Ci-dit

 

Le discours rapporté dans tous ses états :
Question de frontières

 

Résumés des propositions de communication

Aït Sahlia-Benaïssa, Amina

DYALANG - UMR du CNRS 6065, Université de Rouen, France, amina.aitsalia@worldonline.fr

 

La parole de l'autre comme lieu de construction identitaire

Comment se dire lorsque le discours produit pour se dire est fortement modelé par un discours autre ?

Si l'on considère, en accord avec la notion de dialogisme développée par Bakhtine, que tout discours est produit, consciemment ou inconsciemment, dans un dialogue interne avec des discours autres, les discours identitaires n'échappent certainement pas à la difficulté de distinguer entre discours rapporté et ce qui ne l'est pas. Cette hétérogénéité constitutive du discours, pour reprendre la terminologie proposée par J.Authier Revuz, est donc sa caractéristique même.

Dans la communication que je me propose de présenter, mon intention est de déterminer les traces de discours autres et de tenter d'en cerner les contours, dans des discours identitaires produits en situation d'interaction verbale. L'analyse que je propose s'appuie sur quelques extraits du corpus de ma thèse (soutenue en décembre 99), composé d'entretiens semi-directifs que j'ai réalisés avec des algériens nés après l'indépendance de l'Algérie d'une part, et des enquêtés de la même génération, issus de l'immigration algérienne en France d'autre part. J'ai alors interrogé ces enquêtés sur leur "algériannité", la question centrale étant:"qu'est-ce qu'être algérien ?". Le but de cette question n'était pas d'obtenir une définition de "l'algérianité", mais d'examiner la mise en mots de l'identité lorsque celle-ci est vécue dans un contexte conflictuel, en l'occurrence la situation de crise actuelle de l'Algérie. Il s'agissait alors pour moi d'examiner la manière dont ces enquêtés se définissent en tant qu'algériens, sachant que l'identité algérienne a été définie de manière uniformisante dans les textes officiels algériens au moment de l'indépendance du pays en 1962. Mis à part la diversité des discours autres qui traversent les productions langagières de mes interlocuteurs, j'ai focalisé mon attention sur l'inscription de l'idéologie officielle dans leurs discours. Il s'agit en effet pour moi de déterminer dans quelle mesure la définition officielle de l'identité algérienne structure leurs discours et de quelle manière, et de tenter ainsi de cerner les frontières du discours dominant dans les discours produits par les enquêtés.

Par ailleurs, l'oral, plus particulièrement les discours produits en situation d'interaction verbale, sont le lieu où le sens est renégocié en permanence. Le dialogisme baktinien me sert de fil conducteur pour prendre en compte la dimension plurielle de la production de sens et la polyphonie des échanges verbaux construits, en interaction, entre l'enquêtrice que je suis et les enquêtés.

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Apothéloz , Denis

Université de Nancy 2, UFR Sciences du Langage, Nancy, France, denis.apotheloz@mageos.com

 

Référence et autonymie dans les rédactions conversationnelles

On nomme "rédaction conversationnelle" la situation dans laquelle deux protagonistes au moins coopèrent à la rédaction d'un texte, où ce dernier est donc élaboré interactivement et conversationnellement. Les interventions induites par ce type de tâche se composent d'énonciations faisant usage d'un lexique explicitement métalangagier, mais aussi d'énonciations qui sont de pures formulations de séquences du texte-cible, i.e. du produit textuel en cours d'élaboration, sans marque segmentale signalant le registre métalangagier (séquences appelées ci-après 'formulations du texte-cible'). Ces formulations ont clairement un caractère autonymique. Elles s'apparentent à du discours rapporté sur le mode direct, à ceci près toutefois que ce qui est "rapporté" n'est autre que le texte en cours de fabrication. Elles sont le plus souvent produites avec une prosodie particulière qui les distingue des énonciations explicitement métalangagières ou métadiscursives (comme: là on a oublié de dire que...) et des autres types d'énonciations ordinairement produites dans ce genre de situation.

Les formulations du texte-cible s'accompagnent d'une grande variété de patterns prosodiques. Ceux-ci peuvent être interprétés comme autant de modalités de l'interaction qui se joue simultanément à l'énonciation de ces formulations: séquence proposée, séquence ratifiée, séquence donnée comme une récapitulation, séquence donnéecomme une alternative à une autre séquence, séquence énoncée simultanément à son inscription sur le papier,etc. Il y a en d'autres termes dans les formulations du texte-cible une superposition du fonctionnement autonymique et des multiples modalités énonciatives qui caractérisent toute interaction collaborative. C'est cette intrication que je me propose d'étudier.

Je chercherai notamment à montrer comment les protagonistes de cette situation parviennent, sans quitter le mode autonymique, à créer des espaces attentionnels qui s'apparentent à de la référence obtenue sans expression référentielle, par la seulejuxtaposition conversationnelle de séquences autonymiques.

Mes exemples proviennent d'un corpus emprunté à M.-M. de Gaulmyn et R. Bouchard (Université de Lyon2).

 

Retour Index

Retour Colloque

 


de Arruda C. da Cunha, Dóris

Universidade Federal de Pernambuco, Brésil, doris@npd.ufpe.br

 

L'interaction entre discours dans la fiction brésilienne

Cet travail fait partie d'une recherche dont le but est de montrer la diversité des formes de mise en rapport des discours dans la fiction brésilienne contemporaine. Grâce à la découverte des écrits de Bakhtin, pour qui le discours d' autrui est un objet sui generis, essentiel pour la compréhension du fonctionnement du langage, les dernières décennies ont vu se développer un grand nombre d'études consacrés au discours d' autrui ou discours rapporté, d' un point de vue énonciatif. Ces travaux ont montré que l'interêt dans l'étude du discours d' autrui n´était pas dans les formes de citation, comme le faisait croire la tradition grammaticale et structurale, mais dans l'enchaînement des discours du narrateur et des personnages.

C'est dans cette perspective que nous étudions l'interaction dynamique entre discours dans des contes brésiliens. Pour ce travail, nous avons sélectionné deux auteurs, Nelson Rodrigues et Rubem Fonseca afin d'y voir les modes de représentation des points de vue d'autrui sur le monde. Nous analysons ce que Prince appelle discours attributif - éléments voco-acoustiques, visuels, statiques et cinétiques constitutifs de chaque situation d'énonciation - et les langages sociaux marqués comme discours d' autrui ou non . Cet ensemble caractérise les personnages, révèle leurs sentiments, leurs attitudes dans des différentes situations; indiquent leurs points de vue, leurs positions socio-idéologique, ainsi que ceux du narrateur et de l'auteur. Les premiers résultats montrent une grande hétérogénéité de formes d' interrelation entre les discours et dessinent des tendances dans les modes d' organisation des dialogues dans l'espace fictionnel, dont on peut en parler de deux pour le moment : l' une qui va vers le style linéaire de transmission du discours d'autrui, l' autre vers le style pittoresque.

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Bastian, Sabine        Université de Leipzig, Allemagne, sbastian@rz.uni-leipzig.de

Hammer, Francoise        Heiselberg/Karlsruhe), drean@andor.wiwi.uni-karlsruhe.de

 

Discours rapporté en francais et en allemand : formes, fonctions, marquage

Notre recherche empirique dans le champ du discours rapporté se base sur un dépouillement de textes français et allemands appartenant à des types différents: dans le domaine scientifique nous avons choisi notamment des (extraits de) manuels, d'ouvrages spécialisés et d'articles s'adressant à des spécialistes aussi bien qu'à un public plus large; à cela s'ajoutent des corpus de la presse quotidienne de sorte que nous procédons à des comparaisons multiples, intra- et interlangagières.

Dans notre contribution nous étudions d'abord les différentes manières de "rapporter": la reprise directe / indirecte et le commentaire d'un discours d'autrui aussi bien qu'un dicours propre antérieur; la reprise d'un discours oral dans un discours écrit (avec transcodage) mais aussi la reprise intertextuelle "classique" (sans transcodage). Il est évident que de telles différences provoquent des formes de reprise qui changent considérablement - dès la citation "fidèle" et vérifiable à la reprise (in)consciemment manipulée d'un dicours oral dans un autre (écrit ou oral). Nous nous intéressons dans ce contexte d'une part aux marquages fournis par le contexte linguistique: S'agit-il en effet d'une aide efficace à la compréhension ? Quels sont d'autres fonctions discernables et quels en sont les marqueurs typiques ? D'autre part nous visons également une description plus vaste du phénomène considérant en même temps les apects pragmatiques qui se situent à la frontière des recherches (inter-) disciplinaire. Il nous semble nécessaire de (re-)poser entre autre la question de l'usage plus ou moins adéquat de la citation.

Nous nous proposons également de poursuivre une étude-pilote qui à révélée que les procédés du discours rapporté diffèrent d'une manière significative selon les types de textes dans la presse (rapport, argumentation, description...).

Tout en élargissant cet horizon à d'autres discours nous tentons d'approfondir ces recherches dans le but d'améliorer les descriptions contrastives franco-allemandes servant de bases à une introduction plus efficace des problèmes du discours rapporté dans l'enseignement.

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Bertin, Annie

Université de Paris X - Nanterre, France, bertin.annie@wanadoo.fr

 

La mise en scène de la parole dans le Roman de Renart

Les différentes branches du Roman de Renart présentent une proportion importante de discours rapporté, faisant apparaître majoritairement du DD ; il offre, comme d'autres œuvres médiévales (moins que d'autres écritures, le roman en prose par exemple) des cas d'enchaînement DD-DI. On se propose de faire ressortir certaines caractéristiques concernant les frontières du DR en rapport avec un type d'écriture qui tend à en donner une représentation théatrâle, en privilégiant trois axes :

1) - le caractère abrupt des enchaînements aussi bien dans les échanges dialogués que dans l'enchaînement récit/DD : juxtaposition ou particularités des verbes de parole.

- dans le cas où le vers est de structure "X, dit il…", on observera les termes susceptibles de faire fonction de X en portant une attention particulière aux interjections, plus fréquentes, me semble-t-il que dans d'autres textes.

2)         étude du DD inséré dans le DD, le personnage mettant en scène, jouant la polyphonie du discours.

3)         Type de présentation du DR (verbe de parole en prolepse, juxtaposition, verbe inquit) en relation avec le type d'acte de parole (interrogation, performatifs en particulier)

Ce qui est souvent donné comme une parodie du discours épique présente-t-il des traits communs avec la chanson de geste, dans le domaine du DR? ou des traits propres ?

On se demandera si dans cette forme où l'oralité est tellement montrée (à travers le discours du narrateur comme par la proportion importante de DD) les particularités du DR sont à mettre en rapport avec celles du "vrai oral" ou bien si elles sont le produit largement concerté d'une écriture littéraire.

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Bertrand Roxane (*), Espesser, Robert (*) , Traverso Véronique (**)

roxane@lpl.univ-aix.fr      , espesser@lpl.univ-aix.fr, Veronique.Traverso@univ-lyon2.fr

(*) Laboratoire Parole et Langage UMR 6057 CNRS - AIX, France

(**) GRIC Université Lumière Lyon 2, France

 

La diversité de voix dans la conversation

Le discours rapporté direct (DRD) illustre un changement énonciatif de "voix" dans le discours d'un locuteur. Notre travail consiste à montrer dans quelle mesure ce changement énonciatif s'accompagne d'un changement de voix, au sens prosodique du terme. Cette hypotèse a été testée dans une première étude (Bertrand et Espesser, 1998) sur un corpus de 94 cas de DRD, produits par une locutrice au sein d'une conversation familière à 3 interacteurs. Nous avons developpé une méthodologie et comparé sur chaque item (paire de signal de parole, composée de la fin de la séquence DD et du début de la séquence DRD) divers paramètres prosodiques : fréquence fondamentale (F0), débit, intensité. Seule la f0 montre une différence significative entre les deux membres de chaque paire. Les distributions de f0 moyenne montrent un élargissement de la dynamique tonale de la locutrice vers les valeurs élevées pour le DRD. L'évolution séquentielle de la f0 (ie le degré de predictibilité existant entre la f0 moyenne de 2 pseudo-syllabes (syllabes estimées) consécutives ) différe aussi significativement. Nous l'interprétons comme une plus grande cohérence prosodique entre les pseudo-syllabes du DRD, qui serait liéee à la récurrence de mouvements mélodiques. Ces résultats nous conduisent à parler d'une "emphatisation mélodique" affectant le DRD, assimilable à "l'effet de cristallisation" de De Gaulmyn (1994). Cette emphatisation pourrait refleter une part d'implication plus grande de la part de la locutrice en phase de DRD. Notre objectif actuel consiste en: élargir notre corpus (en cours de réalisation) en vue de verifier que nos premiers résultats ne dépendent pas d'une stratégie individuelle, et améliorer la méthodologie. Si l'emphatisation mélodique est confirmée, nous tenterons de la caractériser plus précisément: est-elle due à une répartition différente des accents en DRD ou est-elle le simple résultat d'un élargissement de la dynamique tonale indépendant de la localisation et du type d'accent ? Enfin, la taille plus importante du corpus devrait nous permettre d'evaluer l'effet de la durée des paires (DD,DRD).

 

Références

Bertrand Roxane et Robert Espesser. 1998. "Prosodie et discours rapporté: la mise en scène des voix", Pragmatics in 1998: Selected papers from the 6th International Pragmatics Conference, Vol 2, Edited by JefVerschueren. Antwerp: International Pragmatics Association, pp. 34-45.

Bertrand R., 1999, "De l'Hétérogénéité de la Parole. Analyse énonciative de phénomènes prosodiques et kinésiques dans l'interaction interindividuelle", Thèse de Doctorat, Université de Provence.

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Blondel, Marion

Université de Tours, JE 'Langage et handicap', blondel@univ-tours.f

 

Discours rapporté et langues des signes : la question des frontières sous un autre angle

Dans l'ensemble de la recherche linguistique sur les langues des signes, relativement peu de travaux ont été consacrés au discours rapporté (voir par exemple Bouvet (1996) et Cuxac (2000) pour la langue des signes française ; Emmorey et Reilly (1998) pour la langue des signes américaine ou Boyes-Braem (1992) pour la langue des signes de Suisse allemande). L'une des principales raisons nous semble liée à l'imbrication des questions impliquées par l'étude du discours rapporté dans des langues dont les grammaires ne sont que partiellement décrites, notamment en ce qui concerne les structures syntaxiques complexes et la question des frontières entre marqueurs expressifs et marqueurs linguistiques.

Néanmoins, l'étude du discours rapporté devient un sujet d'actualité à mesure que les fonctions linguistiques du non manuel dans les langues gestuelles (à distinguer du rôle du non verbal dans les langues orales) sont identifiées et que l'aspect simultané des constructions syntaxiques en langues des signes est analysé comme une forme complexe, spécifique au canal visuo-gestuel, comparable aux structures de subordination articulées de façon linéaire dans le canal audio-oral. Il serait donc tout à fait pertinent et judicieux de confronter la question des frontières entre discours direct et indirect d'une part, entre stratégies orales spécifiques (vs grammaticales à l'écrit) d'autre part avec l'expression du discours rapporté en langues des signes.

Nous proposons en particulier d'examiner ces aspects dans le cadre d'un corpus de littérature de performance adressée à l'enfant (contes, fables et comptines) dans différentes langues des signes. En effet, la 'mise en scène' de dialogues est un procédé courant dans ce type de littérature et fait appel non seulement à des procédés linguistiques spécifiques mais aussi à des procédés situés à la frontière du linguistique. Les uns et les autres sont formalisés dans un discours de nature poétique (contraintes du registre) et mis en relief dans un discours poétique adressé à l'enfant (contraintes du public).

Nous rappellerons donc dans un premier temps ce que l'on sait des fonctions linguistiques des 'jeux de rôle' (notion à définir) dans les langues des signes, du rôle du non manuel, de l'espace et du simultané dans l'élaboration de structures syntaxiques et discursives complexes. Nous essaierons de montrer ensuite 1) en quoi la tentative de classification des occurrences de discours rapporté dans un corpus de contes et comptines enfantins en langues des signes privilégie la notion d'une échelle graduelle des formes (vs couple canonique discours direct, indirect) et 2) en quoi la prise en considération de la modalité visuo-gestuelle peut éclairer les effets de l'oral (vs écrit) dans la production des formes de discours rapporté.

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Bres, Jacques

Praxiling, UMR CNRS 5475, Discours, textualité et production de sens

Université Paul-Valéry, Montpellier III, France, Jacques.Bres@univ-montp3.fr

 

De la mémoire des voix dans le discours : négation restrictive, clivage.

Dans un récent travail (Bres et Verine 2001), nous avons plaidé pour la mise en relation des formes du discours rapporté avec les marqueurs dialogiques (négation, conditionnel, confirmation, concession, renchérissement, etc.), et pour leur intégration dans le vaste champ du dialogisme. Ce que nous avons fondé en montrant que discours rapporté et marqueurs dialogiques relèvent d'un même ensemble de phénomènes : dédoublement énonciatif, distinction entre locuteur, énonciateur E1 et énonciateur e1, actualisation s'appliquant non à un dictum mais à un élément linguistique qui a déjà statut d'énoncé, hiérarchisation des deux énonciations.

L'actuelle communication sera consacrée à l'analyse de deux marqueurs, le clivage (c'est. que) et la négation restrictive (ne. que), que nous avons retenus précédemment comme faisant partie des outils de dialogisation énonciative mais qui ont un fonctionnement spécifique commun. Ces deux marqueurs apparaissent en effet à la fois comme différents des autres marqueurs par le traitement qu'ils proposent de l'énoncé [e] et comme cependant pleinement dialogiques. Je m'attacherai à expliciter 1) la spécificité qu'ils partagent, et 2) leur commune dimension dialogique.

1. Dans les autres marqueurs dialogiques, la présence implicite de l'énoncé enchâssé [e] dans l'énoncé enchâssant [E] peut être montrée de trois façons. Si nous prenons p. ex . le cas de la négation prédicative, à partir d'une occurrence négative comme :

(1) Il n'y a pas de crise morale ou de crise politique en France (J. Chirac, 14 12 2000)

On peut montrer la présence de l'énoncé enchâssé [e] : il y a une crise morale, une crise politique en France

(i) par enchaînement anaphorique sur cet énoncé :

(1') Il n'y a pas de crise morale ou de crise politique en France, comme on veut le faire croire/ ce qu'on veut nous faire croire

(ii) Par guillemetage de certains éléments :

(1'') Il n'y a pas de  crise morale  ou de  crise politique  en France

(iii) Par explicitation de l'énonciateur e1 :

(1''') Il n'y a pas de crise morale ou de crise politique en France, comme le laissent entendre les médias

On montera que dans les énoncés restrictif (2) et clivé (3), ces opérations s'avèrent impossibles :

(2) les forces employées (par les Russes en Tchétchénie), l'envoi de l'armée et l'inévitable effusion de sang ne font que compliquer la situation (Le Monde, Gorbatchev)

 

(3) C'est cet enchaînement des faits qui conduisit à la guerre en Tchétchénie et anéantit la confiance des Russes (Le Monde, Gorbatchev)

On rendra compte de ces impossibilités par la description du mode de présence de l'énoncé [e] dans ces deux marqueurs.

2. On montrera que ces tours sont bien dialogiques en ce que leur forme ne se justifie que du "dialogue" avec un autre discours, même si ce discours lui-même n'est pas cité, ou plus exactement s'il n'est cité que très minimalement.

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Celle-Kaniewicz, Agnès

Université Paris 7, UFR d'Etudes anglophones Charles V, Paris, France, celle@paris7.jussieu.fr

 

Traduire le conditionnel "journalistique"

Cette étude vise à dégager la spécificité du conditionnel dit journalistique en français dans le cadre de la théorie des opérations énonciatives. Le conditionnel " journalistique " signale que l'énonciateur ne prend pas en charge le discours rapporté et qu'il se démarque ainsi de l'origine de ce discours, soit parce que l'origine du discours est indéterminée, soit parce que l'énonciateur met en doute la validité du discours rapporté (cf. Merle 1999). Cet emploi du conditionnel se distingue donc des autres emplois du conditionnel en français qui envisagent de façon virtuelle la validation de la relation prédicative au sein d'un repérage fictif. De fait, le conditionnel " journalistique " ne vise pas la validation d'une relation à un instant T repère fictif. C'est plutôt la prépondérance subjective S – et la dissociation de l'instance assertive et de l'instance énonciative qu'elle sous-tend – qui déclenche son emploi. A cet égard, il s'avère utile de comparer le conditionnel journalistique français au subjonctif 1 de l'allemand, qui remplit cette même fonction. A quel mode énonciatif a-t-on alors affaire ? Peut-on rapprocher ce mode des schémas de subordination où l'origine du discours est explicite dans le segment introducteur du discours rapporté ? Le conditionnel journalistique est en fait un cas d'énonciation mixte qui désolidarise l'asserteur de l'énonciateur. A partir de corpus bilingues (essentiellement le Monde Diplomatique et sa traduction anglaise) nous verrons que cette hétérogénéité énonciative ne peut être maintenue dans le passage à l'anglais. Soit l'assertion est maintenue et on a généralement le prétérit. La relation prédicative est dans ce cas simplement qualifiée comme étant du discours rapporté (reportedly, allegedly), ou relative à une origine énonciative (according to). Soit une situation de discours est construite. Dans ce cas, l'existence d'un acte d'énonciation est prédiquée sous la forme d'un passif (is said / reported to) et l'énonciation ainsi introduite est explicitement rapportée et désassertée.

Dans les deux cas, on aboutit à une énonciation homogène dans la traduction. Il semble impossible en anglais de dissocier le point de vue de l'asserteur de celui de l'énonciateur – ce qui produit l'hétérogénéité du conditionnel " journalistique " et son statut de d'énonciation mixte - sans construire dans le même temps les situations-repères auxquelles ces points de vue se rattachent.

Références :

Celle Agnès (1997) Etude contrastive du futur français et de ses réalisations en anglais. Paris : Ophrys.

Guillemin-Flescher Jacqueline (1981) Syntaxe comparée du français et de l'anglais. Paris : Ophrys.

Malblanc Alfred (1968) Stylistique comparée du français et de l'allemand. Paris : Didier.

Merle Jean-Marie (1999) Etude du conditionnel français et de ses traductions en anglais. Thèse de doctorat, Université Paris 7.

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Cohen-Wiesenfeld, Sivane

Universite de Tel-Aviv, Israël, sivanwiesen@hotmail.com

 

Fonctions et enjeux du discours rapporté dans la correspondance diplomatique entre la France et l'Allemagne de 1871 à 1914.

L'étude proposée se situe dans le cadre d'un travail sur le discours diplomatique à travers la correspondance diplomatique entre la France et l'Allemagne, à partir d'un receuil de 40 tomes de documents diplomatiques français rassemblés par une commission spéciale du ministère des Affaires étrangères intitulée 'Commission de publication des documents relatifs aux origines de la guerre de 1914'.

