Ci-dit
Le discours rapporté dans tous ses états :
Question de frontières
Résumés des propositions de
communication
DYALANG - UMR du CNRS 6065,
Université de Rouen, France, amina.aitsalia@worldonline.fr
La
parole de l'autre comme lieu de construction identitaire
Comment se dire lorsque le
discours produit pour se dire est fortement modelé par un discours autre ?
Si l'on considère, en accord
avec la notion de dialogisme développée par Bakhtine, que tout discours est
produit, consciemment ou inconsciemment, dans un dialogue interne avec des
discours autres, les discours identitaires n'échappent certainement pas à la
difficulté de distinguer entre discours rapporté et ce qui ne l'est pas. Cette
hétérogénéité constitutive du discours, pour reprendre la terminologie proposée
par J.Authier Revuz, est donc sa caractéristique même.
Dans la communication que je me
propose de présenter, mon intention est de déterminer les traces de discours
autres et de tenter d'en cerner les contours, dans des discours identitaires
produits en situation d'interaction verbale. L'analyse que je propose s'appuie
sur quelques extraits du corpus de ma thèse (soutenue en décembre 99), composé
d'entretiens semi-directifs que j'ai réalisés avec des algériens nés après
l'indépendance de l'Algérie d'une part, et des enquêtés de la même génération,
issus de l'immigration algérienne en France d'autre part. J'ai alors interrogé
ces enquêtés sur leur "algériannité", la question centrale
étant:"qu'est-ce qu'être algérien ?". Le but de cette question
n'était pas d'obtenir une définition de "l'algérianité", mais
d'examiner la mise en mots de l'identité lorsque celle-ci est vécue dans un
contexte conflictuel, en l'occurrence la situation de crise actuelle de
l'Algérie. Il s'agissait alors pour moi d'examiner la manière dont ces enquêtés
se définissent en tant qu'algériens, sachant que l'identité algérienne a été
définie de manière uniformisante dans les textes officiels algériens au moment
de l'indépendance du pays en 1962. Mis à part la diversité des discours autres
qui traversent les productions langagières de mes interlocuteurs, j'ai focalisé
mon attention sur l'inscription de l'idéologie officielle dans leurs discours.
Il s'agit en effet pour moi de déterminer dans quelle mesure la définition
officielle de l'identité algérienne structure leurs discours et de quelle
manière, et de tenter ainsi de cerner les frontières du discours dominant dans
les discours produits par les enquêtés.
Par ailleurs, l'oral, plus
particulièrement les discours produits en situation d'interaction verbale, sont
le lieu où le sens est renégocié en permanence. Le dialogisme baktinien me sert
de fil conducteur pour prendre en compte la dimension plurielle de la
production de sens et la polyphonie des échanges verbaux construits, en
interaction, entre l'enquêtrice que je suis et les enquêtés.
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Colloque
Apothéloz
, Denis
Université de Nancy 2, UFR
Sciences du Langage, Nancy, France, denis.apotheloz@mageos.com
Référence
et autonymie dans les rédactions conversationnelles
On nomme "rédaction
conversationnelle" la situation dans laquelle deux protagonistes au moins
coopèrent à la rédaction d'un texte, où ce dernier est donc élaboré
interactivement et conversationnellement. Les interventions induites par ce
type de tâche se composent d'énonciations faisant usage d'un lexique
explicitement métalangagier, mais aussi d'énonciations qui sont de pures
formulations de séquences du texte-cible, i.e. du produit textuel en cours
d'élaboration, sans marque segmentale signalant le registre métalangagier
(séquences appelées ci-après 'formulations du texte-cible'). Ces formulations
ont clairement un caractère autonymique. Elles s'apparentent à du discours
rapporté sur le mode direct, à ceci près toutefois que ce qui est
"rapporté" n'est autre que le texte en cours de fabrication. Elles
sont le plus souvent produites avec une prosodie particulière qui les distingue
des énonciations explicitement métalangagières ou métadiscursives (comme: là
on a oublié de dire que...)
et des autres types d'énonciations ordinairement produites dans ce genre de
situation.
Les formulations du texte-cible
s'accompagnent d'une grande variété de patterns prosodiques. Ceux-ci peuvent
être interprétés comme autant de modalités de l'interaction qui se joue
simultanément à l'énonciation de ces formulations: séquence proposée, séquence
ratifiée, séquence donnée comme une récapitulation, séquence donnéecomme une
alternative à une autre séquence, séquence énoncée simultanément à son
inscription sur le papier,etc. Il y a en d'autres termes dans les formulations
du texte-cible une superposition du fonctionnement autonymique et des multiples
modalités énonciatives qui caractérisent toute interaction collaborative. C'est
cette intrication que je me propose d'étudier.
Je chercherai notamment à
montrer comment les protagonistes de cette situation parviennent, sans quitter
le mode autonymique, à créer des espaces attentionnels qui s'apparentent à de
la référence obtenue sans expression référentielle, par la seulejuxtaposition
conversationnelle de séquences autonymiques.
Mes exemples proviennent d'un
corpus emprunté à M.-M. de Gaulmyn et R. Bouchard (Université de Lyon2).
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Colloque
Universidade Federal de
Pernambuco, Brésil, doris@npd.ufpe.br
L'interaction
entre discours dans la fiction brésilienne
Cet travail fait partie d'une
recherche dont le but est de montrer la diversité des formes de mise en rapport
des discours dans la fiction brésilienne contemporaine. Grâce à la découverte
des écrits de Bakhtin, pour qui le discours d' autrui est un objet sui
generis, essentiel pour
la compréhension du fonctionnement du langage, les dernières décennies ont vu
se développer un grand nombre d'études consacrés au discours d' autrui ou discours rapporté, d' un point de vue énonciatif. Ces
travaux ont montré que l'interêt dans l'étude du discours d' autrui n´était pas
dans les formes de citation, comme le faisait croire la tradition grammaticale
et structurale, mais dans l'enchaînement des discours du narrateur et des
personnages.
C'est dans cette perspective que
nous étudions l'interaction dynamique entre discours dans des contes
brésiliens. Pour ce travail, nous avons sélectionné deux auteurs, Nelson
Rodrigues et Rubem Fonseca afin d'y voir les modes de représentation des points
de vue d'autrui sur le monde. Nous analysons ce que Prince appelle discours
attributif - éléments
voco-acoustiques, visuels, statiques et cinétiques constitutifs de chaque
situation d'énonciation - et les langages sociaux marqués comme discours d'
autrui ou non . Cet ensemble caractérise les personnages, révèle leurs
sentiments, leurs attitudes dans des différentes situations; indiquent leurs
points de vue, leurs positions socio-idéologique, ainsi que ceux du narrateur
et de l'auteur. Les premiers résultats montrent une grande hétérogénéité de
formes d' interrelation entre les discours et dessinent des tendances dans les
modes d' organisation des dialogues dans l'espace fictionnel, dont on peut en
parler de deux pour le moment : l' une qui va vers le style linéaire de transmission du discours d'autrui, l'
autre vers le style pittoresque.
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Colloque
Bastian, Sabine Université
de Leipzig, Allemagne, sbastian@rz.uni-leipzig.de
Hammer, Francoise Heiselberg/Karlsruhe),
drean@andor.wiwi.uni-karlsruhe.de
Discours
rapporté en francais et en allemand : formes, fonctions, marquage
Notre recherche empirique dans
le champ du discours rapporté se base sur un dépouillement de textes français
et allemands appartenant à des types différents: dans le domaine scientifique
nous avons choisi notamment des (extraits de) manuels, d'ouvrages spécialisés
et d'articles s'adressant à des spécialistes aussi bien qu'à un public plus
large; à cela s'ajoutent des corpus de la presse quotidienne de sorte que nous
procédons à des comparaisons multiples, intra- et interlangagières.
Dans notre contribution nous
étudions d'abord les différentes manières de "rapporter": la reprise
directe / indirecte et le commentaire d'un discours d'autrui aussi bien qu'un
dicours propre antérieur; la reprise d'un discours oral dans un discours écrit
(avec transcodage) mais aussi la reprise intertextuelle "classique"
(sans transcodage). Il est évident que de telles différences provoquent des
formes de reprise qui changent considérablement - dès la citation "fidèle"
et vérifiable à la reprise (in)consciemment manipulée d'un dicours oral dans un
autre (écrit ou oral). Nous nous intéressons dans ce contexte d'une part aux
marquages fournis par le contexte linguistique: S'agit-il en effet d'une aide
efficace à la compréhension ? Quels sont d'autres fonctions discernables et
quels en sont les marqueurs typiques ? D'autre part nous visons également une
description plus vaste du phénomène considérant en même temps les apects
pragmatiques qui se situent à la frontière des recherches (inter-)
disciplinaire. Il nous semble nécessaire de (re-)poser entre autre la question
de l'usage plus ou moins adéquat de la citation.
Nous nous proposons également de
poursuivre une étude-pilote qui à révélée que les procédés du discours rapporté
diffèrent d'une manière significative selon les types de textes dans la presse
(rapport, argumentation, description...).
Tout en élargissant cet horizon
à d'autres discours nous tentons d'approfondir ces recherches dans le but
d'améliorer les descriptions contrastives franco-allemandes servant de bases à
une introduction plus efficace des problèmes du discours rapporté dans
l'enseignement.
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Colloque
Bertin, Annie
Université de Paris X -
Nanterre, France, bertin.annie@wanadoo.fr
La
mise en scène de la parole dans le Roman de Renart
Les différentes branches du Roman
de Renart présentent
une proportion importante de discours rapporté, faisant apparaître
majoritairement du DD ; il offre, comme d'autres œuvres médiévales (moins
que d'autres écritures, le roman en prose par exemple) des cas d'enchaînement
DD-DI. On se propose de faire ressortir certaines caractéristiques concernant
les frontières du DR en rapport avec un type d'écriture qui tend à en donner
une représentation théatrâle, en privilégiant trois axes :
1) -
le caractère abrupt des enchaînements aussi bien dans les échanges dialogués
que dans l'enchaînement récit/DD : juxtaposition ou particularités des
verbes de parole.
-
dans le cas où le vers est de structure "X, dit il…", on observera
les termes susceptibles de faire fonction de X en portant une attention
particulière aux interjections, plus fréquentes, me semble-t-il que dans
d'autres textes.
2) étude
du DD inséré dans le DD, le personnage mettant en scène, jouant la polyphonie
du discours.
3) Type
de présentation du DR (verbe de parole en prolepse, juxtaposition, verbe
inquit) en relation avec le type d'acte de parole (interrogation, performatifs
en particulier)
Ce qui est souvent donné comme
une parodie du discours épique présente-t-il des traits communs avec la chanson
de geste, dans le domaine du DR? ou des traits propres ?
On se demandera si dans cette
forme où l'oralité est tellement montrée (à travers le discours du narrateur
comme par la proportion importante de DD) les particularités du DR sont à
mettre en rapport avec celles du "vrai oral" ou bien si elles sont le
produit largement concerté d'une écriture littéraire.
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Colloque
Bertrand Roxane (*), Espesser, Robert (*) , Traverso Véronique (**)
roxane@lpl.univ-aix.fr , espesser@lpl.univ-aix.fr, Veronique.Traverso@univ-lyon2.fr
(*) Laboratoire Parole et
Langage UMR 6057 CNRS - AIX, France
(**) GRIC Université Lumière
Lyon 2, France
La
diversité de voix dans la conversation
Le discours rapporté direct
(DRD) illustre un changement énonciatif de "voix" dans le discours
d'un locuteur. Notre travail consiste à montrer dans quelle mesure ce
changement énonciatif s'accompagne d'un changement de voix, au sens prosodique du
terme. Cette hypotèse a été testée dans une première étude (Bertrand et
Espesser, 1998) sur un corpus de 94 cas de DRD, produits par une locutrice au
sein d'une conversation familière à 3 interacteurs. Nous avons developpé une
méthodologie et comparé sur chaque item (paire de signal de parole, composée de
la fin de la séquence DD et du début de la séquence DRD) divers paramètres
prosodiques : fréquence fondamentale (F0), débit, intensité. Seule la f0 montre
une différence significative entre les deux membres de chaque paire. Les
distributions de f0 moyenne montrent un élargissement de la dynamique tonale de
la locutrice vers les valeurs élevées pour le DRD. L'évolution séquentielle de
la f0 (ie le degré de predictibilité existant entre la f0 moyenne de 2 pseudo-syllabes
(syllabes estimées) consécutives ) différe aussi significativement. Nous
l'interprétons comme une plus grande cohérence prosodique entre les
pseudo-syllabes du DRD, qui serait liéee à la récurrence de mouvements
mélodiques. Ces résultats nous conduisent à parler d'une "emphatisation
mélodique" affectant le DRD, assimilable à "l'effet de
cristallisation" de De Gaulmyn (1994). Cette emphatisation pourrait
refleter une part d'implication plus grande de la part de la locutrice en phase
de DRD. Notre objectif actuel consiste en: élargir notre corpus (en cours de
réalisation) en vue de verifier que nos premiers résultats ne dépendent pas
d'une stratégie individuelle, et améliorer la méthodologie. Si l'emphatisation
mélodique est confirmée, nous tenterons de la caractériser plus précisément:
est-elle due à une répartition différente des accents en DRD ou est-elle le
simple résultat d'un élargissement de la dynamique tonale indépendant de la
localisation et du type d'accent ? Enfin, la taille plus importante du corpus
devrait nous permettre d'evaluer l'effet de la durée des paires (DD,DRD).
Références
Bertrand Roxane et Robert Espesser. 1998.
"Prosodie et discours rapporté: la mise en scène des voix", Pragmatics
in 1998: Selected papers from the 6th International Pragmatics Conference, Vol 2, Edited by JefVerschueren. Antwerp:
International Pragmatics Association, pp. 34-45.
Bertrand R., 1999, "De l'Hétérogénéité de la
Parole. Analyse énonciative de phénomènes prosodiques et kinésiques dans
l'interaction interindividuelle", Thèse de Doctorat, Université de
Provence.
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Colloque
Blondel, Marion
Université de Tours, JE 'Langage
et handicap', blondel@univ-tours.f
Discours
rapporté et langues des signes : la question des frontières sous un autre
angle
Dans l'ensemble de la recherche
linguistique sur les langues des signes, relativement peu de travaux ont été
consacrés au discours rapporté (voir par exemple Bouvet (1996) et Cuxac (2000)
pour la langue des signes française ; Emmorey et Reilly (1998) pour la langue
des signes américaine ou Boyes-Braem (1992) pour la langue des signes de Suisse
allemande). L'une des principales raisons nous semble liée à l'imbrication des
questions impliquées par l'étude du discours rapporté dans des langues
dont les grammaires ne sont que partiellement décrites, notamment en ce qui
concerne les structures syntaxiques complexes et la question des frontières
entre marqueurs expressifs et marqueurs linguistiques.
Néanmoins, l'étude du discours rapporté devient un sujet d'actualité à
mesure que les fonctions linguistiques du non manuel dans les langues
gestuelles (à distinguer du rôle du non verbal dans les langues orales) sont
identifiées et que l'aspect simultané des constructions syntaxiques en langues
des signes est analysé comme une forme complexe, spécifique au canal visuo-gestuel,
comparable aux structures de subordination articulées de façon linéaire dans le
canal audio-oral. Il serait donc tout à fait pertinent et judicieux de
confronter la question des frontières entre discours direct et indirect d'une
part, entre stratégies orales spécifiques (vs grammaticales à l'écrit) d'autre
part avec l'expression du discours rapporté en langues des signes.
Nous proposons en particulier
d'examiner ces aspects dans le cadre d'un corpus de littérature de performance
adressée à l'enfant (contes, fables et comptines) dans différentes langues des
signes. En effet, la 'mise en scène' de dialogues est un procédé courant dans
ce type de littérature et fait appel non seulement à des procédés linguistiques
spécifiques mais aussi à des procédés situés à la frontière du linguistique.
Les uns et les autres sont formalisés dans un discours de nature poétique
(contraintes du registre) et mis en relief dans un discours poétique adressé à
l'enfant (contraintes du public).
Nous rappellerons donc dans un
premier temps ce que l'on sait des fonctions linguistiques des 'jeux de rôle'
(notion à définir) dans les langues des signes, du rôle du non manuel, de
l'espace et du simultané dans l'élaboration de structures syntaxiques et
discursives complexes. Nous essaierons de montrer ensuite 1) en quoi la
tentative de classification des occurrences de discours rapporté dans un corpus
de contes et comptines enfantins en langues des signes privilégie la notion
d'une échelle graduelle des formes (vs couple canonique discours direct,
indirect) et 2) en quoi la prise en considération de la modalité
visuo-gestuelle peut éclairer les effets de l'oral (vs écrit) dans la
production des formes de discours rapporté.
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Colloque
Bres, Jacques
Praxiling, UMR CNRS 5475,
Discours, textualité et production de sens
Université Paul-Valéry,
Montpellier III, France, Jacques.Bres@univ-montp3.fr
De
la mémoire des voix dans le discours : négation restrictive, clivage.
Dans un récent travail (Bres et
Verine 2001), nous avons plaidé pour la mise en relation des formes du discours
rapporté avec les marqueurs dialogiques (négation, conditionnel, confirmation,
concession, renchérissement, etc.), et pour leur intégration dans le vaste
champ du dialogisme. Ce que nous avons fondé en montrant que discours rapporté
et marqueurs dialogiques relèvent d'un même ensemble de phénomènes :
dédoublement énonciatif, distinction entre locuteur, énonciateur E1 et
énonciateur e1, actualisation s'appliquant non à un dictum mais à un élément
linguistique qui a déjà statut d'énoncé, hiérarchisation des deux énonciations.
L'actuelle communication sera
consacrée à l'analyse de deux marqueurs, le clivage (c'est. que) et la négation
restrictive (ne. que), que nous avons retenus précédemment comme faisant partie
des outils de dialogisation énonciative mais qui ont un fonctionnement
spécifique commun. Ces deux marqueurs apparaissent en effet à la fois comme
différents des autres marqueurs par le traitement qu'ils proposent de l'énoncé
[e] et comme cependant pleinement dialogiques. Je m'attacherai à expliciter 1)
la spécificité qu'ils partagent, et 2) leur commune dimension dialogique.
1. Dans les autres marqueurs dialogiques,
la présence implicite de l'énoncé enchâssé [e] dans l'énoncé enchâssant [E]
peut être montrée de trois façons. Si nous prenons p. ex . le cas de la
négation prédicative, à partir d'une occurrence négative comme :
(1)
Il n'y a pas de crise morale ou de crise politique en France (J. Chirac, 14 12
2000)
On peut montrer la présence de
l'énoncé enchâssé [e] : il y a une crise morale, une crise politique en France
(i) par enchaînement anaphorique
sur cet énoncé :
(1')
Il n'y a pas de crise morale ou de crise politique en France, comme on veut le
faire croire/ ce qu'on veut nous faire croire
(ii) Par guillemetage de
certains éléments :
(1'')
Il n'y a pas de crise morale ou de crise politique
en France
(iii) Par explicitation de
l'énonciateur e1 :
(1''')
Il n'y a pas de crise morale ou de crise politique en France, comme le laissent
entendre les médias
On montera que dans les énoncés
restrictif (2) et clivé (3), ces opérations s'avèrent impossibles :
(2)
les forces employées (par les Russes en Tchétchénie), l'envoi de l'armée et
l'inévitable effusion de sang ne font que compliquer la situation (Le Monde,
Gorbatchev)
(3)
C'est cet enchaînement des faits qui conduisit à la guerre en Tchétchénie et
anéantit la confiance des Russes (Le Monde, Gorbatchev)
On rendra compte de ces
impossibilités par la description du mode de présence de l'énoncé [e] dans ces
deux marqueurs.
