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Université Européenne de Formation -Tours
Une première réflexion pour comprendre comment l'école
apprenait aux jeunes à devenir des citoyens européens[1] a mis en évidence la diversité
de perception de l'Europe par les jeunes. L'Europe est un ensemble de pays que
l'on situe plus ou moins bien avec des exceptions liées à des
voyages , des apprentissages linguistiques , des traditions familiales de
migrations...
Vers 12-15 ans , les jeunes ne perçoivent pas encore l'Europe comme un
espace qui permet la poursuite des études et la formulation d'un projet
professionnel , alors que vers 16-18 ans , à l'approche de
l'enseignement supérieur , les conditions de la mobilité
constituent un centre d'intérêt majeur.
Une surprise forte tient au nombre important des jeunes adolescents qui
rêvent d'aller aux Etats-Unis d'Amérique ; Cette fascination
pour l'Amérique tient sans doute aux médias. Elle traduit aussi
un lourd déficit d'image pour la Communauté européenne.
Nous ne pouvons y rester indifférents.
Ces quelques constats vont à la rencontre des difficultés qu'ont
les professeurs pour " enseigner l'Europe " et aborder la
citoyenneté européenne ;Malgré un volontariat plus ou
moins marqué , la difficulté de trouver des documents
pédagogiques pertinents est bien l'obstacle majeur.
La question centrale pour les enseignants est d'intéresser les
élèves. Ainsi , en France , dans le programme de quatrième
(13-14 ans) , la géographie des pays européens est largement
étudiée ; Mais la construction européenne , dont la
place est modeste , retient une leçon sur les institutions et une autre
sur une réalisation , la politique agricole commune. L'expérience
montre que les aspects institutionnels, très importants, sont
mémorisés pour l'interrogation puis oubliés car une
abstraction juridique de cette nature ne peut être assimilée que
si elle est évoquée plusieurs fois dans des situations
concrètes de prise de décision.
De même , la politique agricole commune , si elle est ramenée aux
mécanismes d'échanges , de fixations de prix , de compensations
financières ...,passe à côté de l'essentiel :
notre alimentation , les agriculteurs , l'environnement...
Un exercice pédagogique qui transforme des groupes
d'élèves en ministre de l'agriculture des différents pays
européens , donne un aperçu des solidarités
régionales et des interrogations d'une politique globale. Mais
même avec l'imagination et la volonté d'animation
pédagogique , la professeur se retrouve seul avec peu de documents
utiles...
Les manuels qui cherchent à suivre fidèlement les programmes sont
brefs et peu d'éditeurs ont créé des outils originaux. Les
ouvrages récemment édités privilégient les
explications juridiques avec les mises au point liées à
l'élargissement périodique de la communauté. Ils
s'adressent à un public d'adultes.
Le contenu informatifs dense n'est pas conçu pour nourrir la cascade
simplificatrice des savoirs à transmettre aux adolescents.
Cette documentation est riche , variée. Elle est souvent de
qualité mais , de l'avis des documentalistes , elle est
hétérogène , difficile à identifier comme niveau de
référence. Les formats très variables des documents ne
facilitent pas le classement. Cette documentation est plutôt
orientée vers un public cultivé et vers les besoins de la classe
politique.
Elle est pratiquement absente des centres de documentation scolaire. Il est
difficile de se la procurer même si la liste des points de diffusion est
assez bien connus. En fait , les documentalistes ne connaissent ni les titres
ni les contenus , ni bien sûr l'utilisation scolaire possible.
En résumé , les services de documentation de la
Communauté semblent ignorer le public cible des jeunes , public de
futurs citoyens. A travers les jeunes , ce sont aussi les parents qui sont
sensibilisés.
Nous n'ignorons pas les créations de différentes plaquettes de
présentation de l'Europe qui ont été
réalisées. Mais par rapport à le documentation en milieu
scolaire , nous constatons un grave déficit d'informations disponibles
et utilisables par et pour les jeunes.
Les jeunes de moins de 16 ans s'expriment peu, souvent à travers des
banalités en apparence décevantes. L'expérience des
enseignants permet toutefois de découvrir les centres
d'intérêt qui les motivent, sachant que les
généralisations sont imprudentes. L'étude en cours
précisera les orientations. Retenons ici quelques points forts :
-l'intérêt pour la science , les techniques et tout ce qui
commande le futur est un thème fort , résurgent , qui explique en
partie la fascination pour les Etats-Unis ;
-ils s'intéressent au mode de vie des jeunes des autres pays
(organisation des études , les rythmes scolaires , les examens , le
sport , les loisirs ... le relais est souvent assuré par les professeurs
de langues ;
-l'environnement ( protection des milieux naturels , de la faune , du
patrimoine ...) les mobilise assez bien et permet d'aborder les questions
actuelles de l'agriculture ( produire sans détruire , entretenir le
milieu ...)
-les questions économiques peuvent être abordées à
travers l'actualité en retenant des exemples qui retiennent leur
curiosité ( l'automobile , les réalisations d'Airbus
société ...) mais aussi à la géopolitique (
comparaison Etats-Unis / Communauté ).
Dans ce domaine , la liste thématique reste ouverte et se nourrira des
expériences d'enseignants de différents pays.
Les documents pédagogiques ont des objectifs d'apprentissage qui
s'appuient sur des programmes eux-mêmes adaptés à des
classes d'âge. Une politique documentaire doit tenir compte de ces
stratégies nationales en s'appuyant sur les centres
d'intérêt des jeunes.