Dans la dépêche diplomatique – correspondance échangée entre diplomates et ministres d'un même pays, rapportant généralement des négociations, conversations ou entretiens avec les représentants de pays étrangers, les modalités du discours rapporté semblent être utilisées commes des stratégies pour amplifier ou diminuer la distance par rapport à la parole de l'autre, suivant que l'énonciateur s'approprie l'énonciation de l'autre ou au contraire dégage sa responsabilité d'énonciateur par rapport à la parole rapportée.

S'agissant de l'énonciation rapportée d'un autre énonciateur, le rapporteur peut:

  1. marquer nettement la distance entre le discours cité et le discours citant, entre l'énonciation rapportée et la sienne propre et ce faisant présenter l'autre comme l'ennemi ;
  2. utiliser la parole de l'autre en la mettant à distance pour faire passer des propos désobligeants pour le destinataire final (par exemple le ministre, dans le cas du rapport adressé par l'ambassadeur),voire même des reproches ou des demandes personnelles qui, en raison du rapport hiérarchique, ne peuvent être adressés directement ;
  3. ou au contraire s'approprier la parole de l'autre pour montrer la connivence qui s'établit avec lui au cours des négociations rapportées ou afin d'utiliser ses arguments pour éventuellement modifier les instructions du ministre.

S'agissant de sa propre énonciation rapportée, l'énonciateur peut la mettre en abyme par l'intermédiaire du discours direct, c'est-à-dire la présenter comme celle d'un autre pour mettre en valeur ses qualités de négociateur tout en respectant le contrat de communication de l''honnête homme' - briller sans en avoir l'air – ou pour marquer la connivence avec le ministre en se démarquant nettement de l'ennemi. Cette mise à distance permet de monter son 'double jeu' puisque les paroles prononcées au cours de la négociation rapportée ne coincide pas forcément avec les arrières pensées du bon négociateur ; il devient alors très important de bien marquer le passage à l'attribution personnelle du discours ('selon moi'), afin de respecter le contrat de lecture avec le destinataire final qui doit comprendre clairement qui dit quoi.

Cette étude, d'abord réalisée dans le cadre de la correspondance diplomatique entre Français, sera effectuée dans le cadre de la correspondance inter-étatique entre Français et Allemands à un moment particulièrement sensible de leurs relations.

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Colas-Blaise, Marion

Centre Universitaire de Luxembourg, marioncolas@ci.educ.lu

 

Dynamique discursive et avatars de la dénomination propre

            Le nom propre et le nom propre modifié sont l'objet, depuis quelques dizaines d'années, de discussions et de controverses, suscitant des réponses diverses, axées sur les dimensions syntaxique et sémantique, ou plus précisément pragmatique. Face à ces travaux, on se propose, ici, d'apporter un éclairage différent, en adopant la perspective de la sémiotique du discours telle qu'elle est développée, surtout, par J. Fontanille (cf. notamment Sémiotique du discours, Limoges, PULIM, 1998). Dans les limites de ce cadre théorique et méthodologique, on se demandera dans quelle mesure, et à quelles conditions, le nom propre (modifié) peut relever du discours rapporté.

            Cette intervention vise ainsi à étudier les modalités de mise en circulation du nom propre, de reprise, de déformation, de renouvellement et de transformation, de rejet ou d'assomption dans un univers de discours déterminé. À cet effet, elle s'appuie sur un roman de Patrick Modiano, Rue des boutiques obscures, où le nom propre (modifié) est mis au service de la quête d'une identité qui se construit à partir de bribes captées ici et là.

            Il s'agira, plus précisément, de s'interroger sur les stratégies qui articulent la praxis énonciative collective avec la praxis individuelle, l''impersonnel de l'énonciation' à travers l'accumulation des actes de discours avec la prise en charge individuelle et les 'décalages' dont elle se porte garant. À partir d'une définition de l'énonciation comme prédication à la fois existentielle et assomptive, le point de vue adopté sera double. La réflexion portera sur le devenir de l'objet, les processus d'émergence, de figement et de conventionnalisation des formes, mais aussi de questionnement, de déstabilisation et d'innovation. On se demandera dans quelle mesure le passage au discours rapporté est lié à la présence d'éléments - de 'marqueurs' - qui, au-delà de la fonction référentielle du nom propre, attirent l'attention sur sa fonction dénominative. L'analyse sémio-linguistique interrogera les effets interprétatifs produits par les guillemets et, surtout, le cas de la détermination du nom propre par l''adjectif démonstratif'. Enfin, l'étude aura pour objet les conditions et les formes de l'échange entre partenaires de l'interaction sémiotique.

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Coltier, Danielle, Université de Metz, France, danielle.coltier@wanadoo.fr

Dendale, Patrick, Université de Metz, France et Université d'Anvers, Belgique, pdendale@uia.ac.be

 

Discours rapporté et évidentialité : les constructions en selon X + conditionnel journalistique

1.         Le conditionnel, on le sait, a un emploi, désigné comme "conditionnel journalistique", "conditionnel de l'allusion au discours d'autrui" ou "conditionnel de la rumeur" (parmi d'autres termes). Cet emploi, qualifié d'évidentiel par Dendale (1993), signale que l'information dans l'énoncé provient non pas du locuteur mais d'autrui.:

La majorité de ces exécutions serait due à des règlements de compte dans le milieu. (La Dernière Heure, cité par Rosier 1999:164)

La préposition selon a, dans un de ses emplois, l'emploi appelé "origine" par Coltier (2000), une fonction comparable au conditionnel journalistique :

Grave incendie au collège de Loudéac. Selon les pompiers, deux ailes du bâtiment sont parties en fumée. (d'après Ouest France, cité par Coltier 2000)

Très souvent cependant les deux marqueurs de l'emprunt d'information à autrui se combinent dans un énoncé sans qu'il y ait effet de redondance. Au contraire, après des groupes prépositionnels comme Selon certaines sources, selon la rumeur, selon certains, beaucoup d'exemples attestés recourent au conditionnel journalistique:

Selon la rumeur, Diana, comblée par l'arrangement financier qui a fait d'elle l'une des femmes les plus riches du royaume, […] aurait donné son accord tacite à la promotion de sa rivale. (Le Point)

2.         Le but de cette étude est d'examiner les énoncés où les deux marqueurs se combinent – en excluant d'emblée les cas où le conditionnel n'est pas un conditionnel d'ouï-dire, mais par exemple un conditionnel de l'éventualité, irréel (Selon moi, Pierre aurait du venir) ou potentiel (Selon moi, le pape serait en France que ça ne m'étonnerait pas) – et d'essayer de déterminer la contribution de chacun des deux marqueurs au marquage épistémique global de l'énoncé.

3.         Les questions que nous nous poserons et auxquelles nous espérons apporter un début de réponse sont les suivantes :

Quelle est donc la valeur précise de ces deux marqueurs pour que leur combinaison ne soit pas ressentie comme redondante ? (Est-ce que le conditionnel est avant tout un marqueur évidentiel, qui indique que la source du savoir est de type l'emprunt (cf. Dendale 1993) ou un marqueur qui signale la non-prise en charge de l'énoncé (cf. Abouda 2001), ou encore un marqueur d'incertitude ? Est-ce que les deux marqueurs ont la même valeur quand ils sont utilisés en combinaison et quand ils sont utilisés séparément ?

Quelles contraintes y a-t-il sur la combinaison des deux marqueurs ? Certaines phrases, comme Selon elle, ellei aurait été violée vers 3 heures du matin, ou Selon toi, le pape serait en France? passent nettement mieux que respectivement, Selon ellei, ellei aurait été violée ou Selon toi, le pape serait en France. Est-ce que ces contraintes d'emploi sont liées à selon, ou au conditionnel ou à la combinaison des deux marqueurs ?

Est-ce que le glissement que connaît selon d'un marqueur d'emprunt de propos à un marqueur d'inférence à partir de propos (marquant une proposition élaborée par le locuteur sur la base d'un dire d'autrui) (cf. Coltier 2000) a des répercussions sur l'emploi du conditionnel ?

Peut-on déterminer quand le conditionnel dans un énoncé contenant selon X est à attribuer à X plutôt qu'au locuteur ?

Références:

Abouda, L., 2001 : "Les emplois journalistique, polémique, et atténuatif du conditionnel. Un traitement unitaire", In : Dendale, Patrick & Tasmowski, Liliane, (éds.), 2001, Le conditionnel en français, Les belles Lettres.

Coltier, D. , 2000 : Analyse sémantique de selon. Quelques propositions. Thèse de doctorat, Université de Nancy.

Dendale, P., 1993, "Le conditionnel de l'information incertaine : marqueur modal ou marqueur évidentiel?", In: Gerold Hilty (ed.), 1993, Actes du XXe Congrès International de Linguistique et Philologie Romanes, Université de Zurich (6-11 avril 1992), Tübingen, Francke Verlag, tome 1, p.165-176.

Rosier, L., 1999, Le discours rapporté. Histoire, théories, pratiques, Gembloux, Duculot.

 

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Danblon, Emmanuelle

Linguistique Générale, Université Libre de Bruxelles, Belgique, edanblon@ulb.ac.be

 

Le discours de l'expert dans une argumentation délibérative

L'argument propre au genre délibératif, selon Aristote, est l'exemple (paradeigma), analogue rhétorique du raisonnement inductif, dans lequel la prémisse majeure est absente. Aristote considère l'induction comme un procédé plus persuasif que la déduction. L'une des raisons de ceci pourrait résider dans le statut même du paradeigma qui, sans être une proposition générale, possède néanmoins un statut qui dépasse celui de la simple proposition particulière. Le paradeigma qui possède, semble-t-il, la force persuasive du général à travers le particulier, est représenté, dans la rhétorique délibérative par la 'parole de l'expert'.

Je voudrais ici analyser les raisons qui donnent une autorité 'naturelle' à ce type d'argument. Je chercherai, entre autres, à prévoir une différence entre la parole de l'expert et celle de l'homme d'expérience. Je terminerai par l'analyse d'un discours délibératif (un discours politique) dans lequel on décèlera, grâce à l'analyse du paradeigma, la façon dont l'orateur construit son autorité en rapportant et se réappropriant un événement qu'il rend 'exemplaire' c'est-à-dire, 'paradigmatique'.

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Delbart, Anne-Rosine

Faculté de Philosophie et Lettres, Université Libre de Bruxelles, Belgique, ardelbar@ulb.ac.be

 

Un incitateur au 'Mélange des voix': le discours importé

Les écrivains choisissant une autre langue de création que leur langue maternelle sont-ils plus naturellement conduits à transgresser les frontières entre leurs propres mots et les mots d'autrui? Ces 'passeurs de langue' ont-ils vocation à revisiter notamment le discours littéraire?

En tout état de cause, pour la romancière canadienne anglaise Nancy Huston, établie en France depuis 1973, 'le bilinguisme est une stimulation intellectuelle de tous les instants' et une merveilleuse ouverture au viol 'des normes et des attentes de la langue française'.

Notre communication se propose de repérer et d'étudier quelques exemples de structures énonciatives hétérogènes dans l'œuvre de cette auteur.

Au delà d'un cas individuel, la fréquence en littérature du passage vers une autre langue ou, en deux mots, du translinguisme littéraire permettrait peut-être de l'instituer en une authentique catégorie de discours que j'appellerais volontiers le 'discours importé', inscrivant à une polyphonie générale une série de polyphonies particulières, génératrices de saisissants effets de 'mise en abyme'.

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Doury, Marianne

CNRS (CEDISCOR/Université Paris 3, GRIC/Université Lumière-Lyon 2), Marianne.Doury@wanadoo.fr

 

La fonction argumentative des échanges rapportés

Les définitions de l'argumentation sont multiples, et fortement contrastées ; celle que nous adopterons ici invite à prêter une attention particulière aux diverses manifestations de l'hétérogénéité énonciative, et, en particulier, au discours rapporté.

En effet, pour nous, l'argumentation consiste en un mode de construction d'un discours visant à le rendre plus résistant à la contestation. Cette définition s'inscrit dans la tradition des réflexions mettant au cœur de l'argumentation la confrontation d'un discours et d'un contre-discours.

Le caractère central d'une telle confrontation explique un trait récurrent des discours argumentatifs : leur très forte hétérogénéité énonciative, qu'elle soit traitée en termes de polyphonie (Ducrot) ou de dialogisme (Bakhtine).

Dans le cadre de cette présentation, nous nous intéresserons à une manifestation particulière de cette hétérogénéité énonciative : les échanges rapportés, et chercherons à en décrire les fonctions argumentatives. Les données analysées sont des interactions 'ordinaires': il s'agit de discussions entre commerçant et clients dans un commerce de presse parisien.

L'observation des données amène à distinguer deux cas principaux :

L'analyse des échanges rapportés de type 1. soulève deux grandes questions :

L'étude des échanges rapportés du deuxième type consiste principalement dans l'identification de l'exploitation argumentative des échanges rapportés (qui constituent souvent le cœur d'argumentations par l'exemple).

Enfin, les échanges rapportés doivent être mis en relation avec la dynamique des interactions dans lesquelles ils apparaissent, et qui leur donnent sens. Ils semblent y remplir divers rôles ; en particulier, ils fonctionnent comme de puissants moteurs de production de discours (ils permettent d' 'étoffer' des discours produits de façon essentiellement monologale, ou dans des cadres fortement consensuels).

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Dutka-Mañkowska, Anna

Université de Varsovie, Pologne, Anna.Mankowska@simple.com.pl

 

La mise à distance du dire dans une approche contrastive: le cas de soi-disant et de ses équivalents en polonais.

Les approches du discours rapporté en Pologne ont été influencées par la tradition grammaticale qui insistait sur la dimension syntaxique de ce phénomène. C'est dans le cadre des recherches sur le texte que cette problématique est abordée du point de vue de l'intertextualité par les théoriciens de la littérature (p. ex. Dobrzyńska 1994), les analyses du texte oral ont permis de mettre en évidence les catégories mixtes et la reprise complexe du discours rapporté (p. ex. Labocha 1988).

En nous inspirant de l'idée sémantique du discours rapporté, basée sur l'idée d'un continuum des formes du rapport, fondé sur l'attribution du dit (Rosier 1999), nous envisageons les formes qui permettent de rapporter une voix collective, anonyme, en marquant une distance de l'énonciateur. Dans une approche contrastive, après les incises françaises dit-on et paraît-il et leurs équivalents en polonais (en préparation), nous abordons l'expression soi-disant et la manière de la traduire dans les textes littéraires.

A partir d'une liste de soi-disant fournie par la base textuelle FRANTEXT, nous cherchons (sans disposer d'outils informatisés) comment les équivalences sont établies. Notre corpus d'exemples polonais est moins vaste par rapport à celui français, parce qu'une partie seulement de romans ont été traduits.

Les formes que nous avons répertoriées sont:

tak zwany

niby

rzekomo

jakoby

domniemany, mniemany

pod pozorem

C'est aussi au niveau des segments textuels plus vastes, et non des marques spécialisées, que se situent les stratégies d'une mise à distance d'un discours anonyme.

Les résultats provisoires de nos analyses nous amènent à:

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Fauré, Laurent & Bertrand Vérine,

Praxiling - UMR 5475 CNRS, " Discours, Textualité et Production de sens " Université Paul Valéry — Montpellier III, France, Laurent.Faure@univ-montp3.fr,            Bertrand.Verine@univ-montp3.fr

 

Authentifier un discours autre en y mettant du sien:

les vocalisations ah et oh en frontière de discours rapporté direct à l’oral.

 

Les interjections vocaliques du type ah, eh, oh, ouh… (désormais Voc.), quasi absentes du discours indirect, ont pour fonction principale, en discours direct, d’authentifier la parole citée. Elles participent de la sorte à la mise en représentation vocale de l’oralité et confortent ainsi l’idée —déjà chez Authier (1978)— selon laquelle le DD vise à faire vivre une situation d’énonciation plutôt qu’à reproduire fidèlement un autre discours.

Structurellement, en français parlé, on trouve la majorité des Voc. —aux côtés d’autres particules et de variables prosodiques— en clôture initiale de la parole rapportée (Vincent et Dubois 1997, Morel et Danon-Boileau 1998) mais aussi, à un degré moindre, en clôture terminale. Cette position frontalière leur confère pour nous une grande ambivalence énonciative, entre hétérogénéité montrée et emboîtement discursif.

En réfutation de l’option polysémique et de la déformabilité par le co(n)texte, nous poserons que, sous différentes fonctionnalités, une valeur fondamentale est assignée en langue à un même marqueur actualisé diversement en discours. Constituant pour nous une trace et un instrument du travail coénonciatif du sujet parlant —et, selon Goffman (1987:146), destinées à attirer l’attention d’autrui en lui suggérant qu’il surprend notre dire— les Voc. ont, de ce fait, une valeur dialogique qui ouvre fondamentalement à l’autre, inscrit dans la parole du même. Indices modaux, elles sont, de plus, directement impliquées dans les opérations de prise en charge. Dès lors, à quelle source énonciative attribuer ces petits mots du discours (quand il est " rapporté "), ces pseudo-cris plus ou moins intégrés à du discours plus ou moins autre ? Nous recourrons, pour tenter d’éclaircir cette question au modèle praxématique de Barbéris (1995, 1998), qui propose une construction de la subjectivité en trois positions d’actualisation : l’interjectif y est versé à l’instance intermédiaire de la subjectivité dialogique en idem, ce qui permet de retravailler le caractère plurivocal des Voc. à l’oral en questionnant le rapport figé locuteur/énonciateur.

L’étude concerne le français oral contemporain : aux corpus d’enquête recueillis en milieu minier et dans des bureaux de poste s’ajoutent des interactions enregistrées à micro caché en contexte associatif et familier.

Références:

Authier J., 1978, "Les formes du discours rapporté : remarques syntaxiques et sémantiques à partir des traitements proposés", DRLAV 17, 2-87.

Barbéris J.-M. 1995, Ville et espace. Les chemins de la parole. Etude de la construction des discours sur l'espace dans un corpus d'échanges oraux recueilli à Montpellier (France), thèse de doctorat, 4 tomes, Université Montpellier III, 350 p.

Barbéris J.-M. 1998, "Pour un modèle de l'actualisation intégrateur du sujet", in Barbéris J.-M., Bres J., Siblot P. (coord.), 1998, 200-218.

Barbéris J.-M., Bres J., Siblot P. (coord.), 1998, De l'Actualisation, CNRS Éditions, Paris.

Goffman E. 1981, Forms of Talk, trad. fr. 1987, Façons de parler, Minuit, Paris.

Morel M.-A. et Danon-Boileau L. 1998, Grammaire de l'intonation, l'exemple du français, Bibliothèque de Faits de Langues, Ophrys, Paris.

Vincent D. et Dubois S., 1997, Le discours rapporté au quotidien, Québec: Nuit blanche.

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Fløttum, Kjersti

Institut d'Etudes romanes Université de Bergen, Norvège, kjersti.flottum@roman.uib.no

 

Îlots textuels dans "Le temps retrouvé" de Marcel Proust

Dans cette communication seront étudiés les trois types d'îlots textuels suivants :

(1) îlot textuel en DI (Jean dit que … "X" …)

(2a) îlot textuel hors DI avec source explicite (selon (les paroles de) Jean, … "X" …)

(2b) îlot textuel hors DI sans source explicite (… "X"… )

Il est clair que l'interprétation d'exemples comme (2b) est nettement moins évidente que l'interprétation de (1) et (2a). Comment interpréter les guillemets dans le type (2b) ?

Qui parle ici ?

Voilà des questions qui seront essentielles dans cette communication, qui se situera dans le cadre de la polyphonie linguistique. Ce cadre semble tout indiqué pour une telle étude, où il sera question d'examiner 1) des marques explicites (ici : les guillemets) insérées dans le discours par le locuteur, 2) la source du segment mis entre guillemets et 3) les liens entre ce segment et le locuteur.

            Les matériaux sont constitués par des séquences du Temps retrouvé, de l'oeuvre A la recherche du temps perdu de Marcel Proust. Les îlots textuels abondent dans ce texte et semblent représenter une gamme de formes et de fonctions différentes.

Le cadre théorique dans lequel cette étude se réalisera est celui de la polyphonie linguistique telle qu'elle est développé par Oswald Ducrot et par la suite élaborée par Henning Nølke ainsi que par les autres membres du projet nordique Polyphonie linguistique et polyphonie littéraire (http://www.hum.au.dk/romansk/polyfoni/). Dans ce projet nous tentons de réunir les perspectives linguistique et littéraire dans l'étude de textes différents, principalement littéraires.

L'objectif de la présente étude est tout d'abord d'identifier et décrire linguistiquement les différents types d'îlots textuels représentés dans Le temps retrouvé (pour l'analyse des répliques dans cette même oeuvre, je renvoie à la communication de Coco Norén). Cette description pourra à son tour constituer la base d'une interprétation de ces phénomènes langagiers dans un cadre plus littéraire. Nous pensons parvenir à quelques traits distincts qui contribueront à 'typologiser' Le temps retrouvé par rapport à Madame Bovary de Gustave Flaubert, dont les îlots textuels sont étudiés par Kathrine R. S. Jørgensen.

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Forget, Danielle & France Martineau

Département des lettres françaises, Université d'Ottawa, Canada, dforget@uottawa.ca, fmartin@uottawa.ca

 

De la configuration linguistique à la visée énonciative: le discours rapporté en milieu littéraire

Deux récits en moyen français, l'un tiré des Cent Nouvelles Nouvelles et l'autre des Miracles de Notre-Dame, nous servirons de terrain d'analyse pour un traitement du discours rapporté envisagé dans sa dimension linguistique, rhétorique et textuelle. Ces textes qui nous livrent la parole d'autrui sous forme directe ou indirecte, avec tous les intermédiaires s'y rattachant, exploitent des choix narratifs qui ne sont pas sans relation avec leur valeur d'acte. En effet, reproches, malentendus, accusations, aveux, etc. sont autant de mouvements énonciatifs qui fondent l'interaction entre les personnages et s'attachent à la trame narrative. Nous faisons l'hypothèse que ces types d'actes– fortement exploités dans le contexte littéraire qui nous occupe- tirent profit différemment d'au moins deux ressources indiscutables du discours rapporté: le verbe de parole et la subordination, de même que dans la relation qu'ils entretiennent.

            L'examen de textes médiévaux montrent que les énoncés rapportés présentent des configurations et 'des types d'insertion d'un discours rapporté dont notre terminologie récente ne peut vraiment rendre compte.' (Marchello-Nizia 1997) (référence énonciative à la situation d'énonciation première plutôt que référence anaphorique au contexte (Buridant 2000), emploi répété de que, absence d'un subordonnant attendu, 'style direct intriduit par 'que' (Bruna Cuevas 1994, entre autres). Nous examinerons d'une part comment les ressources linguistiques de l'époque sont exploitées, compte tenu des modifications qui touchent, en moyen français, le statut des niveaux de complémentation (perte d'autonomie du complément d'objet), la rection du verbe (voir Combettes 1994) et de façon plus générale la subordination; d'autre part, nous lierons le choix des configurations linguistiques et le passage souple de l'une à l'autre à la visée énonciative.