2. On montrera que ces tours sont bien
dialogiques en ce que leur forme ne se justifie que du "dialogue"
avec un autre discours, même si ce discours lui-même n'est pas cité, ou plus
exactement s'il n'est cité que très minimalement.
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Colloque
Celle-Kaniewicz, Agnès
Université Paris 7, UFR d'Etudes
anglophones Charles V, Paris, France, celle@paris7.jussieu.fr
Traduire
le conditionnel "journalistique"
Cette étude vise à dégager la
spécificité du conditionnel dit journalistique en français dans le cadre de la
théorie des opérations énonciatives. Le conditionnel " journalistique
" signale que l'énonciateur ne prend pas en charge le discours rapporté et
qu'il se démarque ainsi de l'origine de ce discours, soit parce que l'origine
du discours est indéterminée, soit parce que l'énonciateur met en doute la
validité du discours rapporté (cf. Merle 1999). Cet emploi du conditionnel se
distingue donc des autres emplois du conditionnel en français qui envisagent de
façon virtuelle la validation de la relation prédicative au sein d'un repérage
fictif. De fait, le conditionnel " journalistique " ne vise pas la
validation d'une relation à un instant T repère fictif. C'est plutôt la
prépondérance subjective S – et la dissociation de l'instance assertive et de
l'instance énonciative qu'elle sous-tend – qui déclenche son emploi. A cet
égard, il s'avère utile de comparer le conditionnel journalistique français au
subjonctif 1 de l'allemand, qui remplit cette même fonction. A quel mode
énonciatif a-t-on alors affaire ? Peut-on rapprocher ce mode des schémas de
subordination où l'origine du discours est explicite dans le segment introducteur
du discours rapporté ? Le conditionnel journalistique est en fait un cas
d'énonciation mixte qui désolidarise l'asserteur de l'énonciateur. A partir de
corpus bilingues (essentiellement le Monde Diplomatique et sa traduction
anglaise) nous verrons que cette hétérogénéité énonciative ne peut être
maintenue dans le passage à l'anglais. Soit l'assertion est maintenue et on a
généralement le prétérit. La relation prédicative est dans ce cas simplement qualifiée
comme étant du discours
rapporté (reportedly, allegedly),
ou relative à une origine énonciative (according to). Soit une situation de discours est
construite. Dans ce cas, l'existence d'un acte d'énonciation est prédiquée sous la forme d'un passif
(is said / reported to)
et l'énonciation ainsi introduite est explicitement rapportée et désassertée.
Dans les deux cas, on aboutit à
une énonciation homogène dans la traduction. Il semble impossible en anglais de
dissocier le point de vue de l'asserteur de celui de l'énonciateur – ce qui
produit l'hétérogénéité du conditionnel " journalistique " et son
statut de d'énonciation mixte - sans construire dans le même temps les
situations-repères auxquelles ces points de vue se rattachent.
Références :
Celle
Agnès (1997) Etude contrastive du futur français et de ses réalisations en
anglais. Paris : Ophrys.
Guillemin-Flescher
Jacqueline (1981) Syntaxe comparée du français et de l'anglais. Paris : Ophrys.
Malblanc
Alfred (1968) Stylistique comparée du français et de l'allemand. Paris : Didier.
Merle
Jean-Marie (1999) Etude du conditionnel français et de ses traductions en
anglais. Thèse de
doctorat, Université Paris 7.
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Colloque
Cohen-Wiesenfeld, Sivane
Universite de Tel-Aviv, Israël, sivanwiesen@hotmail.com
Fonctions
et enjeux du discours rapporté dans la correspondance diplomatique entre la
France et l'Allemagne de 1871 à 1914.
L'étude proposée se situe dans le cadre d'un travail sur le discours
diplomatique à travers la correspondance diplomatique entre la France et
l'Allemagne, à partir d'un receuil de 40 tomes de documents diplomatiques
français rassemblés par une commission spéciale du ministère des Affaires
étrangères intitulée 'Commission de publication des documents relatifs aux
origines de la guerre de 1914'.
Dans la dépêche diplomatique – correspondance échangée entre diplomates et
ministres d'un même pays, rapportant généralement des négociations,
conversations ou entretiens avec les représentants de pays étrangers, les
modalités du discours rapporté semblent être utilisées commes des stratégies
pour amplifier ou diminuer la distance par rapport à la parole de l'autre,
suivant que l'énonciateur s'approprie l'énonciation de l'autre ou au contraire
dégage sa responsabilité d'énonciateur par rapport à la parole rapportée.
S'agissant de l'énonciation
rapportée d'un autre énonciateur, le rapporteur peut:
S'agissant de sa propre
énonciation rapportée, l'énonciateur peut la mettre en abyme par
l'intermédiaire du discours direct, c'est-à-dire la présenter comme celle d'un
autre pour mettre en valeur ses qualités de négociateur tout en respectant le
contrat de communication de l''honnête homme' - briller sans en avoir l'air –
ou pour marquer la connivence avec le ministre en se démarquant nettement de
l'ennemi. Cette mise à distance permet de monter son 'double jeu' puisque les
paroles prononcées au cours de la négociation rapportée ne coincide pas
forcément avec les arrières pensées du bon négociateur ; il devient alors
très important de bien marquer le passage à l'attribution personnelle du
discours ('selon moi'), afin de respecter le contrat de lecture avec le
destinataire final qui doit comprendre clairement qui dit quoi.
Cette étude, d'abord réalisée
dans le cadre de la correspondance diplomatique entre Français, sera effectuée
dans le cadre de la correspondance inter-étatique entre Français et Allemands à
un moment particulièrement sensible de leurs relations.
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Colloque
Colas-Blaise, Marion
Centre Universitaire de
Luxembourg, marioncolas@ci.educ.lu
Dynamique
discursive et avatars de la dénomination propre
Le nom propre et le nom propre modifié
sont l'objet, depuis quelques dizaines d'années, de discussions et de
controverses, suscitant des réponses diverses, axées sur les dimensions
syntaxique et sémantique, ou plus précisément pragmatique. Face à ces travaux,
on se propose, ici, d'apporter un éclairage différent, en adopant la perspective
de la sémiotique du discours telle qu'elle est développée, surtout, par J.
Fontanille (cf. notamment Sémiotique du discours, Limoges, PULIM, 1998). Dans les limites
de ce cadre théorique et méthodologique, on se demandera dans quelle mesure, et
à quelles conditions, le nom propre (modifié) peut relever du discours
rapporté.
Cette
intervention vise ainsi à étudier les modalités de mise en circulation du nom
propre, de reprise, de déformation, de renouvellement et de transformation, de
rejet ou d'assomption dans un univers de discours déterminé. À cet effet, elle
s'appuie sur un roman de Patrick Modiano, Rue des boutiques obscures, où le nom propre (modifié) est mis au
service de la quête d'une identité qui se construit à partir de bribes captées
ici et là.
Il
s'agira, plus précisément, de s'interroger sur les stratégies qui articulent la
praxis énonciative collective avec la praxis individuelle, l''impersonnel de
l'énonciation' à travers l'accumulation des actes de discours avec la prise en
charge individuelle et les 'décalages' dont elle se porte garant. À partir
d'une définition de l'énonciation comme prédication à la fois existentielle et
assomptive, le point de vue adopté sera double. La réflexion portera sur le
devenir de l'objet, les processus d'émergence, de figement et de
conventionnalisation des formes, mais aussi de questionnement, de
déstabilisation et d'innovation. On se demandera dans quelle mesure le passage
au discours rapporté est lié à la présence d'éléments - de 'marqueurs' - qui,
au-delà de la fonction référentielle du nom propre, attirent l'attention sur sa
fonction dénominative. L'analyse sémio-linguistique interrogera les effets
interprétatifs produits par les guillemets et, surtout, le cas de la
détermination du nom propre par l''adjectif démonstratif'. Enfin, l'étude aura
pour objet les conditions et les formes de l'échange entre partenaires de
l'interaction sémiotique.
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Colloque
Coltier, Danielle, Université de Metz, France, danielle.coltier@wanadoo.fr
Dendale,
Patrick, Université de
Metz, France et Université d'Anvers, Belgique, pdendale@uia.ac.be
Discours
rapporté et évidentialité : les constructions en selon X + conditionnel
journalistique
1. Le conditionnel, on
le sait, a un emploi, désigné comme "conditionnel journalistique",
"conditionnel de l'allusion au discours d'autrui" ou
"conditionnel de la rumeur" (parmi d'autres termes). Cet emploi,
qualifié d'évidentiel par Dendale (1993), signale que l'information dans
l'énoncé provient non pas du locuteur mais d'autrui.:
La
majorité de ces exécutions serait due à des règlements de compte dans le
milieu. (La Dernière Heure,
cité par Rosier 1999:164)
La
préposition selon a,
dans un de ses emplois, l'emploi appelé "origine" par Coltier (2000),
une fonction comparable au conditionnel journalistique :
Grave
incendie au collège de Loudéac. Selon les pompiers, deux ailes du bâtiment sont
parties en fumée. (d'après Ouest France, cité par Coltier 2000)
Très souvent cependant les deux
marqueurs de l'emprunt d'information à autrui se combinent dans un
énoncé sans qu'il y ait effet de redondance. Au contraire, après des
groupes prépositionnels comme Selon certaines sources, selon la rumeur, selon certains, beaucoup d'exemples attestés recourent
au conditionnel journalistique:
Selon
la rumeur, Diana, comblée par l'arrangement financier qui a fait d'elle l'une
des femmes les plus riches du royaume, […] aurait donné son accord tacite à la
promotion de sa rivale. (Le Point)
2. Le but de cette
étude est d'examiner les énoncés où les deux marqueurs se combinent – en
excluant d'emblée les cas où le conditionnel n'est pas un conditionnel
d'ouï-dire, mais par exemple un conditionnel de l'éventualité, irréel (Selon
moi, Pierre aurait du venir)
ou potentiel (Selon moi, le pape serait en France que ça ne m'étonnerait pas) – et d'essayer de déterminer la
contribution de chacun des deux marqueurs au marquage épistémique global de
l'énoncé.
3. Les questions que
nous nous poserons et auxquelles nous espérons apporter un début de réponse
sont les suivantes :
Quelle est donc la valeur
précise de ces deux marqueurs pour que leur combinaison ne soit pas ressentie
comme redondante ? (Est-ce que le conditionnel est avant tout un marqueur
évidentiel, qui indique que la source du savoir est de type l'emprunt (cf.
Dendale 1993) ou un marqueur qui signale la non-prise en charge de l'énoncé
(cf. Abouda 2001), ou encore un marqueur d'incertitude ? Est-ce que les
deux marqueurs ont la même valeur quand ils sont utilisés en combinaison et
quand ils sont utilisés séparément ?
Quelles contraintes y a-t-il sur
la combinaison des deux marqueurs ? Certaines phrases, comme Selon elle, ellei aurait été violée vers 3 heures du
matin, ou Selon
toi, le pape serait en France? passent
nettement mieux que respectivement,
Selon ellei,
ellei aurait
été violée ou Selon
toi, le pape serait en France.
Est-ce que ces contraintes d'emploi sont liées à selon, ou au conditionnel ou à la combinaison
des deux marqueurs ?
Est-ce que le glissement que
connaît selon d'un
marqueur d'emprunt de propos à
un marqueur d'inférence à partir de propos (marquant une proposition élaborée par le locuteur sur la base d'un dire
d'autrui) (cf. Coltier 2000) a des répercussions sur l'emploi du conditionnel ?
Peut-on déterminer quand le
conditionnel dans un énoncé contenant selon X est à attribuer à X plutôt qu'au locuteur
?
Références:
Abouda,
L., 2001 : "Les emplois journalistique, polémique, et atténuatif du
conditionnel. Un traitement unitaire", In : Dendale, Patrick &
Tasmowski, Liliane, (éds.), 2001, Le conditionnel en français, Les belles Lettres.
Coltier,
D. , 2000 : Analyse sémantique de selon.
Quelques propositions.
Thèse de doctorat, Université de Nancy.
Dendale,
P., 1993, "Le conditionnel de l'information incertaine : marqueur modal ou marqueur
évidentiel?", In:
Gerold Hilty (ed.),
1993, Actes du XXe Congrès International de Linguistique et Philologie
Romanes, Université de Zurich (6-11 avril 1992), Tübingen, Francke Verlag, tome 1,
p.165-176.
Rosier,
L., 1999, Le discours rapporté. Histoire, théories, pratiques, Gembloux, Duculot.
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Colloque
Danblon, Emmanuelle
Linguistique Générale,
Université Libre de Bruxelles, Belgique, edanblon@ulb.ac.be
Le
discours de l'expert dans une argumentation délibérative
L'argument propre au genre
délibératif, selon Aristote, est l'exemple (paradeigma), analogue rhétorique du
raisonnement inductif, dans lequel la prémisse majeure est absente. Aristote
considère l'induction comme un procédé plus persuasif que la déduction. L'une
des raisons de ceci pourrait résider dans le statut même du paradeigma qui,
sans être une proposition générale, possède néanmoins un statut qui dépasse
celui de la simple proposition particulière. Le paradeigma qui possède,
semble-t-il, la force persuasive du général à travers le particulier, est
représenté, dans la rhétorique délibérative par la 'parole de l'expert'.
Je voudrais ici analyser les
raisons qui donnent une autorité 'naturelle' à ce type d'argument. Je
chercherai, entre autres, à prévoir une différence entre la parole de l'expert
et celle de l'homme d'expérience. Je terminerai par l'analyse d'un discours
délibératif (un discours politique) dans lequel on décèlera, grâce à l'analyse
du paradeigma, la façon dont l'orateur construit son autorité en rapportant et
se réappropriant un événement qu'il rend 'exemplaire' c'est-à-dire,
'paradigmatique'.
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Colloque
Delbart, Anne-Rosine
Faculté de Philosophie et
Lettres, Université Libre de Bruxelles, Belgique, ardelbar@ulb.ac.be
Un
incitateur au 'Mélange des voix': le discours importé
Les écrivains choisissant une
autre langue de création que leur langue maternelle sont-ils plus naturellement
conduits à transgresser les frontières entre leurs propres mots et les mots
d'autrui? Ces 'passeurs de langue' ont-ils vocation à revisiter notamment le
discours littéraire?
En tout état de cause, pour la
romancière canadienne anglaise Nancy Huston, établie en France depuis 1973, 'le
bilinguisme est une stimulation intellectuelle de tous les instants' et une
merveilleuse ouverture au viol 'des normes et des attentes de la langue
française'.
Notre communication se propose
de repérer et d'étudier quelques exemples de structures énonciatives
hétérogènes dans l'œuvre de cette auteur.
Au delà d'un cas individuel, la
fréquence en littérature du passage vers une autre langue ou, en deux mots, du translinguisme littéraire permettrait peut-être de l'instituer en
une authentique catégorie de discours que j'appellerais volontiers le 'discours
importé', inscrivant à une polyphonie générale une série de polyphonies
particulières, génératrices de saisissants effets de 'mise en abyme'.
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Colloque
Doury, Marianne
CNRS (CEDISCOR/Université Paris
3, GRIC/Université Lumière-Lyon 2), Marianne.Doury@wanadoo.fr
La
fonction argumentative des échanges rapportés
Les définitions de l'argumentation sont multiples, et fortement
contrastées ; celle que nous adopterons ici invite à prêter une attention
particulière aux diverses manifestations de l'hétérogénéité énonciative, et, en
particulier, au discours rapporté.
En effet, pour nous,
l'argumentation consiste en un mode de construction d'un discours visant à
le rendre plus résistant à la contestation. Cette définition s'inscrit dans la tradition des
réflexions mettant au cœur de l'argumentation la confrontation d'un discours et
d'un contre-discours.
Le caractère central d'une telle
confrontation explique un trait récurrent des discours argumentatifs :
leur très forte hétérogénéité énonciative, qu'elle soit traitée en termes de
polyphonie (Ducrot) ou de dialogisme (Bakhtine).
Dans le cadre de cette
présentation, nous nous intéresserons à une manifestation particulière de cette
hétérogénéité énonciative : les échanges rapportés, et chercherons à en décrire les
fonctions argumentatives. Les données analysées sont des interactions
'ordinaires': il s'agit de discussions entre commerçant et clients dans un
commerce de presse parisien.
L'observation des données amène
à distinguer deux cas principaux :
L'analyse des échanges rapportés
de type 1. soulève deux grandes questions :
L'étude des échanges rapportés
du deuxième type consiste principalement dans l'identification de
l'exploitation argumentative des échanges rapportés (qui constituent souvent le
cœur d'argumentations par l'exemple).
Enfin, les échanges rapportés
doivent être mis en relation avec la dynamique des interactions dans lesquelles
ils apparaissent, et qui leur donnent sens. Ils semblent y remplir divers
rôles ; en particulier, ils fonctionnent comme de puissants moteurs de
production de discours (ils permettent d' 'étoffer' des discours produits de
façon essentiellement monologale, ou dans des cadres fortement consensuels).
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Colloque
Dutka-Mañkowska, Anna
Université de Varsovie, Pologne,
Anna.Mankowska@simple.com.pl
La
mise à distance du dire dans une approche contrastive: le cas de soi-disant et
de ses équivalents en polonais.
Les approches du discours
rapporté en Pologne ont été influencées par la tradition grammaticale qui
insistait sur la dimension syntaxique de ce phénomène. C'est dans le cadre des
recherches sur le texte que cette problématique est abordée du point de vue de
l'intertextualité par les théoriciens de la littérature (p. ex. Dobrzyńska
1994), les analyses du texte oral ont permis de mettre en évidence les
catégories mixtes et la reprise complexe du discours rapporté (p. ex. Labocha
1988).
En nous inspirant de l'idée
sémantique du discours rapporté, basée sur l'idée d'un continuum des formes du
rapport, fondé sur l'attribution du dit (Rosier 1999), nous envisageons les
formes qui permettent de rapporter une voix collective, anonyme, en marquant
une distance de l'énonciateur. Dans une approche contrastive, après les incises
françaises dit-on et paraît-il et leurs équivalents en polonais (en
préparation), nous abordons l'expression soi-disant et la manière de la traduire dans les
textes littéraires.
A partir d'une liste de soi-disant fournie par la base textuelle FRANTEXT,
nous cherchons (sans disposer d'outils informatisés) comment les équivalences
sont établies. Notre corpus d'exemples polonais est moins vaste par rapport à
celui français, parce qu'une partie seulement de romans ont été traduits.
Les formes que nous avons
répertoriées sont:
tak
zwany
niby
rzekomo
jakoby
domniemany,
mniemany
pod
pozorem
C'est aussi au niveau des segments textuels plus vastes, et non des marques
spécialisées, que se situent les stratégies d'une mise à distance d'un discours
anonyme.
