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DOCUMENTATION ET FORMATION A LA CITOYENNETE EUROPEENNE


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Paul Bachelard


Université Européenne de Formation -Tours
Une première réflexion pour comprendre comment l'école apprenait aux jeunes à devenir des citoyens européens[1] a mis en évidence la diversité de perception de l'Europe par les jeunes. L'Europe est un ensemble de pays que l'on situe plus ou moins bien avec des exceptions liées à des voyages , des apprentissages linguistiques , des traditions familiales de migrations...
Vers 12-15 ans , les jeunes ne perçoivent pas encore l'Europe comme un espace qui permet la poursuite des études et la formulation d'un projet professionnel , alors que vers 16-18 ans , à l'approche de l'enseignement supérieur , les conditions de la mobilité constituent un centre d'intérêt majeur.
Une surprise forte tient au nombre important des jeunes adolescents qui rêvent d'aller aux Etats-Unis d'Amérique ; Cette fascination pour l'Amérique tient sans doute aux médias. Elle traduit aussi un lourd déficit d'image pour la Communauté européenne. Nous ne pouvons y rester indifférents.
Ces quelques constats vont à la rencontre des difficultés qu'ont les professeurs pour "  enseigner l'Europe " et aborder la citoyenneté européenne ;Malgré un volontariat plus ou moins marqué , la difficulté de trouver des documents pédagogiques pertinents est bien l'obstacle majeur.

A.- Comment enseigner l'Europe .


La question centrale pour les enseignants est d'intéresser les élèves. Ainsi , en France , dans le programme de quatrième (13-14 ans) , la géographie des pays européens est largement étudiée ; Mais la construction européenne , dont la place est modeste , retient une leçon sur les institutions et une autre sur une réalisation , la politique agricole commune. L'expérience montre que les aspects institutionnels, très importants, sont mémorisés pour l'interrogation puis oubliés car une abstraction juridique de cette nature ne peut être assimilée que si elle est évoquée plusieurs fois dans des situations concrètes de prise de décision.
De même , la politique agricole commune , si elle est ramenée aux mécanismes d'échanges , de fixations de prix , de compensations financières ...,passe à côté de l'essentiel : notre alimentation , les agriculteurs , l'environnement...
Un exercice pédagogique qui transforme des groupes d'élèves en ministre de l'agriculture des différents pays européens , donne un aperçu des solidarités régionales et des interrogations d'une politique globale. Mais même avec l'imagination et la volonté d'animation pédagogique , la professeur se retrouve seul avec peu de documents utiles...
Les manuels qui cherchent à suivre fidèlement les programmes sont brefs et peu d'éditeurs ont créé des outils originaux. Les ouvrages récemment édités privilégient les explications juridiques avec les mises au point liées à l'élargissement périodique de la communauté. Ils s'adressent à un public d'adultes.
Le contenu informatifs dense n'est pas conçu pour nourrir la cascade simplificatrice des savoirs à transmettre aux adolescents.

Les lacunes de la documentation européenne


Cette documentation est riche , variée. Elle est souvent de qualité mais , de l'avis des documentalistes , elle est hétérogène , difficile à identifier comme niveau de référence. Les formats très variables des documents ne facilitent pas le classement. Cette documentation est plutôt orientée vers un public cultivé et vers les besoins de la classe politique.
Elle est pratiquement absente des centres de documentation scolaire. Il est difficile de se la procurer même si la liste des points de diffusion est assez bien connus. En fait , les documentalistes ne connaissent ni les titres ni les contenus , ni bien sûr l'utilisation scolaire possible.
En résumé , les services de documentation de la Communauté semblent ignorer le public cible des jeunes , public de futurs citoyens. A travers les jeunes , ce sont aussi les parents qui sont sensibilisés.
Nous n'ignorons pas les créations de différentes plaquettes de présentation de l'Europe qui ont été réalisées. Mais par rapport à le documentation en milieu scolaire , nous constatons un grave déficit d'informations disponibles et utilisables par et pour les jeunes.

Qu'est-ce qui intéresse les jeunes ?


Les jeunes de moins de 16 ans s'expriment peu, souvent à travers des banalités en apparence décevantes. L'expérience des enseignants permet toutefois de découvrir les centres d'intérêt qui les motivent, sachant que les généralisations sont imprudentes. L'étude en cours précisera les orientations. Retenons ici quelques points forts :
-l'intérêt pour la science , les techniques et tout ce qui commande le futur est un thème fort , résurgent , qui explique en partie la fascination pour les Etats-Unis ;
-ils s'intéressent au mode de vie des jeunes des autres pays (organisation des études , les rythmes scolaires , les examens , le sport , les loisirs ... le relais est souvent assuré par les professeurs de langues ;
-l'environnement ( protection des milieux naturels , de la faune , du patrimoine ...) les mobilise assez bien et permet d'aborder les questions actuelles de l'agriculture ( produire sans détruire , entretenir le milieu ...)
-les questions économiques peuvent être abordées à travers l'actualité en retenant des exemples qui retiennent leur curiosité ( l'automobile , les réalisations d'Airbus société ...) mais aussi à la géopolitique ( comparaison Etats-Unis / Communauté ).
Dans ce domaine , la liste thématique reste ouverte et se nourrira des expériences d'enseignants de différents pays.

Concevoir une politique documentaire européenne adaptable aux différents publics scolaires


Les documents pédagogiques ont des objectifs d'apprentissage qui s'appuient sur des programmes eux-mêmes adaptés à des classes d'âge. Une politique documentaire doit tenir compte de ces stratégies nationales en s'appuyant sur les centres d'intérêt des jeunes.