Nous croyons qu'établir le lien entre des actes de parole performés au moyen du discours rapporté et la configuration linguistique qu'ils privilégient peut apporter une contribution nouvelle à l'appréhension des phénomènes de parole, appréhension qui s'est faite pendant longtemps à partir de catégories trop strictes et dont les frontières ont été mises à l'épreuve. (cf. notamment Authier 1982, Forget 1981). Les particularités syntaxiques et sémantiques des énoncés orientés vers la parole rapportée sont constitutives de leur visée énonciative (illocutoire et perlocutoire) qui, elle-même, modalise l'interprétation à donner au 'faits de parole'. C'est donc cet aller-retour entre la visée énonciative et la configuration linguistique des énoncés liés directement ou indirectement au rapport de parole que nous entendons privilégier, comme moyen heuristique d'analyse du discours rapporté. Étant donné que plusieurs de ces actes débordent les frontières de l'énoncé et reçoivent une valeur de l'agencement avec des actes dérivés, nous préconisons une approche globale du texte. Une telle approche permet, selon nous, d'enrichir la problématique de l'hétérogénéité énonciative (cf. Authier 1982, 1995) tout en offrant un mode cohérent d'appréhension des variantes du discours rapporté et des formes apparentées (Leech et Short 1981, Mellet et Vuillaume 2000).

Références:

Authier, J. (1995). Ces mots qui ne vont pas de soi, Paris, Larousse, 2 volumes.

Authier J. (1982). 'Hétérogénéité montrée et hétérogénéité constitutive: éléments pour une approche de l'autre dans le discours', DRLAV 26, p. 91-151.

Bruna Cuevas, M. 1994. 'Le discours direct introduit par que', Verbum 1, Les aspects du discours narratif, 61-87.

Buridant, C. (2000). Grammaire nouvelle de l'ancien français. SEDES.

Combettes, B. 1994. 'Évolutions dans le domaine de la transitivité', dans Opérateurs et Constructions Syntaxiques, Presses de l'École Normale Supérieure, p. 135-147.

Coulmas, F. ed. (1986). Direct and Indirect Speech, Mouton de Gruyter, Berlin/New-York

Forget, D. (1992) 'A pragmatic role for inserted clauses in literary texts',dans Cooperating with Written Texts. The Pragmatics and comprehension of written texts, D. Stein ed., Mouton de Gruyter, p. 373-395.

Forget, D. (1981) Analyse pragmatique du discours rapporté, thèse de doctorat, Université McGill, Montréal.

Leech, G.N. et M. Short (1981). Style in fiction, London, Longman.

Marchello-Nizia, C. (1997). La Langue française aux XIVe et XVe siècles. Nathan.

Marnette, S. (1996). 'Réflexions sur le discours indirect libre en français médiéval', Romania 114, 1-2, p. 1-49.

Mellet, S. et M. Vuillaume coll. (2000). Le style indirect libre et ses contextes, Cahiers Chronos no 5, Éditions Rodopi, Amsterdam.

Rosier, L. (1998). Discours rapporté: histoire, théories, pratiques, Duculot, Paris/Louvain-la-Neuve.

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Garnier, Sylvie, Université de Chicago, USA, sgarnier@ifrance.com

Sitri, Frédérique, Université Paris X, Syled (Cediscor), damofer@club-internet.fr

 

Le discours autre dans l'énoncé concessif

L'énoncé concessif est généralement défini comme un énoncé qui fait une place au discours de l'autre (le locuteur concéderait la valeur de vérité de 'l'argument' repris mais contesterait sa valeur argumentative). Jusque-là, la notion de concession a été plus abordée sous un angle argumentatif (orientation argumentative, force des arguments) ou syntaxique et moins directement sous un angle discursif. Nous souhaitons, dans cette communication, aborder la question qui nous semble centrale des modalités de cette inscription du discours autre dans l'énoncé concessif. En faisant porter la description sur les marques d'attribution de l'élément concédé à un discours autre, on s'interrogera sur la question des frontières du discours rapporté: jusqu'à quel point le linguiste est-il en mesure de repérer la présence d'un discours autre et, au-delà, avec quel appareil théorique peut-il rendre compte d'un effet discursif dialogique?

Notre recherche s'appuie sur un corpus varié écrit et oral: articles de presse, textes littéraires, essais, textes d'étudiants en français langue maternelle et étrangère, enregistrements de réunions de négociation et de discussions chez des commerçants …

Les trois exemples suivants illustrent quelques-uns de nos points de questionnement:

1. [Extrait du débat Chirac Jospin du mardi 2 mai 1995]

Jospin : Je propose la réduction de la durée légale du travail dans deux ans en 1997, à 37heures (…)

Chirac : (…) le travail diminuera de deux heures, c'est vrai, et on embauchera pas pour autant un travailleur supplémentaire.

2. [Le Monde, page "débats", à propos des incidents survenus en France après le déclenchement des événements en Israël]

L'incendie d'une synagogue rappelle de mauvais souvenirs et, même si cet attentat n'a pas fait de victimes, même si les responsables n'en sont pas connus ni leur motifs élucidés, il faut sans délai lancer un cri d'alerte contre ce qui apparaît au mieux comme un insupportable dérapage.

3. [Extrait d'un comité d'entreprise, à propos des départs "volontaires" de salariés de l'entreprise]

L1 moi je pense quand même profondément que si que si quelqu'un était si tu veux enfin e enfin se sentait obligé par une direction de faire ça il irait voir forcément un des syndicats autour de cette table donc on aurait forcément des échos donc moi je j'ai tendance à dire que c'est librement consenti de la part de la personne

L2 quand on dit que c'est pas c'est pas que c'est e: que les gens sont d'accord pour partir c'est sûrement vrai à la fin (h) mais au départ c'est vrai qu'il y a quand même une pression moi j'ai eu le cas e autour de moi j'ai vu des gens on les a quand même rappelés plusieurs fois en leur disant prenez ça c'est plus sûr on sait jamais etcetera il y a quand même une pression un peu morale je dirais (h) qu'est: beaucoup plus insidieuse qu'on le pense effectivement

Références:

Moeschler J., de Spengler N., 1982, "La concession ou la réfutation interdite, approches argumentatives et conversationnelles", Cahiers de linguistique française, 4, p. 7-37

Morel .-A., 1980, Etude sur les moyens syntaxiques et lexicaux propres à exprimer une concession en français contemporain, Lille, Atelier National de Reproduction des Thèses

Authier J., 1995, Ces mots qui ne vont pas de soi, Paris, Larousse.

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Gautier, Laurent

Université de Bourgogne, Faculté des Langues et Communication, Dijon, France, LGautier@wanadoo.fr

 

Le discours rapporté à l'épreuve de la traduction dans le couple allemand – français

La présente contribution ressortit à la fois à la linguistique contrastive et à la traduction comparée. Partant du postulat que la comparaison de textes traduits peut enrichir les acquis d'une linguistique contrastive plus tournée vers le système (Gautier 1998, 2000, à paraître), elle vise à analyser les techniques utilisées par les traducteurs pour rendre en français le discours rapporté (dr) allemand dans ses formes tant prototypiques que déviantes.

Même si la liste des traits définitoires du dr allemand n'est pas close, deux d'entre eux méritent une attention particulière dès que prévaut l'optique contrastive : l'existence d'un mode spécifique (subjonctif i et ii) et le recours à deux types de linéarisation différente selon les structures syntaxiques choisies (énonciative ou groupe dépendant). Tandis que la question de la transposition des déictiques de personne, temps et lieu se retrouve dans les deux langues, les deux traits précédents passent en effet pour caractéristiques de l'allemand où ils autorisent un emploi stylistique subtil des formes de dr, comme la suppression possible de l'élément introducteur marquant le report d'assertion ou le recours à une structure d'énonciative non marquée. Les perturbations introduites dans le système par certaines formes de subjonctif ii ou d'indicatif ne font qu'enrichir encore cette problématique en même temps que la palette des possibles.

L'approche contrastive pratiquée ici repose sur un corpus littéraire montrant clairement que, dans le processus complexe de la narration, les frontières entre dr et discours direct (dd) sont plus que perméables et que c'est un " continuum " (Pérennec 1992) allant du dr canonique au dd, en passant par la forme hybride du discours indirect libre, qui y est exploité pour devenir le véritable moteur narratif des textes retenus (romans de Thomas Bernhard, Heinrich Böll et Ernst Wiechert). C'est précisément ce rôle structurel du dr qui fait de ceux-ci un vrai challenge pour le traducteur français qui ne dispose pas de procédés de traduction automatiques : il s'agira donc de mettre en évidence les techniques utilisées par celui-ci pour garantir, par-delà les équivalences dénotative et connotative, une équivalence pragmatique et esthético-stylistique entre texte-source et texte-cible. Outre les résultats proprement traductologiques, l'approche comparée des deux systèmes de dr devrait permettre, en retour, d'éclairer différemment la question de ses frontières à l'intérieur même de chacun des deux systèmes.

Références:

Gautier, Laurent (1998): "Vom Gewinn der kontrastiven Linguistik für die Übersetzung." Dans: Nouveaux Cahiers d'Allemand, 16/2 (211-226).

Gautier, Laurent (2000) : "De la linguistique contrastive à la traduction comparée: quelques pratiques." Dans: Taïeb Baccouche / André Clas / Gaston Gross / Salah Méjri (Eds). La traduction: théories et pratiques. Tunis: Université des Lettres, des Arts et des Sciences Humaines (= Etudes de littérature, langue et civilisation, X) (165-181).

Gautier, Laurent (à paraître): "Zur Nominalsyntax im Sprach- und Übersetzungsvergleich Deutsch – Französisch." Actes du 35ème colloque linguistique – Innsbruck, septembre 2000.

Pérennec, Marie-Hélène (1992): "Les techniques du discours rapporté dans la nouvelle d'I. Bachmann Simultan." Dans: Gertrud Gréciano / Georges Kleiber (Eds). Systèmes interactifs: mélanges en l'honneur de Jean David. Paris: Klincksieck (= Recherches linguistiques; 16) (323-333).

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Giani, Daniela

Università degli Studi di Firenze, Italie, giani@lablita.dit.unifi.it

 

Le discours direct rapporté dans l'italien parlé et écrit.

La communication propose les résultats d'une comparaison à propos du discours direct rapporté (dorénavant DDR) entre l'italien parlé (un échantillonage de sept heures et demie de conversations enrégistrées et transcriptes, "Corpus LABLITA") et l'italien litteraire (un échantillonage d'environ 50 auteurs dépuis l'année 1950 jusqu'aujourd'hui, mis aux archives du Laboratoire Linguistique du Dèpartement des Études Italiens de l'Université de Florence).

Les différences émergées concernent:

  1. la typologie du DDR;
  2. les construtions syntaxiques qui entroduisent le DDR.

À partir de l'idée du changement du "centre de référence" par rapport au contexte linguistique citant (Mortara-Garavelli 1995), on réconnaît dans le parlé deux typologies de DDR (Giani 1999 et sous presse) non relevables dans l'écrit:

  1. l' "usage métalinguistique" où se trouve rapportée la seule locution du discours représenté dans le contour intonatif de l'énoncé citant;
  2. le "rapport" où se trouve représentée aussi l'intonation de ce discours.

Seulement le type 2 a une propre illocution (Austin 1962) exprimée par sa forme intonative (Cresti 2000) et définible, d'après la théorie des "éspaces mentaux" (Fauconnier 1984) et ses applications à l'étude du discours rapporté (Blanche-Benveniste 1991 et D'Angelo 1994), comme "création d'un éspace de parole". Cette définition permet d'expliquer les divers caractères du DDR traités séparément de la littérature précedente (séparation des points de vue du parlant cité et du parlant citant, changement du centre de référence, illusion de la crédibilité du DDR).

Dans le parlé, le DDR est introduit dans le contexte linguistique citant:

  1. sans aucun "support" ;
  2. beacoup plus fréquemment, précédé par un "introducteur locutif" (Giani 1999);
  3. suivi ou interrompu par un incise.

L' "introducteur locutif" et l'incise ne sont pas interchangeables (à voir Banfield 1973 et 1982). De l'examen du corpus il résulte, en effets, que les incises ne "connectent" jamais le DDR au contexte citant, mais ils sont en fonction d'aides métalinguistiques. La fonction de "conncter" le DDR au contexte citant est propre seul de l' "introducteur locutif", qui dans le parlé est une unité informative "obligatoire".

Dans l'écrit, au contraire, la ponctuation (les deux points) et les signes diacritiques (guillemets ou tiret) rendent tout de suite reconnaissable le DDR. Les structures syntaxiques de support au DDR résultent, par conséquent, differentes:

  1. l'introducteur n'est pas nécéssaire (seulement le 30% environ des DDR présente l'ntroducteur dans l'écrit, contre le 75% du parlé);
  2. l'impossibilité d'exprimer dans l'exécution du parlé les caractéristiques liées à l'oralité (intonation, ton del voix, gestes) rend nécéssaire dans l'ècrit leur déscriptions par des intégrations textuelles (augmentation du pourcentage des incises: 50% contre le 22% du parlé) et par une plus grande richesse lexicale des verba dicendi (le 50% environ des verbes introducteurs précisent la modalité communicative du DDR, tandis que, dans le parlé, le lexique de ces verbes est limité aux hyperonymes "dire" et "faire";
  3. dans l'écrit il y a des éléments dont la nature d'introducteurs est reconnaissable seulement grâce aux deux points qui les lient au DDR. Les mêmes introducteurs, dans le parlé, seraient agrammaticaux.

 

Reférences:

Austin, John L. (1962): How to Do Things with Words. Oxford New York:Oxford University Press. Bachtin, Michail (1975): "Slovo v romane", in Voprosy literatury i estetiki. Izdatel'stvo: Chudozestvennaja literatura.

Banfield, Ann, (1982):Unspeakable Sentences. Narration and Representation in the Language of Fiction. Boston: Routledge & Kegan Paul.

Blanche-Benveniste, Claire., (1990): Le français parlé. Paris: Edition du CNRS.

Blanche-Benveniste, Claire (1991): "Le citazioni nell'orale e nello scritto", in Margherita Orsolini / Clotilde Pontecorvo (eds.): La costruzione del testo scritto nei bambini. Firenze: La Nuova Italia 259-273.

Cresti, Emanuela (2000): Corpus di italiano parlato. Firenze: Accademia della Crusca.

D'angelo, Mario (1994): "Alcuni aspetti semantici del discorso riportato e l'analisi degli spazi mentali", in: Lingua e stile XXIX.

Fauconnier, Gilles (1984): Espaces mentaux. Paris: Les éditions de Minuit.

Giani, Daniela (1999): Il discorso diretto riportato in un corpus di italiano parlato. Tesi di laurea, Université de Florence.

Giani, Daniela (sous presse): Il discorso diretto riportato nell'italiano parlato. Actes du VI Congrès Internazional de la Societé Linguistique et Philologie Italienne (SILFI), Duisburg 28 juin-2 juilliet 2000.

Holt, Elizabeth (1996): "Reporting on talk: The use of Direct Reported speech in conversation", in: Research on Language and Social Interaction 29, 3: 219-246.

Klein, Gabriella (1994): "La citazione come strategia conversazionale", in Orletti, Franca (ed.) Tra conversazione e discorso. Roma: La Nuova Italia Scientifica .255 -266.

Leech, Goffrey (1980): Explorations in semabntics and pragmatics. Amsterdam: J. Benjamins.

Macaulay, Ronald K. S. (1987): "Polyphonic Monologues: Quoted Direct Speech in oral Narratives", in: Papers in pragmatics I, 2: 1-34.

Mayes, Patricia (1990): "Quotation in the spoken English", in: Studies of language 14, 2: 325-363.

Mizzau, Marina (1994): "La finzione del discorso riportato", in: Orletti, Franca (ed.): Fra conversazione e discorso. Roma: La Nuova Italia: 247-254.

Mortara-Garavelli, Bice (1985): La parola d'altri. Palermo: Sellerio.

Mortara-Garavelli, Bice (1995): "Il discorso riportato", in: Renzi, Lorenzo / Salvi, Giampaolo / Cardinaletti, Anna (eds.): Grande Grammatica di Consultazione, vol. III. Bologna: Il Mulino: 427-468.

Partee, Barbara Hall (1973): "The sintax and semantics of quotation", in Andersen, Stephen / Kiparsky, Paul (eds.): A Festschift for Morris Halle. New York: Reinhart & Winston 410-418.

Polanyi, Livia (1979): " So what's the point?", in: "Semiotica" 25: .207-241.

Scarano, Antonietta / Giani, Daniela (sous presse): "L'italiano d'oggi: analisi di alcune strutture nelle varietà scritta e parlata", in: Maraschio, Nicoletta (ed.): Italia linguistica anno Mille – Italia linguistica anno Duemila. Actes du XXXIV Congrès Internazional des Études de la Societé Linguistique Italienne (SLI), Firenze (19-21 octobre 2000).

Tannen, Deborah (1989): Talking voices: repetition, dialogue, and imagery in conversational discourse.Cambridge: Cambridge University Press.

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Grobet, Anne

Université de Genève, Suisse, Anne.Grobet@lettres.unige.ch

 

La fin des séquences de discours rapporté est-elle marquée dans le discours oral?

Dans le discours oral monologique ou dialogique, la ponctuation du discours rapporté soulève des problèmes spécifiques car il n'existe pas d'équivalent direct des guillemets. Morel & Danon-Boileau (1998: 130-131) relèvent ainsi que si le début des séquences de discours rapporté direct est généralement clairement marqué par la présence de verbes introducteurs de parole (il m'a dit, etc.) et de marques lexicales telles que les interjections (ah, oh, etc.) ou les 'ligateurs' (oui, bon, ben, etc.), il n'en va pas de même pour la frontière finale, qui n'est souvent pas marquée linguistiquement.

L'étude de dialogues authentiques montre toutefois qu'il existe, dans le discours oral, certains indices qui, s'ils sont à priori moins apparents qu'un verbe introducteur de parole par exemple, n'en jouent pas moins un rôle équivalent à celui des guillemets de clôture dans le discours écrit. Ces éléments peuvent être décrits comme des 'indices de contextualisation' au sens de Gumperz (1992), et sont de natures linguistique, prosodique et interactionnelle. Se combinant en faisceaux, ils interviennent de manière à la fois prospective et rétrospective. D'une part, la fin des séquences de discours rapporté est marquée prospectivement par une série d'indices tels que l'achèvement d'une structure syntaxique, la présence de ponctuants de clôture et d'une intonation prosodique conclusive qui se combine souvent, dans nos exemples, avec une diminution de l'intensité. D'autre part, la fin des séquences de discours rapporté est marquée rétrospectivement par le début d'une nouvelle construction syntaxique, par d'éventuels ponctuants lexicaux indiquant un démarrage (bon, ben, etc.), ainsi que par la présence d'une pause et/ou d'une attaque plus haute caractérisée par une intensité plus forte, voire par une alternance dans les tours de parole. Nous discuterons le rôle de ces ponctuants et leurs interrelations à partir de l'examen de quelques extraits d'un entretien de Radioscopie entre Jacques Chancel et Françoise Sagan.

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Hanote, Sylvie

FORELL, CerLiteP, Université de Poitiers, France, hanote@pop.mshs.univ-poitiers.fr

 

Des introducteurs de discours aux indices de frayage

Dans le cadre de la Théorie des Opérations Enonciatives d'Antoine Culioli, nous envisageons la problématique du discours rapporté (DR) comme la construction d'une nouvelle origine assertive et/ou énonciative qui sert à la fois pour le calcul des valeurs référentielles de l'énoncé rapporté et comme support des modalités dans l'énoncé rapporté. On comprend bien ce qui se passe lorsqu'on a un prédicat de discours "classique" (tels say, tell, ask) antéposé comme dans l'exemple ci-dessous :

(1) He said : "I'd like to be your neighbour"

La nouvelle origine énonciative / assertive est alors explicitement construite dans et par l'énoncé rapportant en tant que telle, mais que se passe-t-il lorsqu'il ne s'agit plus d'introduction de discours "classique" ? Le but de notre proposition de communication est d'étudier justement les cas de DR pour lesquels il n'y a pas de prédicats dits de "parole". Parmi les prédicats rencontrés, nous ferons la part entre deux types de prédicats : ceux où "il y a encore du say" et ceux où "il n'y a plus de say".

I) Prédicats dans lesquels "il y a encore du say" :

(2) "You have no right to say these sort of things," she snarled. "My father was a good man."

Dans l'utilisation du prédicat ci-dessus, il est signifié quelque chose de plus que la simple prise de parole ; il y a du "say + QLT". Ce prédicat remplit donc la même fonction que les verbes plus spontanément considérés comme déclaratifs mais il s'ajoute une dimension qualitative supplémentaire. La qualification est intégrée dans le sémantisme du prédicat. L'énoncé rapportant, le plus souvent en incise ou postposé, semble donc constituer davantage une prédication qualitative, attribuant à l'asserteur une propriété, qu'une occurrence situationnelle de prise de parole. On examinera les possibilités d'antéposition et de postposition de ce type d'introduction de discours ainsi que les contraintes qui s'appliquent.

II) Prédicats dans lesquels "il n'y a plus de say" :

(3) "I hate the blacks, I hate the Kaffirs," exploded Ferdi.

Remarquons plusieurs choses :

            - Ces prédicats ne sont pas aptes à introduire du DI (*Ferdi exploded that...).

            - Ils peuvent difficilement introduire du DD en position antéposée (?Ferdi exploded : "I hate the blacks, I hate the Kaffirs"). On serait alors tenté de remplacer les deux-points par un point afin de transformer l'énoncé en une prédication de propriété indépendante du discours rapporté : Ferdi exploded. "I hate the blacks, I hate the Kaffirs". C'est d'ailleurs ce qui se passe dans l'énoncé suivant où la prédication de propriété et l'introduction de discours sont séparées :

(4) She exploded. She shouted, "You take that blasted cat to the vet, Ted Roper …"

Avec des prédicats tels que explode, il ne peut alors, nous semble-t-il, être encore question de véritable prédicat introducteur de discours. Syntaxiquement, en tout cas, ces prédicats n'introduisent plus vraiment le discours rapporté. C'est encore plus frappant dans l'exemple ci-dessous :

(5) "Dear William ! I'm sure you did !" She laughed in the new way.

Avec she laughed, peut-on encore parler d'énoncé rapportant ? Dans cette étude, nous nous intéresserons aux frontières du DR en nous posant les questions suivantes : Jusqu'où l'anglais peut-il aller dans la mise en discours ? Peut-on utiliser n'importe quel type de prédicat introducteur ? Et dans des cas comme ci-dessus, peut-on encore parler de discours rapportant ? Ne serait-il pas plus juste de parler d'"indices" de discours, un peu comme ce qui se passe dans le DIL où il est fréquent de trouver, dans le contexte, un prédicat de perception ou de sentiment permettant de construire de façon explicite un sujet asserteur potentiel dissocié de l'énonciateur origine ? Nous parlerons alors ici non plus d'introducteurs de discours mais d'indices de frayage dans le sens où ce type de prédicats permet de construire une nouvelle subjectivité, potentiellement origine des repérages, et de "court-circuiter" ainsi l'origine première. Ces indices permettent la construction des valeurs référentielles du texte par le biais d'un autre "chemin" que celui tracé au départ d'une origine assertive et énonciative unique.