Les résultats provisoires de nos
analyses nous amènent à:
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Colloque
Fauré, Laurent & Bertrand Vérine,
Praxiling - UMR 5475 CNRS, " Discours,
Textualité et Production de sens " Université Paul Valéry —
Montpellier III, France, Laurent.Faure@univ-montp3.fr, Bertrand.Verine@univ-montp3.fr
Authentifier
un discours autre en y mettant du sien:
les
vocalisations ah et oh en frontière de discours rapporté direct à l’oral.
Les interjections vocaliques du
type ah, eh, oh, ouh…
(désormais Voc.), quasi absentes du discours indirect, ont pour fonction
principale, en discours direct, d’authentifier la parole citée. Elles
participent de la sorte à la mise en représentation vocale de l’oralité et
confortent ainsi l’idée —déjà chez Authier (1978)— selon laquelle le DD vise à
faire vivre une situation d’énonciation plutôt qu’à reproduire fidèlement un
autre discours.
Structurellement, en français
parlé, on trouve la majorité des Voc. —aux côtés d’autres particules et de
variables prosodiques— en clôture initiale de la parole rapportée (Vincent et
Dubois 1997, Morel et Danon-Boileau 1998) mais aussi, à un degré moindre, en
clôture terminale. Cette position frontalière leur confère pour nous une grande
ambivalence énonciative, entre hétérogénéité montrée et emboîtement discursif.
En réfutation de l’option
polysémique et de la déformabilité par le co(n)texte, nous poserons que, sous
différentes fonctionnalités, une
valeur fondamentale est assignée en langue à un même marqueur actualisé
diversement en discours. Constituant pour nous une trace et un instrument du
travail coénonciatif du sujet parlant —et, selon Goffman (1987:146), destinées
à attirer l’attention d’autrui en lui suggérant qu’il surprend notre dire— les
Voc. ont, de ce fait, une valeur dialogique qui ouvre fondamentalement à l’autre, inscrit dans la parole du même. Indices modaux, elles sont, de plus,
directement impliquées dans les opérations de prise en charge. Dès lors, à
quelle source énonciative attribuer ces petits mots du discours (quand il est
" rapporté "), ces pseudo-cris plus ou moins intégrés à du
discours plus ou moins autre ? Nous recourrons, pour tenter d’éclaircir
cette question au modèle praxématique de Barbéris (1995, 1998), qui propose une
construction de la subjectivité en trois positions d’actualisation :
l’interjectif y est versé à l’instance intermédiaire de la subjectivité
dialogique en idem,
ce qui permet de retravailler le caractère plurivocal des Voc. à l’oral en
questionnant le rapport figé locuteur/énonciateur.
L’étude concerne le français
oral contemporain : aux corpus d’enquête recueillis en milieu minier et
dans des bureaux de poste s’ajoutent des interactions enregistrées à micro
caché en contexte associatif et familier.
Références:
Authier
J., 1978, "Les formes du discours rapporté : remarques syntaxiques et
sémantiques à partir des traitements proposés", DRLAV 17, 2-87.
Barbéris
J.-M. 1995, Ville et espace. Les chemins de la parole. Etude de la
construction des discours sur l'espace dans un corpus d'échanges oraux
recueilli à Montpellier (France),
thèse de doctorat, 4 tomes, Université Montpellier III, 350 p.
Barbéris
J.-M. 1998, "Pour un modèle de l'actualisation intégrateur du sujet",
in Barbéris J.-M., Bres J., Siblot P. (coord.), 1998, 200-218.
Barbéris
J.-M., Bres J., Siblot P. (coord.), 1998, De l'Actualisation, CNRS Éditions, Paris.
Goffman
E. 1981, Forms of Talk,
trad. fr. 1987, Façons de parler,
Minuit, Paris.
Morel
M.-A. et Danon-Boileau L. 1998, Grammaire de l'intonation, l'exemple du
français, Bibliothèque
de Faits de Langues, Ophrys, Paris.
Vincent D. et Dubois S., 1997, Le discours
rapporté au quotidien, Québec: Nuit
blanche.
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Colloque
Fløttum, Kjersti
Institut d'Etudes romanes
Université de Bergen, Norvège, kjersti.flottum@roman.uib.no
Îlots
textuels dans "Le temps retrouvé" de Marcel Proust
Dans cette communication seront
étudiés les trois types d'îlots textuels suivants :
(1)
îlot textuel en DI (Jean dit que … "X" …)
(2a)
îlot textuel hors DI avec source explicite (selon (les paroles de) Jean, …
"X" …)
(2b)
îlot textuel hors DI sans source explicite (… "X"… )
Il est clair que
l'interprétation d'exemples comme (2b) est nettement moins évidente que
l'interprétation de (1) et (2a). Comment interpréter les guillemets dans le
type (2b) ?
Qui parle ici ?
Voilà des questions qui seront
essentielles dans cette communication, qui se situera dans le cadre de la
polyphonie linguistique. Ce cadre semble tout indiqué pour une telle étude, où
il sera question d'examiner 1) des marques explicites (ici : les guillemets)
insérées dans le discours par le locuteur, 2) la source du segment mis entre
guillemets et 3) les liens entre ce segment et le locuteur.
Les matériaux sont constitués par des
séquences du Temps retrouvé, de
l'oeuvre A la recherche du temps perdu de Marcel Proust. Les îlots textuels abondent dans ce texte et semblent
représenter une gamme de formes et de fonctions différentes.
Le cadre théorique dans lequel
cette étude se réalisera est celui de la polyphonie linguistique telle qu'elle
est développé par Oswald Ducrot et par la suite élaborée par Henning Nølke
ainsi que par les autres membres du projet nordique Polyphonie linguistique
et polyphonie littéraire
(http://www.hum.au.dk/romansk/polyfoni/). Dans ce projet nous tentons de réunir
les perspectives linguistique et littéraire dans l'étude de textes différents,
principalement littéraires.
L'objectif de la présente étude
est tout d'abord d'identifier et décrire linguistiquement les différents types
d'îlots textuels représentés dans Le temps retrouvé (pour l'analyse des répliques dans cette
même oeuvre, je renvoie à la communication de Coco Norén). Cette description
pourra à son tour constituer la base d'une interprétation de ces phénomènes
langagiers dans un cadre plus littéraire. Nous pensons parvenir à quelques
traits distincts qui contribueront à 'typologiser' Le temps retrouvé par rapport à Madame Bovary de Gustave Flaubert, dont les îlots
textuels sont étudiés par Kathrine R. S. Jørgensen.
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Colloque
Forget, Danielle & France Martineau
Département des lettres
françaises, Université d'Ottawa, Canada, dforget@uottawa.ca, fmartin@uottawa.ca
De
la configuration linguistique à la visée énonciative: le discours rapporté en
milieu littéraire
Deux récits en moyen français, l'un
tiré des Cent Nouvelles Nouvelles
et l'autre des Miracles de Notre-Dame, nous servirons de terrain d'analyse pour un traitement du
discours rapporté envisagé dans sa dimension linguistique, rhétorique et
textuelle. Ces textes qui nous livrent la parole d'autrui sous forme directe ou
indirecte, avec tous les intermédiaires s'y rattachant, exploitent des choix
narratifs qui ne sont pas sans relation avec leur valeur d'acte. En effet,
reproches, malentendus, accusations, aveux, etc. sont autant de mouvements
énonciatifs qui fondent l'interaction entre les personnages et s'attachent à la
trame narrative. Nous faisons l'hypothèse que ces types d'actes– fortement
exploités dans le contexte littéraire qui nous occupe- tirent profit
différemment d'au moins deux ressources indiscutables du discours rapporté: le
verbe de parole et la subordination, de même que dans la relation qu'ils
entretiennent.
L'examen de textes médiévaux montrent que
les énoncés rapportés présentent des configurations et 'des types d'insertion
d'un discours rapporté dont notre terminologie récente ne peut vraiment rendre
compte.' (Marchello-Nizia 1997) (référence énonciative à la situation
d'énonciation première plutôt que référence anaphorique au contexte (Buridant
2000), emploi répété de que, absence d'un subordonnant attendu, 'style
direct intriduit par 'que' (Bruna Cuevas 1994, entre autres). Nous examinerons
d'une part comment les ressources linguistiques de l'époque sont exploitées,
compte tenu des modifications qui touchent, en moyen français, le statut des
niveaux de complémentation (perte d'autonomie du complément d'objet), la
rection du verbe (voir Combettes 1994) et de façon plus générale la
subordination; d'autre part, nous lierons le choix des configurations
linguistiques et le passage souple de l'une à l'autre à la visée énonciative.
Nous croyons qu'établir le lien
entre des actes de parole performés au moyen du discours rapporté et la
configuration linguistique qu'ils privilégient peut apporter une contribution
nouvelle à l'appréhension des phénomènes de parole, appréhension qui s'est
faite pendant longtemps à partir de catégories trop strictes et dont les
frontières ont été mises à l'épreuve. (cf. notamment Authier 1982, Forget
1981). Les particularités syntaxiques et sémantiques des énoncés orientés vers
la parole rapportée sont constitutives de leur visée énonciative (illocutoire
et perlocutoire) qui, elle-même, modalise l'interprétation à donner au 'faits
de parole'. C'est donc cet aller-retour entre la visée énonciative et la configuration
linguistique des énoncés liés directement ou indirectement au rapport de parole
que nous entendons privilégier, comme moyen heuristique d'analyse du discours
rapporté. Étant donné que plusieurs de ces actes débordent les frontières de
l'énoncé et reçoivent une valeur de l'agencement avec des actes dérivés, nous
préconisons une approche globale du texte. Une telle approche permet, selon
nous, d'enrichir la problématique de l'hétérogénéité énonciative (cf. Authier
1982, 1995) tout en offrant un mode cohérent d'appréhension des variantes du
discours rapporté et des formes apparentées (Leech et Short 1981, Mellet et
Vuillaume 2000).
Références:
Authier,
J. (1995). Ces mots qui ne vont pas de soi, Paris, Larousse, 2 volumes.
Authier
J. (1982). 'Hétérogénéité montrée et hétérogénéité constitutive: éléments pour
une approche de l'autre dans le discours', DRLAV 26, p. 91-151.
Bruna
Cuevas, M. 1994. 'Le discours direct introduit par que', Verbum 1, Les aspects du discours narratif, 61-87.
Buridant,
C. (2000). Grammaire nouvelle de l'ancien français. SEDES.
Combettes,
B. 1994. 'Évolutions dans le domaine de la transitivité', dans Opérateurs et
Constructions Syntaxiques,
Presses de l'École Normale Supérieure, p. 135-147.
Coulmas,
F. ed. (1986). Direct and Indirect Speech, Mouton de Gruyter, Berlin/New-York
Forget,
D. (1992) 'A pragmatic role for inserted clauses in literary texts',dans
Cooperating with Written Texts. The Pragmatics and comprehension of written
texts, D. Stein ed.,
Mouton de Gruyter, p. 373-395.
Forget,
D. (1981) Analyse pragmatique du discours rapporté, thèse de doctorat, Université McGill,
Montréal.
Leech,
G.N. et M. Short (1981). Style in fiction, London, Longman.
Marchello-Nizia,
C. (1997). La Langue française aux XIVe et XVe siècles. Nathan.
Marnette,
S. (1996). 'Réflexions sur le discours indirect libre en français médiéval', Romania 114, 1-2, p. 1-49.
Mellet,
S. et M. Vuillaume coll. (2000). Le style indirect libre et ses contextes, Cahiers Chronos no 5, Éditions Rodopi,
Amsterdam.
Rosier,
L. (1998). Discours rapporté: histoire, théories, pratiques, Duculot, Paris/Louvain-la-Neuve.
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Colloque
Garnier, Sylvie, Université
de Chicago, USA, sgarnier@ifrance.com
Sitri,
Frédérique, Université
Paris X, Syled (Cediscor), damofer@club-internet.fr
Le
discours autre dans l'énoncé concessif
L'énoncé concessif est généralement défini comme un énoncé qui fait une
place au discours de l'autre (le locuteur concéderait la valeur de vérité de
'l'argument' repris mais contesterait sa valeur argumentative). Jusque-là, la
notion de concession a été plus abordée sous un angle argumentatif (orientation
argumentative, force des arguments) ou syntaxique et moins directement sous un
angle discursif. Nous souhaitons, dans cette communication, aborder la question
qui nous semble centrale des modalités de cette inscription du discours autre
dans l'énoncé concessif. En faisant porter la description sur les marques
d'attribution de l'élément concédé à un discours autre, on s'interrogera sur la
question des frontières du discours rapporté: jusqu'à quel point le linguiste
est-il en mesure de repérer la présence d'un discours autre et, au-delà, avec
quel appareil théorique peut-il rendre compte d'un effet discursif dialogique?
Notre recherche s'appuie sur un
corpus varié écrit et oral: articles de presse, textes littéraires, essais,
textes d'étudiants en français langue maternelle et étrangère, enregistrements
de réunions de négociation et de discussions chez des commerçants …
Les trois exemples suivants
illustrent quelques-uns de nos points de questionnement:
1. [Extrait du débat Chirac
Jospin du mardi 2 mai 1995]
Jospin :
Je propose la réduction de la durée légale du travail dans deux ans en 1997, à
37heures (…)
Chirac :
(…) le travail diminuera de deux heures, c'est vrai, et on embauchera pas pour
autant un travailleur supplémentaire.
2. [Le Monde, page
"débats", à propos des incidents survenus en France après le
déclenchement des événements en Israël]
L'incendie
d'une synagogue rappelle de mauvais souvenirs et, même si cet attentat n'a pas
fait de victimes, même si les responsables n'en sont pas connus ni leur motifs
élucidés, il faut sans délai lancer un cri d'alerte contre ce qui apparaît au
mieux comme un insupportable dérapage.
3. [Extrait d'un comité
d'entreprise, à propos des départs "volontaires" de salariés de
l'entreprise]
L1
moi je pense quand même profondément que si que si quelqu'un était si tu veux
enfin e enfin se sentait obligé par une direction de faire ça il irait voir
forcément un des syndicats autour de cette table donc on aurait forcément des
échos donc moi je j'ai tendance à dire que c'est librement consenti de la
part de la personne
L2 quand on dit que c'est pas c'est
pas que c'est e: que les gens sont d'accord pour partir c'est sûrement vrai à la fin (h)
mais au départ c'est
vrai qu'il y a quand
même une pression
moi j'ai eu le cas e autour de moi j'ai vu des gens on les a quand même rappelés plusieurs fois en leur
disant prenez ça c'est plus sûr on sait jamais etcetera il y a quand même une
pression un peu morale je dirais (h) qu'est: beaucoup plus insidieuse qu'on le
pense effectivement
Références:
Moeschler
J., de Spengler N., 1982, "La concession ou la réfutation interdite,
approches argumentatives et conversationnelles", Cahiers de linguistique
française, 4, p. 7-37
Morel
.-A., 1980, Etude sur les moyens syntaxiques et lexicaux propres à exprimer
une concession en français contemporain, Lille, Atelier National de Reproduction des Thèses
Authier
J., 1995, Ces mots qui ne vont pas de soi, Paris, Larousse.
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Colloque
Gautier, Laurent
Université de Bourgogne, Faculté
des Langues et Communication, Dijon, France, LGautier@wanadoo.fr
Le
discours rapporté à l'épreuve de la traduction dans le couple allemand –
français
La présente contribution ressortit à la fois à la linguistique contrastive
et à la traduction comparée. Partant du postulat que la comparaison de textes
traduits peut enrichir les acquis d'une linguistique contrastive plus tournée
vers le système (Gautier 1998, 2000, à paraître), elle vise à analyser les
techniques utilisées par les traducteurs pour rendre en français le discours
rapporté (dr) allemand dans ses formes tant prototypiques que déviantes.
Même si la liste des traits
définitoires du dr allemand n'est pas close, deux d'entre eux méritent une
attention particulière dès que prévaut l'optique contrastive : l'existence
d'un mode spécifique (subjonctif i et ii) et le recours à deux types de
linéarisation différente selon les structures syntaxiques choisies (énonciative
ou groupe dépendant). Tandis que la question de la transposition des déictiques
de personne, temps et lieu se retrouve dans les deux langues, les deux traits
précédents passent en effet pour caractéristiques de l'allemand où ils
autorisent un emploi stylistique subtil des formes de dr, comme la suppression
possible de l'élément introducteur marquant le report d'assertion ou le recours
à une structure d'énonciative non marquée. Les perturbations introduites dans
le système par certaines formes de subjonctif ii ou d'indicatif ne font
qu'enrichir encore cette problématique en même temps que la palette des
possibles.
L'approche contrastive pratiquée
ici repose sur un corpus littéraire montrant clairement que, dans le processus
complexe de la narration, les frontières entre dr et discours direct (dd) sont
plus que perméables et que c'est un " continuum " (Pérennec
1992) allant du dr canonique au dd, en passant par la forme hybride du discours
indirect libre, qui y est exploité pour devenir le véritable moteur narratif
des textes retenus (romans de Thomas Bernhard, Heinrich Böll et Ernst
Wiechert). C'est précisément ce rôle structurel du dr qui fait de ceux-ci un
vrai challenge pour le traducteur français qui ne dispose pas de procédés de
traduction automatiques : il s'agira donc de mettre en évidence les techniques
utilisées par celui-ci pour garantir, par-delà les équivalences dénotative et
connotative, une équivalence pragmatique et esthético-stylistique entre
texte-source et texte-cible. Outre les résultats proprement traductologiques,
l'approche comparée des deux systèmes de dr devrait permettre, en retour,
d'éclairer différemment la question de ses frontières à l'intérieur même de
chacun des deux systèmes.
Références:
Gautier,
Laurent (1998): "Vom Gewinn der kontrastiven Linguistik für die
Übersetzung." Dans: Nouveaux Cahiers d'Allemand, 16/2 (211-226).
Gautier,
Laurent (2000) : "De la linguistique contrastive à la traduction
comparée: quelques pratiques." Dans: Taïeb Baccouche / André Clas / Gaston
Gross / Salah Méjri (Eds). La traduction: théories et pratiques. Tunis: Université des Lettres, des Arts
et des Sciences Humaines (= Etudes de littérature, langue et civilisation, X)
(165-181).
Gautier,
Laurent (à paraître): "Zur Nominalsyntax im Sprach- und
Übersetzungsvergleich Deutsch – Französisch." Actes du 35ème
colloque linguistique – Innsbruck, septembre 2000.
Pérennec,
Marie-Hélène (1992): "Les techniques du discours rapporté dans la nouvelle
d'I. Bachmann Simultan."
Dans: Gertrud Gréciano / Georges Kleiber (Eds). Systèmes interactifs:
mélanges en l'honneur de Jean David.
Paris: Klincksieck (= Recherches linguistiques; 16) (323-333).
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Colloque
Giani, Daniela
Università degli Studi di
Firenze, Italie, giani@lablita.dit.unifi.it
Le
discours direct rapporté dans l'italien parlé et écrit.
La communication propose les
résultats d'une comparaison à propos du discours direct rapporté (dorénavant
DDR) entre l'italien parlé (un échantillonage de sept heures et demie de
conversations enrégistrées et transcriptes, "Corpus LABLITA") et
l'italien litteraire (un échantillonage d'environ 50 auteurs dépuis l'année
1950 jusqu'aujourd'hui, mis aux archives du Laboratoire Linguistique du
Dèpartement des Études Italiens de l'Université de Florence).
