ses limites.
Une solution plus efficace et moins chère pour rencontrer les objectifs
de la consultation de références est la bibliothèque de
classe. Cette affirmation repose sur différents arguments :
- De nombreuses classes - 70% d'après "la Radioscopie"[2] - possèdent déjà une
bibliothèque de classe. Le principe existe.
- Chaque enseignant, dans sa classe, serait responsable de la
bibliothèque. De ce fait, aucun documentaliste ne devrait être
rémunéré comme dans la BCDI.
- L'accès immédiat à des ouvrages de
références permet la mise en place d'une pédagogie
où la recherche d'informations serait au centre des
préoccupations.
- Chaque enseignant est responsable de l'apprentissage à consulter et
profite des moments les plus adéquats pour s'y atteler.
- En classe, un travail de classification des ouvrages à long terme est
réalisable avec les élèves. Ce travail peut aider les
enfants à appréhender par la suite, avec plus du succès,
les bibliothèques contenant de nombreux ouvrages et classés
habituellement selon la C.D.U. - classification décimale universelle
-
La bibliothèque de classe doit être considérée comme
un instrument de base nécessaire à la consultation de
références qui devrait être présent dans toutes les
classes. Elle permettrait l'apprentissage des compétences de base -
nécessaires pour réaliser de telles activités -
transférables par la suite aux autres bibliothèques.
L'argument le plus souvent avancé face à cette proposition est le
coût que représenterait un tel investissement. Pour tenter
d'apporter une réponse à cette critique, Nous avons
imaginé une simulation de ce que coûterait la création
d'une bibliothèque de classe.
Voici une proposition :
Pour
ces activités, nous pensons que plusieurs mêmes ouvrages devraient
être achetés pour permettre un travail collectif. A notre
idée 5 exemplaires seraient réalistes pour permettre des travaux
de groupe.
Ce sont ces sortes d'ouvrages que chaque classe devrait avant tout
acquérir afin de pouvoir réaliser de véritables
activités d'apprentissage reposant sur "une didactique
spécifique à la consultation" .
a. une encyclopédie : Larousse Mémo junior = 1020 FB 26
ECU
5 x 1020 FB = 5100 FB 130 ECU
b. un ouvrage de géographie : Edition Nathan : " A la
découverte de la terre" = 639 F 16 ECU
5 x 639 FB = 3195 FB 82 ECU
c. un ouvrage d'histoire : Editions Grund : " La Renaissance " = 462 FB
12 ECU
5 x 462 FB = 2310 FB 60 ECU
d. un petit dictionnaire Universel Hachette = 360 F 9 ECU
5 X 360 FB = 1800 FB 45 ECU
E. un atlas Bordas à 490 FB 12,5 ECU
5 x 490 FB = 2450 FB 63 ECU
Prix pour des activités de didactiques spécifiques à la
consultation = 14 855 FB 381 ECU
30 ouvrages différents d'une moyenne de 500 F (13 ECU)
pièce.
30 x 500 FB = 15 000 FB .385 ECU
Une bibliothèque "efficace" reviendrait à environ 30 000 FB - 770
ECU - dans le cas où celle-ci n'existe pas encore -
En proposant que celle-ci soit créée par exemple sur une
durée de 5 ans, cela reviendrait à 6000 FB - 154 ECU - par
classe.
Actuellement, une expérience pratique sur base de ces réflexions
a été mise en place dans une école fondamentale de
Bruxelles. M. Ergot, directrice, avec son équipe enseignant,
crée des bibliothèques de classe. Au-delà de l'achat de
nouveaux livres, elle a eu l'idée de récupérer des manuels
scolaires usagés qui permettent aux enfants d'appréhender des
problèmes en utilisant le manuel qui leur convient le mieux. Nous
attendons avec beaucoup d'intérêts les résultats de sa
recherche.
Il serait peu convaincant de soutenir le fait que la bibliothèque de
classe résout tous les problèmes. Elle doit à vrai dire
être considérée comme l'outil pertinent permettant
d'installer auprès des élèves de l'école
fondamentale des compétences utilisables par la suite dans des BCDI, des
bibliothèques publiques. On peut émettre également
l'hypothèse que ces compétences seront utilisables pour la
recherche d'informations sur des supports informatisés.
L'idéal dans une école serait d' avoir une bibliothèque
dans chaque classe pour répondre aux besoins immédiats et
soutenir quotidiennement l'apprentissage à consulter ; de
posséder une BCDI dans laquelle les élèves se rendraient
pour chercher des informations introuvables en classe et d'avoir accès
à une bibliothèque publique dans le cas où les
informations cherchées ne se trouvent ni dans la bibliothèque de
classe, ni dans le BCDI.
Cette démarche indique et limite le rôle que pourrait jouer la
BCDI. Pour nous, la bibliothèque de classe composée d'ouvrages
pertinents est la priorité.
Astolfi Jean- Pierre, " L'école pour apprendre " E S F
éditeur, Paris 1992.
Bayard - Pierlot, Birglin Marie-José , "Clés Pour Le CDI
" , Collection Pédagogies Pour Demain, Centre de Ressources ,
Hachette Education , Paris 1994.
Bayard-Pierlot Jacqueline , Birglin Marie-José, " Le CDI au coeur du
projet pédagogique", Collection Pédagogie pour demain ,
Centre de ressources, Hachette éducation ; Paris 1991.
"B.C.CD. ; C.Q.F.D. , Bibliothèque Centre Documentaire, ce qu'il faut
découvrir ; en cycle 2 et cycle 3/6 ", Editions Magnard, Paris
1995.
Bell Daniel , "Vers la société postindustrielle
" , Editions R. Laffont , Paris 1973.
Borre Johnsen, " In the Kaleidoscope, Textbook Theory and Textbook
Research", Oxford University Press, London 1992.
De Vecchi Gérard , "Aider les élèves à apprendre
" Collection Pédagogies pour demain : Nouvelles Approches ,
Hachette Education , Paris 1994
Fondin Hubert , " Rechercher et traiter l'information ", Collection
Profession Enseignant, Edition Hachette Education , Paris 1994.
Frydman Marcel , Jambe Raoul, "S'informer pour se former",
Pédagogie Efficacité, Editions Labor, Bruxelles 1978.
Matéo Pierre, Evaluation de l'impact pédagogique des
Bibliothèques Centres Documentaires au niveau du cours
préparatoire ", Revue française de Pédagogie
n ° 99, avril - mai - juin 1992
Mézan D., " L'Attitude Documentaire, cycle des apprentissages
fondamentaux", Editions Nathan, 1992.
Vandevelde L , "Aider à devenir", Pédagogie -
Efficacité , Fernand Nathan Editions Labor., Bruxelles 1982
1
Bibliothèque Centre de Documentation et d'Informations. Appellation
officielle en Communauté française de Belgique
[2] "Radioscopie de l'enseignement en
Communauté française de Belgique : Rapports
thématiques et techniques", mars 1992