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Jaubert, Anna

Université de Nice-Sophia, Antipolis, France, UMR Bases, corpus, langage, CNRS, ajaubert@unice.fr

 

Parler au deuxième degré: Du discours rapporté au discours déporté

En matière de discours rapporté, les régimes mixtes ouvrent une large gamme d'effets de sens (pour la variété des cocktails, cf. Rosier 1998, chapitre V, 'Travaux pratiques du discours rapporté'. L'inscription en contexte plus ou moins 'ordinaire', ou plus ou moins 'littéraire', des formes non attribuées du report des voix suscite une interrogation sur leur valeur pragmatique. Dans ce jeu du montré-caché (qui est plutôt d'ailleurs un caché-montré) de l'hétérogénéité énonciative, quels points de contact établir, mais aussi quelle distinction préserver entre, par exemple,le discours indirect libre et l'ironie, ou entre le discours direct libre et la dérision?

Représentation discursive et mise en scène d'une parole autre engagent une réflexion sur la 'fictionnalisation dans le langage', qui conditionne l'écho amplifié de ses investissements littéraires.

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Jonasson, Kerstin

Suède, kerstin.jonasson@romanska.uu.se

 

Le discours rapporté dans "Une Vie" de Maupassant et sa traduction dans deux versions suédoises.

Les différentes formes que prend le discours rapporté dans le roman Une Vie de Guy de Maupassant sont intéressantes à étudier de plusieurs points de vue : discours direct et indirect, discours rapporté sous forme de nominalisation, usage d'expressions entre guillemets, etc. Non moins intéressantes se révèlent de cette oeuvre les deux traductions suédoises qui sont à notre disposition. Il s'avère que non seulement les manières dont le discours est rapporté varient, mais aussi le mode énonciatif ou l'acte du langage (par ex une question traduite sous forme d'assertion) et, ce qui est particulièrement intéressant, dans une des versions certains passages ont été supprimés. Ces omissions se retrouvent dans la plus ancienne traduction et il se peut bien qu'elles s'expliquent par une sorte de censure, le roman de Maupassant étant jugé très immoral.

D'une part j'étudierai les diverses formes du discours rapporté qui se manifestent dans le roman Une vie de Maupassant. Je les classifierai avec une attention particulière aux formes hybrides, cherchant des traces du dicours direct dans des passages qui ne paraissent pas en être des instances. La classification sera mise en rapport avec certains aspects narratologiques, tel que le point de vue.

D'autre part j'examinerai deux traductions suédoises du roman pour voir si les formes du discours rapporté utilisées dans le roman sont respectées dans les versions suédoises ou s'il y a des modifications sur ce plan. J'ai déjà constaté qu'une nominalisation comme "[Il] disait son désir ancien déjà de..." est traduite en suédois d'une part par une nominalisation,"[Han] uttryckte sin länge närda önskan att...", d'une part par un discours indirect, " [Han] försäkrade att han länge hade önskat..." (= [Il] assurait qu'il avait longtemps désiré...). J'essaierai de voir si de telles modifications sont plus fréquentes dans la version la plus récente qui semble davantage s'adapter aux normes linguistiques du suédois d'aujourd'hui ou s'il faut les expliquer d'une autre manière. Je considérerai également les conséquences stylistiques de ces modifications. L'approche sera contrastive et traductologique.

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Kolopp, Michèle

Doctorante au Syled, UTRES 2290, Paris III, France, bjbobigny@wanadoo.fr

 

Encadrement par des formes marquées, inscription différentielle de l'énonciateur en 'je', rôle des connecteurs et des anaphoriques; des indices pour une interprétation d'un énoncé comme discours 'autre' non marqué.

La cérémonie de réception à l'Académie française s'articule autour de deux discours : l'un dit de remerciements est prononcé par le nouvel élu, l'autre appelé réponse est prononcé par un académicien. La première des 'missions' est de parler d'un autre, de sa vie et de son œuvre, donc de construire son discours à partir et avec les mots de cet autre, objet du discours. Pour l'entrant (ou récipiendaire) il s'agit de son prédécesseur et pour l'hôte il s'agit de l'entrant. De façon nettement dominante, les hommes (et désormais les femmes) reçus sont des 'gens de mots', leur œuvre est présentée et analysée. Une mine pour l'étude du dialogisme interlocutif et interdiscursif.

On y trouve en abondance toutes les formes marquées de représentation du discours autre (selon la terminologie de Jacqueline Authier-Revuz, ou plus traditionnellement appelé discours rapporté) : discours direct, indirect, formes avec incises, modalisation (autonymique ou non) en discours second, îlots textuels. Mais au risque de voir sa parole inaudible car saturée de 'X dit' 'X dit que', 'selon X', etc, l'énonciateur recourt souvent à du non marqué que l'on peut apparenter au discours indirect libre. Ce n'est pas sans danger, d'autant que le rapport à cet autre dont on parle va de la complicité à la plus complète étrangeté. Comment les énonciateurs jalonnent-ils le parcours du destinataire vers une interprétation d'un énoncé en discours 'autre' non marqué ?

Nous nous sommes plus particulièrement penchée sur trois types de constructions indicielles qui nous ont semblé très présentes dans notre corpus. Premièrement un encadrement fort par des formes marquées. Deuxièmement, une inscription en 'je' de l'énonciateur, avant, dans ou après le DIL, qui permet une opération de différenciation. Et troisièmement, le rôle des connecteurs et des anaphoriques au sein du DIL dans la construction d'une argumentation qui n'est pas celle de l'énonciateur mais bien celle de cet autre, objet de son discours. Question subsidiaire: ce jeu du 'libre' et de l'indice est-il lié au genre, aux pratiques discursives de chaque énonciateur, aux relations qu'il peut entretenir avec cet autre, à la nature même de cet autre ?

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Komur, Gerta

Université Paris 8 Saint-Denis, gertak@club-internet.fr

 

Les formes marquées du DI

Plutôt que la forme bien connue de DI, dans la perspective du colloque, je me propose de présenter une analyse de formes de DI qui donnent les moyens explicites pour mesurer la variation de la distance manifestée par le locuteur citant au fragment du message d’origine.

Les notions que je souhaiterais mettre en œuvre à partir d’un corpus (constitué pendant environ un mois) d’extraits d’articles de la presse écrite, notamment Libération et Le Monde, sont celles que J. Autier-Revuz a nommé DI avec îlot textuel ou quasi-textuel.

Ces formes empruntent, sans aucunement le laisser ignorer, en le montrant au contraire, des mots à d’autres discours. Cela est signalé, en particulier, par l’emploi des marques typographiques (à l’écrit) ou par un commentaire du locuteur citant (à l’oral).

Quand cet emprunt marqué explicitement concerne soi un ou quelques éléments dans la séquence, on parle d’îlot textuel, par exemple:

/ Elle estime que le peuple tchétchène 'a droit à son autodétermination', alors que mémorial s’oppose à ce que la question de l’indépendance de la Tchétchènie soit soulevée/.

Libération, 16 décembre 1999

/Bush, qui jurait qu’il faisait 'confiance aux gens', préfère aujourd’hui s’en remettre aux machines pour recompter les bulletins de vote. Lui qui se disait 'humble' se présente comme le vainqueur de cette élection/.

Libération, 20 novembre 2000

Dans le cas où le procédé s’applique à une séquence beaucoup plus importante, on a affaire à un DI quasi textuel, par exemple:

/ Chez le courtier Eyssautier, on précise que 'dans neuf cas sur dix, ce type de risque lié à l’environnement n’est pas pris en charge par les assurances […]'/

Libération, 16 décembre 1999

/A Austin, la directrice de communication de Bush, Karen Hugues, a accusé ses adversaires de 'mener une action concertée afin de rejeter les votes par correspondance des hommes et femmes des forces armées'/.

Libération, 20 novembre 2000

Ces formes particulières de réalisation de DI qui trouvent un emploi extrêmement fréquent dans la presse contemporaine relèvent de la modalisation autonymique. En les mettant en pratique , le locuteur citant introduit, comme nous l’avons dit plus haut, dans le contenu rapporté en terme de DI une partie de l’énoncé d’origine. L’interprétation de l’îlot textuel et de son contexte aide à détecter le besoin qu’a le locuteur citant, en l’occurrence du journaliste, de garder ses distances en conservant un fragment du message d’origine.

On cherchera à observer s’il y a des chaînes signifiantes du français qui reviennent souvent dans ce type de fonctionnement (ainsi par exemple de façon très explicite la formule selon ses propres termes). On s’aidera, interprétativement, du contexte situationnel large (qu’indique souvent le titre de l’article) et du contexte verbal immédiat pour comprendre ce qui amène le journaliste à l’utilisation du procédé. Ajoutons qu’il est bien clair que les parties citées de l’énoncé d’origine ne sont pas des 'fragments de DD' et que ces formes de DI ne sont pas 'hybrides' mais complexes, assemblant le mode de la reformulation-traduction et la forme d’emprunt .

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Kunstmann, Pierre

Département de Lettres Françaises, Université d'Ottawa, Canada, kunstman@home.com

 

Aux origines du discours indirect libre: le 'Roman de Brut' de Wace.

Nous nous proposons d'examiner en détail le fonctionnement du discours indirect libre dans le Roman de Brut de l'écrivain normand Wace (c. 1100 - après 1174). Ce texte (éd. I. Arnold, 2 vol., Société des Anciens Textes Français, 1938-1940), libre adaptation de l'Historia regum Britanniae de Geoffroy de Monmouth et que l'on date généralement de 1155, présente plusieurs cas incontestables de ce type de parole rapportée; il s'agit probablement, pour le français, des plus anciens exemples de cette forme de discours - une rapide vérification dans deux textes antérieurs, le Roman de Thèbes (1152) et l'Estoire des Englés de Geoffroy Gaimar, permettra de s'en assurer. L'étude sera menée dans deux perspectives: poétique et syntaxique. Nous verrons le rôle du style indirect libre dans l'organisation du texte, sa dispositio dans l'espace des énoncés rapportés, sa mise en ordre par le narrateur. L'analyse morphosyntaxique portera sur les éléments introducteurs, sur l'emploi des pronoms et déictiques, sur le jeu des modes et des temps. Enfin les occurrences du Brut seront comparées à ce qu'on peut observer dans l'oeuvre complète de Wace (fondatrice, pour le roman et la chronique, et variée puisqu'elle présente aussi des vies de saints).

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Kuyumcuyan, Annie

Université Paul Valéry Montpellier III, France, annie.kuyumcuyan@wanadoo.fr

 

Paroles et thérapie. Enjeux et mises en scène des discours rapportés dans le récit psychanalytique. A propos du Cas Dominique de Françoise Dolto

Cette communication se propose de décrire et d'observer le fonctionnement de ce qu'on nommera, à la suite de Sperber et Wilson (1978), 'mention' plutôt que discours rapporté, et cela dans un spécimen de récit psychanalytique : Le cas Dominique de Françoise Dolto (1971). L'étude sortira donc du champ narratif littéraire pour s'intéresser aux particularités de la représentation du discours d'autrui dans une relation 'scientifique', au sens large des sciences humaines. Cette incursion se justifie des points de vue tant 'stylistique' (formes et proportions des différentes représentations discursives) que fonctionnel (à quelles finalités l'insertion du discours d'autrui obéit-elle quand elle n'est pas, comme en littérature, a priori justifiée par l'impératif fictionnel ?).

' Récit de paroles' par excellence, la relation d'une cure représente en effet un cas emblématique d'hétérogénéité énonciative : la parole ' narrative' de la psychanalyste rapporte tantôt ses propres propos de praticienne, tantôt ceux de son jeune patient, tantôt enfin ceux des membres de sa famille qui ont participé de près ou de loin à l'événement ; le tout se trouvant constamment doublé du commentaire présent de l'auteur à destination du lecteur-interprète. Le récit psychanalytique se signale ainsi, à l'instar du cabinet de l'analyste durant la cure, comme l'espace discursif qui permet à des voix hétérogènes d'entrer en relation, ou déjà en résonance : véritable creuset énonciatif, il fond des discours parallèles et référentiellement hétérogènes en se contentant, dans un premier temps, de les juxtaposer, pour ensuite chercher, dans la trame ainsi (re)construite, des isotopies à partir desquelles reconstruire l'histoire de Dominique. Se pose alors la question du rendu de ces voix diverses — soit leur ' mode de donation' au lecteur — et celle de leur interprétation — soit la façon dont cette hétérogénéité constitutive se résorbe en un tout signifiant, et suffisamment significatif pour aboutir à la 'guérison' d'un sujet au départ lui aussi divisé : traversé de voix contradictoires.

La représentation de la parole revêt dès lors une importance primordiale dans le récit psychanalytique comme dans la cure elle-même : épiphanie de l'Autre dans le discours du Moi, elle constitue un jalon essentiel dans l'appréhension de sa propre histoire par le sujet, ainsi que dans la constitution de ce sujet en personnage pour son ' témoin' externe : le lecteur.

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Lagorgette, Dominique

UFR LLSH / Lettres Modernes, Universite de Savoie, Dominique.Lagorgette@univ-savoie.fr

 

Termes d'adresse et verbes de parole en moyen français : approche pragmatique.

Abstract: A partir d'un corpus de récits brefs français des XIV et XVe siècles, on reverra les hypothèses formulées notamment par Bernard Cerquiglini (1981) qui conçoivent les termes d'adresse comme des marques de début de discours. Une étude des liens entre verbes de parole et termes d'adresse mettra en place une autre approche, associant verbes de parole, T.A. et autres marques de discours oral dans une perspective de type grammaire textuelle et pragmatique. L'étude du corpus médiéval sera appuyée par l'analyse complémentaire de textes en ancien français et en français contemporain.

Hypothèse: termes d'adresse et verbes de parole (en incise, type 'dist-il', 'fait-il'; introducteurs de discours direct; employés de façon métadiscursive 'Gel vos di sans fausser…') servent à renforcer la force illocutoire des actes de langage auxquels ils sont associés dans les énoncés, et peuvent aussi être considérés comme des marqueurs d'acte perlocutoire.

Corpus:

Les Quinze Joyes de Mariage, éd. J.RYCHNER, Genève, Droz, 1967.

Les Cent Nouvelles Nouvelles, éd. F.P.SWEETSER, Genève, Droz, 1966.

Les Evangiles des Quenouilles, éd.M.JEAY, Montréal, Presses Universitaires de Montréal, 1985.

Références:

Austin, J.L., 1970 : Quand dire, c'est faire, Paris, Le Seuil. (How to Do Things with Words, The William James Lectures delivered at Harvard University in 1955, Clarendon Press, Oxford)

Cerquiglini, B., 1981: La parole médiévale : discours, syntaxe, texte, Paris, les Editions de Minuit.

Lagorgette, D., 1998, 'Désignatifs et termes d'adresse dans quelques textes en moyen français', Thèse de doctorat dactylographiée, soutenue à Paris 10 – Nanterre le 21 Novembre 1998.

Lagorgette, D., 2000, 'Les termes d'adresse dans le Merlin de Robert de Boron', Des noms: nomination, désignation, interprétation, Actes du Colloque des 20 et 21 novembre 2000, Université Paris VII, Paris, S.E.D.E.S; pp. 27-42.

Marnette, S., 1998 : Narrateur et Points de Vue dans la littérature française médiévale: Une Approche linguistique, Bernes, Peter Lang.

Martin, R., Wilmet, M., 1980 : Manuel du français du moyen âge, 2. Syntaxe du moyen français, (sous la direction d'Yves Lefèvre), Bordeaux, SOBODI.

Menard, P, Syntaxe de l'ancien français,

Moignet, G., 1976 : Grammaire de l'ancien français, morphologie et syntaxe, 2ème édition, Paris, Klincksieck.

Ponchon, T., 1994, Sémantique lexicale et sémantique grammaticale: le verbe faire en français médiéval, Genève, Droz.

Raynaud de Lage, G., 1990: Introduction à l'ancien français, Paris, SEDES (éd. remaniée par G. Hasenohr).

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Lefebvre, Julie

doctorante au SYLED - Université de Paris III, France, lefebvre.julie@wanadoo.fr

 

Représentation du 'discours autre' et note de bas de page : un jeu sur deux lignes

Le signe double désigné par nous comme 'appel-renvoi de note', relevant de la réalisation exclusivement écrite du système linguistique, permet d'articuler une chaîne de signifiants écrits appartenant à l'entité textuelle à une autre chaîne de signifiants écrits, la note, qui occupe un espace distinct de celui du texte.

Le discours en train de se faire se joue dès lors sur deux lignes, investissant une structure que l'on peut qualifier de 'bifide' qui nous paraît être, à l'écrit, une ressource particulière en ce qui concerne la représentation du 'discours autre'.

Nous proposons ainsi tout d'abord une typologie de la façon dont le discours autre représenté est 'réparti' entre le texte et la note en nous appuyant sur la distribution, entre ces deux lignes, des marques témoignant de la représentation d'un acte d'énonciation autre que celui du 'moi-ici-maintenant'. Nous parvenons de la sorte à dégager deux grands types de répartition entre le texte et la note d'un discours autre représenté - exception faite du cas où ce dernier prend place uniquement dans le corps du texte, dont nous ne parlerons pas ici -, selon qu'il apparaît à la fois dans le texte et dans la note, qui devient alors un 'lieu de spécification' quant à ce même discours autre représenté, ou qu'il n'est présent que dans la note, étant posé de ce fait comme étranger au corps du texte tout en lui étant fondamentalement rattaché.

Nous essayons alors de voir s'il est pertinent de mettre en rapport ces deux types de répartition, entre la ligne du texte et celle de la note, de discours autre représenté, avec la fonction assurée par ce dernier dans le discours en train de se faire, nous demandant ainsi, par exemple, s'il joue le rôle de ce que l'on pourrait appeler un 'contre-discours', ou si, au contraire, il se présente comme 'associé' ou 'approprié' (nous empruntons ces notions à J. Authier-Revuz) à l'objet du discours en train de se faire, ou encore s'il sert à 'désamorcer' une allusion faisant partie du corps du texte.

Prenant enfin pour base les résultats obtenus à partir du croisement du mode selon lequel le discours autre représenté s'inscrit dans la structure bifide rendue possible par la note, avec la fonction qui lui est conférée dans le discours en train de se faire, nous cherchons à mettre en évidence des spécificités de genres ainsi que d'écritures singulières.

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Lefeuvre, Florence

Université de Bretagne occidentale, Lattice, France, flolefeu@club-internet.fr

 

Le rôle énonciatif de 'comme quoi'

L'objet de cette communication est d'examiner si le groupe comme quoi peut être considéré comme un connecteur du discours rapporté. Il s'agit tout d'abord de considérer deux types de structures où il est employé et, en examinant le rôle de comme et celui de quoi, de montrer le rôle énonciatif de ces structures, groupe nominal de type énonciatif + comme quoi :

(1a) Ils lui enverront une attestation comme quoi elle était bien inscrite au bac.

et verbe énonciatif + comme quoi:

(2a) Germain raconta comme quoi il avait été forcé de ramener la petite Marie. (Sand)

Comme joue le rôle d'un adverbe d'énonciation : il marque les conditions d'énonciation selon lesquelles l'énoncé est prononcé et qui signalent la vérité ou la fausseté du dire (Cf. Le Goffic, 1991). Pour (1a), il introduit un élément de comparaison entre le type d'énonciation où s'est produite l'attestation et le fait que cette personne était bien inscrite au bac. Ainsi, selon cette hypothèse, si les conditions d'énonciation dans lesquelles sont prononcées l'attestation se révèlent fausses, on comprend que la personne en question n'était pas inscrite au bac. L'élément comme introduit un écart entre l'énonciation du fait et le fait lui-même. L'énoncé (1a) pourrait se gloser par :

"Dans telles ou telles conditions d'énonciation, l'attestation dit qu'elle était bien inscrite au bac; dans ces mêmes conditions d'énonciation cette personne était bien inscrite au bac."

Pour les structures de type (1a) et (2a), on tâchera de comprendre en quoi on peut parler de discours rapporté et ce qui est effectivement rapporté. A cet effet, on étudiera, pour l'énoncé (2a), la différence entre comme quoi et que :

(2b) Germain raconta qu' il avait été forcé de ramener la petite Marie.

De même qu'en (1a), comme quoi, en (2a), met en exergue l'analogie entre le fait et l'énonciation de ce fait :

"Dans telles ou telles conditions d'énonciation, Germain raconta qu'il avait été forcé de ramener la petite Marie; dans ces conditions d'énonciation, il avait été forcé de ramener la petite Marie".

Le locuteur, par là-même, introduit un écart, le marque de sa subjectivité et rend donc l'énonciation du fait, moins simple, moins objective qu'une complétive en que. Avec comme quoi, un parcours est ouvert sur les conditions d'énonciation en ce qui concerne la vérité ou la fausseté du dire. On essaiera de comprendre le rôle de quoi (Cf. Lefeuvre, à paraître): en (1a) par exemple, ce pronom ne semble pas se comporter comme un relatif puisqu'il ne peut pas commuter avec le pronom relatif laquelle:

(1b) *Ils lui enverront une attestation comme laquelle elle était bien inscrite au bac.

contrairement au groupe préposition + quoi tel que selon quoi :

(3a) La numéro trois […] réduisait à néant la formule selon quoi Henry Lescrabes choisissait les femmes importantes de sa vie sur le même modèle physique. (Labro)

(3b) La numéro trois […] réduisait à néant la formule selon laquelle Henry Lescrabes choisissait les femmes importantes de sa vie sur le même modèle physique.

On examinera les différences énonciatives entre comme quoi en (1a) et selon quoi en (3a). L'analyse des structures (1) et (2a) nous amènera à considérer une troisième structure où comme quoi apparaît, en emploi détaché, généralement après une ponctuation forte:

(4a) Et c'est le lendemain à Ram qu'ils devaient faire la rencontre qui allait changer leur vie à tous.

Comme quoi une idée est toujours une bonne idée (Duras).

Comme quoi a-t-il alors un rôle énonciatif ? On peut effectivement rapprocher (4a) de (4b) :

(4b) Comme qui dirait, une idée est toujours une bonne idée.

Après avoir analysé le rôle énonciatif de comme quoi, on se demandera dans quel type de discours comme quoi apparaît : est-il plus présent à l'oral qu'à l'écrit ? Il est intéressant notamment de suivre l'évolution diachronique de comme quoi dans les énoncés de type (2a). Si les romanciers du 19ème siècle faisaient une large utilisation de cette formulation, celle-ci a été réservée, par la suite, à une utilisation plus familière:

(5) On annonça comme quoi ça va être les informes (San Antonio).

Références:

Lefeuvre, 2001 (à paraître) : "La grammaticalisation du pronom indéfini quoi", Travaux linguistiques du Cerlico, n°14.

Lefeuvre (à paraître) : "Comme quoi", XIIèmes Rencontres en Pays rhénan.

Le Goffic, 1991 : "Comme, adverbe connecteur intégratif : éléments pour une description", Travaux linguistiques du Cerlico, n° 4, pp. 11-31.

Le Goffic, 1993 : Grammaire de la Phrase française, Paris : Hachette.

Moignet, 1981 : Systématique de la Langue française, Paris : Klincksieck.