Les différences émergées
concernent:
À partir de l'idée du changement
du "centre de référence" par rapport au contexte linguistique citant
(Mortara-Garavelli 1995), on réconnaît dans le parlé deux typologies de DDR
(Giani 1999 et sous presse) non relevables dans l'écrit:
Seulement le type 2 a une propre
illocution (Austin 1962) exprimée par sa forme intonative (Cresti 2000) et
définible, d'après la théorie des "éspaces mentaux" (Fauconnier 1984)
et ses applications à l'étude du discours rapporté (Blanche-Benveniste 1991 et
D'Angelo 1994), comme "création d'un éspace de parole". Cette définition
permet d'expliquer les divers caractères du DDR traités séparément de la
littérature précedente (séparation des points de vue du parlant cité et du
parlant citant, changement du centre de référence, illusion de la crédibilité
du DDR).
Dans le parlé, le DDR est
introduit dans le contexte linguistique citant:
L' "introducteur
locutif" et l'incise ne sont pas interchangeables (à voir Banfield 1973 et
1982). De l'examen du corpus il résulte, en effets, que les incises ne
"connectent" jamais le DDR au contexte citant, mais ils sont en
fonction d'aides métalinguistiques. La fonction de "conncter" le DDR
au contexte citant est propre seul de l' "introducteur locutif", qui
dans le parlé est une unité informative "obligatoire".
Dans l'écrit, au contraire, la
ponctuation (les deux points) et les signes diacritiques (guillemets ou tiret)
rendent tout de suite reconnaissable le DDR. Les structures syntaxiques de
support au DDR résultent, par conséquent, differentes:
Reférences:
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Words. Oxford New York:Oxford University
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presse): "L'italiano d'oggi: analisi di alcune strutture nelle varietà
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Actes du XXXIV Congrès Internazional des Études de la Societé Linguistique
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Tannen, Deborah (1989): Talking voices:
repetition, dialogue, and imagery in conversational discourse.Cambridge: Cambridge University Press.
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Colloque
Grobet, Anne
Université de Genève, Suisse, Anne.Grobet@lettres.unige.ch
La
fin des séquences de discours rapporté est-elle marquée dans le discours oral?
Dans le discours oral
monologique ou dialogique, la ponctuation du discours rapporté soulève des
problèmes spécifiques car il n'existe pas d'équivalent direct des guillemets.
Morel & Danon-Boileau (1998: 130-131) relèvent ainsi que si le début des
séquences de discours rapporté direct est généralement clairement marqué par la
présence de verbes introducteurs de parole (il m'a dit, etc.) et de marques lexicales telles
que les interjections (ah,
oh, etc.) ou les
'ligateurs' (oui, bon, ben, etc.), il n'en va pas de même pour la
frontière finale, qui n'est souvent pas marquée linguistiquement.
L'étude de dialogues
authentiques montre toutefois qu'il existe, dans le discours oral, certains
indices qui, s'ils sont à priori moins apparents qu'un verbe introducteur de
parole par exemple, n'en jouent pas moins un rôle équivalent à celui des
guillemets de clôture dans le discours écrit. Ces éléments peuvent être décrits
comme des 'indices de contextualisation' au sens de Gumperz (1992), et sont de
natures linguistique, prosodique et interactionnelle. Se combinant en
faisceaux, ils interviennent de manière à la fois prospective et rétrospective.
D'une part, la fin des séquences de discours rapporté est marquée
prospectivement par une série d'indices tels que l'achèvement d'une structure
syntaxique, la présence de ponctuants de clôture et d'une intonation prosodique
conclusive qui se combine souvent, dans nos exemples, avec une diminution de
l'intensité. D'autre part, la fin des séquences de discours rapporté est
marquée rétrospectivement par le début d'une nouvelle construction syntaxique,
par d'éventuels ponctuants lexicaux indiquant un démarrage (bon, ben, etc.), ainsi que par la présence d'une
pause et/ou d'une attaque plus haute caractérisée par une intensité plus forte,
voire par une alternance dans les tours de parole. Nous discuterons le rôle de
ces ponctuants et leurs interrelations à partir de l'examen de quelques
extraits d'un entretien de Radioscopie entre Jacques Chancel et Françoise Sagan.
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Colloque
Hanote, Sylvie
FORELL, CerLiteP, Université de
Poitiers, France, hanote@pop.mshs.univ-poitiers.fr
Des
introducteurs de discours aux indices de frayage
Dans le cadre de la Théorie des
Opérations Enonciatives d'Antoine Culioli, nous envisageons la problématique du
discours rapporté (DR) comme la construction d'une nouvelle origine assertive
et/ou énonciative qui sert à la fois pour le calcul des valeurs référentielles
de l'énoncé rapporté et comme support des modalités dans l'énoncé rapporté. On
comprend bien ce qui se passe lorsqu'on a un prédicat de discours
"classique" (tels say, tell, ask) antéposé comme dans l'exemple ci-dessous :
(1) He
said : "I'd like to be your neighbour"
La nouvelle origine énonciative
/ assertive est alors explicitement construite dans et par l'énoncé rapportant
en tant que telle, mais que se passe-t-il lorsqu'il ne s'agit plus
d'introduction de discours "classique" ? Le but de notre proposition
de communication est d'étudier justement les cas de DR pour lesquels il n'y a
pas de prédicats dits de "parole". Parmi les prédicats rencontrés,
nous ferons la part entre deux types de prédicats : ceux où "il y a encore
du say" et ceux
où "il n'y a plus de say".
I) Prédicats dans lesquels
"il y a encore du say" :
(2)
"You have no right to say these sort of things," she snarled. "My father was a good
man."
Dans l'utilisation du prédicat
ci-dessus, il est signifié quelque chose de plus que la simple prise de parole
; il y a du "say +
QLT". Ce prédicat remplit donc la même fonction que les verbes plus
spontanément considérés comme déclaratifs mais il s'ajoute une dimension qualitative supplémentaire. La qualification est
intégrée dans le sémantisme du prédicat. L'énoncé rapportant, le plus souvent
en incise ou postposé, semble donc constituer davantage une prédication qualitative, attribuant à l'asserteur une propriété, qu'une occurrence situationnelle de prise de parole. On examinera les
possibilités d'antéposition et de postposition de ce type d'introduction de
discours ainsi que les contraintes qui s'appliquent.
II) Prédicats dans lesquels
"il n'y a plus de say" :
(3) "I
hate the blacks, I hate the Kaffirs," exploded Ferdi.
Remarquons plusieurs choses :
-
Ces prédicats ne sont pas aptes à introduire du DI (*Ferdi exploded that...).
-
Ils peuvent difficilement introduire du DD en position antéposée (?Ferdi
exploded : "I hate the blacks, I hate the Kaffirs"). On serait alors tenté de remplacer les
deux-points par un point afin de transformer l'énoncé en une prédication de
propriété indépendante du discours rapporté : Ferdi exploded. "I hate the blacks, I hate the
Kaffirs". C'est
d'ailleurs ce qui se passe dans l'énoncé suivant où la prédication de propriété
et l'introduction de discours sont séparées :
(4) She
exploded. She shouted, "You
take that blasted cat to the vet, Ted Roper …"
Avec des prédicats tels que explode, il ne peut alors, nous semble-t-il,
être encore question de véritable prédicat introducteur de discours. Syntaxiquement, en tout
cas, ces prédicats n'introduisent plus vraiment le discours rapporté. C'est
encore plus frappant dans l'exemple ci-dessous :
(5) "Dear William ! I'm sure you
did !" She laughed in
the new way.
Avec she laughed, peut-on encore parler d'énoncé
rapportant ? Dans cette
étude, nous nous intéresserons aux frontières du DR en nous posant les
questions suivantes : Jusqu'où l'anglais peut-il aller dans la mise en
discours ? Peut-on utiliser n'importe quel type de prédicat
introducteur ? Et dans des cas comme ci-dessus, peut-on encore parler de
discours rapportant ?
Ne serait-il pas plus juste de parler d'"indices" de discours, un peu
comme ce qui se passe dans le DIL où il est fréquent de trouver, dans le
contexte, un prédicat de perception ou de sentiment permettant de construire de
façon explicite un sujet asserteur potentiel dissocié de l'énonciateur
origine ? Nous parlerons alors ici non plus d'introducteurs de discours mais d'indices de frayage dans le sens où ce type de prédicats
permet de construire une nouvelle subjectivité, potentiellement origine des
repérages, et de "court-circuiter" ainsi l'origine première. Ces indices
permettent la construction des valeurs référentielles du texte par le biais
d'un autre "chemin" que celui tracé au départ d'une origine assertive
et énonciative unique.
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Colloque
Jaubert, Anna
Université de Nice-Sophia, Antipolis, France, UMR Bases, corpus, langage,
CNRS, ajaubert@unice.fr
Parler
au deuxième degré: Du discours rapporté au discours déporté
En matière de discours rapporté, les régimes mixtes ouvrent une large gamme
d'effets de sens (pour la variété des cocktails, cf. Rosier 1998, chapitre V,
'Travaux pratiques du discours rapporté'. L'inscription en contexte plus ou
moins 'ordinaire', ou plus ou moins 'littéraire', des formes non attribuées du
report des voix suscite une interrogation sur leur valeur pragmatique. Dans ce
jeu du montré-caché (qui est plutôt d'ailleurs un caché-montré) de
l'hétérogénéité énonciative, quels points de contact établir, mais aussi quelle
distinction préserver entre, par exemple,le discours indirect libre et
l'ironie, ou entre le discours direct libre et la dérision?
Représentation discursive et mise en scène d'une parole autre engagent une
réflexion sur la 'fictionnalisation dans le langage', qui conditionne l'écho
amplifié de ses investissements littéraires.
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Colloque
Jonasson, Kerstin
Suède, kerstin.jonasson@romanska.uu.se
Le
discours rapporté dans "Une Vie" de Maupassant et sa traduction dans
deux versions suédoises.
Les différentes formes que prend
le discours rapporté dans le roman Une Vie de Guy de Maupassant sont intéressantes à étudier de
plusieurs points de vue : discours direct et indirect, discours rapporté sous
forme de nominalisation, usage d'expressions entre guillemets, etc. Non moins
intéressantes se révèlent de cette oeuvre les deux traductions suédoises qui
sont à notre disposition. Il s'avère que non seulement les manières dont le
discours est rapporté varient, mais aussi le mode énonciatif ou l'acte du
langage (par ex une question traduite sous forme d'assertion) et, ce qui est
particulièrement intéressant, dans une des versions certains passages ont été
supprimés. Ces omissions se retrouvent dans la plus ancienne traduction et il
se peut bien qu'elles s'expliquent par une sorte de censure, le roman de
Maupassant étant jugé très immoral.
D'une part j'étudierai les
diverses formes du discours rapporté qui se manifestent dans le roman Une vie
de Maupassant. Je les classifierai avec une attention particulière aux formes
hybrides, cherchant des traces du dicours direct dans des passages qui ne
paraissent pas en être des instances. La classification sera mise en rapport
avec certains aspects narratologiques, tel que le point de vue.
D'autre part j'examinerai deux
traductions suédoises du roman pour voir si les formes du discours rapporté
utilisées dans le roman sont respectées dans les versions suédoises ou s'il y a
des modifications sur ce plan. J'ai déjà constaté qu'une nominalisation comme
"[Il] disait son désir ancien déjà de..." est traduite en suédois
d'une part par une nominalisation,"[Han] uttryckte sin länge närda önskan
att...", d'une part par un discours indirect, " [Han] försäkrade att
han länge hade önskat..." (= [Il] assurait qu'il avait longtemps
désiré...). J'essaierai de voir si de telles modifications sont plus fréquentes
dans la version la plus récente qui semble davantage s'adapter aux normes
linguistiques du suédois d'aujourd'hui ou s'il faut les expliquer d'une autre
manière. Je considérerai également les conséquences stylistiques de ces
modifications. L'approche sera contrastive et traductologique.
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Colloque
Kolopp, Michèle
Doctorante au Syled, UTRES 2290,
Paris III, France, bjbobigny@wanadoo.fr
Encadrement
par des formes marquées, inscription différentielle de l'énonciateur en 'je',
rôle des connecteurs et des anaphoriques; des indices pour une interprétation
d'un énoncé comme discours 'autre' non marqué.
La cérémonie de réception à
l'Académie française s'articule autour de deux discours : l'un dit de
remerciements est prononcé par le nouvel élu, l'autre appelé réponse est prononcé
par un académicien. La première des 'missions' est de parler d'un autre, de sa
vie et de son œuvre, donc de construire son discours à partir et avec les mots
de cet autre, objet du discours. Pour l'entrant (ou récipiendaire) il s'agit de
son prédécesseur et pour l'hôte il s'agit de l'entrant. De façon nettement
dominante, les hommes (et désormais les femmes) reçus sont des 'gens de mots',
leur œuvre est présentée et analysée. Une mine pour l'étude du dialogisme
interlocutif et interdiscursif.
On y trouve en abondance toutes
les formes marquées de représentation du discours autre (selon la terminologie
de Jacqueline Authier-Revuz, ou plus traditionnellement appelé discours
rapporté) : discours direct, indirect, formes avec incises, modalisation
(autonymique ou non) en discours second, îlots textuels. Mais au risque de voir
sa parole inaudible car saturée de 'X dit' 'X dit que', 'selon X', etc,
l'énonciateur recourt souvent à du non marqué que l'on peut apparenter au
discours indirect libre. Ce n'est pas sans danger, d'autant que le rapport à
cet autre dont on parle va de la complicité à la plus complète étrangeté.
Comment les énonciateurs jalonnent-ils le parcours du destinataire vers une
interprétation d'un énoncé en discours 'autre' non marqué ?
Nous nous sommes plus
particulièrement penchée sur trois types de constructions indicielles qui nous
ont semblé très présentes dans notre corpus. Premièrement un encadrement fort
par des formes marquées. Deuxièmement, une inscription en 'je' de l'énonciateur,
avant, dans ou après le DIL, qui permet une opération de différenciation. Et
troisièmement, le rôle des connecteurs et des anaphoriques au sein du DIL dans
la construction d'une argumentation qui n'est pas celle de l'énonciateur mais
bien celle de cet autre, objet de son discours. Question subsidiaire: ce jeu du
'libre' et de l'indice est-il lié au genre, aux pratiques discursives de chaque
énonciateur, aux relations qu'il peut entretenir avec cet autre, à la nature
même de cet autre ?
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Colloque
Komur, Gerta
Université Paris 8 Saint-Denis, gertak@club-internet.fr
Les
formes marquées du DI
Plutôt que la forme bien connue de DI, dans la perspective du colloque, je
me propose de présenter une analyse de formes de DI qui donnent les moyens
explicites pour mesurer la variation de la distance manifestée par le locuteur
citant au fragment du message d’origine.
Les notions que je souhaiterais mettre en œuvre à partir d’un corpus
(constitué pendant environ un mois) d’extraits d’articles de la presse écrite,
notamment Libération et Le Monde, sont celles que J. Autier-Revuz a nommé DI
avec îlot textuel ou quasi-textuel.
Ces formes empruntent, sans aucunement le laisser ignorer, en le montrant au
contraire, des mots à d’autres discours. Cela est signalé, en particulier, par
l’emploi des marques typographiques (à l’écrit) ou par un commentaire du
locuteur citant (à l’oral).
Quand cet emprunt marqué explicitement concerne soi un ou quelques éléments
dans la séquence, on parle d’îlot textuel, par exemple:
/ Elle estime que le peuple tchétchène 'a
droit à son autodétermination', alors que
mémorial s’oppose à ce que la question de l’indépendance de la Tchétchènie soit
soulevée/.
Libération, 16 décembre 1999
/Bush, qui jurait qu’il faisait 'confiance aux
gens', préfère aujourd’hui s’en remettre
aux machines pour recompter les bulletins de vote. Lui qui se disait 'humble' se présente comme le vainqueur de cette élection/.
Libération, 20 novembre 2000
Dans le cas où le procédé s’applique à une séquence beaucoup plus
importante, on a affaire à un DI quasi textuel, par exemple:
/ Chez le courtier Eyssautier, on précise que
'dans neuf cas sur dix, ce type de risque lié à l’environnement n’est pas pris
en charge par les assurances […]'/
Libération, 16 décembre 1999
/A Austin, la directrice de communication de
Bush, Karen Hugues, a accusé ses adversaires de 'mener une action concertée
afin de rejeter les votes par correspondance des hommes et femmes des forces
armées'/.
Libération, 20 novembre 2000
Ces formes particulières de réalisation de DI qui trouvent un emploi
extrêmement fréquent dans la presse contemporaine relèvent de la modalisation
autonymique. En les mettant en pratique , le locuteur citant introduit, comme
nous l’avons dit plus haut, dans le contenu rapporté en terme de DI une partie
de l’énoncé d’origine. L’interprétation de l’îlot textuel et de son contexte
aide à détecter le besoin qu’a le locuteur citant, en l’occurrence du
journaliste, de garder ses distances en conservant un fragment du message
d’origine.
On cherchera à observer s’il y a des chaînes signifiantes du français qui
reviennent souvent dans ce type de fonctionnement (ainsi par exemple de façon
très explicite la formule selon ses propres termes). On s’aidera,
interprétativement, du contexte situationnel large (qu’indique souvent le titre
de l’article) et du contexte verbal immédiat pour comprendre ce qui amène le
journaliste à l’utilisation du procédé. Ajoutons qu’il est bien clair que les
parties citées de l’énoncé d’origine ne sont pas des 'fragments de DD' et que
ces formes de DI ne sont pas 'hybrides' mais complexes, assemblant le mode de
la reformulation-traduction et la forme d’emprunt .
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Colloque
Kunstmann, Pierre
Département de Lettres
Françaises, Université d'Ottawa, Canada, kunstman@home.com
Aux
origines du discours indirect libre: le 'Roman de Brut' de Wace.
Nous nous proposons d'examiner
en détail le fonctionnement du discours indirect libre dans le Roman de Brut de l'écrivain normand Wace (c. 1100 -
après 1174). Ce texte (éd. I. Arnold, 2 vol., Société des Anciens Textes
Français, 1938-1940),
libre adaptation de l'Historia regum Britanniae de Geoffroy de Monmouth et que l'on date
généralement de 1155, présente plusieurs cas incontestables de ce type de
parole rapportée; il s'agit probablement, pour le français, des plus anciens
exemples de cette forme de discours - une rapide vérification dans deux textes
antérieurs, le Roman de Thèbes
(1152) et l'Estoire des Englés
de Geoffroy Gaimar, permettra de s'en assurer. L'étude sera menée dans deux
perspectives: poétique et syntaxique. Nous verrons le rôle du style indirect
libre dans l'organisation du texte, sa dispositio dans l'espace des énoncés rapportés, sa
mise en ordre par le narrateur. L'analyse morphosyntaxique portera sur les
éléments introducteurs, sur l'emploi des pronoms et déictiques, sur le jeu des
modes et des temps. Enfin les occurrences du Brut seront comparées à ce qu'on peut
observer dans l'oeuvre complète de Wace (fondatrice, pour le roman et la
chronique, et variée puisqu'elle présente aussi des vies de saints).
