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FAVORISER L'ACCESSIBILITE A LA DOCUMENTATION SCOLAIRE


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Bernard Pochet -

Université de Gembloux
Directeur de la Bibliothèque de la Faculté universitaire des Sciences agronomiques de Gembloux , administrateur du centre serveur de RéCoDA et président du groupe "formation des utilisateurs" de l'ABD (Association belge de Documentation)

Introduction


Mon exposé sera présenté en deux parties distinctes. Dans la première partie, vous trouverez un certain nombre de constats qu'il est en général bon de se rappeler pour entamer un débat constructif. Dans la seconde partie, je vous présenterai le projet RéCoDA qui en est maintenant à sa sixième année de fonctionnement et qui introduit des ébauches de solutions aux problèmes d'attitudes et d'aptitudes face à l'accès à la documentation scientifique et technique dans l'enseignement.

Situation

Est-il utile de rappeler la croissance exponentielle de la quantité de documents et l'utilisation de plus en plus généralisée des nouvelles technologies (le PC, les CD-ROM, Internet, etc.) dans un environnement où se fait de plus en plus sentir un besoin d'autonomie dans les apprentissages ainsi que dans la vie professionnelle ?
Il est en tout cas nécessaire de relever un certain nombre de paradoxes que nous rencontrons fréquemment dans l'enseignement. Par exemple, pour se tenir au courant des nombreux progrès, l'enseignant doit s'informer et lire. Il lit à la place de l'élève et c'est alors celui qui enseigne qui en apprend le plus (Marcoin, 1993). De même, dans les syllabus ou les cours polycopiés, le parcours de l'étudiant est souvent entièrement tracé. Les informations sont prédigérées et l'auteur n'y introduit que l'essentiel des différentes sources qu'il a utilisées. D'ailleurs, quand celles-ci sont citées, elles sont souvent introuvables ou mal renseignées. Pour les cours oraux, le transfert d'informations est en sens unique. Il va de l'enseignant qui a préparé sa leçon, avant, à l'élève qui l'étudiera, après, en vue de réussir son examen. C'est un transfert de connaissances de la tête de l'enseignant à celle de l'élève. Dans ces situations d'apprentissage, le professeur explique et c'est cette explication qui fait l'économie de la construction personnelle et qui empêche d'apprendre (Arnaud, 1993).
On peut généralement remarquer que les étudiants qui quittent l'enseignement secondaire n'ont pas beaucoup de pratique documentaire. Au cours de la semaine préparatoire aux études universitaires qui s'est déroulée au mois d'août 1996 à la Faculté universitaire des Sciences agronomiques de Gembloux, une centaine d'étudiants ont participé à une petite évaluation de leur passé documentaire et de leurs compétences documentaires.
Nous avons pu remarquer qu'en 1995-1996 seulement 38 % possédaient plus de 4 livres ou ouvrages de référence pour leurs cours ou leurs travaux pratiques, que seulement 25% ont emprunté un ou plusieurs livres relatifs à un ou plusieurs cours, que seulement 13% se sont rendus à la bibliothèque au moins une fois par semaine et que, par contre, 56% s'y sont rendus moins de 3 fois sur toute l'année !

Bibliothèque et enseignement

Si on s'interroge sur les buts de notre enseignement, on peut sans trop de difficultés les résumer en 3 points. L'enseignement doit offrir une formation la plus vaste possible avec des compétences de base solides et la capacité de penser et critiquer, il doit offrir un enseignement durable (lifelong learning) et rendre l'étudiant indépendant dans la poursuite de sa formation.
Une partie de ces buts peuvent (et doivent) être rencontrés par les bibliothèques. Le but principal des bibliothèques, tel qu'il a été défini en 1988 par l'American Library Association, est de s'assurer que les étudiants et les enseignants sont des utilisateurs effectifs des idées et des informations. En fait, d'accord avec C. Kulhthau (1995), j'affirme que la bibliothèque a les moyens de contribuer de manière dynamique à la transformation de l'école dans la mesure où on lui donne un rôle, ce qui est loin d'être le cas en Belgique.
Bernhard a relevé, à partir des déclarations de grandes associations de bibliothécaires (American Library Association (Chicago), International Association of Libraries Associations (The Hague) et Library Association (London)), que la bibliothèque contribue aux apprentissages et permet l'élaboration d'activités d'apprentissage, qu'elle favorise l'interdisciplinarité et offre des ressources s'intégrant aux programmes d'étude et, enfin, qu'elle contribue à l'enseignement et permet l'élaboration d'activités d'enseignement (Bernhard, 1994).
Je dirai avec Line (1990), que la bibliothèque est devenue un outil privilégié d'enseignement et de recherche et non un accessoire dont on peut aisément se passer. L'étudiant doit trouver à la bibliothèque des outils et des moyens nécessaires à sa formation. Cependant, la bibliothèque comme outil d'enseignement est cependant loin d'être reconnue par l'ensemble de la communauté éducative et parfois même par les bibliothécaires eux-mêmes, débordés qu'ils sont souvent par des problèmes matériels.