Muller, 1996 : La subordination en français, Paris : Colin.

 

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Lucas, Nadine       GREYC CNRS Université de Caen, France Nadine.Lucas@info.unicaen.fr

Vergne, Jacques   GREYC CNRS Université de Caen, France jvergne@info-unicaen.fr

Gigue, Emmanuel STARTEM, Paris egiguet@startem.net

 

Détection automatique de la citation et du discours rapporté dans les textes informatifs

En informatique linguistique et spécifiquement en extraction automatique de contenu, la question "qui dit quoi" revient dans de très nombreuses applications. C'est ainsi en effet qu'est exprimée la problématique du discours rapporté, faute de métalangage linguistique, dans la communauté concernée, les utilisateurs et concepteurs de logiciels.

Nous présenterons quelques réalisations d'étudiants et de chercheurs au sein du groupe Syntaxe du GREYC, pour illustrer des difficultés croissantes dans la détection automatique du discours rapporté ou DR. Nous montrerons des résultats où le DR est surligné en couleur, dans le texte original, pour permettre une évaluation plus aisée de la qualité des logiciels.

La détection du discours rapporté en traitement automatique des langues se réduit la plupart du temps au couple verbe "dire" + discours direct/discours indirect selon la description classique. C'est une première approche, très facile à réaliser, et qui a été implémentée dans le cadre d'un projet de licence, pour des dépêches de presse en anglais. Le traitement est basé sur la détection typographique et morphographique (présence de mots). On détecte d'abord des verbes "dire" faisant l'objet de listes pré-établies, puis on caractérise le locuteur en exploitant des marques typographiques comme les majuscules de noms propres et éventuellement des informations syntaxiques, comme la fonction sujet. On extrait ensuite le discours rapporté en repérant les guillemets le cas échéant, ou la proposition complétive. Cette approche dite primaire est robuste, assez efficace dans un corpus de dépêches, mais elle ne couvre pas tous les cas et induit des erreurs.

Dans l'étape suivante, étudiée en projet de maîtrise, on traite de développements thématiques et non plus de phrases. En cherchant "qui dit quoi et quand", on propose comme résultat un regroupement de phrases ou de paragraphes reliés à une personne et à un ancrage temporel. Ceci revient à délimiter des thèmes reliés au point de vue d'un locuteur, en combinant des informations sur la personne qui s'exprime, et un circonstant, le moment où il s'exprime. On est ainsi conduit à tenir compte de l'anaphore pronominale, ou nominale. Les résultats sont meilleurs que dans l'approche primaire, car les chaînes anaphoriques permettent de capter des formes d'introduction du DR qui seraient ignorées par un lexique a priori. Cette approche est baptisée " secondaire ", car outre les critères typographiques et morphographiques, on utilise un critère positionnel pour construire des développements: on tient compte en effet de la contiguïté des phrases reliées au sein de développements compacts, qu'elles soient marquées ou non. L'approche secondaire est appropriée seulement aux textes présentant une structure simple, où le point de vue du locuteur recouvre le développement thématique, ce qui est généralement le cas dans les dépêches.

Pour une détection plus fiable et plus fine du DR, en particulier dans les discours élaborés ou condensés, il est nécessaire de mettre en œuvre des stratégies plus sophistiquées, et moins immédiates. Cette approche dite " tertiaire " est proposée en stage de DEA. La dimension supplémentaire qui est alors introduite est le choix de l'ordre de grandeur pour la caractérisation du discours. En effet, si le texte (typiquement la dépêche) est relativement court et mono thématique, la détection du développement ne pose pas de problèmes. Au contraire, dans les textes complexes, divers développements s'imbriquent et l'on observe la rupture du principe de contiguïté. Il est alors nécessaire de hiérarchiser les développements, en exploitant la position relative des formes d'accompagnement du DR (postposées ou antéposées). D'autre part, le point de vue du locuteur ne recouvre pas toujours la notion de développement thématique, il peut y avoir plusieurs points de vue sur une question, ce que l'on détecte en s'appuyant sur un ancrage supplémentaire, généralement le lieu. On montrera comment on peut obtenir des résultats intéressants, en exploitant le principe de l'opposition structurale et les accords de forme, pour hiérarchiser les développements et les relier au point de vue d'un locuteur, ou à celui du journaliste.

La généralisation du processus de traitement automatique dans les approches présentées sera illustrée sur les deux axes de la langue et du genre. On considèrera d'abord les principes permettant de généraliser le traitement aux dépêches en français, en espagnol, allemand ou autre. Les ressources lexicales que nous utilisons sont en effet toujours réduites au minimum et toujours externes au module de traitement. On illustrera ensuite la détection du discours rapporté ou reformulé dans des genres différents, notamment dans les articles de magazine et de revue académique.

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Lucas, Nadine

GREYC CNRS Université de Caen, France, France, Nadine.Lucas@info.unicaen.fr        

 

La citation et l'appel à référence bibliographique dans les articles académiques

Le discours académique est très fortement marqué par la référence au discours d'autrui. Sans doute, les procédés de citation sont-ils très elliptiques. On interprétera souvent le résultat comme reformulation, ou ré-appropriation d'un discours antérieur. Cependant, dans l'étude textuelle, nous garderons le terme de citation en tant que procédé générique. Les formes associées du discours rapporté qui le manifeste varient dans leurs modalités pratiques, selon les disciplines, mais elles sont toujours fortement liées à d'autres traits caractérisant le style collectif dominant dans la discipline considérée.

L'étude d'une collection d'une vingtaine d'articles contemporains (1987-1997) de différentes disciplines en français permettra d'illustrer le spectre des formes observables. Les articles traitent de littérature, de biologie (dont océanologie biologique), de linguistique, de physique (dont mécanique et mathématiques appliquées à la physique), d'informatique et d'histoire. La citation classique, de passages de texte in extenso, est parfois exploitée dans les disciplines littéraires. Mais la citation concerne surtout la mention condensée des sources, qui peut se réduire à un simple appel de note dans quelques disciplines. Ce procédé spécialisé "d'appel à référence bibliographique" (ARB) se décline selon diverses modalités mais il est caractéristique du corpus considéré, il nous servira donc de fil directeur.

Les formes d'ARB portent certains traits de figement de la citation propres au discours condensé : effacement des verbes de citation, réduction des indices morphologiques, indiquant la source, au profit du critère typographique (mise en forme conventionnelle) et du critère positionnel. Elles présentent aussi certaines spécificités (mention de la date). Elles peuvent être en outre singulières (une seule mention de source) ou plurielles (plusieurs mentions à la suite). Enfin, elles peuvent varier au fil du texte, et présenter des réductions ou remplacements anaphoriques (idem, ibidem) par rapport à une forme explicite canonique.

Ces formes d'ARB apparaissent plus ou moins insérées dans le contexte restreint de la phrase: elles peuvent jouer un rôle syntaxique local ou au contraire être apposées et sans fonction particulière dans le cadre de la proposition. On montrera que les formes d'ARB occupent souvent des positions remarquables, en début et fin de paragraphe, en début et fin de sections, donc dans un contexte qui dépasse celui de la phrase. En passant à l'échelle du corps de texte, on observera les parties de texte dénuées d'ARB et celles qui en sont parsemées. On remarquera le procédé de cumul, notamment en biologie et en physique, qui permet de marquer par les formes plurielles des portées plus grandes que les formes singulières.

On pourra ensuite examiner les formes d'ARB dans les différents sous-corpus, en montrant leur distribution. Certains articles présentent une grande variété de formes: phrasées ou apposées, avec ou sans réduction anaphorique, complètes ou incomplètes. Ce phénomène de déclinaison des formes d'ARB observée dans certaines disciplines, comme la linguistique et l'informatique, va de pair avec l'emploi de formes marquées du point de vue énonciatif, les tournures interrogatives et exclamatives. Au contraire, dans d'autres disciplines, comme la biologie et la mécanique, on ne trouve pas de formes phrasées d'ARB ni de formes anaphoriques. On n'y rencontre pas non plus de phrases interrogatives, en revanche les phrases nominales y sont présentes. On notera que l'ordre explicite des constituants textuels et leur hiérarchisation, marquée par des sections numérotées et des sous-titres, est associée à une plus grande stabilité formelle pour les marques d'ARB. On mettra ainsi en regard la déclinaison des formes d'ARB avec la présence ou l'absence de hiérarchie matérialisée par la mise en forme, ainsi qu'avec la polarisation du côté de l'énonciation ou du côté de l'énoncé.

Il existe en outre un jeu assez complexe de référence intra-textuelle, qui porte le procédé de citation bibliographique au rang de procédé constitutif du texte académique sous sa forme actuelle. Les listes de références bibliographiques sont toujours postposées au corps de texte. Elles sont organisées par rapport aux ARB, soit dans une organisation alphabétique, qui renvoie à un principe d'organisation générale du discours scientifique fondé sur la perception spatiale du texte; soit dans une logique de lecture chronologique, dans l'ordre d'apparition des ARB, quand ils sont réduits à une simple numérotation, comme des appels de notes (cas de la physique et des mathématiques).

Ces différents aménagements énonciatifs sont interdépendants et ils caractérisent bien un sous-genre académique, ou si l'on préfère un style collectif, par le jeu des formes admises, prisées ou rejetées dans une communauté scientifique.

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Magaud, Véronique

Université de Provence- France, veroomago@yahoo.com

 

Discours rapporté et argumentation : l'exemple de la consultation de voyance radiophonique.

Cette communication vise à appréhender le fonctionnement du DR en discours dans une interaction argumentative : la consultation de voyance radiophonique. Ce type de consultation recourt aux propos rapportés et obéit aux représentations praxéologiques des consultants sur la voyance : elle se struture autour d'activités argumentatives (reformulation/interprétation) dans lesquelles sont d'une part reproduites les paroles des consultants pour susciter l'adhésion de ceux-ci et d'autre part sont fournies des preuves. Les voyants proposent une schématisation de la situation passée et présentent des consultants en conformité avec les contraintes du support. L'emploi de différentes formes de DR sont autant de moyens d'influencer le jugement d'autrui. Le DR apparaît également comme un moyen d'administration de la preuve. Il vient étayer l'argumentaire des voyants par les propos de sources immanentes qui procèdent du tarot, de la numérologie. Le glissement du discours cité à une source citante a pour effet de renforcer l'argument proposé. Le passage du DIL au DI présente un discours entre diégèse et situation d'énonciation : l'interlocuteur est invité à intérioriser des propos dont il est l'actant et que le DI juxtaposé raccroche à une configuration idéologique qui les accrédite. Par ailleurs, les voyants restituent les propos intérieurs des consultants ou des personnes dont il est question. Ils recourent à la preuve par le DD qui crée un effet de réel, fournit des propos plus éloquents et conforte des arguments précédents.

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Magro, Elgar-Paul

Doctorant à l'Université de Paris III - Sorbonne Nouvelle, France, epmagro@yahoo.com

 

Le discours rapporté et l'oral spontané: l'exemple de deux récits en maltais

Cette communication a pour but d'illustrer le problème des frontières du discours rapporté dans la langue parlée à travers l'analyse de deux corpus de récits de vie en maltais oral spontané. Le premier provient d'une locutrice âgée de plus de quatre-vingts ans, elle y raconte une histoire d'amour de sa jeunesse ; le second nous vient d'une jeune fille originaire du même village à Malte mais appartenant à une classe socioprofessionnelle plus élevée que la première, elle y raconte une histoire drôle mais vraie qui lui est arrivée lors de son adolescence.

Il est indéniable qu'à l'oral spontané, surtout dans le cas du récit, une grande place est réservée au discours rapporté, notamment le discours rapporté direct. Le narrateur intègre dans sa propre parole celle d'autres locuteurs dont ils rapportent le discours et dont il fait de véritables personnages de théâtre souvent dans une mise en scène plus ou moins réussie. Par oral spontané, il faut entendre du discours produit et enregistré en situation naturelle (et non au laboratoire) et improvisé (non lié à un texte écrit au préalable).

 

Un premier problème qui se pose est celui de savoir délimiter avec précision le discours rapporté dans un récit oral spontané. Le début du discours rapporté est souvent très nettement marqué par la présence d'un verbe introducteur, notamment le verbe 'dire' ; remarquons au passage que dans les corpus analysés, toute la diversité des verbes introducteurs à l'écrit se perd à l'oral au profit d'une généralisation de l'emploi du verbe de dire de base, le verbe 'dire', qui est utilisé à plusieurs reprises sans gêner la richesse et la fluidité du récit. En revanche, la fin d'une séquence de discours direct à l'oral n'est pas toujours aussi clairement définie, contrairement à l'écrit où la fermeture des guillemets est souvent une marque précise de fin. A l'oral, le discours cité a tendance à s'imbriquer dans le discours citant, et il n'est pas toujours facile de bien séparer le discours rapporté de la suite de la narration.

De plus, nos deux corpus en maltais montrent qu'en maltais, même standard, il est fréquent de répéter le verbe introducteur du discours direct, et ce même à l'intérieur d'une même séquence de discours rapporté. Le verbe introducteur ne sert plus à délimiter les frontières entre séquences de discours rapporté appartenant à deux locuteurs différents ; le narrateur parsème son discours du verbe 'dire'. La valeur de ce verbe comme verbe introducteur de discours rapporté semble s'effacer et l'on peut y voir une sorte de ponctuant qui traduirait, entre autres, la volonté chez le narrateur d'insister sur la modalité et de bien mettre sur scène des locuteurs vivants malgré leur absence, des personnages à part entière dans l'univers du récit qu'il construit.

Nous procéderons donc à une analyse de la distribution des multiples occurrences de ce verbe introducteur (nous essaierons d'affiner cette terminologie moins adaptée à l'oral qu'à l'écrit) et nous en tiendrons compte des points de vue syntaxique et énonciatif. Enfin, nous regarderons de plus près les propriétés prosodiques (fréquence du fondamental, intensité, durée, pause) de ces séquences de discours rapporté, à partir des graphiques obtenues avec le logiciel Anaproz. Nous verrons si le narrateur use d'une stratégie intonative particulière lorsqu'il rapporte le discours autrui dans sa narration à l'oral.

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Marcoccia, Michel

Université de Technologie de Troyes - Laboratoire Tech-CICO, marcoccia@univ-troyes.fr

 

La "citation automatique" dans les messageries électroniques

Différents dispositifs de messageries permettent la communication asynchrone sur l'internet. C'est le cas du courrier électronique ou des forums de discussion. Les messages produits en utilisant ces dispositifs contiennent bien souvent des formes particulières de discours rapportés que nous nous proposons de décrire et d'analyser dans cette communication.

Les logiciels de courrier électronique ou de forum de discussion permettent une forme d'insertion automatique de discours rapportés : lorsqu'on répond à un message, l'utilisation de la procédure automatique de réponse ("répondre à" dans le logiciel Eudora, par exemple) va insérer le message auquel on répond dans son propre message. Cette forme particulière de discours rapporté est directement liée au dispositif technologique et peut ainsi être qualifiée de "citation automatique" ; c'est en fait une automatisation de la procédure informatique du "copier-coller".

Ces citations correspondent à des formes de discours rapportés au style direct, et se distinguent du message dans lequel elles sont rapportées par un signe spécifique en début de ligne (>) jouant le même rôle que les guillemets dans le discours rapporté à l'écrit. La partie de texte qui est citée va s'inscrire automatiquement au début du message dans lequel elle est citée. Cette procédure "par défaut" respecte la temporalité de production du discours cité et du discours citant. Le texte cité peut néanmoins apparaître à d'autres endroits du texte citant. L'auteur d'une réponse à un message peut en effet choisir de situer la citation automatique à la fin de son message et d'inverser la dynamique temporelle. Dans ce cas, on peut considérer que c'est moins la dynamique conversationnelle que le cadrage thématique qui est manifesté. Le texte cité peut aussi être entrecoupé de fragments du texte citant. On observe alors la construction d'un dialogue fictif, découpant le texte auquel on répond en plusieurs "tours de parole". Enfin, cette procédure de citation automatique peut produire un texte laissant apparaître différentes strates discursives. Un message répondant à un message qui est lui-même une réponse va contenir une superposition de citations automatiques, constituant une séquence d'échanges rapportés. Se pose alors un problème de lisibilité lié à la taille de ces échanges enchâssés.

Quelles fonctions pragmatiques peut avoir cette forme de citation automatique ? La citation automatique semble authentifier le discours rapporté, présenté dans son intégrité. Il convient alors de s'interroger sur le caractère illusoire de cette authenticité. En effet, rien n'empêche l'auteur d'un message de retoucher ou de tronquer la citation. La citation peut aussi avoir une fonction d'épigraphe dans le sens où elle peut servir simplement à intégrer le nouveau message à un ensemble de messages antérieurs. Enfin, lorsque l'interaction entre discours cité et discours citant est de nature confirmative, la citation sera une citation d'autorité.

En fait, l'observation de forums de discussion montre que, le plus souvent, il existe une relation polémique - ou au moins réactive - entre discours cité et discours citant. La citation automatique permet avant tout la reproduction de la dynamique conversationnelle, ou la mise en scène d'un dialogue lorsqu'il y a fragmentation de la citation et de sa réponse.

La citation automatique nous semble donc renvoyer au problème de la structuration hiérarchique des échanges, car elle permet d'expliciter cette structuration et de compenser la mauvaise lisibilité des interfaces de messageries électroniques. C'est par la procédure de citation automatique que les messages sur l'internet peuvent avoir une dimension dialogale et s'intégrer à des échanges. Avec d'autres procédés spécifiques (les smileys, les codifications typographiques, etc.), la citation automatique permet de "simuler" l'oral et d'inscrire les messageries électroniques dans un cadre conversationnel.

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Meteva, Elena

Université de Sofia, Bulgarie, ilia@imbm.bas.bg

 

Le discours électoral à travers le prisme de la presse

            La recherche porte sur les modifications que subit le discours électoral cité par la presse, sur la façon dont le journal situe cette parole et son auteur, édifie son image par la parole des autres, les témoins, les proches, l'entourage, les politologues, etc., en influençant par là sa crédibilité, l'interprétation que le lecteur fera de son énoncé. Cette intervention du journal, d'autant plus efficace qu'elle est le plus souvent implicite, joue un rôle actif dans le choix politique des lecteurs ce qui le transforme de simple médiateur en actant qui tient souvent les ficelles de la vie politique.

            Le corpus analysé est tiré de la presse quotidienne durant les élections présidentielles en France (1995) et en Bulgarie (1996). Sera étudiée surtout la reprise par les journaux des discours fondateurs de la campagne électorale de Jacques Chirac et de Petar Stoyanov, les actuels présidents des deux pays.

            L'analyse visera à détecter dans la façon dont leur dit est rapporté par le journal les symptômes qui suggèrent sa prise de position par rapport à la parole et à la personne de l'homme politique cité. Ces symptômes ont trait à la valeur de vérité de la parole citée et seront recherchés surtout dans les verbes ou les locutions introducteurs et les présupposés qu'ils véhiculent, dans le conditionnel en français, le mode médiatif en bulgare et les interprétations qu'ils suggèrent, dans le jeu avec la typographie des titres.

            La comparaison mettra en évidence d'un côté les procédés communs auxquels recourent les journalistes et de l'autre les divergences déterminées dans une grande mesure par la situation politique différente, par l'exprérience différente de la presse française et bulgare dans la lutte électorale.

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Michaux, Christine

Faculté de Philosophie et Lettres, Université Libre de Bruxelles, Belgique, cmichaux@ulb.ac.be

 

Proverbes détournés : les frontières d'un genre

Le proverbe est l'exemple-type de l'énoncé polyphonique. Dans toute énonciation d'un proverbe, il faut en effet distinguer – outre l'émetteur, qui est responsable de l'application du proverbe à la situation d'énonciation –, un énonciateur, qui, lui, est responsable du principe proverbial sous-jacent. Cet énonciateur n'est pas à confondre avec l'auteur du proverbe, ce dernier n'étant que le premier maillon de la chaîne causale (au sens de Kripke) qui va de la création du proverbe à son usage par notre locuteur. Le proverbe est donc, par essence, un discours repris à autrui et en constante circulation. De là, le côté ancestral et traditionnel qui caractérise toute tentative de définition du genre. De là, également, son caractère d'autorité: le proverbe, puisqu'il est passé de génération en génération, doit nécessairement être le reflet de quelque sagesse à laquelle il est de bon ton de se soumettre.

L'autorité proverbiale constituera précisément le point de départ de mon exposé. Il s'agira de s'interroger sur l'origine de cette autorité en partant d'exemples de manipulations de proverbes. En effet, lorsqu'un publiciste reformule un énoncé proverbial, il essaie souvent de faire passer une idée nouvelle tout en lui assurant une autorité ancestrale. Il est clair cependant que les manipulations que subira la forme canonique originelle doivent respecter un certain nombre de contraintes, la première étant que l'énoncé de référence soit toujours accessible à l'interprétant.

Le travail que je me propose de réaliser est d'analyser les limites de la manipulation d'un proverbe. Ce faisant, deux autres questions devraient, elles aussi, se voir éclairées : celle de son autorité ainsi que celle des frontières formelles du genre proverbial.

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Mochet, Marie-Anne

ENS Lettres et Sciences Humaines, Lyon, France, mamochet@club-internet.fr

 

Intertextualité et multimédias

L'écriture multimédia, encore non stabilisée, bouleverse, on le pressent, la relation au savoir et à la transmission des connaissances. L'une des traces de cette modification se manifeste dans le statut nouveau qu'occupe, l'instance, ou les instances de médiation dans les nouveaux supports, représentée par les éditeurs du " produit " et souvent autorisée de telle ou telle caution scientifique. En effet, formes textuelles diverses, de mise en page formatée, nombreux sont, sur le marché, les multimédias à visée de transmission des connaissances.

On sait par ailleurs combien l'Université, et de façon générale les communautés discursives se réclamant d'un discours scientifique ou s'y apparentant (discours de vulgarisation), aiment à faire référence à la parole d'autrui. L'intertextualité est la règle. Les sources se doivent d'être abondamment citées, et le cas échéant commentées, dans les écrits, comme dans débats radio-télévisés. Le discours direct d'experts ou de scientifiques interviewés est alors fréquemment introduit.

Or, il apparaît, en première analyse du moins, que le discours multimédia, tout en mettant en scène une pluralité de modes explicatifs (son, images, écrits), se montre de ce point de vue plus univoque, dans la mesure où la référence à autrui ne suit pas les mêmes normes introductives soit (parmi d'autres procédures) " deux points, ouvrez les guillemets " et du même coup, paraît moins apparente, moins explicite.

Nous voudrions donc vérifier cette première observation, concernant l'intertextualité dans les multimédias, à partir de l'étude de quelques cédéroms choisis dans le domaine de la transmission des connaissances, accompagnés des documents paratextuels susceptibles de référer également à d'autres lieux d'intertextualité. Les constats seront à mettre en relation avec des observations portées sur des supports plus anciens de vulgarisation.

Si, comme on en fait l'hypothèse, l'intertextualité, potentiellement décuplée par l'existence des liens interactifs conduit de fait à des stratégies de transmission/d'accès au savoir plus souvent implicites qu'explicites, on pourra considérer observer là une modification de ces types de discours, induisant un déplacement de l'intertextualité en tant qu'élément de l'hétérogénéité discursive au profit d'un objet de discours anonymé.