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Colloque
Kuyumcuyan, Annie
Université Paul Valéry
Montpellier III, France, annie.kuyumcuyan@wanadoo.fr
Paroles
et thérapie. Enjeux et mises en scène des discours rapportés dans le récit
psychanalytique. A propos du Cas Dominique de Françoise Dolto
Cette communication se propose
de décrire et d'observer le fonctionnement de ce qu'on nommera, à la suite de
Sperber et Wilson (1978), 'mention' plutôt que discours rapporté, et cela dans
un spécimen de récit psychanalytique : Le cas Dominique de Françoise Dolto (1971). L'étude
sortira donc du champ narratif littéraire pour s'intéresser aux particularités
de la représentation du discours d'autrui dans une relation 'scientifique', au
sens large des sciences humaines. Cette incursion se justifie des points de vue
tant 'stylistique' (formes et proportions des différentes représentations discursives)
que fonctionnel (à quelles finalités l'insertion du discours d'autrui
obéit-elle quand elle n'est pas, comme en littérature, a priori justifiée par
l'impératif fictionnel ?).
' Récit de paroles' par
excellence, la relation d'une cure représente en effet un cas emblématique
d'hétérogénéité énonciative : la parole ' narrative' de la psychanalyste
rapporte tantôt ses propres propos de praticienne, tantôt ceux de son jeune
patient, tantôt enfin ceux des membres de sa famille qui ont participé de près
ou de loin à l'événement ; le tout se trouvant constamment doublé du
commentaire présent de l'auteur à destination du lecteur-interprète. Le récit
psychanalytique se signale ainsi, à l'instar du cabinet de l'analyste durant la
cure, comme l'espace discursif qui permet à des voix hétérogènes d'entrer en
relation, ou déjà en résonance : véritable creuset énonciatif, il fond des
discours parallèles et référentiellement hétérogènes en se contentant, dans un
premier temps, de les juxtaposer, pour ensuite chercher, dans la trame ainsi
(re)construite, des isotopies à partir desquelles reconstruire l'histoire de
Dominique. Se pose alors la question du rendu de ces voix diverses — soit leur
' mode de donation' au lecteur — et celle de leur interprétation — soit la
façon dont cette hétérogénéité constitutive se résorbe en un tout signifiant,
et suffisamment significatif pour aboutir à la 'guérison' d'un sujet au départ
lui aussi divisé : traversé de voix contradictoires.
La représentation de la parole
revêt dès lors une importance primordiale dans le récit psychanalytique comme
dans la cure elle-même : épiphanie de l'Autre dans le discours du Moi, elle
constitue un jalon essentiel dans l'appréhension de sa propre histoire par le
sujet, ainsi que dans la constitution de ce sujet en personnage pour son '
témoin' externe : le lecteur.
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Colloque
Lagorgette, Dominique
UFR LLSH / Lettres Modernes,
Universite de Savoie, Dominique.Lagorgette@univ-savoie.fr
Termes
d'adresse et verbes de parole en moyen français : approche pragmatique.
Abstract: A partir d'un corpus de récits brefs
français des XIV et XVe siècles, on reverra les hypothèses formulées notamment
par Bernard Cerquiglini (1981) qui conçoivent les termes d'adresse comme des
marques de début de discours. Une étude des liens entre verbes de parole et
termes d'adresse mettra en place une autre approche, associant verbes de
parole, T.A. et autres marques de discours oral dans une perspective de type
grammaire textuelle et pragmatique. L'étude du corpus médiéval sera appuyée par
l'analyse complémentaire de textes en ancien français et en français
contemporain.
Hypothèse: termes d'adresse et verbes de parole
(en incise, type 'dist-il', 'fait-il'; introducteurs de discours direct;
employés de façon métadiscursive 'Gel vos di sans fausser…') servent à
renforcer la force illocutoire des actes de langage auxquels ils sont associés
dans les énoncés, et peuvent aussi être considérés comme des marqueurs d'acte
perlocutoire.
Corpus:
Les
Quinze Joyes de Mariage,
éd. J.RYCHNER, Genève, Droz, 1967.
Les
Cent Nouvelles Nouvelles,
éd. F.P.SWEETSER, Genève, Droz, 1966.
Les
Evangiles des Quenouilles,
éd.M.JEAY, Montréal, Presses Universitaires de Montréal, 1985.
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Hasenohr).
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Colloque
Lefebvre, Julie
doctorante au SYLED - Université
de Paris III, France, lefebvre.julie@wanadoo.fr
Représentation
du 'discours autre' et note de bas de page : un jeu sur deux lignes
Le signe double désigné par nous
comme 'appel-renvoi de note', relevant de la réalisation exclusivement écrite
du système linguistique, permet d'articuler une chaîne de signifiants écrits
appartenant à l'entité textuelle à une autre chaîne de signifiants écrits, la
note, qui occupe un espace distinct de celui du texte.
Le discours en train de se faire
se joue dès lors sur deux lignes, investissant une structure que l'on peut
qualifier de 'bifide' qui nous paraît être, à l'écrit, une ressource
particulière en ce qui concerne la représentation du 'discours autre'.
Nous proposons ainsi tout
d'abord une typologie de la façon dont le discours autre représenté est
'réparti' entre le texte et la note en nous appuyant sur la distribution, entre
ces deux lignes, des marques témoignant de la représentation d'un acte
d'énonciation autre que celui du 'moi-ici-maintenant'. Nous parvenons de la
sorte à dégager deux grands types de répartition entre le texte et la note d'un
discours autre représenté - exception faite du cas où ce dernier prend place
uniquement dans le corps du texte, dont nous ne parlerons pas ici -, selon
qu'il apparaît à la fois dans le texte et dans la note, qui devient alors un
'lieu de spécification' quant à ce même discours autre représenté, ou qu'il
n'est présent que dans la note, étant posé de ce fait comme étranger au corps
du texte tout en lui étant fondamentalement rattaché.
Nous essayons alors de voir s'il
est pertinent de mettre en rapport ces deux types de répartition, entre la
ligne du texte et celle de la note, de discours autre représenté, avec la
fonction assurée par ce dernier dans le discours en train de se faire, nous
demandant ainsi, par exemple, s'il joue le rôle de ce que l'on pourrait appeler
un 'contre-discours', ou si, au contraire, il se présente comme 'associé' ou
'approprié' (nous empruntons ces notions à J. Authier-Revuz) à l'objet du
discours en train de se faire, ou encore s'il sert à 'désamorcer' une allusion
faisant partie du corps du texte.
Prenant enfin pour base les
résultats obtenus à partir du croisement du mode selon lequel le discours autre
représenté s'inscrit dans la structure bifide rendue possible par la note, avec
la fonction qui lui est conférée dans le discours en train de se faire, nous
cherchons à mettre en évidence des spécificités de genres ainsi que d'écritures
singulières.
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Colloque
Lefeuvre, Florence
Université de Bretagne
occidentale, Lattice, France, flolefeu@club-internet.fr
Le
rôle énonciatif de 'comme quoi'
L'objet de cette communication
est d'examiner si le groupe comme quoi peut être considéré comme un connecteur du discours
rapporté. Il s'agit tout d'abord de considérer deux types de structures où il
est employé et, en examinant le rôle de comme et celui de quoi, de montrer le rôle énonciatif de ces
structures, groupe nominal de type énonciatif + comme quoi :
(1a)
Ils lui enverront une attestation comme quoi elle était bien inscrite au bac.
et verbe énonciatif + comme
quoi:
(2a)
Germain raconta comme quoi il
avait été forcé de ramener la petite Marie. (Sand)
Comme joue le rôle d'un adverbe
d'énonciation : il marque les conditions d'énonciation selon lesquelles
l'énoncé est prononcé et qui signalent la vérité ou la fausseté du dire (Cf. Le
Goffic, 1991). Pour (1a), il introduit
un élément de comparaison entre le type d'énonciation où s'est produite
l'attestation et le fait que cette personne était bien inscrite au bac. Ainsi, selon
cette hypothèse, si les conditions d'énonciation dans lesquelles sont
prononcées l'attestation se révèlent fausses, on comprend que la personne en
question n'était pas inscrite au bac. L'élément comme introduit un écart entre l'énonciation du
fait et le fait lui-même. L'énoncé (1a) pourrait se gloser par :
"Dans
telles ou telles conditions d'énonciation, l'attestation dit qu'elle était bien
inscrite au bac; dans ces mêmes conditions d'énonciation cette personne était
bien inscrite au bac."
Pour les structures de type (1a)
et (2a), on tâchera de comprendre en quoi on peut parler de discours
rapporté et ce qui est effectivement rapporté. A cet effet, on étudiera,
pour l'énoncé (2a), la différence entre comme quoi et que :
(2b)
Germain raconta qu' il
avait été forcé de ramener la petite Marie.
De même qu'en (1a), comme
quoi, en (2a), met en
exergue l'analogie entre le fait et l'énonciation de ce fait :
"Dans
telles ou telles conditions d'énonciation, Germain raconta qu'il avait été
forcé de ramener la petite Marie; dans ces conditions d'énonciation, il avait
été forcé de ramener la petite Marie".
Le locuteur, par là-même,
introduit un écart, le marque de sa subjectivité et rend donc l'énonciation du
fait, moins simple, moins objective qu'une complétive en que. Avec comme quoi, un parcours est ouvert sur les
conditions d'énonciation en ce qui concerne la vérité ou la fausseté du dire.
On essaiera de comprendre le rôle de quoi (Cf. Lefeuvre, à paraître): en (1a) par exemple, ce pronom
ne semble pas se comporter comme un relatif puisqu'il ne peut pas commuter avec
le pronom relatif laquelle:
(1b)
*Ils lui enverront une attestation comme laquelle elle était bien inscrite au bac.
contrairement au groupe
préposition + quoi tel
que selon quoi :
(3a)
La numéro trois […]
réduisait à néant la formule selon quoi Henry Lescrabes choisissait les
femmes importantes de sa vie sur le même modèle physique. (Labro)
(3b)
La numéro trois […]
réduisait à néant la formule selon laquelle Henry Lescrabes choisissait les
femmes importantes de sa vie sur le même modèle physique.
On examinera les différences
énonciatives entre comme quoi en
(1a) et selon quoi en
(3a). L'analyse des structures (1) et (2a) nous amènera à considérer une
troisième structure où comme quoi apparaît,
en emploi détaché, généralement après une ponctuation forte:
(4a)
Et c'est le lendemain à Ram qu'ils devaient faire la rencontre qui allait
changer leur vie à tous.
Comme
quoi une idée est
toujours une bonne idée (Duras).
Comme quoi a-t-il alors un rôle énonciatif ?
On peut effectivement rapprocher (4a) de (4b) :
(4b)
Comme qui dirait,
une idée est toujours une bonne idée.
Après avoir analysé le rôle
énonciatif de comme quoi, on
se demandera dans quel type de discours comme quoi apparaît : est-il plus présent à l'oral
qu'à l'écrit ? Il est intéressant notamment de suivre l'évolution diachronique
de comme quoi dans
les énoncés de type (2a). Si les romanciers du 19ème siècle faisaient une large
utilisation de cette formulation, celle-ci a été réservée, par la suite, à une
utilisation plus familière:
(5)
On annonça comme quoi ça va être les informes (San Antonio).
Références:
Lefeuvre,
2001 (à paraître) : "La grammaticalisation du pronom indéfini quoi", Travaux linguistiques du
Cerlico, n°14.
Lefeuvre
(à paraître) : "Comme quoi", XIIèmes Rencontres en Pays rhénan.
Le
Goffic, 1991 : "Comme, adverbe connecteur intégratif : éléments pour
une description", Travaux linguistiques du Cerlico, n° 4, pp. 11-31.
Le
Goffic, 1993 : Grammaire de la Phrase française, Paris : Hachette.
Moignet,
1981 : Systématique de la Langue française, Paris : Klincksieck.
Muller,
1996 : La subordination en français, Paris : Colin.
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Colloque
Lucas,
Nadine GREYC CNRS Université
de Caen, France Nadine.Lucas@info.unicaen.fr
Vergne,
Jacques GREYC CNRS Université de Caen, France jvergne@info-unicaen.fr
Gigue,
Emmanuel STARTEM, Paris egiguet@startem.net
Détection
automatique de la citation et du discours rapporté dans les textes informatifs
En informatique linguistique et
spécifiquement en extraction automatique de contenu, la question "qui dit
quoi" revient dans de très nombreuses applications. C'est ainsi en effet
qu'est exprimée la problématique du discours rapporté, faute de métalangage
linguistique, dans la communauté concernée, les utilisateurs et concepteurs de
logiciels.
Nous présenterons quelques
réalisations d'étudiants et de chercheurs au sein du groupe Syntaxe du GREYC,
pour illustrer des difficultés croissantes dans la détection automatique du
discours rapporté ou DR. Nous montrerons des résultats où le DR est surligné en
couleur, dans le texte original, pour permettre une évaluation plus aisée de la
qualité des logiciels.
La détection du discours
rapporté en traitement automatique des langues se réduit la plupart du temps au
couple verbe "dire" + discours direct/discours indirect selon la
description classique. C'est une première approche, très facile à réaliser, et
qui a été implémentée dans le cadre d'un projet de licence, pour des dépêches
de presse en anglais. Le traitement est basé sur la détection typographique et
morphographique (présence de mots). On détecte d'abord des verbes
"dire" faisant l'objet de listes pré-établies, puis on caractérise le
locuteur en exploitant des marques typographiques comme les majuscules de noms
propres et éventuellement des informations syntaxiques, comme la fonction
sujet. On extrait ensuite le discours rapporté en repérant les guillemets le
cas échéant, ou la proposition complétive. Cette approche dite primaire est
robuste, assez efficace dans un corpus de dépêches, mais elle ne couvre pas
tous les cas et induit des erreurs.
Dans l'étape suivante, étudiée
en projet de maîtrise, on traite de développements thématiques et non plus de
phrases. En cherchant "qui dit quoi et quand", on propose comme résultat
un regroupement de phrases ou de paragraphes reliés à une personne et à un
ancrage temporel. Ceci revient à délimiter des thèmes reliés au point de vue
d'un locuteur, en combinant des informations sur la personne qui s'exprime, et
un circonstant, le moment où il s'exprime. On est ainsi conduit à tenir compte
de l'anaphore pronominale, ou nominale. Les résultats sont meilleurs que dans
l'approche primaire, car les chaînes anaphoriques permettent de capter des
formes d'introduction du DR qui seraient ignorées par un lexique a priori. Cette approche est baptisée
" secondaire ", car outre les critères typographiques et
morphographiques, on utilise un critère positionnel pour construire des
développements: on tient compte en effet de la contiguïté des phrases reliées
au sein de développements compacts, qu'elles soient marquées ou non. L'approche
secondaire est appropriée seulement aux textes présentant une structure simple,
où le point de vue du locuteur recouvre le développement thématique, ce qui est
généralement le cas dans les dépêches.
Pour une détection plus fiable
et plus fine du DR, en particulier dans les discours élaborés ou condensés, il
est nécessaire de mettre en œuvre des stratégies plus sophistiquées, et moins
immédiates. Cette approche dite " tertiaire " est proposée
en stage de DEA. La dimension supplémentaire qui est alors introduite est le
choix de l'ordre de grandeur pour la caractérisation du discours. En effet, si
le texte (typiquement la dépêche) est relativement court et mono thématique, la
détection du développement ne pose pas de problèmes. Au contraire, dans les
textes complexes, divers développements s'imbriquent et l'on observe la rupture
du principe de contiguïté. Il est alors nécessaire de hiérarchiser les
développements, en exploitant la position relative des formes d'accompagnement
du DR (postposées ou antéposées). D'autre part, le point de vue du locuteur ne
recouvre pas toujours la notion de développement thématique, il peut y avoir
plusieurs points de vue sur une question, ce que l'on détecte en s'appuyant sur
un ancrage supplémentaire, généralement le lieu. On montrera comment on peut
obtenir des résultats intéressants, en exploitant le principe de l'opposition
structurale et les accords de forme, pour hiérarchiser les développements et
les relier au point de vue d'un locuteur, ou à celui du journaliste.
La généralisation du processus
de traitement automatique dans les approches présentées sera illustrée sur les
deux axes de la langue et du genre. On considèrera d'abord les principes
permettant de généraliser le traitement aux dépêches en français, en espagnol,
allemand ou autre. Les ressources lexicales que nous utilisons sont en effet
toujours réduites au minimum et toujours externes au module de traitement. On
illustrera ensuite la détection du discours rapporté ou reformulé dans des
genres différents, notamment dans les articles de magazine et de revue
académique.
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Colloque
Lucas, Nadine
GREYC CNRS Université de Caen,
France, France, Nadine.Lucas@info.unicaen.fr
La
citation et l'appel à référence bibliographique dans les articles académiques
Le discours académique est très
fortement marqué par la référence au discours d'autrui. Sans doute, les
procédés de citation sont-ils très elliptiques. On interprétera souvent le
résultat comme reformulation, ou ré-appropriation d'un discours antérieur.
Cependant, dans l'étude textuelle, nous garderons le terme de citation en tant
que procédé générique. Les formes associées du discours rapporté qui le
manifeste varient dans leurs modalités pratiques, selon les disciplines, mais
elles sont toujours fortement liées à d'autres traits caractérisant le style
collectif dominant dans la discipline considérée.
L'étude d'une collection d'une
vingtaine d'articles contemporains (1987-1997) de différentes disciplines en
français permettra d'illustrer le spectre des formes observables. Les articles
traitent de littérature, de biologie (dont océanologie biologique), de
linguistique, de physique (dont mécanique et mathématiques appliquées à la
physique), d'informatique et d'histoire. La citation classique, de passages de
texte in extenso, est
parfois exploitée dans les disciplines littéraires. Mais la citation concerne
surtout la mention condensée des sources, qui peut se réduire à un simple appel
de note dans quelques disciplines. Ce procédé spécialisé "d'appel à
référence bibliographique" (ARB) se décline selon diverses modalités mais
il est caractéristique du corpus considéré, il nous servira donc de fil
directeur.
Les formes d'ARB portent
certains traits de figement de la citation propres au discours condensé :
effacement des verbes de citation, réduction des indices morphologiques,
indiquant la source, au profit du critère typographique (mise en forme
conventionnelle) et du critère positionnel. Elles présentent aussi certaines
spécificités (mention de la date). Elles peuvent être en outre singulières (une
seule mention de source) ou plurielles (plusieurs mentions à la suite). Enfin,
elles peuvent varier au fil du texte, et présenter des réductions ou
remplacements anaphoriques (idem,
ibidem) par rapport à
une forme explicite canonique.
Ces formes d'ARB apparaissent
plus ou moins insérées dans le contexte restreint de la phrase: elles peuvent
jouer un rôle syntaxique local ou au contraire être apposées et sans fonction
particulière dans le cadre de la proposition. On montrera que les formes d'ARB
occupent souvent des positions remarquables, en début et fin de paragraphe, en
début et fin de sections, donc dans un contexte qui dépasse celui de la phrase.
En passant à l'échelle du corps de texte, on observera les parties de texte
dénuées d'ARB et celles qui en sont parsemées. On remarquera le procédé de
cumul, notamment en biologie et en physique, qui permet de marquer par les
formes plurielles des portées plus grandes que les formes singulières.
On pourra ensuite examiner les
formes d'ARB dans les différents sous-corpus, en montrant leur distribution.
Certains articles présentent une grande variété de formes: phrasées ou
apposées, avec ou sans réduction anaphorique, complètes ou incomplètes. Ce
phénomène de déclinaison des formes d'ARB observée dans certaines disciplines,
comme la linguistique et l'informatique, va de pair avec l'emploi de formes
marquées du point de vue énonciatif, les tournures interrogatives et
exclamatives. Au contraire, dans d'autres disciplines, comme la biologie et la
mécanique, on ne trouve pas de formes phrasées d'ARB ni de formes anaphoriques.