Bibliothèque et réussite

En parcourant la littérature scientifique sur ce sujet, on doit admettre qu'il y a un impact de la bibliothèque sur la réussite dans les études. Des recherches ont par exemple mesuré une corrélation positive entre la réussite universitaire et le nombre ou le niveau des ressources et services de la bibliothèque utilisés par les étudiants (Wells, 1995; Haycock, 1995). Trois aspects sont essentiels à cette réussite : la présence d'une bibliothèque dans l'établissement, le support pédagogique offert par la bibliothèque scolaire et la collaboration entre enseignants et bibliothécaires (Trudel, 1995).
Le support pédagogique, essentiellement la formation des utilisateurs des bibliothèques et de la documentation, est fort variable d'un endroit à l'autre. En 1995, le groupe "formation des utilisateurs" de l'Association belge de Documentation a réalisé une enquête qui a permis de constater qu'il y a dans les formations organisées une importante dichotomie entre les aspects techniques et les aspects intellectuels de la formation (Pochet, Thirion, 1996). Cette enquête a permis de constater, tant au niveau des objectifs qu'au niveau du contenu de la formation, que les aspects techniques sont privilégiés et que cette éloignement des aspects intellectuels est d'autant plus grand que la taille de la bibliothèque est importante. Les formations techniques sont essentiellement orientées autour de la recherche documentaire informatisée, dans le catalogue de la bibliothèque ou avec des CD-ROM.

Formation documentaire

Il est cependant essentiel de proposer des formations qui vont en amont et en aval de la recherche documentaire. Il est essentiel que l'utilisateur sache identifier son besoin d'information, formuler un problème en terme d'information recherchée (mots-clés), choisir l'outil documentaire le plus adéquat, critiquer ses sources d'information, obtenir (prêt, consultation, etc.) les documents et transformer les informations obtenues en connaissances.
En rapport avec ces objectifs, CC Kuhlthau (1995) propose une liste de démarches de recherche de l'information à intégrer dans les formations documentaires. Elles sont au nombre de six : initiation (connaître son besoin d'information), sélection (identifier le sujet), explicitation (rechercher de l'information sur le sujet), formulation (préciser le sujet), collection (rassembler l'information sur le sujet spécifique) et présentation (préparer l'information pour la présenter ou pour résoudre un problème). Plusieurs autres listes, plus ou moins similaires, existent. Celle-ci a l'avantage d'être à la fois concise et complète.
La conception même de la formation documentaire a beaucoup évolué avec le temps.
Dans les années 70, on parlait essentiellement de "library orientation". Il s'agissait d'une présentation de la bibliothèque et des aides ponctuelles (c'est encore souvent ce genre de formation qui est proposée dans les bibliothèques publiques). Dans les années 80, avec l'apparition des systèmes informatisés, apparaît la "library use instruction" avec la recherche et la localisation d'informations et l' "information skills instruction" plus orienté vers les systèmes informatisés dans la recherche et la localisation d'informations mais aussi l'analyse et la synthèse de ces informations.
C'est seulement depuis les années 90 que l'ensemble (amont et aval) des activités de recherche d'information est envisagé. Le terme consacré est "information literacy" (literacy se traduisant par alphabétisation). Cette notion intègre non seulement la recherche et la localisation d'informations, l'analyse et la synthèse de ces informations mais également la capacité de reconnaître un besoin d'information et la capacité de se former de manière durable et autonome avec cette information.
Les objectifs d'une réelle formation documentaire sont nombreux. C'est une formation qui doit donner des savoir-faire ou aptitudes, des savoir-être ou attitudes et un savoir, fait de connaissances puisqu'elle doit rendre l'utilisateur capable de connaître ses besoins en information, connaître les sources d'information et les localiser, savoir en percevoir les limites, savoir évaluer les outils, savoir évaluer ses propres techniques de recherche, connaître la valeur de l'information, savoir la lire et la comprendre, savoir l'utiliser et la gérer.
Vu la complexité d'une telle formation, on peut se demander si elle doit être confiée totalement aux bibliothécaires qui n'ont pas nécessairement les compétences pédagogiques requises. On imagine par contre mal de confier l'entièreté d'une telle formation aux enseignants qui ont rarement de grandes compétences documentaires. En fait une interaction étroite entre les enseignants et les bibliothécaires est essentielle. C'est la troisième condition nécessaire à la réussite cité par Trudel (voir plus haut).
Une étude en France, menée par Coulon, sur un échantillon de 8171 étudiants de l'Université Paris VIII, démontre que des étudiants ayant suivi avec succès un cours de 37h30 en documentation en première année ont huit fois plus de chances, que ceux qui n'en ont pas bénéficié, d'accéder à la deuxième année d'étude. Même si ces données sont, sur certains points, contestables les résultats restent particulièrement intéressants. Il ajoute par ailleurs que cette formation est autant une initiation à l'utilisation de la bibliothèque qu'un instrument "d'affiliation" au monde universitaire (Coulon, 1995). Ce cours est donné à la fois par un enseignant et par un professionnel de la documentation.
Connaissant l'impact qu'a la bibliothèque sur le cours des études. Nous devons nous demander ce qu'il convient de développer comme politique au sein des bibliothèques. Deux orientations sont à envisager, hormis celle de ne rien faire. Soit on développe largement la formation documentaire des utilisateurs, mais quelle est la proportion des étudiants qui sont réellement des utilisateurs des bibliothèques ? Soit on intègre totalement la bibliothèque dans le cadre des cours. A mon avis l'une ne doit pas aller sans l'autre.