Il s'agira donc de recenser quelques modes de fonctionnement (anciens et nouveaux ?) du discours rapporté (de la citation et de la référence à autrui) dans les nouveaux médias, et aussi de faire état, le cas échéant, des manques et absences actuellement constatés.

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Moirand, Sophie

Université Paris 3 – Sorbonne nouvelle, France, smoirand@paris3.sorbonne.fr

 

A la frontière du discours rapporté: le rôle des différentes formes de l'interdiscursivité suggérée dans la construction de domaines de mémoire par les médias

Dans le cadre de travaux portant sur la circulation des discours empruntés aux différentes communautés langagières convoquées par les médias, en particulier lors de moments discursifs d'ordre politique à caractère économique (mondialisation, effet de serre…) ou d'ordre scientifique ou technologique à caractère politique (sang contaminé, vache folle, dioxine, amiante…), on a été amené à s'interroger sur les différentes formes de dialogisme rencontrées, selon, entre autres, les genres et les modes discursifs de la presse écrite ordinaire et, au-delà, sur la fonction de ces différentes formes dans la construction d'une mémoire interdiscursive (Courtine, Lecomte), qui serait spécifique des médias (Moirand 1998, 1999, 2000, 2001).

            Si, d'un côté, des formes explicitement inscrites dans la matérialité textuelle et sémiotique des médias ont pu être dégagées, telle, par exemple, l'intertextualité plurilogale, qui se manifeste dans l'axe horizontal du discours par la présence de marques lingusitiques, typographiques ou prosodiques d'hétérogénéité énonciative (dans les textes ou documents d'information présentant un mixage de segments empruntés, cités, reformulés ou traduits, provenant non seulement de genres différents mais également de genres produits dans des communautés langagières diverses extérieures au monde des médias), ce que l'on voudrait ici examiner, c'est justement l'autre pôle de cet éventail de textures dialogiques particulières : le dialogisme caché ou enfoui des genres médiatiques tels que les éditoriaux, les chroniques, les dessins de presse…, qui semblent fonctionner à coups d'allusions plutôt que de citations (´ l'allusion à des mots, aux mots d'un autre dire ª – Authier-Revuz 2000).

            Différentes formes de liens interdiscursifs établissent ainsi des relations entre différents événements (des moments discursifs médiatiques de nature différente), parce que les formes et les mots eux-mêmes sont porteurs de mémoire, à l'insu parfois de leurs énonciateurs, et les discours transverses qu'ils charrient (et qui renvoient à l'axe vertical du discours) viennent se glisser en douce dans l'axe horizontal, dans l'intradiscours, contribuant ainsi à la constitution, mais également au rappel, de domaines de mémoire à court et à long termes.

            Au-delà de l'inventaire des modifications que les mots transportent en passant d'une communauté à une autre et des différentes formes d'inscription de cette hétérogénéité suggérée, (dans le sémantisme des mots, les constructions syntaxiques, les configurations sémiotiques), on peut s'interroger sur cet usage du discours des autres : s'il ne renvoie pas toujours à des textes précis et identifiables, il renvoie bien à une instance autre, posée de manière implicite, de façon intentionnelle ou inconsciente, et que l'on repère au détour d'un sème, d'une incise ou d'un pré-construit. Mais, au-delà de ces fonctionnements, ce que ces travaux amènent à repenser, au vu de la circulation des discours et des différentes formes de cette circulation, c'est la notion même de situation de communication dans le monde des médias : on assiste en effet à une circularité qui remet en cause la linéarité des schémas classiques de la communication, dans la mesure où les communautés langagières impliquées sont à la fois sources et consommatrices des messages médiatiques qu'elles contribuent à informer et qui les informent. C'est cette représentation mentale d'un circuit de commmunication dynamique qu'on se propose d'intégrer au modèle d'analyse de la circulation des discours dans les médias, et qui permet d'intégrer des formes "à la frontière" du discours rapporté.

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Mourad, Ghassan, Ghassan.Mourad@paris4.sorbonne.fr,

Desclés, Jean Pierre Jean-pierre.Descles@paris4.sorbonne.fr

Équipe Langage, Logique, Informatique et Cognition (LaLIC) Paris-Sorbonne, France

 

Identification et extraction automatique des informations citationnelles dans un texte

Dans cet article, nous présentons un système dédié au filtrage sémantique et à l'extraction des connaissances dans un texte en utilisant la méthode d'exploration contextuelle; nous présentons en particulier la tâche spécialisée relevant de l'extraction de citations restituées dans leurs co-textes.

L'exploration contextuelle est une méthode linguistique basée sur la prise en compte du contexte pour le repérage de certaines informations sémantiques décelées par des indices textuels (au sens de Ch. S. Peirce) en vue de répondre à des besoins spécifiques d'utilisateurs. Cette approche a donné lieu à différentes applications informatiques [DESC2000], comme le résumé automatique, l'extraction des relations de causalités, les définitions, l'extraction de citations etc.

L'extraction automatique de citations dans un texte peut paraître, dans une première approche, facile à réaliser. Cependant, la réalité n'est pas aussi facile. IL est trop simple de dire "qu'il suffit d'extraire tout ce qu'il y a en italique et entre guillemets" surtout si nous travaillons sur des textes réels (structurés ou non, par exemple les textes journalistiques, scientifiques, rapports, etc. voire des textes littéraires). Le travail sur des corpus divers nous a amenés à mettre en évidence les points suivants :

De manière générale, nous définissons la citation comme un acte de langage, à savoir du discours rapporté, que ce dernier soit marqué typographiquement (citation directe) ou non (citation indirecte).

A partir d'une étude de corpus, nous avons prélevé différents types de marqueurs linguistiques : d'un côté des indicateurs d'introductions de citations (des prépositions comme selon, pour, suivant, etc., des verbes introducteurs comme annoncer, entonner, déclarer, vociférer, etc.), ou encore des marqueurs typographiques, (guillemets, deux-points-alinéa, etc.); et de l'autre côté, des différents indices textuels - complémentaires - (lui, elle, PDG, etc.) qui aident à prendre une décision adéquate face à la question si tel segment est une citation ou non. Ces marqueurs ont été organisés dans une base de données selon différents critères dont le principal est le classement sémantique des verbes d'introduction de citations (~ 700 verbes classés en 65 classes sémantiques).

           

L'extraction automatique de citations pose différents types de problèmes : d'abord repérer et identifier un segment textuel qui contient la citation, ensuite, trouver la fin de la citation. Dans la phase de repérage, le système détecte la citation directe au moyen typographique, liée à la façon de segmenter un texte. En revanche, la détection de fin de citation dans la citation indirecte est beaucoup plus difficile. La recherche de frontières pour la citation indirecte est en cours de réalisation en collaboration avec l'équipe de M. Charolles. Les différentes études sur la portée sémantique de "selon" [CHAR2000, SCHR2001], nous permet d'identifier différents marqueurs de frontières (par exemple : mais, tandis que, etc.) relatifs à la citation indirecte.

           

En conclusion, nous ferons quelques remarques essentielles :

 

Références:

[CHAR2000], Charolles M., Les expressions introductrices de cadres de discours et leurs portée textuelle, séminaire de recherche, 2000, Paris III, Sorbonne Nouvelle – (Censier).

[DESC2000], Desclés J.-P. et Minel J.-L., Résumé automatique et filtrage sémantique de textes, In, Ingénierie des langues, ouvrage coll., sous la direction de J.-M. Pierrel, Informatique et Système d'information, pp. 253-268, Hermès, 2000 (Science).

[SCHR2001], Schrepfer Géraldine, "Selon" introducteur d'univers d'énonciation, thèse de doctorat, en cours. Université de Paris III.

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Norén, Coco

Uppsala universitet, Romanska institutionen, Suède, coco.noren@romanska.uu.se

 

Les discours directs et la notion d'énonciation

Cette communication a comme objectif d'examiner les discours directs dans un texte littéraire, à savoir le Temps retrouvé de Marcel Proust, à la lumière de la notion d'énonciation, comprise au sens de Ducrot (1984:179) comme '[…] l'événement constitué par l'apparition d'un énoncé. La réalisation d'un énoncé est en effet un événement historique : existence est donnée à quelque chose qui n'existait pas avant qu'on parle et qui n'existera plus après.'.

Il est banal de constater qu'un bon nombre de discours directs ne correspondent pas à des énonciations : certains font référence à des discours potentiels ou hypothétiques (a), à des 'façons de parler ' (b), d'autres à des interprétations de gestes ou de paroles (c). Parfois même, il s'agit de discours directs qui renvoient à du non-discours (d).

(a)         Quand on lit des articles sur des gens, même simplement des gens du monde, qualifiés de 'derniers représentants d'une société dont il n'existe plus aucun témoin', sans doute on peut s'écrier: 'Dire que c'est d'un être si insignifiant qu'on parle avec tant d'abondance et d'éloges! C'est cela que j'aurais déploré de ne pas avoir connu, si je n'avais fait que lire les journaux et les revues et si je n'avais pas vu l'homme!' (p. 25, 26)

(b)                    Notre maître d'hôtel, par exemple, si on parlait du roi de Grèce, était capable grâce aux journaux de dire comme Guillaume II: 'Tino?', tandis que jusque-là sa familiarité avec les rois était restée plus vulgaire, ayant été inventée par lui, comme quand jadis pour parler du roi d'Espagne il disait: 'Fonfonse'. (p. 36)

(c)                     Elle me reconnut, elle me serra la main et fixa sur moi les rondes prunelles mauves de l'air qui voulait dire: 'Comme il y a longtemps que nous ne nous sommes vus! Nous parlerons de cela une autre fois.' Elle me serrait la main avec force, ne se rappelant pas au juste si en voiture, un soir qu'elle me ramenait de chez la duchesse de Guermantes, il y avait eu ou non une passade entre nous. (p. 285)

(d)                     N'osant pas me dire: 'Est-ce que cette dame a un hôtel?' elle me disait, les yeux timidement levés comme ceux d'un bon chien: 'Parce que sans doute cette dame a son hôtel particulier...', évitant l'interrogation flagrante moins pour être polie que pour ne pas sembler curieuse. (p. 56)

La question est de savoir si ces différentes catégories de discours directs, qui ne sont pas des énonciations rapportées, présentent des formes linguistiques qui leur sont caractéristiques.

Ce travail se place dans le cadre de la théorie de la polyphonie, fondée par Oswald Ducrot et élaborée par les membres du projet Polyphonie linguistique et littéraire, notamment par Henning Nølke. Nous espérons que cette étude pourra rejoindre le travail sur les îlots textuels mené par Kjersti Flottum, afin de contribuer à un modèle d'analyse globale pour une typologisation de textes littéraires.

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Olsen, Michel       , Roskilde Universitetscenter, Danemark, michel@ruc.dk

Nølke, Henning, Département d'Études Romanes, Université d'Aarhus, Danemark, romhn@hum.au.dk

 

Qui pense? Le Proto-DIL

            Une longue série de chercheurs (Bally, Lips, Lerch (Eugen et Gertraud), Thibaudet, Spitzer, Bakhtine et Volochinov, Hamburger, Booth, Genette, Pascal, Banfield, Cohn, Ducrot, Vuillaume, Rabatel, Rosier, Nølke & Olsen et bien d'autres) se sont occupés, de façon directe ou indirecte, du monologue intérieur (concept parapluie) et notamment du discours (ou style) indirect libre (DIL). Certains sont allés jusqu'à proposer une variante : le DIL embryonnaire (Rabatel) ou proto-DIL (Nølke & Olsen) qui, dépourvu de marqueurs linguistiques, reste indécis entre la lecture comme DIL et comme récit d'auteur.

            D'autres (Banfield) ont lancé l'idée séduisante, mais peut-être problématique de distinguer, dans le DIL, entre la conscience réfléchie et la conscience irréfléchie (ou, avec Sartre, conscience thétique et athétique), tout en s'inscrivant en faux contre la 'dual voice theory' (Roy Pascal). Or, quelque position qu'on prenne, il semble bien que le champs de bataille soit offert par les parties textuelles qualifiées par d'autres chercheurs (dont nous-mêmes) comme des proto-DIL (éventuellement en d'autres termes)

            C'est toute cette problématique que nous voudrions reprendre. Bien des marqueurs de DIL ont été identifiés. Nous voudrions nous occuper des cas moins évidents qui ne présentent pas de marqueurs nets.

            Nous nous proposons de contribuer de façon modeste à cette recherche par une double approche qui combine linguistique, pragmatique et analyse littéraire. La linguistique fournit des instructions pour l'interprétation par défaut du texte (ou plutôt des segments de textes) et la pragmatique donne des règles qui précisent comment cette interprétation primitive sera développée en tenant compte des éléments contextuels (au sens large de ce terme). Or il arrive souvent que ces règles ne trouvent pas de champs d'application et que le lecteur se trouve réduit à une interprétation par défaut. Nous partirons d'une analyse de certains connecteurs (analyse déjà partiellement réalisée), chercherons les règles qu'ils imposent, pour examiner ensuite le texte dans son contexte (réception contemporaine vs réception moderne). Ce faisant nous prendrons en considération un certain discours 'monophonique' (concept-pis-aller) qu'on trouve dans un certain style classique (La Princesse de Clèves p. ex.).

            Nos analyses prendront appui sur quelques exemples bien choisis.

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Oppermann, Evelyne

Sorbonne Nouvelle - Paris 3, France, evelyne.oppermann@univ-paris3.fr

 

L'emploi du présent "de narration" dans les séquences introduisant un discours rapporté en ancien français

Dans les textes médiévaux, le présent "de narration" alterne très couramment avec le passé défini pour évoquer des événements révolus, antérieurs au temps d'énonciation du narrateur. Cette communication portera sur les emplois d'une catégorie de verbes qui reflètent bien cette alternance présent/passé: il s'agit des verbes de parole introduisant un discours rapporté (direct ou indirect):

A tant li vavasors s'apanse

(...)

et DIT: "Certes, je pans et croi

que ce soit il, dirai li donques."

Lors li DIST: "Ne me celez onques,

sire, rien de vostre besoigne..."

(Chevalier de la charrette, v. 2116-25)

 

Lors monta Lancelos seur son cheval et DIST a son escuier: "Tu ne vendras pas avec moi,..." Et cil DIT qu'il remeindra volentiers... (La Mort le roi Artu, 16/57-62)

A partir d'un corpus constitué de textes en vers et en prose des 12e et 13e siècles et en nous appuyant sur une analyse contextuelle des occurrences relevées, nous tenterons de répondre plus particulièrement aux deux questions suivantes:

1) Quelles sont les conditions d'emploi des verbes de parole au présent? Y a-t-il des contextes linguistiques favorisant leur présence au détriment du passé simple?

2) Quelle valeur peut-on attribuer à ces présents "de narration" qui semblent se définir en premier lieu par rapport à leur environnement discursif?

 

Références:

Authier, J. (1978): "Les formes du discours rapporté", DRLAV 17, p. 1-87.

Authier-Revuz, J. (1992,1993): "Repères dans le champ du discours rapporté", L'Information grammaticale 55, p. 38-42 et 56, p. 10-15.

Cerquiglini, B. (1981): La parole médiévale, Paris, Ed. de Minuit

Chuquet, H. (1991): "Le présent de narration dans le 'Journal de Samuel Pepys'", Cahiers Charles V 13 (Travaux de linguistique énonciative), Université Paris VII, p. 49-77.

Fleischman, S. (1990): Tense and Narrativity: from Medieval Performance to Modern Fiction, University of Texas Press.

Marnette, S. (1998): Narrateur et points de vue dans la littérature française médiévale, une approche linguistique, Bern, Peter Lang.

Oppermann, E. (2001): "Et il respondent: 'Oïl bien.' - Un emploi du présent dit 'de narration' dans le Merlin de Robert de Boron", L'Information grammaticale 88, p. 40-43.

Perret, M. (1994a): L'énonciation en grammaire du texte, Paris, Nathan, coll. 128.

Perret, M. (1994b): "Façons de dire: les verbes de parole et de communication dans la Mort le Roi Artu", in Dufournet J. (éd), La Mort du Roi Arthur ou le crépuscule de la chevalerie, Paris, Champion, p. 181-195.

 

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Perret, Michèle

Université Paris X - Nanterre, France, micheleperret00@noos.fr

 

Monologue et autodialogisme dans les débuts de la littérature vernaculaire

Le monologue est un processus discursif difficile à observer dans ses réalisations naturelles, même par les linguistes les plus doués pour l'introspection, et l'on peut même se demander s'il existe réellement, en dehors de quelques petits fragments d'encouragements ou d'imprécations que l'on peut s'adresser à soi-même dans des moments choisis. En revanche, c'est un genre littéraire florissant. Ainsi dans les débuts de la littérature narrative, aux XIe-XIIIe siècles, l'accès aux processus psychologiques se fait essentiellement par le truchement du monologue - même si, déjà, commencent à apparaître des procédés plus complexes, focalisations internes ou DIL (S. Marnette) - et il est raisonnable de penser qu'un certain nombre de techniques de représentation de la délibération personnelle se mettent en place dès les premiers romans en langue vernaculaire.

On décrira donc, dans un premier temps, les marques formelles du monologue, et ce qui le distingue des autres formes de discours rapportés :termes d'adresse, temps, modalités, structuration.

Puis, dans un second temps, on s'intéressera tout particulièrement à l'un des procédés typiques du discours intérieur représenté : l'autodialogisme. L'autodialogisme est cette forme particulière de la connotation autonymique (J. Authier-Revuz) où le locuteur, revenant sur l'un des mots qu'il a prononcés, le reprend et souvent le corrige, en une boucle réflexive, par un commentaire méta-énonciatif. On montrera que cette opacification du dire existe aussi ailleurs que dans les monologues, mais que cette forme de dédoublement occupe dans la repésentation des processus intérieurs une place privilégiée puisqu'il permet de donner à voir les réponses que se donne l'énonciateur "depuis la position extérieure de récepteur qu'il occupe à l'intérieur de sa propre énonciation" (Authier). On montrera comment ces boucles réflexives empruntent volontiers les formes typiques du dialogue : exclamatives, oui, non, réactions en écho. On montrera enfin comment ces "ratures intégrées" furent utilisées, maladroitement, pour l'impossible mimesis des délibérations muettes.

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Perrin, Laurent

Université de Genève et de Bâle, Suisse, Laurent.Perrin@lettres.unige.ch

 

Citations modales, modalisations autonymiques et arguments d'autorité

Qu'elle porte sur une simple forme linguistique ou sur un énoncé en contexte, la citation peut avoir une fonction purement référentielle lorsque l'élément rapporté n'est que l'objet de référence de ce qui est communiqué par le locuteur, comme dans l'exemple suivant:

(1)

Tu en as sûrement des mots asteure que le monde il: Regarde Michel. Il dit pas filmer mais firmer. Il va firmer. Viens on va firmer […] Il dit tout le temps On va firmer. Il-y-a un beau firm hein. Lui il appelle ça firmer. [2.84]

Mais la citation peut aussi prendre pour objet une forme linguistique ou un énoncé simultanément activés dans le discours du locuteur, constitutifs de ce que le locuteur exprime personnellement, comme dans les exemples suivants :

(2)

[…] je pense qu'elle prend des cours de: comment ce-qu'on appelle ça là? de sténographie. [59'84]

(3)

[…] même si on veut pas: ça saute aux yeux (rire) comme on dit: ça se remarque. [19'84]

(4)

[…] ça me suffit parce que j'ai un mari qui me fait vivre, <humhum humhum> mais par contre: je vas dire comme on dit on sait pas ce que l'avenir nous réserve tu-sais. [11'84]

Dans ces conditions, la citation a une fonction que nous dirons modale (vs référentielle), dans la mesure où ce que le locuteur communique à propos de l'élément rapporté qualifie aussi son propre discours.

L'objectif de cette intervention sera de définir précisément — sur la base d'exemples oraux enregistrés à Montréal — ce qui caractérise ce genre de citation qui relève parfois d'un fait de modalisation autonymique (au sens de Jacqueline Authier-Revuz) lorsque l'élément rapporté tient à une pure forme linguistique, et parfois d'une sorte d'argument d'autorité lorsque l'élément rapporté tient à une énoncé (ou encore des deux à la fois dans certaines conditions).

Cette étude nous amènera à prendre en compte certains exemples qui se situent bel et bien à la limite ou semblent être même parfois tout à fait étrangers à ce qui est habituellement défini comme citation, notamment lorsque l'élément rapporté relève de ce qui a été dit par l'interlocuteur (reprises diaphoniques), ou par le locuteur lui-même dans le passé (reprises autophoniques). Loin de cantonner la citation à un ensemble de faits homogènes et définissables en soi, indépendamment d'autres aspects de la construction du sens, mon objectif sera de définir la citation comme constitutive de procédés comme la reformulation, la confirmation, la concession, la réfutation ou l'ironie.

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Piette, Valérie

Pollet, Marie-Christine

Faculté de Philosophie et Lettres, Université Libre de Bruxelles, Belgique, vpiette@ulb.ac.be, mcpollet@ulb.ac.be

 

Les étudiants et la gestion de la parole de l'autre dans le discours scientifique

Nous nous proposons d'observer le comportement de l'étudiant comme apprenti-chercheur (apprenti-historien, en l'occurrence) en analysant deux activités intimement liées: le dépouillement des sources (archives et historiographie) et la mise en discours des informations ainsi obtenues (contenu, références) dans un travail écrit de recherche.

En examinant les productions des étudiants, on observe que ceux-ci éprouvent de grandes difficultés à ancrer dans leur propre discours les informations recueillies par les dépouillements, à s'en servir pour construire et problématiser l'objet de leur recherche. Loin d'interagir entre elles, loin de s'articuler à un questionnement ou à des concepts théoriques, les citations et références aux sources sont problématiques. Elles tombent le plus souvent à plat dans le discours de l'étudiant, donnant l'impression qu'il cite par devoir. De plus, on constate que les étudiants ne se servent que d'une infime partie des données qu'ils ont pourtant recueillies en y consacrant un temps considérable…

Au vu de ces difficultés, il est opportun de réfléchir à la mise en place d'un apprentissage du maniement et de l'usage de la parole de l'autre dans le discours scientifique. La gestion de la polyphonie énonciative, corrélée à la fonction et au sens des traces du sujet dans l'écrit, semble être un angle d'attaque pertinent pour construire un dispositif didactique adéquat.

Nous procéderons en plusieurs temps: l'analyse des fiches de lecture des étudiants (pour tenter de comprendre comment ils sélectionnent les informations), l'analyse de leurs travaux écrits (pour examiner quelles informations ils privilégient, comment ils les mettent en œuvre, comment ils les greffent à leur propre discours), un entretien avec les étudiants concernés pour éclairer les comportements observés. Il s'agit non seulement d'une analyse de besoins mais aussi d'une analyse de représentations sur lesquelles pourra s'appuyer une intervention didactique.

Ce travail exige un regard croisé: d'une part ,celui de l'historienne en tant que spécialiste de la discipline et de ses usages; d'autre part, celui de la linguiste qui mettra en oeuvre les théories de l'énonciation .