-Concevoir des documents pédagogiques variés , souples ,
adaptables , pouvant rentrer dans différentes formes de recomposition
documentaire choisie par l'enseignant (choix de la forme et du format le mieux
adapté)
-Favoriser la diffusion ( payante mais bon marché ) auprès des
établissements scolaires.
-Régler en amont la question centrale des droits d'auteurs et du droit
de photocopiage par les établissements scolaires.
-Une équipe permanente appartenant ou dépendant directement de la
Commission constitue le noyau organisateur et responsable. Quand le programme
est fixé dans ses objectifs à atteindre , le travail de
réalisation est organisé avec l'appui d'experts de
différents pays ( thèmes à retenir , choix des niveaux
d'information, conception des documents ...).
-Le choix des supports , des thèmes doit faire l'objet d'une
réflexion prospective avec des conclusions périodiques (
évolution des programmes assez rapide sur le thème de "
Europe et citoyenneté " , évaluation des usages
pédagogiques dans un échantillon d'établissements,
aspects volontaires d'une politique...).
-Subsidiarité et partenariat avec les éditeurs diffuseurs. La
conception et réalisation de documents par la Commission permettent la
cession (gratuite ou à un prix symbolique ) aux éditeurs
diffuseurs. Ceux-ci peuvent habiller les documents dans les langues nationales
si cela est nécessaire , compléter la documentation avec des
articles de presse et autres sources pour personnaliser au niveau national le
dossier. Il est nécessaire d'avoir une politique partenariale avec les
éditeurs pour obtenir le respect d'une charte (maintien sur les
documents CE de la référence CE , respect de prix
modéré , autorisation de photocopiage par les
établissements ayant souscrit à l'abonnement documentaire).
La Commission , en faisant l'investissement de la création de documents
originaux ( coût des fonctionnaires , des experts , de l'édition
des documents ) , peut négocier avec les éditeurs dont le
rôle est reconnu et qui sont très sensibles aux conditions
d'utilisation.
Il est bon aussi de créer des conditions de légalité au
photocopiage.
-Autour d'un thème se construit un espace
multiréférencié. L'enseignant reste libre du dosage
national-multinational. Les documents facilitent les choix dans une
stratégie d'explications s'appuyant sur des comparaisons.
-Des documents communs créent , en attendant le rapprochement des
programmes d'enseignement , des traits d'union dans les savoirs des jeunes.
-La conception des documents peut aussi être une invitation à une
approche multidisciplinaire de l'Europe avec une implication plus grande des
professeurs de langues dans la formation interculturelle et civique.
-La compréhension de l'espace européen est par nature
multiculturelle. Cette démarche ne peut que favoriser un
dépassement des cultures nationales qui ont trop souvent enfermé
des éléments transnationaux concernant l'art , le mouvement des
idées , les échanges économiques... dans des cadres
scolaires réducteurs nourrissant le nationalisme.
-Avec un noyau d'experts représentant une partie importante de la
diversité européenne , faire le choix des orientations
documentaires répondant le mieux à la variété des
programmes , à la demande des enseignants et aux centres
d'intérêts des jeunes avec comme axe prioritaire " comment
apprendre à devenir un citoyen européen " ce qui
représente déjà une grande variété de
thèmes possibles.
-La conception des fiches est le travail commun des experts de l'équipe
" documentation " de la CE. La réalisation matérielle
est réalisée en format A4 pour faciliter les photocopies et le
tirage des transparents. Des montages audio-visuels de 20 à 30 mn
peuvent être très utiles.
-La diffusion gratuite est assurée par le CE auprès
d'éditeurs diffuseurs nationaux en respectant une charte simple qui
parmi d'autres clauses rappellerait que :
-la mention de l'origine des documents (CE) doit être
préservée sur les documents d'origine CE ,
-la liberté de reproduction doit être garantie.
Les éditeurs diffuseurs nationaux peuvent ajouter leurs propres
documents à la diffusion. Leur connaissance du marché et leurs
contacts avec les milieux scolaires peuvent favoriser l'échange
d'informations et de conseils aidant à la conception des documents.
Quelques établissements scolaires consultés en France
accepteraient de payer environ 300 à 400 francs par an pour recevoir
régulièrement ( 6 à 8 fois par an)une pochette
documentaire dont l'usage serait libre.
Les aspects coûts , périodicité pourraient être
abordés plus concrètement avec un projet précis avec les
éditeurs diffuseurs pour qu'une " charte de bonne conduite "
s'inscrive dans un partenariat.
La réunion d'experts autour des programmes pédagogiques des
différents pays doit permettre une conception souple des documents avec
le souci d'apprendre aux jeunes à comparer pour leur permettre de se
situer dans l'espace européen. Ce sentiment d'appartenance peut se
nourrir sans danger d'une certaine fierté pour les réalisations
européennes dans différents domaines.
Cette volonté d'une information honnête orientée vers les
besoins de la vie scolaire respecte le principe de subsidiarité qui
laisse chaque pays libre du choix de ses programmes d'enseignement. L'effort
s'inscrit aussi dans un souci de valoriser le rôle des éditeurs
diffuseurs qui peuvent personnaliser les éditions nationales.
L'effort de la Communauté se justifie par l'ampleur des besoins
documentaires pédagogiques et la pauvreté d'une offre
adaptée. L'investissement " matière grise "
assumé par la Communauté se traduira par un moindre coût
pour l'utilisateur final et la liberté de reproduction à des fins
pédagogiques.
Un programme en cours compare en Belgique, Espagne, France et Portugal, les conditions de l'étude de la communauté européenne dans le cycle 11 - 16 ans qui correspond souvent au dernier cycle de scolarité obligatoire. Il est trop tôt pour fournir des résultats chiffrés et comparatifs.