On n'y rencontre pas non plus de phrases interrogatives, en revanche les
phrases nominales y sont présentes. On notera que l'ordre explicite des
constituants textuels et leur hiérarchisation, marquée par des sections
numérotées et des sous-titres, est associée à une plus grande stabilité
formelle pour les marques d'ARB. On mettra ainsi en regard la déclinaison des
formes d'ARB avec la présence ou l'absence de hiérarchie matérialisée par la
mise en forme, ainsi qu'avec la polarisation du côté de l'énonciation ou du
côté de l'énoncé.
Il existe en outre un jeu assez
complexe de référence intra-textuelle, qui porte le procédé de citation
bibliographique au rang de procédé constitutif du texte académique sous sa
forme actuelle. Les listes de références bibliographiques sont toujours
postposées au corps de texte. Elles sont organisées par rapport aux ARB, soit
dans une organisation alphabétique, qui renvoie à un principe d'organisation
générale du discours scientifique fondé sur la perception spatiale du texte;
soit dans une logique de lecture chronologique, dans l'ordre d'apparition des
ARB, quand ils sont réduits à une simple numérotation, comme des appels de
notes (cas de la physique et des mathématiques).
Ces différents aménagements
énonciatifs sont interdépendants et ils caractérisent bien un sous-genre
académique, ou si l'on préfère un style collectif, par le jeu des formes admises,
prisées ou rejetées dans une communauté scientifique.
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Colloque
Magaud, Véronique
Université de Provence- France, veroomago@yahoo.com
Discours
rapporté et argumentation : l'exemple de la consultation de voyance
radiophonique.
Cette communication vise à appréhender
le fonctionnement du DR en discours dans une interaction argumentative : la
consultation de voyance radiophonique. Ce type de consultation recourt aux
propos rapportés et obéit aux représentations praxéologiques des consultants
sur la voyance : elle se struture autour d'activités argumentatives
(reformulation/interprétation) dans lesquelles sont d'une part reproduites les
paroles des consultants pour susciter l'adhésion de ceux-ci et d'autre part
sont fournies des preuves. Les voyants proposent une schématisation de la
situation passée et présentent des consultants en conformité avec les
contraintes du support. L'emploi de différentes formes de DR sont autant de
moyens d'influencer le jugement d'autrui. Le DR apparaît également comme un
moyen d'administration de la preuve. Il vient étayer l'argumentaire des voyants
par les propos de sources immanentes qui procèdent du tarot, de la numérologie.
Le glissement du discours cité à une source citante a pour effet de renforcer
l'argument proposé. Le passage du DIL au DI présente un discours entre diégèse
et situation d'énonciation : l'interlocuteur est invité à intérioriser des
propos dont il est l'actant et que le DI juxtaposé raccroche à une
configuration idéologique qui les accrédite. Par ailleurs, les voyants
restituent les propos intérieurs des consultants ou des personnes dont il est
question. Ils recourent à la preuve par le DD qui crée un effet de réel,
fournit des propos plus éloquents et conforte des arguments précédents.
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Colloque
Magro, Elgar-Paul
Doctorant à l'Université de Paris III - Sorbonne Nouvelle, France, epmagro@yahoo.com
Le
discours rapporté et l'oral spontané: l'exemple de deux récits en maltais
Cette communication a pour but
d'illustrer le problème des frontières du discours rapporté dans la langue
parlée à travers l'analyse de deux corpus de récits de vie en maltais oral
spontané. Le premier provient d'une locutrice âgée de plus de quatre-vingts
ans, elle y raconte une histoire d'amour de sa jeunesse ; le second nous
vient d'une jeune fille originaire du même village à Malte mais appartenant à
une classe socioprofessionnelle plus élevée que la première, elle y raconte une
histoire drôle mais vraie qui lui est arrivée lors de son adolescence.
Il est indéniable qu'à l'oral
spontané, surtout dans le cas du récit, une grande place est réservée au
discours rapporté, notamment le discours rapporté direct. Le narrateur intègre
dans sa propre parole celle d'autres locuteurs dont ils rapportent le discours
et dont il fait de véritables personnages de théâtre souvent dans une mise en
scène plus ou moins réussie. Par oral spontané, il faut entendre du discours
produit et enregistré en situation naturelle (et non au laboratoire) et
improvisé (non lié à un texte écrit au préalable).
Un premier problème qui se pose
est celui de savoir délimiter avec précision le discours rapporté dans un récit
oral spontané. Le début du discours rapporté est souvent très nettement marqué
par la présence d'un verbe introducteur, notamment le verbe 'dire' ;
remarquons au passage que dans les corpus analysés, toute la diversité des
verbes introducteurs à l'écrit se perd à l'oral au profit d'une généralisation
de l'emploi du verbe de dire de base, le verbe 'dire', qui est utilisé à
plusieurs reprises sans gêner la richesse et la fluidité du récit. En revanche,
la fin d'une séquence de discours direct à l'oral n'est pas toujours aussi
clairement définie, contrairement à l'écrit où la fermeture des guillemets est
souvent une marque précise de fin. A l'oral, le discours cité a tendance à
s'imbriquer dans le discours citant, et il n'est pas toujours facile de bien
séparer le discours rapporté de la suite de la narration.
De plus, nos deux corpus en
maltais montrent qu'en maltais, même standard, il est fréquent de répéter le
verbe introducteur du discours direct, et ce même à l'intérieur d'une même
séquence de discours rapporté. Le verbe introducteur ne sert plus à délimiter
les frontières entre séquences de discours rapporté appartenant à deux
locuteurs différents ; le narrateur parsème son discours du verbe 'dire'.
La valeur de ce verbe comme verbe introducteur de discours rapporté semble
s'effacer et l'on peut y voir une sorte de ponctuant qui traduirait, entre
autres, la volonté chez le narrateur d'insister sur la modalité et de bien
mettre sur scène des locuteurs vivants malgré leur absence, des personnages à
part entière dans l'univers du récit qu'il construit.
Nous procéderons donc à une
analyse de la distribution des multiples occurrences de ce verbe introducteur
(nous essaierons d'affiner cette terminologie moins adaptée à l'oral qu'à
l'écrit) et nous en tiendrons compte des points de vue syntaxique et
énonciatif. Enfin, nous regarderons de plus près les propriétés prosodiques
(fréquence du fondamental, intensité, durée, pause) de ces séquences de
discours rapporté, à partir des graphiques obtenues avec le logiciel Anaproz.
Nous verrons si le narrateur use d'une stratégie intonative particulière
lorsqu'il rapporte le discours autrui dans sa narration à l'oral.
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Colloque
Marcoccia, Michel
Université de Technologie de
Troyes - Laboratoire Tech-CICO, marcoccia@univ-troyes.fr
La
"citation automatique" dans les messageries électroniques
Différents dispositifs de
messageries permettent la communication asynchrone sur l'internet. C'est le cas
du courrier électronique ou des forums de discussion. Les messages produits en
utilisant ces dispositifs contiennent bien souvent des formes particulières de
discours rapportés que nous nous proposons de décrire et d'analyser dans cette
communication.
Les logiciels de courrier électronique
ou de forum de discussion permettent une forme d'insertion automatique de
discours rapportés : lorsqu'on répond à un message, l'utilisation de la
procédure automatique de réponse ("répondre à" dans le logiciel
Eudora, par exemple) va insérer le message auquel on répond dans son propre
message. Cette forme particulière de discours rapporté est directement liée au
dispositif technologique et peut ainsi être qualifiée de "citation
automatique" ; c'est en fait une automatisation de la procédure informatique
du "copier-coller".
Ces citations correspondent à
des formes de discours rapportés au style direct, et se distinguent du message
dans lequel elles sont rapportées par un signe spécifique en début de ligne
(>) jouant le même rôle que les guillemets dans le discours rapporté à
l'écrit. La partie de texte qui est citée va s'inscrire automatiquement au
début du message dans lequel elle est citée. Cette procédure "par
défaut" respecte la temporalité de production du discours cité et du discours
citant. Le texte cité peut néanmoins apparaître à d'autres endroits du texte
citant. L'auteur d'une réponse à un message peut en effet choisir de situer la
citation automatique à la fin de son message et d'inverser la dynamique
temporelle. Dans ce cas, on peut considérer que c'est moins la dynamique
conversationnelle que le cadrage thématique qui est manifesté. Le texte cité
peut aussi être entrecoupé de fragments du texte citant. On observe alors la
construction d'un dialogue fictif, découpant le texte auquel on répond en
plusieurs "tours de parole". Enfin, cette procédure de citation
automatique peut produire un texte laissant apparaître différentes strates
discursives. Un message répondant à un message qui est lui-même une réponse va
contenir une superposition de citations automatiques, constituant une séquence
d'échanges rapportés. Se pose alors un problème de lisibilité lié à la taille
de ces échanges enchâssés.
Quelles fonctions pragmatiques
peut avoir cette forme de citation automatique ? La citation automatique semble
authentifier le discours rapporté, présenté dans son intégrité. Il convient
alors de s'interroger sur le caractère illusoire de cette authenticité. En
effet, rien n'empêche l'auteur d'un message de retoucher ou de tronquer la
citation. La citation peut aussi avoir une fonction d'épigraphe dans le sens où
elle peut servir simplement à intégrer le nouveau message à un ensemble de
messages antérieurs. Enfin, lorsque l'interaction entre discours cité et
discours citant est de nature confirmative, la citation sera une citation
d'autorité.
En fait, l'observation de forums
de discussion montre que, le plus souvent, il existe une relation polémique -
ou au moins réactive - entre discours cité et discours citant. La citation
automatique permet avant tout la reproduction de la dynamique
conversationnelle, ou la mise en scène d'un dialogue lorsqu'il y a
fragmentation de la citation et de sa réponse.
La citation automatique nous
semble donc renvoyer au problème de la structuration hiérarchique des échanges,
car elle permet d'expliciter cette structuration et de compenser la mauvaise
lisibilité des interfaces de messageries électroniques. C'est par la procédure
de citation automatique que les messages sur l'internet peuvent avoir une
dimension dialogale et s'intégrer à des échanges. Avec d'autres procédés
spécifiques (les smileys, les codifications typographiques, etc.), la citation
automatique permet de "simuler" l'oral et d'inscrire les messageries
électroniques dans un cadre conversationnel.
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Colloque
Meteva, Elena
Université de Sofia, Bulgarie, ilia@imbm.bas.bg
Le
discours électoral à travers le prisme de la presse
La recherche porte sur les modifications
que subit le discours électoral cité par la presse, sur la façon dont le
journal situe cette parole et son auteur, édifie son image par la parole des
autres, les témoins, les proches, l'entourage, les politologues, etc., en
influençant par là sa crédibilité, l'interprétation que le lecteur fera de son
énoncé. Cette intervention du journal, d'autant plus efficace qu'elle est le
plus souvent implicite, joue un rôle actif dans le choix politique des lecteurs
ce qui le transforme de simple médiateur en actant qui tient souvent les
ficelles de la vie politique.
Le
corpus analysé est tiré de la presse quotidienne durant les élections
présidentielles en France (1995) et en Bulgarie (1996). Sera étudiée surtout la
reprise par les journaux des discours fondateurs de la campagne électorale de
Jacques Chirac et de Petar Stoyanov, les actuels présidents des deux pays.
L'analyse
visera à détecter dans la façon dont leur dit est rapporté par le journal les
symptômes qui suggèrent sa prise de position par rapport à la parole et à la
personne de l'homme politique cité. Ces symptômes ont trait à la valeur de
vérité de la parole citée et seront recherchés surtout dans les verbes ou les
locutions introducteurs et les présupposés qu'ils véhiculent, dans le
conditionnel en français, le mode médiatif en bulgare et les interprétations
qu'ils suggèrent, dans le jeu avec la typographie des titres.
La
comparaison mettra en évidence d'un côté les procédés communs auxquels
recourent les journalistes et de l'autre les divergences déterminées dans une
grande mesure par la situation politique différente, par l'exprérience
différente de la presse française et bulgare dans la lutte électorale.
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Colloque
Michaux, Christine
Faculté de Philosophie et
Lettres, Université Libre de Bruxelles, Belgique, cmichaux@ulb.ac.be
Proverbes
détournés : les frontières d'un genre
Le proverbe est l'exemple-type de l'énoncé polyphonique. Dans toute énonciation
d'un proverbe, il faut en effet distinguer – outre l'émetteur, qui est
responsable de l'application du proverbe à la situation d'énonciation –, un
énonciateur, qui, lui, est responsable du principe proverbial sous-jacent. Cet
énonciateur n'est pas à confondre avec l'auteur du proverbe, ce dernier n'étant
que le premier maillon de la chaîne causale (au sens de Kripke) qui va de la
création du proverbe à son usage par notre locuteur. Le proverbe est donc, par
essence, un discours repris à autrui et en constante circulation. De là, le
côté ancestral et traditionnel qui caractérise toute tentative de définition du
genre. De là, également, son caractère d'autorité: le proverbe, puisqu'il est
passé de génération en génération, doit nécessairement être le reflet de
quelque sagesse à laquelle il est de bon ton de se soumettre.
L'autorité proverbiale
constituera précisément le point de départ de mon exposé. Il s'agira de
s'interroger sur l'origine de cette autorité en partant d'exemples de
manipulations de proverbes. En effet, lorsqu'un publiciste reformule un énoncé
proverbial, il essaie souvent de faire passer une idée nouvelle tout en lui
assurant une autorité ancestrale. Il est clair cependant que les manipulations
que subira la forme canonique originelle doivent respecter un certain nombre de
contraintes, la première étant que l'énoncé de référence soit toujours
accessible à l'interprétant.
Le travail que je me propose de
réaliser est d'analyser les limites de la manipulation d'un proverbe. Ce
faisant, deux autres questions devraient, elles aussi, se voir éclairées :
celle de son autorité ainsi que celle des frontières formelles du genre
proverbial.
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Colloque
Mochet, Marie-Anne
ENS Lettres et Sciences
Humaines, Lyon, France, mamochet@club-internet.fr
Intertextualité
et multimédias
L'écriture multimédia, encore
non stabilisée, bouleverse, on le pressent, la relation au savoir et à la
transmission des connaissances. L'une des traces de cette modification se
manifeste dans le statut nouveau qu'occupe, l'instance, ou les instances de
médiation dans les nouveaux supports, représentée par les éditeurs du
" produit " et souvent autorisée de telle ou telle caution
scientifique. En effet, formes textuelles diverses, de mise en page formatée,
nombreux sont, sur le marché, les multimédias à visée de transmission des
connaissances.
On sait par ailleurs combien
l'Université, et de façon générale les communautés discursives se réclamant
d'un discours scientifique ou s'y apparentant (discours de vulgarisation),
aiment à faire référence à la parole d'autrui. L'intertextualité est la règle.
Les sources se doivent d'être abondamment citées, et le cas échéant commentées,
dans les écrits, comme dans débats radio-télévisés. Le discours direct
d'experts ou de scientifiques interviewés est alors fréquemment introduit.
Or, il apparaît, en première
analyse du moins, que le discours multimédia, tout en mettant en scène une
pluralité de modes explicatifs (son, images, écrits), se montre de ce point de
vue plus univoque, dans la mesure où la référence à autrui ne suit pas les
mêmes normes introductives soit (parmi d'autres procédures) " deux
points, ouvrez les guillemets " et du même coup, paraît moins
apparente, moins explicite.
Nous voudrions donc vérifier
cette première observation, concernant l'intertextualité dans les multimédias,
à partir de l'étude de quelques cédéroms choisis dans le domaine de la
transmission des connaissances, accompagnés des documents paratextuels
susceptibles de référer également à d'autres lieux d'intertextualité. Les
constats seront à mettre en relation avec des observations portées sur des supports
plus anciens de vulgarisation.
Si, comme on en fait
l'hypothèse, l'intertextualité, potentiellement décuplée par l'existence des
liens interactifs conduit de fait à des stratégies de transmission/d'accès au
savoir plus souvent implicites qu'explicites, on pourra considérer observer là
une modification de ces types de discours, induisant un déplacement de
l'intertextualité en tant qu'élément de l'hétérogénéité discursive au profit
d'un objet de discours anonymé.
Il s'agira donc de recenser
quelques modes de fonctionnement (anciens et nouveaux ?) du discours
rapporté (de la citation et de la référence à autrui) dans les nouveaux médias,
et aussi de faire état, le cas échéant, des manques et absences actuellement
constatés.
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Colloque
Moirand, Sophie
Université Paris 3 – Sorbonne
nouvelle, France, smoirand@paris3.sorbonne.fr
A
la frontière du discours rapporté: le rôle des différentes formes de
l'interdiscursivité suggérée dans la construction de domaines de mémoire par
les médias
Dans le cadre de travaux portant
sur la circulation des discours empruntés aux différentes communautés
langagières convoquées par les médias, en particulier lors de moments
discursifs d'ordre politique à caractère économique (mondialisation, effet de
serre…) ou d'ordre scientifique ou technologique à caractère politique (sang
contaminé, vache folle, dioxine, amiante…), on a été amené à s'interroger sur
les différentes formes de dialogisme rencontrées, selon, entre autres, les genres et les modes
discursifs de la presse écrite ordinaire et, au-delà, sur la fonction de ces
différentes formes dans la construction d'une mémoire interdiscursive (Courtine, Lecomte), qui serait
spécifique des médias (Moirand 1998, 1999, 2000, 2001).
Si,
d'un côté, des formes explicitement inscrites dans la matérialité textuelle et
sémiotique des médias ont pu être dégagées, telle, par exemple, l'intertextualité
plurilogale, qui se
manifeste dans l'axe horizontal du discours par la présence de marques
lingusitiques, typographiques ou prosodiques d'hétérogénéité énonciative (dans
les textes ou documents d'information présentant un mixage de segments
empruntés, cités, reformulés ou traduits, provenant non seulement de genres
différents mais également de genres produits dans des communautés langagières
diverses extérieures au monde des médias), ce que l'on voudrait ici examiner,
c'est justement l'autre pôle de cet éventail de textures dialogiques
particulières : le dialogisme caché ou enfoui des genres médiatiques tels que
les éditoriaux, les chroniques, les dessins de presse…, qui semblent
fonctionner à coups d'allusions plutôt que de citations (´ l'allusion à
des mots, aux mots d'un autre dire ª – Authier-Revuz 2000).
Différentes
formes de liens interdiscursifs établissent
ainsi des relations entre différents événements (des moments discursifs
médiatiques de nature différente), parce que les formes et les mots eux-mêmes
sont porteurs de mémoire, à l'insu parfois de leurs énonciateurs, et les
discours transverses qu'ils
charrient (et qui renvoient à l'axe vertical du discours) viennent se glisser en douce dans l'axe
horizontal, dans l'intradiscours,
contribuant ainsi à la constitution, mais également au rappel, de domaines
de mémoire à court et à long termes.