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Plane, Sylvie

Institut National de Recherche Pédagogique, Département Didactique des disciplines, France, sylvie.plane@wanadoo.fr

 

Problèmes et choix de marquage du discours rapporté dans des écrits d'enfants de 7 à 11 ans

Cette communication se propose de décrire la manière dont de jeunes scripteurs traitent les problèmes que leur posent les changements énonciatifs, et plus particulièrement l'insertion d'un discours rapporté dans le discours assumé par une instance narrative.

Trois considérations sont à l'origine du questionnement que cette communication envisage de développer :

- Ainsi que l'ont montré les travaux d'E. Ferreiro, les enfants ont très tôt conscience qu'il existe une distinction entre les discours écrits et les discours oraux, et que cette distinction se marque par des propriétés linguistiques et des caractéristiques thématiques qu'ils attribuent à l'une et l'autre forme discursive. L'insertion de discours rapportés censés restituer l'oral au sein de l'écrit constitue donc pour eux une tâche paradoxale obligeant à faire des choix entre des impératifs contradictoires, puisqu'il leur faut signaler dans le même énoncé le caractère scriptural du produit textuel, et sa capacité à restituer des propriétés de l'oral.

- Les changements énonciatifs, les décrochages qui brisent l'homogénéité apparente des discours – qu'il s'agisse d'aspects relevant de la polyphonie énonciative ou encore des alternances de formes discursives intervenant dans le cours d'un énoncé complexe – constituent souvent des points nodaux de la compréhension des textes, et sont des sources de difficultés pour les lecteurs ou scripteurs peu experts.

- Plus particulièrement, le discours rapporté dans le récit pose un certain nombre de problèmes aux jeunes scripteurs parce qu'il oblige à mettre en scène à la fois une pluralité d'instances énonciatrices et une pluralité de discours dont le caractère hétérogène doit être en même temps exhibé – le lecteur doit comprendre que plusieurs voix parlent - et caché – le lecteur doit comprendre que la voix du narrateur constitue une instance supérieure prenant en charge l'ensemble dans lequel s'insèrent les autres voix. En outre, dans le cas du récit de fiction, l'écriture de discours rapportés repose elle-même sur la fiction qui consiste à considérer que l'on délègue la parole à des personnages dont on citerait plus ou moins fidèlement les propos, alors que personnages et propos n'ont pas d'autre existence que celle que leur confère précisément cette délégation de parole.

Le corpus sur lequel je m'appuierai prioritairement pour examiner la manière dont des enfants de 7 à 11 ans traitent ces problèmes est constitué par des textes produits dans le cadre d'épreuves de rappel de récits, après l'audition de lectures orales d'un texte. Les récits lus aux enfants sont tirés d'apologues traditionnels à narrateur hétérodiégétique, à partir desquels deux versions ont été rédigées pour les besoins de l'expérimentation, ne différant entre elles que par les modes de citation.

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Ploog, Katja

UFR des Lettres - Université Bordeaux 3, France, Katja.ploog@montaigne.u-bordeaux.fr

 

Le discours rapporté des locuteurs abidjanais : stratégies et structures

Contrairement g la plupart des ex-colonies françaises, la communauté abidjanaise s'est approprié le français en le dotant de fonctions vernaculaires et véhiculaires pour en faire sa langue privilégiée. Cette appropriation "est accompagnée d'un certain nombre de restructurations à tous les niveaux d'analyse qui font apparaître cette variété comme un non-standard, reconduisant certaines tendances du français parlé et innovant en d'autres points. L'étude systématique d'un tel corpus (le mien étant fondé sur 23h d'enregistrement de situations de parole spontanée) fournit l'esquisse du discours rapporté dans cette jeune communauté - avec un certain nombre de caractéristiques spécifiques mais aussi avec son fonctionnement systemique, à travers la mise en parallèle des marques spécifiques avec les fonctions qu'on parvient à leur attribuer. Avec un point de départ syntactico-pragmatique, j'illustrerai les difficultés à définir précisément les limites du domaine, voire même de dresser l'inventaire des structures susceptibles de composer le discours rapporté. Celui-ci comprend, de façon très sommaire, un événement verbal dont le crédit d'authenticité n'est pas assumé par le (seul) énonciateur : le "rapporteur" appose des guillemets au discours et dédouble les instances d'énonciation. Sur le versant syntaxique, l'indirect semble entretenir, ne serait- ce que par tradition grammaticale, une relation étroite avec l'enchâssement (ou la subordination) dont l'identification est loin d'aller de soi ; la description de corpus oraux, à plus forte raison non standard, se heurte à la difficulté d'établir au-delà du niveau micro-syntaxique des règles d'enchâssement aussi formelles que celles avancées pour des productions plus normatives. Sur le versant sémantico-référentiel cependant, deux prédications - autour de l'événement rapporté et autour du verbe recteur - instaurent un lien privilégié qui n'équivaut pas tout g fait à la jonction de deux prédications entières.

Si les stratégies observées semblent très largement généralisable à d'autres communautés et à d'autres situations de parole, je m'interrogerai pour finir sur leur représentation syntaxique adéquate, binaire ou graduelle, dans le système (grammatical) de référence - où le rapporté (référentiel) se confond parfois avec l'indirect (structural).

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Rabatel, Alain

IUFM de Lyon, France, at.rabatel@wanadoo.fr

 

L'insertion du point de vue narratif dans la problématique du discours rapporté et ses incidences sur le mimétisme conventionnel des 'discour' 'rapportés'

I. Rappelons d'abord les faits de langue que nous rangeons sous la dénomination de point de vue (PDV) :

(1) E 1 Pierre se releva brutalement. E 2 Un serpent s'approchait de lui.

En (1), E2, qui ne comporte pas de verbe de procès mental du type 'se dire', 'penser', ni de guillemets, mêle inextricablement une perception et une pensée, référant à Pierre, considéré comme un sujet de conscience, dans une 'phrase sans parole' (Banfield 1995). Du fait du débrayage énonciatif construit par l'opposition fonctionnelle des plans, E2 est non seulement descriptif, mais encore interprétatif, renvoyant à la subjectivité de Pierre : ce dernier établit une relation entre son geste en E 1, et la perception (associée à la crainte d'être mordu) qui a motivé son geste. La présence d'une forme de visée sécante, et la valeur subjective de l'imparfait font de cette perception une perception représentée, analogue aux pensées représentées caractéristiques du DIL, avec lequel le PDV est en forte connexité.

Sur le plan syntaxique, le PDV apparaissant dans les textes narratifs est une forme complexe : comme le 'discours' narrativisé, c'est une forme spécifique de 'discours' rapporté non verbalisé. Comme le DIL, c'est un 'discours' paradoxal proche du DIL dans la mesure où ces énoncés en il/alors/là-bas expriment une subjectivité traditionnellement dévolue au je/ici/maintenant. Comme le DDL, le PDV se 'caractérise' par l'absence de verbe du discours attributif, des guillemets et autres marques séparatrices.

Sur le plan sémantique, le PDV s'apparente plutôt à une sorte de parole intérieure embryonnaire, bref, à une sorte de pré-verbalisation, ou de post-verbalisation, ou de sous-verbalisation. Par ses modes de fonctionnement syntaxique, et ses valeurs sémantiques, le PDV appartient bel et bien à la problématique générale du discours rapporté (DR). Mais on comprend que ses caractéristiques si particulières expliquent que cette appartenance ne saute pas aux yeux (surtout si l'on prend en compte les histoires croisées de la notion du PDV et du DR).

II. L'intégration du PDV au DR renouvelle cette problématique, au moins sur deux plans :

II.1 : Le PDV, en tant qu'expression d'une subjectivité dans des énoncés narratifs, objective avec force le fait que beaucoup des formes intermédiaires du DR ne sont pas des discours, au sens énonciatif du terme, et que, de surcroît, elles ne sont pas 'rapportées' clairement, dans la mesure où le locuteur ne peut pas rapporter explicitement les propos d'un énonciateur qui ne dit rien, littéralement parlant. Ainsi la problématique élargie des discours rapportés -dès lors qu'elle ne se limite pas au couple DD/DI, et dès lors qu'elle intègre l'expression de paroles, de pensées et de perceptions représentées- rejoint-elle une problématique de la (re)formulation qui engage des calculs interprétatifs multi-directionnels, concernant les locuteurs, les énonciateurs et le co-énonciateur privilégié qu'est le lecteur.

II.2 : Par ailleurs le PDV invite à revisiter la problématique du mimétisme du DR. Selon Marnette, le 'rapport narratif d'une action' (cf. 'Jeanne regarda par la fenêtre') indique un 'contrôle en apparence total du narrateur ' ; ce RNA s'oppose au DDL ('absence de contrôle apparent du narrateur'), avec, comme étapes intermédiaires, le psycho-récit, le DI, le DIL et le DD (1998 : 118s), la flèche indiquant un continuum vers le pôle mimétique :

(2) RNA------------------PR--------------------DI-------------------DIL---------------------DD-------------------DDL


Contrôle en apparence total du narrateur Absence de contrôle apparent du narrateur

Si l'on conserve le schéma de Marnette, et qu'on décide d'y inclure le PDV, on peut le placer à proximité du DIL, à sa gauche, à l'instar du RNA, lui-même à gauche du PR :

(3) RNA-----------------PR-----------------DI----------------PDV---------------DIL----------------DD------------DDL


Pôle extériorité/objectivité/diégésis Pôle intériorité/subjectivité/mimésis

Ces représentations relèvent du mimétisme, opposant le pôle de la sphère du narrateur à celui du personnage, le trajet allant de l'extériorité (les actions) aux paroles les plus immédiates, censées exprimer le plus haut degré d'intériorité. Une telle représentation, (en osmose avec la doxa des usagers et des spécialistes du langage), ne va pas de soi, dans la mesure où les représentations cumulent des strates théoriques très hétérogènes, depuis les lectures de l'opposition aristotélicienne diégésis/mimésis, les analyses narratologiques des relations narrateur/personnage, jusqu'aux travaux linguistiques sur la subjectivité du langage : or, si la subjectivité renvoie à une origine énonciative, et, de surcroît, à l'expression linguistique de cette subjectivité, on peut considérer que le narrateur n'est pas toujours cantonné au pôle extériorité/objectivité/diégésis, pas plus que le personnage n'est prisonnier du pôle intériorité/subjectivité/mimésis.

Si l'on considère que l'intériorité la plus achevée s'exprime plus par des pensées que par des paroles (cf. (4)), alors le pôle de l'intériorité est plutôt organisé autour d'une constellation formée du DIL, du PDV, et des formes du DDL exprimant davantage des pensées, que nous nommons DDL/P, (à l'exclusion de celles qui indiquent plutôt des paroles, nommées DDL) :

(4) RNA--------------PR----------------DI----------------DD--------------DDL----------------DIL+DDL/P+PDV


Pôle extériorité/objectivité/diégésis Pôle intériorité/subjectivité/mimésis

(4) est la représentation sémantique la plus complète des formes du DR, au sens élargi, pour autant qu'on cherche à rendre compte de l'axe extériorité/intériorité selon une échelle mimétique.

Mais on pourrait se limiter exclusivement aux formes consacrées à l'expression des paroles, pensées et perceptions représentées, depuis la parole la plus extériorisée jusqu'à la plus pensée la plus intériorisée, en considérant que les formes centrales de (5) sont relativement neutres à l'égard de cette problématique :

(5) DD--------------DDL---------------DI--------------PR--------------DDL/P----------------DIL--------------PDV


Pôle de la subjectivité extériorisée Pôle de la subjectivité intériorisée

Avec (5), le PDV se donne comme la forme la plus extrême de la parole intérieure, en ce qu'elle n'est pas toujours proférée, mais seulement pensée, comme une sorte de sous-parole (à l'instar de la sous-conversation de Sarraute). En (5), le critère de l'intériorité se scinde, rompant avec un mimétisme unidirectionnel, puisque la subjectivité y connaît des formes d'expression diverses, aux deux pôles, cependant que les formes médianes font davantage droit à la voix du locuteur-narrateur.

(6) clarifie ce qui était implicite en (5) : en (6), en effet, la question du mimétisme ne s'appréhende plus seulement à partir d'un pôle diégétique vers un pôle mimétique, elle traverse l'ensemble des formes, selon un axe vertical, puisqu'on peut étendre à chacune les degrés de mimétisme que Cohn, MacHale et Genette ont analysé à propos du discours narrativisé et du discours indirect, et que nous-même avons étudié à propos du PDV.

degré maximal de mimétisme  DDm+ DDLm+ DIm+ PRm+ DDL/Pm+ DILm+ PDVm+

(6) degré moyen de mimétisme DD DDL DI PR DDL/P DIL PDV

degré minimal de mimétisme  DDm- DDLm- DIm- PRm- DDL/Pm- DILm- PDVm-


Pôle de la subjectivité extériorisée Pôle de la subjectivité intériorisée

En sorte que l'échelle mimétique joue aussi sur un axe vertical, qui se trouve complexifié par les manifestations de consonance ou de dissonance -cf. Cohn- par lesquelles le locuteur du discours citant rapporte le discours cité.

Ainsi l'analyse distingue-t-elle des formes, pour être mieux à même de penser les continuums et variations constitutifs des phénomènes multidirectionnels de fondus enchaînés énonciatifs, si fréquents dans les récits, et, au-delà, dans d'autres genres de discours.

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Reboul-Touré, Sandrine

Cediscor-Syled Université Paris 3 - Sorbonne Nouvelle, France, toure@wanadoo.fr

 

Les discours autour de la science : un éventail de marques linguistiques pour le discours rapporté. Le cas des plantes transgéniques.

Certains phénomènes scientifiques telle la transgénèse génèrent une vaste sphère discursive dans laquelle circulent des discours d'horizons divers, explorant tous les pôles du discours de transmission des connaissances : des discours sources tenus par les Centres de recherche (CNRS, INRA), des discours de vulgarisation scientifique tenus dans des revues comme La Recherche ou Sciences et Vie, des discours ordinaires diffusés dans des médias (quotidiens – Le Figaro, Libération, Le Monde –, hebdomadaires – L'Express, Le Nouvel Observateur, Le Point). La reformulation joue un rôle primordial dans cet espace discursif : dans les textes des discours sources, on cite moins qu'on emprunte le contenu d'un discours autre ; dans le discours de vulgarisation, les propos des spécialistes sont rapportés sous différentes formes. Dans les médias ordinaires, il y a effervescence discursive autour des plantes transgéniques, parce que le phénomène scientifique devient un phénomène politique qui touche tout un ensemble de locuteurs susceptibles d'intervenir dans le débat. Le journaliste distribue alors la parole aux lecteurs-consommateurs-citoyens (Cf. 5), aux hommes politiques (européens, hexagonaux), aux experts (chercheur, scientifique, spécialiste, chimiste, botaniste, sociologue, épidémiologiste, médecin, microbiologiste, vétérinaire, virologiste, zoologiste... Cf. 3) en explorant de nombreuses facettes du discours rapporté, pour une construction plurilogale (Cf. 4). De plus, il joue sur une mémoire discursive des lecteurs s'appuyant sur du déjà dit.

Nous souhaiterions donc présenter les différentes marques linguistiques du discours rapporté selon leur degré d'évidence dans le corpus choisi afin de nous interroger sur les frontières formelles du discours autre. Le déjà dit étant difficile à repérer, les notions, entre autres, d'interdiscours (Cf. 2) et d'hétérogénéité (Cf. 1) seront convoquées.

Authier-Revuz, J. (1995): Ces mots qui ne vont pas de soi: boucles réflexives et non-coïncidences du dire, Larousse.

L'inquiétude du discours (1990), textes de M. Pêcheux choisis et présentés par D. Maldidier, Ed. Des Cendres.

Les Carnets du CEDISCOR 6 – Rencontres discursives entre sciences et politique dans les médias (2000) Cusin-Berche, F. coord., Presses de la Sorbonne Nouvelle.

Moirand, S. (2000): 'Les manifestations discursives dialogiques de la rencontre entre sciences, médias et politique', Actes du symposium de Madrid, 1998, in L'analyse du discours, Université Complutense de Madrid, cédérom.

Reboul-Touré, S. (2000): 'Le transgénique et le citoyen dans la presse écrite : diffusion de termes spécialisés et discours plurilogal', Les Carnets du CEDISCOR 6, 99-111.

 

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Salvan, Geneviève

Université de Nice Sophia Antipolis, Nice, France, gsalvan@unice.fr

 

Discours rapporté et concession: entre reproduction et annexion du dire d'autrui

Dans mon travail, je propose d'étudier un cas particulier de reproduction de l'énonciation d'autrui, à l'oeuvre dans le mécanisme sémantico-logique de la concession. Il s'agit du cas de marqueurs concessifs qui introduisent dans une énonciation première une énonciation seconde sans pour autant la signaler explicitement, soit par des marques typographiques (italiques, guillemets) soit par des marques discursives ("selon", "d'après"...): c'est ce qu'on trouve dans des énoncés du type "je continue bien que (tu dises qu')'il y ait des problèmes" ou dans des énoncés non hypotaxiques avec "certes", "il est vrai", tous énoncés qui n'argumentent pas seulement sur un fait mais sur une énonciation.

Mon corpus d'étude sera constitué de textes littéraires romanesques, parce que cette étude m'amènera à envisager les stratégies de maîtrise du discours d'autrui notamment celle opérée par la voix narratoriale. La question est alors de savoir quelle est la valeur de ce discours rapporté "en sourdine" qui fonctionne à un niveau sous-jacent, par quoi est-il rendu perceptible dans la trame textuelle et quelle est sa fonction dans la narration.

Ces phénomènes seront enfin l'occasion de poser le problème de la frontière entre les discours: dans ce genre de report d'énonciation est-on encore dans du discours rapporté (à traiter comme du DD ou du DI ?) ou bien dans un mécanisme de citation-reformulation, notamment dans les cas où l'énonciation citée ne peut être assignée à aucun énonciateur particulier ? Il s'agit d'un cas limite d'un discours second intégré, annexé par un discours rapportant qui manifeste une volonté argumentative.

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Schapira, Charlotte

Department of Humanities & Arts, Technion – IIT (Israel Institute of Technology), Israel, gsrchar@tx.technion.ac.il

 

Discours rapporté et parole prototypique

Le but de la présente communication est de mettre en lumière un type particulier de discours rapporté, qui représente non pas la citation exacte d'une occurrence de discours individuelle et isolée, mais la somme d'un corpus de remarques caractéristiques d'une personne ou un groupe de personnes se définissant en fonction de paramètres sociaux, professionnels, religieux, tranche d'âge ou autres ; le texte ainsi obtenu constitue le commun dénominateur d'un nombre n de variantes d'une même expression et peut, par conséquent, être perçu comme prototypique ; il devient dès lors un moyen efficace – bien que souvent simpliste, voire caricatural - pour la caractérisation de l'énonciateur. Deux types de séquences rapportées, correspondant à des fonctions discursives distinctes seront examinées :

1.- La parole prototypique dans le texte narratif:

Cette technique, présente dans tous les types de narration de la Bible à nos jours, et particulièrement fréquente chez Proust, consiste à citer la remarque d'un personnage comme étant proférée telle quelle chaque fois qu'une même situation d'énonciation se présente, bien que, de toute évidence, le personnage en question ne se serve pas toujours de la même formule :

            On connaissait tellement bien tout le monde, à Combray, bêtes et gens, que si ma tante avait vu par hasard passer un chien 'qu'elle ne connaissait point', elle ne cessait d'y penser et de consacrer à ce fait incompréhensible ses talents d'induction et ses heures de liberté.

            - Ce sera le chien de Mme Sazerat, disait alors Françoise, sans grande conviction et pour que ma tante 'ne se fende pas la tête'. (Proust, A la recherche du temps perdu, vol I : 'Du côté de chez Swann')

2.- La parole caractérisante (par le style ou par le contenu) est reconnaissable à ce qu'elle s'accompagne toujours de la mention : 'comme dit / disait / dirait X' (comme dit mon père, comme disait ma grand-mère, comme dirait ma concierge) :

            On ne peut plus se fier à personne, comme dirait ma concierge.

Le locuteur se détache avec ostentation du discours qu'il prétend rapporter et qui se colore ainsi d'une nuance dépréciative et / ou ironique et crée parfois un effet comique.

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Schrepfer-André, Géraldine

Université de Paris 3, France, andre.archi@wanadoo.fr

 

[Selon X, p] versus [X dit / pense que p]: information référencée versus discours rapporté.

Une partie des emplois de selon X, que nous appellerons "énonciatifs", servent à indiquer qu'une ou des informations communiquées par L ne sont pas de son cru mais sont empruntées à une autre source. Ces emplois énonciatifs ont donc une double fonction:

une fonction médiative: ils permettent à L de préciser l'origine de l'information qu'il transmet.

la fonction de "rapporter un discours autre": l'information retransmise est généralement un dire de X, dont L ne prend pas la responsabilité.

D'où que leur étude concerne à la fois le champ de la médiation et celui du "rapporter un discours autre". Notre communication, en se focalisant sur les spécificités de ces expressions par rapport aux V de paroles et pensées rapportées, visera à situer les formes d'"information rapportée" au moyen de selon X par rapport aux formes classiques du discours direct et indirect. En partant de deux questions simples:

1. Dans [Selon X, p], p constitue-t-elle du discours indirect?

2. Dans [Selon X, "p"], "p" constitue-t-elle du discours direct?

nous argumenterons en faveur des analyses existantes répondant par la négative à ces questions.

Les V déclaratifs et épistémiques sont, comme tous les V, porteurs d'un sens qui impose un rôle sémantique précis à leurs arguments, et notamment à X, leur sujet. Ensuite, ils réfèrent à un procès, qu'ils situent "de facto" dans le temps. Ils constituent en outre le noyau du prédicat et jouissent à ce titre d'un statut syntaxique et informationnel prééminent: dans [X dit que p], l'information [X dit que] prévaut sur celle qu'exprime p. Enfin, et corollairement, les V participent au premier chef au système structural de la phrase, ce qui, à l'écrit, sauf situations (pragmatiques) particulières et, on peut le supposer, sauf conditions (linguistiques, textuelles) spéciales, limite le discours rapporté à leurs compléments.

La situation est tout autre avec les syntagmes prépositionnels énonciatifs. Leur caractère instructionnel et "a-référentiel", leur nature extra-prédicative et exophrastique induisent des contraintes spécifiques sur les formes d'"information rapportée", paraphrastique ou "citationnelle" qu'ils indexent. Leur sens est d'abord procédural et ils présentent un contenu sémantique moins spécifique que les V: ils restreignent moins drastiquement les possibilités dénotatives de X, le désignateur régi. D'autre part, ils ne constituent pas un prédicat: ils ne réfèrent pas à un procès de déclaration ou de pensée mais le présupposent; exempts de morphèmes temporels, ils ne permettent pas par eux-même de situer dans le temps l'acte d'énonciation originel présupposé. Extérieurs au système structural de la phrase et apportant une information ayant trait à l'énoncé, ils occupent, sur le plan informationnel, une place annexe, "métadiscursive": dans [Selon X, p], c'est p qui devient l'information principale. Dans certaines conditions, leur caractère périphérique leur permet en outre, et c'est le point qui les oppose le plus nettement aux V introducteurs de paroles et pensées rapportées, de porter naturellement sur plusieurs propositions ou phrases.