Les objectifs prioritaires


-Concevoir des documents pédagogiques variés , souples , adaptables , pouvant rentrer dans différentes formes de recomposition documentaire choisie par l'enseignant (choix de la forme et du format le mieux adapté)
-Favoriser la diffusion ( payante mais bon marché ) auprès des établissements scolaires.
-Régler en amont la question centrale des droits d'auteurs et du droit de photocopiage par les établissements scolaires.

Une méthode possible


-Une équipe permanente appartenant ou dépendant directement de la Commission constitue le noyau organisateur et responsable. Quand le programme est fixé dans ses objectifs à atteindre , le travail de réalisation est organisé avec l'appui d'experts de différents pays ( thèmes à retenir , choix des niveaux d'information, conception des documents ...).
-Le choix des supports , des thèmes doit faire l'objet d'une réflexion prospective avec des conclusions périodiques ( évolution des programmes assez rapide sur le thème de "  Europe et citoyenneté " , évaluation des usages pédagogiques dans un échantillon d'établissements, aspects volontaires d'une politique...).
-Subsidiarité et partenariat avec les éditeurs diffuseurs. La conception et réalisation de documents par la Commission permettent la cession (gratuite ou à un prix symbolique ) aux éditeurs diffuseurs. Ceux-ci peuvent habiller les documents dans les langues nationales si cela est nécessaire , compléter la documentation avec des articles de presse et autres sources pour personnaliser au niveau national le dossier. Il est nécessaire d'avoir une politique partenariale avec les éditeurs pour obtenir le respect d'une charte (maintien sur les documents CE de la référence CE , respect de prix modéré , autorisation de photocopiage par les établissements ayant souscrit à l'abonnement documentaire).
La Commission , en faisant l'investissement de la création de documents originaux ( coût des fonctionnaires , des experts , de l'édition des documents ) , peut négocier avec les éditeurs dont le rôle est reconnu et qui sont très sensibles aux conditions d'utilisation.
Il est bon aussi de créer des conditions de légalité au photocopiage.

Conséquences pédagogiques pour apprendre l'Europe


-Autour d'un thème se construit un espace multiréférencié. L'enseignant reste libre du dosage national-multinational. Les documents facilitent les choix dans une stratégie d'explications s'appuyant sur des comparaisons.
-Des documents communs créent , en attendant le rapprochement des programmes d'enseignement , des traits d'union dans les savoirs des jeunes.
-La conception des documents peut aussi être une invitation à une approche multidisciplinaire de l'Europe avec une implication plus grande des professeurs de langues dans la formation interculturelle et civique.
-La compréhension de l'espace européen est par nature multiculturelle. Cette démarche ne peut que favoriser un dépassement des cultures nationales qui ont trop souvent enfermé des éléments transnationaux concernant l'art , le mouvement des idées , les échanges économiques... dans des cadres scolaires réducteurs nourrissant le nationalisme.

Mise en oeuvre et résumé des propositions


-Avec un noyau d'experts représentant une partie importante de la diversité européenne , faire le choix des orientations documentaires répondant le mieux à la variété des programmes , à la demande des enseignants et aux centres d'intérêts des jeunes avec comme axe prioritaire "  comment apprendre à devenir un citoyen européen " ce qui représente déjà une grande variété de thèmes possibles.
-La conception des fiches est le travail commun des experts de l'équipe "  documentation " de la CE. La réalisation matérielle est réalisée en format A4 pour faciliter les photocopies et le tirage des transparents. Des montages audio-visuels de 20 à 30 mn peuvent être très utiles.
-La diffusion gratuite est assurée par le CE auprès d'éditeurs diffuseurs nationaux en respectant une charte simple qui parmi d'autres clauses rappellerait que :
-la mention de l'origine des documents (CE) doit être préservée sur les documents d'origine CE ,
-la liberté de reproduction doit être garantie.
Les éditeurs diffuseurs nationaux peuvent ajouter leurs propres documents à la diffusion. Leur connaissance du marché et leurs contacts avec les milieux scolaires peuvent favoriser l'échange d'informations et de conseils aidant à la conception des documents.

Définir les coûts acceptables par les établissements scolaires


Quelques établissements scolaires consultés en France accepteraient de payer environ 300 à 400 francs par an pour recevoir régulièrement ( 6 à 8 fois par an)une pochette documentaire dont l'usage serait libre.
Les aspects coûts , périodicité pourraient être abordés plus concrètement avec un projet précis avec les éditeurs diffuseurs pour qu'une " charte de bonne conduite " s'inscrive dans un partenariat.
La réunion d'experts autour des programmes pédagogiques des différents pays doit permettre une conception souple des documents avec le souci d'apprendre aux jeunes à comparer pour leur permettre de se situer dans l'espace européen. Ce sentiment d'appartenance peut se nourrir sans danger d'une certaine fierté pour les réalisations européennes dans différents domaines.
Cette volonté d'une information honnête orientée vers les besoins de la vie scolaire respecte le principe de subsidiarité qui laisse chaque pays libre du choix de ses programmes d'enseignement. L'effort s'inscrit aussi dans un souci de valoriser le rôle des éditeurs diffuseurs qui peuvent personnaliser les éditions nationales.
L'effort de la Communauté se justifie par l'ampleur des besoins documentaires pédagogiques et la pauvreté d'une offre adaptée. L'investissement " matière grise " assumé par la Communauté se traduira par un moindre coût pour l'utilisateur final et la liberté de reproduction à des fins pédagogiques.


[1]

Un programme en cours compare en Belgique, Espagne, France et Portugal, les conditions de l'étude de la communauté européenne dans le cycle 11 - 16 ans qui correspond souvent au dernier cycle de scolarité obligatoire. Il est trop tôt pour fournir des résultats chiffrés et comparatifs.


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