Au-delà de l'inventaire des modifications
que les mots transportent en passant d'une communauté à une autre et des
différentes formes d'inscription de cette hétérogénéité suggérée, (dans le
sémantisme des mots, les constructions syntaxiques, les configurations
sémiotiques), on peut s'interroger sur cet usage du discours des autres : s'il
ne renvoie pas toujours à des textes précis et identifiables, il renvoie bien à
une instance autre, posée de manière implicite, de façon intentionnelle ou
inconsciente, et que l'on repère au détour d'un sème, d'une incise ou d'un
pré-construit. Mais, au-delà de ces fonctionnements, ce que ces travaux amènent
à repenser, au vu de la circulation des discours et des différentes formes de
cette circulation, c'est la notion même de situation de communication dans le
monde des médias : on assiste en effet à une circularité qui remet en cause la
linéarité des schémas classiques de la communication, dans la mesure où les
communautés langagières impliquées sont à la fois sources et consommatrices des
messages médiatiques qu'elles contribuent à informer et qui les informent.
C'est cette représentation mentale d'un circuit de commmunication dynamique
qu'on se propose d'intégrer au modèle d'analyse de la circulation des discours
dans les médias, et qui permet d'intégrer des formes "à la frontière"
du discours rapporté.
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Colloque
Mourad, Ghassan, Ghassan.Mourad@paris4.sorbonne.fr,
Desclés,
Jean Pierre Jean-pierre.Descles@paris4.sorbonne.fr
Équipe Langage, Logique,
Informatique et Cognition (LaLIC) Paris-Sorbonne, France
Identification
et extraction automatique des informations citationnelles dans un texte
Dans cet article, nous
présentons un système dédié au filtrage sémantique et à l'extraction des
connaissances dans un texte en utilisant la méthode d'exploration contextuelle;
nous présentons en particulier la tâche spécialisée relevant de l'extraction de
citations restituées dans leurs co-textes.
L'exploration contextuelle est
une méthode linguistique basée sur la prise en compte du contexte pour le
repérage de certaines informations sémantiques décelées par des indices
textuels (au sens de Ch. S. Peirce) en vue de répondre à des besoins
spécifiques d'utilisateurs. Cette approche a donné lieu à différentes
applications informatiques [DESC2000], comme le résumé automatique,
l'extraction des relations de causalités, les définitions, l'extraction de
citations etc.
L'extraction automatique de
citations dans un texte peut paraître, dans une première approche, facile à
réaliser. Cependant, la réalité n'est pas aussi facile. IL est trop simple de
dire "qu'il suffit d'extraire tout ce qu'il y a en italique et entre
guillemets" surtout si nous travaillons sur des textes réels (structurés
ou non, par exemple les textes journalistiques, scientifiques, rapports, etc.
voire des textes littéraires). Le travail sur des corpus divers nous a amenés à
mettre en évidence les points suivants :
De manière générale, nous
définissons la citation comme un acte de langage, à savoir du discours
rapporté, que ce dernier soit marqué typographiquement (citation directe) ou
non (citation indirecte).
A partir d'une étude de corpus,
nous avons prélevé différents types de marqueurs linguistiques : d'un côté des
indicateurs d'introductions de citations (des prépositions comme selon, pour, suivant, etc., des verbes introducteurs comme annoncer, entonner, déclarer, vociférer, etc.), ou encore des marqueurs
typographiques, (guillemets,
deux-points-alinéa,
etc.); et de l'autre côté, des différents indices textuels - complémentaires -
(lui, elle, PDG, etc.) qui aident à prendre une décision
adéquate face à la question si tel segment est une citation ou non. Ces
marqueurs ont été organisés dans une base de données selon différents critères
dont le principal est le classement sémantique des verbes d'introduction de
citations (~ 700 verbes classés en 65 classes sémantiques).
L'extraction automatique de
citations pose différents types de problèmes : d'abord repérer et identifier un
segment textuel qui contient la citation, ensuite, trouver la fin de la
citation. Dans la phase de repérage, le système détecte la citation directe au
moyen typographique, liée à la façon de segmenter un texte. En revanche, la
détection de fin de citation dans la citation indirecte est beaucoup plus
difficile. La recherche de frontières pour la citation indirecte est en cours
de réalisation en collaboration avec l'équipe de M. Charolles. Les différentes
études sur la portée sémantique de "selon" [CHAR2000, SCHR2001], nous permet
d'identifier différents marqueurs de frontières (par exemple : mais, tandis que, etc.) relatifs à la citation indirecte.
En conclusion, nous ferons
quelques remarques essentielles :
Références:
[CHAR2000], Charolles M., Les expressions
introductrices de cadres de discours et leurs portée textuelle, séminaire de recherche, 2000, Paris III, Sorbonne
Nouvelle – (Censier).
[DESC2000], Desclés J.-P. et Minel J.-L., Résumé
automatique et filtrage sémantique de textes,
In, Ingénierie des langues, ouvrage coll., sous la direction de J.-M. Pierrel,
Informatique et Système d'information, pp. 253-268, Hermès, 2000 (Science).
[SCHR2001], Schrepfer Géraldine, "Selon"
introducteur d'univers d'énonciation, thèse
de doctorat, en cours. Université de Paris III.
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Colloque
Norén,
Coco
Uppsala universitet, Romanska
institutionen, Suède, coco.noren@romanska.uu.se
Les
discours directs et la notion d'énonciation
Cette communication a comme objectif d'examiner les discours directs dans un
texte littéraire, à savoir le Temps retrouvé de Marcel Proust, à la lumière de la notion d'énonciation, comprise au sens de Ducrot (1984:179) comme '[…]
l'événement constitué par l'apparition d'un énoncé. La réalisation d'un énoncé
est en effet un événement historique : existence est donnée à quelque
chose qui n'existait pas avant qu'on parle et qui n'existera plus après.'.
Il est banal de constater qu'un bon nombre de discours directs ne
correspondent pas à des énonciations : certains font référence à des discours
potentiels ou hypothétiques (a), à des 'façons de parler ' (b), d'autres à
des interprétations de gestes ou de paroles (c). Parfois même, il s'agit de
discours directs qui renvoient à du non-discours (d).
(a) Quand
on lit des articles sur des gens, même simplement des gens du monde, qualifiés
de 'derniers
représentants d'une société dont il n'existe plus aucun témoin', sans doute on
peut s'écrier: 'Dire que c'est d'un être si insignifiant qu'on parle avec
tant d'abondance et d'éloges! C'est cela que j'aurais déploré de ne pas avoir
connu, si je n'avais fait que lire les journaux et les revues et si je n'avais
pas vu l'homme!' (p. 25,
26)
(b) Notre
maître d'hôtel, par exemple, si on parlait du roi de Grèce, était capable grâce
aux journaux de dire comme Guillaume II: 'Tino?', tandis que jusque-là sa familiarité avec
les rois était restée plus vulgaire, ayant été inventée par lui, comme quand
jadis pour parler du roi d'Espagne il disait: 'Fonfonse'. (p. 36)
(c) Elle
me reconnut, elle me serra la main et fixa sur moi les rondes prunelles mauves
de l'air qui voulait dire: 'Comme il y a longtemps que nous ne nous sommes
vus! Nous parlerons de cela une autre fois.' Elle me serrait la main avec force, ne se rappelant pas au
juste si en voiture, un soir qu'elle me ramenait de chez la duchesse de
Guermantes, il y avait eu ou non une passade entre nous. (p. 285)
(d) N'osant
pas me dire: 'Est-ce que cette dame a un hôtel?' elle me disait, les yeux timidement levés comme ceux d'un bon chien:
'Parce que sans doute cette dame a son hôtel particulier...', évitant
l'interrogation flagrante moins pour être polie que pour ne pas sembler
curieuse. (p. 56)
La question est de savoir si ces différentes catégories de discours directs,
qui ne sont pas des énonciations rapportées, présentent des formes
linguistiques qui leur sont caractéristiques.
Ce travail se place dans le cadre de la théorie de la polyphonie, fondée par
Oswald Ducrot et élaborée par les membres du projet Polyphonie linguistique
et littéraire, notamment par Henning Nølke.
Nous espérons que cette étude pourra rejoindre le travail sur les îlots
textuels mené par Kjersti Flottum, afin de contribuer à un modèle d'analyse
globale pour une typologisation de textes littéraires.
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Colloque
Olsen, Michel , Roskilde
Universitetscenter, Danemark, michel@ruc.dk
Nølke,
Henning, Département d'Études Romanes, Université d'Aarhus,
Danemark, romhn@hum.au.dk
Qui
pense? Le Proto-DIL
Une longue série de chercheurs (Bally,
Lips, Lerch (Eugen et Gertraud), Thibaudet, Spitzer, Bakhtine et Volochinov,
Hamburger, Booth, Genette, Pascal, Banfield, Cohn, Ducrot, Vuillaume, Rabatel,
Rosier, Nølke & Olsen et bien d'autres) se sont occupés, de façon directe
ou indirecte, du monologue intérieur (concept parapluie) et notamment du discours
(ou style) indirect libre
(DIL). Certains sont allés jusqu'à proposer une variante : le DIL
embryonnaire (Rabatel) ou proto-DIL (Nølke & Olsen) qui, dépourvu de
marqueurs linguistiques, reste indécis entre la lecture comme DIL et comme
récit d'auteur.
D'autres
(Banfield) ont lancé l'idée séduisante, mais peut-être problématique de
distinguer, dans le DIL, entre la conscience réfléchie et la conscience
irréfléchie (ou, avec Sartre, conscience thétique et athétique), tout en
s'inscrivant en faux contre la 'dual voice theory' (Roy Pascal). Or, quelque
position qu'on prenne, il semble bien que le champs de bataille soit offert par
les parties textuelles qualifiées par d'autres chercheurs (dont nous-mêmes)
comme des proto-DIL (éventuellement en d'autres termes)
C'est
toute cette problématique que nous voudrions reprendre. Bien des marqueurs de
DIL ont été identifiés. Nous voudrions nous occuper des cas moins évidents qui
ne présentent pas de marqueurs nets.
Nous
nous proposons de contribuer de façon modeste à cette recherche par une double
approche qui combine linguistique, pragmatique et analyse littéraire. La
linguistique fournit des instructions pour l'interprétation par défaut du texte
(ou plutôt des segments de textes) et la pragmatique donne des règles qui
précisent comment cette interprétation primitive sera développée en tenant
compte des éléments contextuels (au sens large de ce terme). Or il arrive
souvent que ces règles ne trouvent pas de champs d'application et que le
lecteur se trouve réduit à une interprétation par défaut. Nous partirons d'une
analyse de certains connecteurs (analyse déjà partiellement réalisée),
chercherons les règles qu'ils imposent, pour examiner ensuite le texte dans son
contexte (réception contemporaine vs réception moderne). Ce faisant nous
prendrons en considération un certain discours 'monophonique'
(concept-pis-aller) qu'on trouve dans un certain style classique (La Princesse
de Clèves p. ex.).
Nos
analyses prendront appui sur quelques exemples bien choisis.
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Colloque
Oppermann,
Evelyne
Sorbonne Nouvelle - Paris 3,
France, evelyne.oppermann@univ-paris3.fr
L'emploi
du présent "de narration" dans les séquences introduisant un discours
rapporté en ancien français
Dans les textes médiévaux, le
présent "de narration" alterne très couramment avec le passé défini
pour évoquer des événements révolus, antérieurs au temps d'énonciation du
narrateur. Cette communication portera sur les emplois d'une catégorie de
verbes qui reflètent bien cette alternance présent/passé: il s'agit des verbes
de parole introduisant un discours rapporté (direct ou indirect):
A
tant li vavasors s'apanse
(...)
et
DIT: "Certes, je pans et croi
que
ce soit il, dirai li donques."
Lors
li DIST: "Ne me celez onques,
sire,
rien de vostre besoigne..."
(Chevalier
de la charrette, v.
2116-25)
Lors
monta Lancelos seur son cheval et DIST a son escuier: "Tu ne vendras pas
avec moi,..." Et cil DIT qu'il remeindra volentiers... (La Mort le roi
Artu, 16/57-62)
A partir d'un corpus constitué
de textes en vers et en prose des 12e et 13e siècles et en nous appuyant sur
une analyse contextuelle des occurrences relevées, nous tenterons de répondre
plus particulièrement aux deux questions suivantes:
1) Quelles sont les conditions
d'emploi des verbes de parole au présent? Y a-t-il des contextes linguistiques
favorisant leur présence au détriment du passé simple?
2) Quelle valeur peut-on
attribuer à ces présents "de narration" qui semblent se définir en
premier lieu par rapport à leur environnement discursif?
Références:
Authier,
J. (1978): "Les formes du discours rapporté", DRLAV 17, p. 1-87.
Authier-Revuz,
J. (1992,1993): "Repères dans le champ du discours rapporté", L'Information
grammaticale 55, p.
38-42 et 56, p. 10-15.
Cerquiglini,
B. (1981): La parole médiévale,
Paris, Ed. de Minuit
Chuquet,
H. (1991): "Le présent de narration dans le 'Journal de Samuel
Pepys'", Cahiers Charles
V 13 (Travaux de linguistique énonciative), Université Paris VII, p. 49-77.
Fleischman,
S. (1990): Tense and Narrativity: from Medieval Performance to Modern
Fiction, University of
Texas Press.
Marnette,
S. (1998): Narrateur et points de vue dans la littérature française
médiévale, une approche linguistique,
Bern, Peter Lang.
Oppermann,
E. (2001): "Et il respondent: 'Oïl bien.' - Un emploi du présent dit 'de
narration' dans le Merlin de Robert de Boron", L'Information
grammaticale 88, p.
40-43.
Perret,
M. (1994a): L'énonciation en grammaire du texte, Paris, Nathan, coll. 128.
Perret,
M. (1994b): "Façons de dire: les verbes de parole et de communication dans
la Mort le Roi Artu", in Dufournet J. (éd), La Mort du Roi Arthur ou le
crépuscule de la chevalerie,
Paris, Champion, p. 181-195.
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Colloque
Perret, Michèle
Université Paris X - Nanterre, France, micheleperret00@noos.fr
Monologue
et autodialogisme dans les débuts de la littérature vernaculaire
Le monologue est un processus discursif difficile à observer dans ses
réalisations naturelles, même par les linguistes les plus doués pour
l'introspection, et l'on peut même se demander s'il existe réellement, en
dehors de quelques petits fragments d'encouragements ou d'imprécations que l'on
peut s'adresser à soi-même dans des moments choisis. En revanche, c'est un
genre littéraire florissant. Ainsi dans les débuts de la littérature narrative,
aux XIe-XIIIe siècles, l'accès aux processus
psychologiques se fait essentiellement par le truchement du monologue - même
si, déjà, commencent à apparaître des procédés plus complexes, focalisations
internes ou DIL (S. Marnette) - et il est raisonnable de penser qu'un certain
nombre de techniques de représentation de la délibération personnelle se
mettent en place dès les premiers romans en langue vernaculaire.
On décrira donc, dans un premier temps, les marques formelles du monologue,
et ce qui le distingue des autres formes de discours rapportés :termes
d'adresse, temps, modalités, structuration.
Puis, dans un second temps, on s'intéressera tout particulièrement à l'un
des procédés typiques du discours intérieur représenté : l'autodialogisme.
L'autodialogisme est cette forme particulière de la connotation autonymique (J.
Authier-Revuz) où le locuteur, revenant sur l'un des mots qu'il a prononcés, le
reprend et souvent le corrige, en une boucle réflexive, par un commentaire
méta-énonciatif. On montrera que cette opacification du dire existe aussi
ailleurs que dans les monologues, mais que cette forme de dédoublement occupe
dans la repésentation des processus intérieurs une place privilégiée puisqu'il
permet de donner à voir les réponses que se donne l'énonciateur "depuis la
position extérieure de récepteur qu'il occupe à l'intérieur de sa propre
énonciation" (Authier). On montrera comment ces boucles réflexives
empruntent volontiers les formes typiques du dialogue : exclamatives, oui,
non, réactions en écho. On montrera enfin
comment ces "ratures intégrées" furent utilisées, maladroitement,
pour l'impossible mimesis des délibérations muettes.
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Colloque
Perrin, Laurent
Université de Genève et de Bâle,
Suisse, Laurent.Perrin@lettres.unige.ch
Citations
modales, modalisations autonymiques et arguments d'autorité
Qu'elle porte sur une simple
forme linguistique ou sur un énoncé en contexte, la citation peut avoir une
fonction purement référentielle lorsque l'élément rapporté n'est que l'objet de
référence de ce qui est communiqué par le locuteur, comme dans l'exemple
suivant:
(1)
Tu en
as sûrement des mots asteure que le monde il: Regarde Michel. Il dit pas filmer
mais firmer. Il va
firmer. Viens on va firmer […]
Il dit tout le temps On va firmer. Il-y-a un beau firm hein. Lui il appelle ça firmer. [2.84]
Mais la citation peut aussi
prendre pour objet une forme linguistique ou un énoncé simultanément activés
dans le discours du locuteur, constitutifs de ce que le locuteur exprime
personnellement, comme dans les exemples suivants :
(2)
[…]
je pense qu'elle prend des cours de: comment ce-qu'on appelle ça là? de
sténographie. [59'84]
(3)
[…]
même si on veut pas: ça saute aux yeux (rire) comme on dit: ça se remarque. [19'84]
(4)
[…]
ça me suffit parce que j'ai un mari qui me fait vivre, <humhum humhum>
mais par contre: je vas dire comme on dit on sait pas ce que l'avenir nous
réserve tu-sais. [11'84]
Dans ces conditions, la citation
a une fonction que nous dirons modale (vs référentielle), dans la mesure où ce que le locuteur
communique à propos de l'élément rapporté qualifie aussi son propre discours.
L'objectif de cette intervention
sera de définir précisément — sur la base d'exemples oraux enregistrés à
Montréal — ce qui caractérise ce genre de citation qui relève parfois d'un fait
de modalisation autonymique
(au sens de Jacqueline Authier-Revuz) lorsque l'élément rapporté tient à une
pure forme linguistique, et parfois d'une sorte d'argument d'autorité lorsque
l'élément rapporté tient à une énoncé (ou encore des deux à la fois dans
certaines conditions).
Cette étude nous amènera à
prendre en compte certains exemples qui se situent bel et bien à la limite ou
semblent être même parfois tout à fait étrangers à ce qui est habituellement
défini comme citation, notamment lorsque l'élément rapporté relève de ce qui a
été dit par l'interlocuteur (reprises diaphoniques), ou par le locuteur
lui-même dans le passé (reprises autophoniques). Loin de cantonner la citation
à un ensemble de faits homogènes et définissables en soi, indépendamment
d'autres aspects de la construction du sens, mon objectif sera de définir la
citation comme constitutive de procédés comme la reformulation, la
confirmation, la concession, la réfutation ou l'ironie.
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Colloque
Pollet,
Marie-Christine
Faculté de Philosophie et
Lettres, Université Libre de Bruxelles, Belgique, vpiette@ulb.ac.be, mcpollet@ulb.ac.be
Les
étudiants et la gestion de la parole de l'autre dans le discours scientifique
Nous nous proposons d'observer
le comportement de l'étudiant comme apprenti-chercheur (apprenti-historien, en
l'occurrence) en analysant deux activités intimement liées: le dépouillement
des sources (archives et historiographie) et la mise en discours des
informations ainsi obtenues (contenu, références) dans un travail écrit de
recherche.