RéCoDA


Le système RéCoDA entend rencontrer, à la fois les problèmes relatifs à la formation documentaire, les problèmes de relation entre bibliothécaires et enseignants et les problèmes de présence d'une bibliothèque ou d'accès à des bibliothèques dans les établissements d'enseignement.
Depuis 1991, les membres du réseau RéCoDA se sont fixés comme objectifs principaux d'améliorer l'utilisation des bibliothèques, de permettre une didactique liée à la prise d'information, associée de préférence à une formation documentaire, et de promouvoir un esprit coopératif.
Les membres de RéCoDA sont soit des membres utilisateurs, qui se servent du catalogue et du système d'accès aux documents sans autre condition qu'une inscription, et les membres coopérateurs qui garantissent la fourniture d'une copie de leur catalogue, avec ses mises à jour, et qui s'engagent à donner aux autres membres accès à leurs documents via le prêt entre bibliothèques ou le libre accès.
En fait, RéCoDA est principalement constitué d'un catalogue collectif d'une vingtaine de bibliothèques. Ce catalogue constituant une véritable bibliothèque virtuelle, situé physiquement sur un serveur à Gembloux, est maintenant accessible via Internet avec n'importe quel navigateur www (Netscape, Navigator, etc.). Il propose plusieurs outils de recherche en combinant les avantages des bases de données (combinaison booléenne, troncatures, masques et index) et des catalogues de bibliothèques avec une mise à jour continue et la localisation des documents. Tous ces développements et détails techniques ne doivent cependant pas nous faire oublier que RéCoDA est avant tout un outil pédagogique qui vise à développer chez les étudiants (mais aussi chez les enseignants) l'aptitude à s'informer et se documenter par : l'utilisation de références externe pour la résolution de problèmes, la recherche documentaire, la localisation de documents, l'accès à ces documents, leur consultation, leur synthèse et leur utilisation dans la résolution de problèmes et dans les activités d'apprentissage.
L'utilisation et la promotion du catalogue est complétée par des formations à destination des enseignants, des séances d'information organisées dans les écoles ou au siège social de RéCoDA, une lettre d'information périodique imprimée en 1500 exemplaires et divers outils d'aide et d'information, imprimés ou disponibles directement sur le serveur Internet.
Actuellement il y a 21 bibliothèques participantes. Dans l'ensemble de ces bibliothèques les situations sont fort variables. Certaines d'entre-elles ont, grâce au réseau, informatisé leur catalogue, pu se faire mieux connaître (ou reconnaître) au sein de leur établissement, entamé des formations et une intégration réelle dans certains cours. D'autres par contre, confrontées à beaucoup de résistances, d'origine financières ou organisationnelles, à des habitudes ou des résistances personnelles, n'arrivent pas, malgré beaucoup d'énergie dépensée, à faire passer l'idée de la "bibliothèque-outil d'enseignement".
Conclusion
Dans ce texte nous avons relevé, parmi d'autres, quelques arguments et idées qui prouvent que des démarches telle que celle du réseau RéCoDA sont à considérer positivement. Je ne pense pas qu'elles soient révolutionnaires, elles sont seulement à appliquer de toute urgence.
Espérons que la publication dans laquelle s'inscrit ce texte aura le pouvoir de faire avancer le débat, de modifier certaines opinions et de rendre certains projets possibles.

Bibliographie

Arnaud, P. (1993). Mieux enseigner ? Moins de parole et plus de livres. In E. Fraisse (ed). Les étudiants et la lecture. Paris, PUF : 101-112.
Haycock, K. (1995). Research in teacher-librarianship and the institutionalization of change. School Library Media Quarterly 23(4): 227-233.
Line, M. B. (1990). Libraries in the educational process. Library Association Research 92(7) : 504-506.
Marcoin, F. (1993). Quelques paradoxes sur la lecture étudiante. In A. Fraisse (ed). Les étudiants et la lecture. Paris, PUF : 101-112.
Pochet, B. et Thirion, P. (1995). La formation des utilisateurs de bibliothèques en Belgique : résultats d'une enquête nationale et perspectives d'avenir, texte présenté au congrès de l'ABCDEF - Université Laval (Canada). Octobre 1995.
Kuhlthau C.C. (1995). The instructional role of the library media specialist in the information-age school. In Library Information Round Table (ed) Information for a new age. Redefining the librarian. Englewood, Colorado, Libraries Unlimited.
Trudel, R. (1995). La bibliothèque peut-elle faire la différence pour améliorer la réussite scolaire. Argus 24(2) : 23-27.
Wells, J. (1995). The influence of library usage on undergraduate academic success. Australian Academic and Research Libraries 46(June) : 121-128.


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