Ces divergences d'ordre morphologique, syntaxique et sémantique entre les V déclaratifs et épistémiques d'une part, et les groupes énonciatifs d'autre part se manifestent dans de nombreux phénomènes que nous nous proposons de répertorier. Leur mise en évidence devrait contribuer à étayer une conception "large" du discours rapporté, incluant les informations retransmises au moyen des syntagmes énonciatifs, tout en faisant apparaître leur originalité formelle et fonctionnelle, et la nécessité de leur attribuer une dénomination propre.

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Sørensen Ravn Jørgensen, Kathrine, Ecole des Hautes Etudes Commerciales de Copenhague, Danemark, krj.fra@cbs.dk

Vidar Holm, Helge, Universitetet i Bergen, Norvège, Helge.Holm@roman.uib.no

 

Mais et le discours indirect libre

Beaucoup d'études sur le discours indirect libre ont souligné l'absence d'indices morphologiques ou syntaxiques qui le caractérisent comme tel, indépendamment du contexte linguistique et extralinguistique. Cette absence de marque formelle explique la tendance dans les études consacrées au discours indirect libre à insister sur son ambiguïté et l'indécision de ses frontières.

Le propos de notre communication est néanmoins de mettre en évidence comment le connecteur mais contribue à identifier et à délimiter un fragment de discours indirect libre. Les exemples seront pour la plupart tirés de Madame Bovary.

Notre étude du fonctionnement de mais par rapport au discours indirect libre se situe dans le cadre théorique de la polyphonie de Ducrot et de Nølke. Ces théories permettent de renouveler l'interprétation des connecteurs et du discours indirect libre, comme les études de Nølke et d'Olsen sur donc et puisque et le discours indirect libre l'ont démontré.

Selon Ducrot, mais confère une valeur argumentative et/ou affective aux unités qu'il met en relation. La valeur argumentative de mais repose sur une opposition argumentative implicite, qui ne concerne pas l'opposition des unités sémantiques p mais q elles-mêmes, mais leurs conclusions argumentatives implicites qui sont anti-orientées. Mais peut aussi conférer une valeur affective/psychologique aux unités mises en relation dans la mesure où la valeur argumentative peut être fondée sur des orientations reposant aussi bien sur les perceptions subjectives, les opinions, les espoirs, les désirs… C'est ce que nous voyons dans l'exemple suivant emprunté à Flaubert :

Il (Rodolphe) la revit le soir, pendant le feu d'artifice (p); mais elle était avec son          mari, madame Homais et le pharmacien,... (q) (156).

Q s'oppose à la conclusion implicite qu'on pourrait tirer de p. Mais enchaîne, en effet, non sur l'énoncé de la rencontre, mais sur l'espoir que peut faire naître la rencontre avec Emma. L'objection subjective sur la présence de Charles et des Homais est dès lors attribuable à Rodolphe, et non pas seulement au narrateur. Nous pouvons dire que q coréfère implicitement à l'énonciateur-focalisateur, et non pas seulement au narrateur-locuteur, ce qui est le cas de p. Les arguments/attitudes contenus dans p mais q expriment indirectement un changement de point de vue du narrateur-locuteur à l'énonciateur-focalisateur et montrent que les arguments implicites se rapportent à ce dernier. L'exemple montre que mais réalise la transition entre l'extériorité d'un enchaînement narratif et l'intériorité du point de vue et qu'il permet le prolongement de leur superposition.

Dans le prolongement des travaux de Ducrot, Rabatel montre que l'opposition argumentative implicite exprimée par mais ne se limite pas à une trace de polyphonie, mais participe même à la construction d'un embryon de point de vue.

Nous proposons de pousser l'analyse plus loin, en ce sens que nous allons montrer que mais ne construit pas seulement un embryon de point de vue, mais qu'il est un signal énonciatif qui, dans un récit, sert d'embrayeur à la pensée et/ou à la parole du personnage, c'est-à-dire qu'il peut fonctionner comme un indice de discours indirect libre, aussi bien un indice d'ouverture, de clôture qu' interne.

1) Indice d'ouverture

Si mais est un marqueur d'énonciation qui introduit une part de subjectivité dans le raisonnement (comme nous le voyons dans l'exemple de Flaubert), il peut avoir la même fonction que les expressions qui dénotent une activité psychologique ou verbale comme "penser, dire, interroger", signalées par Bally comme annonçant un fragment au discours indirect libre. C'est ce que nous voyons dans l'exemple suivant :

Le Suisse, à l'écart, s'indignait intérieurement contre cet individu, qui se permettait d'admirer seul la cathédrale. Il lui semblait se conduire d'une façon monstrueuse, le voler en quelque sorte, et presque commettre un sacrilège.

            Mais un froufrou de soie sur les dalles, la bordure d'un chapeau, un camail noir… C'était elle! Léon se leva et courut à sa rencontre (246).

Mais fonctionne ici comme un embryon de point de vue tout en annonçant le discours indirect libre (C'était elle!), traduisant ainsi le mouvement intérieur de la prise de conscience de Léon. Dans l'exemple qui suit, le mais qui ouvre sur le discours indirect libre (q) signale également un changement de point de vue, en même temps qu'il traduit une opposition argumentative implicite par rapport à la réplique (p) d'Emma qui le précède :

Eh ! non, car vous n'êtes pas une femme, vous (p).

Mais les hommes avaient aussi leurs chagrins (q), et la conversation s'engagea par quelques réflexions philosophiques (237).

(2) Indice interne

Lorsque mais est inséré dans un fragment au discours indirect libre, il est souvent en interaction avec d'autres marqueurs d'énonciation (par exemple un déictique comme celui-là):

Un homme, au contraire, ne devait-il pas tout connaître, exceller en des activités multiples, vous initier aux énergies de la passion, aux raffinements de la vie, à tous les mystères? Mais il n'enseignait rien, celui-là, ne savait rien, ne souhaitait rien. Il la croyait heureuse; (42).

3) Indice de clôture

Comme mais peut indiquer changement de scène ou de description, il peut marquer la clôture d'un fragment au discours indirect libre, prenant ainsi la fonction de relance du discours narratif :

Emma, le soir, écrivit au clerc une interminable lettre où elle se dégageait du rendez-vous: tout était fini, et ils ne devaient plus, pour leur bonheur, se rencontrer.

Mais quand la lettre fut close, comme elle ne savait pas l'adresse de Léon, elle se          trouva fort embarrassée (243-244).

Références:

Bally, Ch. (1914): "Figures de Pensée et Formes Linguistiques", Germanisch-romanische Monatsschrift 6, 405-422.

Ducrot, O. (1980): "Analyses pragmatiques", Communications 32, 11-60.

Ducrot, O. (1984): Le dire et le dit. Les Editions de Minuit, Paris.

Flaubert, G. (1857): Madame Bovary. Ed. Garnier Frères, Paris, 1971.

Holm, H. V. (2000): "Monologue intérieur ou style direct libre? Approche axiologique d'un exemple de Madame Bovary", Nystedt, J. (réd.): Actes du XIVe Congrès des Romanistes scandinaves, 10-15 août 1999. Université de Stockholm (CD-ROM).

Jørgensen, K. S. R.(2000): "Analyse stylistique et polyphonique du connecteur mais dans la narration flaubertienne", Nystedt, J. (réd.) : Actes du XIVe Congrès des Romanistes scandinaves, 10-15 août 1999. Université de Stockholm (CD-ROM).

Nølke, H. (1994); Linguistique modulaire: de la forme au sens, Peeters, Louvain/Paris.

Nølke H. & Olsen, M. (2000): "Donc pour conclure. Polyphonie et style indirect libre : Analyses littéraire et linguistique", Nystedt, J. (réd.) : Actes du XIVe Congrès des Romanistes Scandinaves, 10-15 août 1999. Université de Stockholm (CD-ROM).

Nølke H. & Olsen, M. (2001): "Puisque : marqueur de polyphonie?" (A paraître.) Faits de langue.

Rabatel, A. (1999): "Mais dans les énoncés narratifs, un embrayeur du point de vue et un organisateur textuel", Le français moderne, LXVII, nr. 1, 49-60.

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Sullet-Nylander, Françoise

Stockholm, Suède, francoise.sullet-nylander@alfa.telenordia.se

 

Le discours narrativisé: quels critères formels ?

Lorsque l'on narrativise les paroles d'autrui dans son propre énoncé, il y a intégration totale ou quasi totale des paroles prononcées ou du texte écrit à l'origine, dans le discours de l'énonciateur. Dans notre étude du discours rapporté dans les titres de presse de trois journaux quotidiens français (Sullet-Nylander 1998), nous avons cherché à cerner les frontières du discours dit narrativisé en relation avec les discours direct, indirect et 'évoqué'. La notion de discours narrativisé est relativement nouvelle dans le champ du discours rapporté, du moins par rapport à celle du discours direct, du discours indirect et même celle du discours indirect libre.

            Nous avions retenu les mêmes critères formels que d'autres chercheurs (de Arruda et Gaulmyn en particulier), à savoir que le discours de l'autre est rapporté sous forme d'un infinitif ou d'un syntagme nominal objet d'un verbe locutoire ou d'un substantif locutoire abstrait. Notons cependant que le locuteur d'origine peut aussi avoir utilisé l'infinitif ou le syntagme nominal. En ce qui concerne le verbe, il est 'locutoire' comme dans l'exemple suivant de Libération : Le premier ministre annonce deux mesures pour stimuler l'emploi. Cependant, dans certains titres, les verbes ne sont pas locutoires bien que l'énoncé consiste, en partie, en un rapport de paroles : ce sont les cas où le journal reprend le verbe utilisé par le locuteur d'origine, ou même qualifie l'acte de parole du locuteur d'origine. Nous avons postulé alors une sorte d'effacement du verbe locutoire, comme dans l'exemple suivant du Monde : M. Tapie hésite à s'engager pour l'élection présidentielle.

            D'un point de vue formel, il devient délicat dans de tels cas de dresser la frontière entre ce qui appartient encore au discours rapporté et ce qui n'est qu'un commentaire ; surtout si l'on veut s'en tenir au titre et à sa manière de communiquer la nouvelle. Pour rendre l'analyse et la classification aussi systématiques que possible, les cas où il n'était pas possible d'établir formellent le statut de paroles rapportées sans avoir recours à l'article, n'ont pas été retenu comme discours rapporté narrativisé.

            Même si d'un point de vue discursif, le discours narrativisé est souvent jugé comme le rapport de paroles le plus distant et le plus réducteur (Genette 1972) par rapport au discours d'origine, on constate un flou en ce qui concerne sa définition et ses limites formelles. Nos recherches ont pourtant montré que, dans la presse écrite quotidienne, le discours narrativisé, tel qu'il a été provisoirement défini ci-dessus, représente la forme de discours rapporté la plus fréquente dans les titres. Il est donc essentiel d'approfondir la recherche dans ce domaine, afin d'en affiner les critères formels, mais aussi afin d'élargir l'échelle graduelle des formes du discours rapporté. Ces considérations sur les formes n'exclut pas quelques remarques, au plan discursif, concernant les manifestations du discours narrativisé dans le discours journalistique.

            C'est ce que nous chercherons à discuter dans notre communication qui reprendra également la question de la place des différentes formes de discours rapporté sur un éventuel continuum allant du discours citant au discours cité.

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Torck, Danièle

Vrije Universiteit, Amsterdam, Pays-Bas, dmf.torck@let.vu.nl

 

Ancrage énonciatif et interactionnel, représentations de l'ethos et stratification des discours rapportés dans une conversation

Deux propositions faites par Tannen (1989) ont renouvelé de manière fondamentale l'approche du discours rapporté dans les interactions du quotidien. La première concerne la dimension inventée de ce discours, rejetant ainsi la thèse de la qualité verbatim du discours direct, chère à la grarmnaire traditionnelle (Cf. Vincent & Dubois 1997). La seconde proposition désigne l'ancrage énonciatif du discours rapporté, le fait que celui-ci est en premier lieu dirigé vers l'allocutaire du discours rapporté dans la situation d'interaction (il exprime la relation "not between the quoted party and the topic of talk but rather the quoting party and the audience to whom the quotation is delivered' Tannen, 1989: 109). Il en résulte que tout objectif de fiabilité et de vérité peut être second par rapport aux objectifs et enjeux de la présente interaction, et que la responsabilité du locuteur rapportant/citant porte sur la relation avec son allocutaire, plutôt que sur celle avec le locuteur cité ou le discours de celui-ci.

En conséquence, la mise en scène du discours rapporté (son cadrage/'framing'), sous une forme canonique, discours direct ou indirect, ou mixte, sera dépendante du contexte, à savoir de la relation entre le locuteur rapportant et son allocutaire, et de l'objectif ou l'enjeu de son rapport. Elle implique également une double construction de l'ethos: la premire concerne le locuteur même, la seconde, le locuteur dont les paroles sont représentées.

Ceci sera illustré par l'analyse d'une conversation téléphonique, constituée à plus de 50% de discours rapportés. Me basant sur la connaissance du contexte, je montrerai comment le choix de la forme est étroitement lié aux objectifs et enjeux. L'analyse soulignera également la complexité du discours rapporté à l'oral, la dimension floue de ses frontitères syntaxiques (compensée par des indices prosodiques), les enchâssements multiples impliquant à chaque niveau un autre cadre de participation (Goffman 1982), et d'autres représentations de l'ethos. Elle montrera également que si les deux locuteurs restent en grande partie fidèles à une stratégie de rapport (privilégiant une forme de discours rapporté), les écarts, à savoir les recours à une autre forme, témoignent d'une logique interne, qui est d'ordre interactionnelle.

Le problème théorique qui sera soulevé en rapport avec la description des formes et usages du discours rapporté est similaire à celui posé à propos du cadre de participation: une théorie devrait-elle fournir une catégorisation de tous les rôles potentiels que peuvent jouer locuteurs et interlocuteurs (Levinson 1988) ou au contraire, approcher les laminations complexes de ces rôles de participation comme le résultat de multiples processus de cadrage 'framing processes', Irvine 1992)? Dans les approches empiriques du discours rapporté, une prise en compte du contexte semble être un préalable à toute analyse des formes et de leur interprétation.

Références:

Goffman, E. (1981). Forms of talk. Oxford:Basil Blackwell.

Irvine, J. (1996). 'Shadow Conversations: The Indeterminacy of Participant Roles'. In M. Silverstein & G. Urban (Eds.). Natural Histories of Discourse. Chicago: The University of Chicago Press. 13 1- 159.

Levinson, S. (1988).'Putting Linguistics on a proper footing: Explorations in Goffman's concept of participation'. In P. Drew & A. Wootton (Eds.). Ervin Goffman: Studies in the interactional order. Cambridge: Policy. 161-227.

Tannen, D. (1989). Talking voices: Repetition, Dialogue, and Imagery in Conversational Discourse. Cambridge: Cambridge University Press.

Vincent, D. & Dubois, S. (1997). Le discours rapporté au quotidien. Québec: Nuit blanche éditeurs.

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Tuomarla, Ulla

Département des langues romanes, Université de Helsinki, Finlande, Ulla.Tuomarla@helsinki.fi

 

La parole telle qu'elle s'écrit

Le propos de cette communication est d'analyser le processus de mise à l'écrit desparoles en situation de rapporter un discours oral. La question que nous nous posons est de savoir comment la représentation écrite reflète la soi-disante "parole authentique" à l'origine de la citation. Comme nous l'avons montré ailleurs concernant la presse écrite (Tuomarla 1999), l'oralité ainsi transcrite des paroles orales consiste souvent à garder des traits syntaxiques, lexicaux et stylistiques de l'oral familier. En partant des travaux de Faircough (1994 notamment), nous considérons cette tendance à exhiber une certaine oralité dans l'écrit comme participant au phénomène général de conversationnalisation des médias. J'entends maintenant élargir les matériaux analysés afin d'y inclureplusieurs genres de l'écrit.

Mais il n'est pas toujours facile de distinguer entre une citation de l'oral d'une citation de l'écrit. De plus, une autre dichotomie qui se relève pertinente pour mon propos est la distinction entre les phénomènes strictement verbaux (rapporter un dire) et ceux de la pensée. Il s'avère en effet que souvent la façon de présenter une citation est ambivalente de ce point de vue.

Si, enfin, la tendance à l'hybridation qui affecte les catégories formelles du discours rapporté de nos jours est constitutive, est-il possible de l'envisager comme un des effets de retour de l'oral dans la production des formes de discours rapporté ? Les dichotomies mentionnées nous servent dans l'explication du phénomène d'hybridation. Autrement dit, je vais m'attacher à montrer les liens qui se nouent entre les frontières formelles et typologiques du discours rapporté.

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Van Raemdonck, Dan

Faculté de Philosophie et Lettres, Université Libre de Bruxelles, Belgique, dvanraem@ulb.ac.be

 

Discours rapporté et intégration syntaxique : Un exemple d'analyse

L'analyse syntaxique et fonctionnelle des séquences de discours rapporté n'a pas vraiment retenu l'attention des grammaires traditionnelles. Tout au plus s'y intéresse-t-on à la reconnaissance de ces séquences. Cependant, une analyse digne de ce nom doit pouvoir rendre compte de leur caractère à la fois commun et particulier, par rapport aux autres séquences, au regard de leur intégration dans la phrase. A-t-on affaire à une seule ou à deux phrases (voire à une phrase multiple), par exemple, dans Elle me dit : "J'arrive" ? C'est pourquoi, il nous semble indispensable de distinguer plusieurs degrés d'intégration phrastique et de proposer pour chacun d'eux un type d'analyse correspondant.

Nous essayerons donc de proposer des analyses syntaxiques et fonctionnelles spécifiques pour des exemples de types suivants :

  1. À ce qu'elle me dit/Selon elle, elle arrive.
  2. Elle m'annonce son arrivée.
  3. Elle me dit qu'elle arrive.
  4. Elle me dit : "J'arrive."
  5. J'arrive, me dit-elle.

À titre d'illustration, nous nous emploierons, après Wilmet (1999), à analyser la séquence suivante :

Quand sa femme lui disait : "Mon avis est que tu as fait assez de sacrifices, mon ami. — Jamais ! s'écriait-il. Qui trouvera ce secret défiera tous les milliardaires, et c'est moi qui le trouverai."

(Extrait de Brunot & Bony, Méthode de langue française)

 

Retour Index

Retour Colloque

 


von Münchow, Patricia

Université Paris III, CEDISCOR – U.P.R.E.S. Syled, France, Pascal.Beucler@consultants.publicis.fr

 

La structuration du champ de la représentation du discours autre à la lumière d'une linguistique de discours comparative

Dans le cadre d'un travail en linguistique de discours comparative, on a étudié la représentation du discours autre (RDA) dans 30 journaux télévisés français et allemands. (Avec J. Authier-Revuz (2001 : 1), on entend par représentation du discours autre l'opération métadiscursive de représentation d'un acte d'énonciation par un autre acte d'énonciation.) Le travail de comparaison des formes de la RDA en français et en allemand a mené à une mise au point concernant la nature des types qui composent le champ en question, mise au point qu'on propose de retracer dans la communication et que l'on peut résumer ainsi :

L'opération métadiscursive qu'est la RDA peut être effectuée par l'intermédiaire de différents prototypes mais qui ne se situent pas sur un continuum entre deux pôles. Certaines formes linguistiques – différentes d'une langue à l'autre – peuvent être rattachées à ces prototypes des façon bi-univoque ; d'autres formes nécessitent une interprétation prenant en compte le cotexte linguistique au-delà des frontières de l'énoncé ainsi que le contexte extralinguistique pour pouvoir être liées à tel ou tel prototype. L'identification ´ linguistique ª est toujours prioritaire sur l'interprétation en fonction du cotexte ou du contexte car, dans certains cas, l'emploi dans le contexte ou, si l'on veut, le contre-emploi, de tel type de RDA, identifié comme tel grâce à des marques linguistiques, est censé provoqué un effet particulier.

Le discours direct, quant à lui, doit être distingué des autres types de RDA : le décalage de référence de tous les éléments déictiques et expressifs (von Roncador 1988 : 108), qui suffirait comme seule définition du discours direct dans toutes les langues, constitue une condition non seulement suffisante mais nécessaire pour l'identification des énoncés relevant du discours direct, même si, dans certains cas, cette identification n'est pas possible dans la phrase en raison d'une neutralisation des marques du discours direct et du discours indirect.

Références:

Authier-Revuz, J. (2001): 'Le discours rapporté' in Encyclopédie Grands Repères du XXIe siècle, vol. Le Langage, 4e partie, chap. 3, à paraître

von Roncador, M. (1988): Zwischen direkter und indirekter Rede. Nichtwörtliche direkte Rede, erlebte Rede, logophorische Konstruktionen und Verwandtes, Tübingen, Niemeyer

 

Retour Index

Retour Colloque

 


Yanoshevsky, Galia

Université de Tel-Aviv, Israël, eyalga@post.tau.ac.il

 

Rapporter son propre discours ou la reformulation: le cas d'Alain Robbe-Grillet et le manifeste du Nouveau Roman

Rapporter la parole d'autrui, c'est aussi la reformuler pour se l'approprier. Or, il existe des cas où l'on rapporte non seulement la parole de l'autre, mais aussi sa propre parole. La reprise de son propre discours exige-t-elle également une reformulation ?

La reformulation de son propre discours est requise lorsqu'on passe d'un dispositif énonciatif à un autre. Par exemple, une idée exprimée dans le cadre d'un essai et reprise dans le cadre d'un entretien oblige le locuteur à la reformuler en fonction du passage de l'écrit à l'oral, car l'oral obéit à d'autres contraintes que l'écrit: tout d'abord, il existe des différences stylistiques (langage soutenu à l'écrit vs. langage parlé à l'oral). Une autre raison de la reformulation provient des contraintes génériques, du fait qu'il y a passage d'un discours monologal (l'écrit) à un discours dialogal (l'entretien) où les idées de l'interviewé sont exprimées en fonction des questions qui lui sont posées par l'intervieweur dans une dynamique propre à la conversation.

Mais il existe aussi d'autres cas de reformulation à l'intérieur même du discours monologal qui ne sont pas uniquement d'ordre stylistique mais qui sont programmés en vue de la visée argumentative du nouveau dispositif énonciatif. C'est le cas par exemple d'un article de presse repris dans le cadre d'un recueil d'essais manifestaires. La vision d'ensemble du manifeste exige un changement dans la formulation du texte d'origine de par la visée argumentative de cet ensemble.

Dans le cadre de cette communication, nous aborderons les différents cas de reformulation du discours de soi à travers les différentes versions de Pour un nouveau roman, le manifeste éponyme publié par Alain Robbe-Grillet. Dans un deuxième temps, nous montrerons la circulation de ces mêmes idées, de l'essai à l'entretien.

 

 

Index

Colloque

 

Mise à jour: juillet 2005

courriel : sophie.marnette@modern-languages.oxford.ac.uk