En examinant les productions des
étudiants, on observe que ceux-ci éprouvent de grandes difficultés à ancrer
dans leur propre discours les informations recueillies par les dépouillements,
à s'en servir pour construire et problématiser l'objet de leur recherche. Loin
d'interagir entre elles, loin de s'articuler à un questionnement ou à des
concepts théoriques, les citations et références aux sources sont
problématiques. Elles tombent le plus souvent à plat dans le discours de
l'étudiant, donnant l'impression qu'il cite par devoir. De plus, on constate
que les étudiants ne se servent que d'une infime partie des données qu'ils ont
pourtant recueillies en y consacrant un temps considérable…
Au vu de ces difficultés, il est
opportun de réfléchir à la mise en place d'un apprentissage du maniement et de
l'usage de la parole de l'autre dans le discours scientifique. La gestion de la
polyphonie énonciative, corrélée à la fonction et au sens des traces du sujet
dans l'écrit, semble être un angle d'attaque pertinent pour construire un
dispositif didactique adéquat.
Nous procéderons en plusieurs
temps: l'analyse des fiches de lecture des étudiants (pour tenter de comprendre
comment ils sélectionnent les informations), l'analyse de leurs travaux écrits
(pour examiner quelles informations ils privilégient, comment ils les mettent
en œuvre, comment ils les greffent à leur propre discours), un entretien avec
les étudiants concernés pour éclairer les comportements observés. Il s'agit non
seulement d'une analyse de besoins mais aussi d'une analyse de représentations
sur lesquelles pourra s'appuyer une intervention didactique.
Ce travail exige un
regard croisé: d'une part ,celui de l'historienne en tant que spécialiste
de la discipline et de ses usages; d'autre part, celui de la linguiste qui
mettra en oeuvre les théories de l'énonciation .
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Colloque
Plane, Sylvie
Institut National de Recherche
Pédagogique, Département Didactique des disciplines, France, sylvie.plane@wanadoo.fr
Problèmes
et choix de marquage du discours rapporté dans des écrits d'enfants de 7 à 11
ans
Cette communication se propose
de décrire la manière dont de jeunes scripteurs traitent les problèmes que leur
posent les changements énonciatifs, et plus particulièrement l'insertion d'un
discours rapporté dans le discours assumé par une instance narrative.
Trois considérations sont à
l'origine du questionnement que cette communication envisage de
développer :
- Ainsi que l'ont montré les
travaux d'E. Ferreiro, les enfants ont très tôt conscience qu'il existe une
distinction entre les discours écrits et les discours oraux, et que cette
distinction se marque par des propriétés linguistiques et des caractéristiques
thématiques qu'ils attribuent à l'une et l'autre forme discursive. L'insertion
de discours rapportés censés restituer l'oral au sein de l'écrit constitue donc
pour eux une tâche paradoxale obligeant à faire des choix entre des impératifs
contradictoires, puisqu'il leur faut signaler dans le même énoncé le caractère
scriptural du produit textuel, et sa capacité à restituer des propriétés de
l'oral.
- Les changements énonciatifs,
les décrochages qui brisent l'homogénéité apparente des discours – qu'il
s'agisse d'aspects relevant de la polyphonie énonciative ou encore des
alternances de formes discursives intervenant dans le cours d'un énoncé
complexe – constituent souvent des points nodaux de la compréhension des
textes, et sont des sources de difficultés pour les lecteurs ou scripteurs peu
experts.
- Plus particulièrement, le
discours rapporté dans le récit pose un certain nombre de problèmes aux jeunes
scripteurs parce qu'il oblige à mettre en scène à la fois une pluralité
d'instances énonciatrices et une pluralité de discours dont le caractère hétérogène
doit être en même temps exhibé – le lecteur doit comprendre que plusieurs voix
parlent - et caché – le lecteur doit comprendre que la voix du narrateur
constitue une instance supérieure prenant en charge l'ensemble dans lequel
s'insèrent les autres voix. En outre, dans le cas du récit de fiction,
l'écriture de discours rapportés repose elle-même sur la fiction qui consiste à
considérer que l'on délègue la parole à des personnages dont on citerait plus
ou moins fidèlement les propos, alors que personnages et propos n'ont pas
d'autre existence que celle que leur confère précisément cette délégation de
parole.
Le corpus sur lequel je
m'appuierai prioritairement pour examiner la manière dont des enfants de 7 à 11
ans traitent ces problèmes est constitué par des textes produits dans le cadre
d'épreuves de rappel de récits, après l'audition de lectures orales d'un texte.
Les récits lus aux enfants sont tirés d'apologues traditionnels à narrateur
hétérodiégétique, à partir desquels deux versions ont été rédigées pour les
besoins de l'expérimentation, ne différant entre elles que par les modes de
citation.
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Colloque
Ploog, Katja
UFR des Lettres - Université
Bordeaux 3, France, Katja.ploog@montaigne.u-bordeaux.fr
Le
discours rapporté des locuteurs abidjanais : stratégies et structures
Contrairement g la plupart des
ex-colonies françaises, la communauté abidjanaise s'est approprié le français
en le dotant de fonctions vernaculaires et véhiculaires pour en faire sa langue
privilégiée. Cette appropriation "est accompagnée d'un certain nombre de
restructurations à tous les niveaux d'analyse qui font apparaître cette variété
comme un non-standard, reconduisant certaines tendances du français parlé et
innovant en d'autres points. L'étude systématique d'un tel corpus (le mien
étant fondé sur 23h d'enregistrement de situations de parole spontanée) fournit
l'esquisse du discours rapporté dans cette jeune communauté - avec un certain
nombre de caractéristiques spécifiques mais aussi avec son fonctionnement
systemique, à travers la mise en parallèle des marques spécifiques avec les
fonctions qu'on parvient à leur attribuer. Avec un point de départ
syntactico-pragmatique, j'illustrerai les difficultés à définir précisément les
limites du domaine, voire même de dresser l'inventaire des structures susceptibles
de composer le discours rapporté. Celui-ci comprend, de façon très sommaire, un
événement verbal dont le crédit d'authenticité n'est pas assumé par le (seul)
énonciateur : le "rapporteur" appose des guillemets au discours et
dédouble les instances d'énonciation. Sur le versant syntaxique, l'indirect
semble entretenir, ne serait- ce que par tradition grammaticale, une relation
étroite avec l'enchâssement (ou la subordination) dont l'identification est
loin d'aller de soi ; la description de corpus oraux, à plus forte raison non
standard, se heurte à la difficulté d'établir au-delà du niveau
micro-syntaxique des règles d'enchâssement aussi formelles que celles avancées
pour des productions plus normatives. Sur le versant sémantico-référentiel
cependant, deux prédications - autour de l'événement rapporté et autour du
verbe recteur - instaurent un lien privilégié qui n'équivaut pas tout g fait à
la jonction de deux prédications entières.
Si les stratégies observées
semblent très largement généralisable à d'autres communautés et à d'autres
situations de parole, je m'interrogerai pour finir sur leur représentation
syntaxique adéquate, binaire ou graduelle, dans le système (grammatical) de
référence - où le rapporté (référentiel) se confond parfois avec l'indirect
(structural).
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Colloque
Rabatel, Alain
IUFM de Lyon, France, at.rabatel@wanadoo.fr
L'insertion
du point de vue narratif dans la problématique du discours rapporté
et ses incidences sur le mimétisme conventionnel des 'discour' 'rapportés'
I. Rappelons d'abord les faits
de langue que nous rangeons sous la dénomination de point de vue (PDV) :
(1)
E 1 Pierre se releva brutalement. E 2 Un serpent s'approchait de lui.
En (1), E2, qui ne comporte pas
de verbe de procès mental du type 'se dire', 'penser', ni de guillemets, mêle
inextricablement une perception et une pensée, référant à Pierre, considéré
comme un sujet de conscience, dans une 'phrase sans parole' (Banfield 1995). Du
fait du débrayage énonciatif construit par l'opposition fonctionnelle des
plans, E2 est non seulement descriptif, mais encore interprétatif, renvoyant à
la subjectivité de Pierre : ce dernier établit une relation entre son
geste en E 1, et la perception (associée à la crainte d'être mordu) qui a
motivé son geste. La présence d'une forme de visée sécante, et la valeur
subjective de l'imparfait font de cette perception une perception
représentée, analogue
aux pensées représentées
caractéristiques du DIL, avec lequel le PDV est en forte connexité.
Sur le plan syntaxique, le PDV
apparaissant dans les textes narratifs est une forme complexe : comme le
'discours' narrativisé, c'est une forme spécifique de 'discours' rapporté non
verbalisé. Comme le DIL, c'est un 'discours' paradoxal proche du DIL dans la
mesure où ces énoncés en il/alors/là-bas expriment une subjectivité
traditionnellement dévolue au je/ici/maintenant. Comme le DDL, le PDV se
'caractérise' par l'absence de verbe du discours attributif, des guillemets et
autres marques séparatrices.
Sur le plan sémantique, le
PDV s'apparente plutôt à une sorte de parole intérieure embryonnaire, bref, à
une sorte de pré-verbalisation, ou de post-verbalisation, ou de
sous-verbalisation. Par ses modes de fonctionnement syntaxique, et ses valeurs
sémantiques, le PDV appartient bel et bien à la problématique générale du
discours rapporté (DR). Mais on comprend que ses caractéristiques si
particulières expliquent que cette appartenance ne saute pas aux yeux (surtout
si l'on prend en compte les histoires croisées de la notion du PDV et du DR).
II. L'intégration du PDV au DR
renouvelle cette problématique, au moins sur deux plans :
II.1 : Le PDV, en tant
qu'expression d'une subjectivité dans des énoncés narratifs, objective avec
force le fait que beaucoup des formes intermédiaires du DR ne sont pas des discours,
au sens énonciatif du terme, et que, de surcroît, elles ne sont pas
'rapportées' clairement, dans la mesure où le locuteur ne peut pas rapporter
explicitement les propos d'un énonciateur qui ne dit rien, littéralement
parlant. Ainsi la problématique élargie des discours rapportés -dès lors
qu'elle ne se limite pas au couple DD/DI, et dès lors qu'elle intègre
l'expression de paroles, de pensées et de perceptions représentées-
rejoint-elle une problématique de la (re)formulation qui engage des calculs interprétatifs
multi-directionnels, concernant les locuteurs, les énonciateurs et le
co-énonciateur privilégié qu'est le lecteur.
II.2 : Par ailleurs le PDV
invite à revisiter la problématique du mimétisme du DR. Selon Marnette, le
'rapport narratif d'une action' (cf. 'Jeanne regarda par la fenêtre') indique
un 'contrôle en apparence total du narrateur ' ; ce RNA s'oppose au
DDL ('absence de contrôle apparent du narrateur'), avec, comme étapes
intermédiaires, le psycho-récit, le DI, le DIL et le DD (1998 : 118s), la
flèche indiquant un continuum vers le pôle mimétique :
(2)
RNA------------------PR--------------------DI-------------------DIL---------------------DD-------------------DDL
Contrôle
en apparence total du narrateur Absence de contrôle apparent du narrateur
Si l'on conserve le schéma de
Marnette, et qu'on décide d'y inclure le PDV, on peut le placer à proximité du
DIL, à sa gauche, à l'instar du RNA, lui-même à gauche du PR :
(3)
RNA-----------------PR-----------------DI----------------PDV---------------DIL----------------DD------------DDL
Pôle
extériorité/objectivité/diégésis Pôle intériorité/subjectivité/mimésis
Ces représentations relèvent du
mimétisme, opposant le pôle de la sphère du narrateur à celui du personnage, le
trajet allant de l'extériorité (les actions) aux paroles les plus immédiates,
censées exprimer le plus haut degré d'intériorité. Une telle
représentation, (en osmose avec la doxa des usagers et des spécialistes du
langage), ne va pas de soi, dans la mesure où les représentations cumulent des
strates théoriques très hétérogènes, depuis les lectures de l'opposition
aristotélicienne diégésis/mimésis, les analyses narratologiques des relations
narrateur/personnage, jusqu'aux travaux linguistiques sur la subjectivité du
langage : or, si la subjectivité renvoie à une origine énonciative, et,
de surcroît, à
l'expression linguistique de cette subjectivité, on peut considérer que le
narrateur n'est pas toujours cantonné au pôle extériorité/objectivité/diégésis,
pas plus que le personnage n'est prisonnier du pôle
intériorité/subjectivité/mimésis.
Si l'on considère que
l'intériorité la plus achevée s'exprime plus par des pensées que par des
paroles (cf. (4)), alors le pôle de l'intériorité est plutôt organisé autour
d'une constellation formée du DIL, du PDV, et des formes du DDL exprimant
davantage des pensées, que nous nommons DDL/P, (à l'exclusion de celles qui
indiquent plutôt des paroles, nommées DDL) :
(4)
RNA--------------PR----------------DI----------------DD--------------DDL----------------DIL+DDL/P+PDV
Pôle
extériorité/objectivité/diégésis Pôle intériorité/subjectivité/mimésis
(4) est la représentation
sémantique la plus complète des formes du DR, au sens élargi, pour autant qu'on
cherche à rendre compte de l'axe extériorité/intériorité selon une échelle
mimétique.
Mais on pourrait se limiter
exclusivement aux formes consacrées à l'expression des paroles, pensées et
perceptions représentées, depuis la parole la plus extériorisée jusqu'à la plus
pensée la plus intériorisée, en considérant que les formes centrales de (5)
sont relativement neutres à l'égard de cette problématique :
(5)
DD--------------DDL---------------DI--------------PR--------------DDL/P----------------DIL--------------PDV
Pôle
de la subjectivité extériorisée Pôle de la subjectivité intériorisée
Avec (5), le PDV se donne comme
la forme la plus extrême de la parole intérieure, en ce qu'elle n'est pas
toujours proférée, mais seulement pensée, comme une sorte de sous-parole (à
l'instar de la sous-conversation de Sarraute). En (5), le critère de
l'intériorité se scinde, rompant avec un mimétisme unidirectionnel, puisque la
subjectivité y connaît des formes d'expression diverses, aux deux pôles,
cependant que les formes médianes font davantage droit à la voix du locuteur-narrateur.
(6) clarifie ce qui était
implicite en (5) : en (6), en effet, la question du mimétisme ne
s'appréhende plus seulement à partir d'un pôle diégétique vers un pôle
mimétique, elle traverse l'ensemble des formes, selon un axe vertical,
puisqu'on peut étendre à chacune les degrés de mimétisme que Cohn, MacHale et
Genette ont analysé à propos du discours narrativisé et du discours indirect,
et que nous-même avons étudié à propos du PDV.
degré
maximal de mimétisme DDm+ DDLm+ DIm+ PRm+ DDL/Pm+ DILm+ PDVm+
(6)
degré moyen de mimétisme DD DDL DI PR DDL/P DIL PDV
degré
minimal de mimétisme DDm- DDLm- DIm- PRm- DDL/Pm- DILm- PDVm-
Pôle
de la subjectivité extériorisée Pôle de la subjectivité intériorisée
En sorte que l'échelle mimétique
joue aussi sur un axe vertical, qui se trouve complexifié par les
manifestations de consonance ou de dissonance -cf. Cohn- par lesquelles le
locuteur du discours citant rapporte le discours cité.
Ainsi l'analyse distingue-t-elle
des formes, pour être mieux à même de penser les continuums et variations
constitutifs des phénomènes multidirectionnels de fondus enchaînés énonciatifs,
si fréquents dans les récits, et, au-delà, dans d'autres genres de discours.
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Colloque
Cediscor-Syled Université Paris
3 - Sorbonne Nouvelle, France, toure@wanadoo.fr
Les
discours autour de la science : un éventail de marques linguistiques pour
le discours rapporté. Le cas des plantes transgéniques.
Certains phénomènes
scientifiques telle la transgénèse génèrent une vaste sphère discursive dans
laquelle circulent des discours d'horizons divers, explorant tous les pôles du discours
de transmission des connaissances : des discours sources tenus par les Centres de recherche
(CNRS, INRA), des discours de vulgarisation scientifique tenus dans des revues
comme La Recherche ou
Sciences et Vie, des
discours ordinaires
diffusés dans des médias (quotidiens – Le Figaro, Libération, Le Monde –, hebdomadaires – L'Express, Le
Nouvel Observateur, Le Point).
La reformulation joue un rôle primordial dans cet espace discursif : dans
les textes des discours sources, on cite moins qu'on emprunte le contenu d'un
discours autre ; dans le discours de vulgarisation, les propos des
spécialistes sont rapportés sous différentes formes. Dans les médias
ordinaires, il y a effervescence discursive autour des plantes transgéniques,
parce que le phénomène scientifique devient un phénomène politique qui touche
tout un ensemble de locuteurs susceptibles d'intervenir dans le débat. Le
journaliste distribue alors la parole aux lecteurs-consommateurs-citoyens (Cf. 5), aux hommes politiques
(européens, hexagonaux), aux experts (chercheur, scientifique, spécialiste,
chimiste, botaniste, sociologue, épidémiologiste, médecin, microbiologiste,
vétérinaire, virologiste, zoologiste... Cf. 3) en explorant de nombreuses
facettes du discours rapporté, pour une construction plurilogale (Cf. 4). De plus, il joue sur une mémoire
discursive des lecteurs
s'appuyant sur du déjà dit.
Nous souhaiterions donc
présenter les différentes marques linguistiques du discours rapporté selon leur
degré d'évidence dans le corpus choisi afin de nous interroger sur les
frontières formelles du discours autre. Le déjà dit étant difficile à repérer,
les notions, entre autres, d'interdiscours (Cf. 2) et d'hétérogénéité (Cf. 1) seront convoquées.
Authier-Revuz,
J. (1995): Ces mots qui ne vont pas de soi: boucles réflexives et
non-coïncidences du dire,
Larousse.
L'inquiétude
du discours (1990),
textes de M. Pêcheux choisis et présentés par D. Maldidier, Ed. Des Cendres.
Les
Carnets du CEDISCOR 6 – Rencontres discursives entre sciences et politique dans
les médias (2000)
Cusin-Berche, F. coord., Presses de la Sorbonne Nouvelle.
Moirand,
S. (2000): 'Les manifestations discursives dialogiques de la rencontre entre
sciences, médias et politique', Actes du symposium de Madrid, 1998, in L'analyse
du discours, Université
Complutense de Madrid, cédérom.
Reboul-Touré,
S. (2000): 'Le transgénique et le citoyen dans la presse écrite :
diffusion de termes spécialisés et discours plurilogal', Les Carnets du
CEDISCOR 6, 99-111.
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Colloque
Salvan, Geneviève
Université de Nice Sophia
Antipolis, Nice, France, gsalvan@unice.fr
Discours
rapporté et concession: entre reproduction et annexion du dire d'autrui
Dans mon travail, je propose
d'étudier un cas particulier de reproduction de l'énonciation d'autrui, à
l'oeuvre dans le mécanisme sémantico-logique de la concession. Il s'agit du cas
de marqueurs concessifs qui introduisent dans une énonciation première une
énonciation seconde sans pour autant la signaler explicitement, soit par des marques
typographiques (italiques, guillemets) soit par des marques discursives
("selon", "d'après"...): c'est ce qu'on trouve dans des
énoncés du type "je continue bien que (tu dises qu')'il y ait des
problèmes" ou dans des énoncés non hypotaxiques avec "certes",
"il est vrai", tous énoncés qui n'argumentent pas seulement sur un
fait mais sur une énonciation.
Mon corpus d'étude sera
constitué de textes littéraires romanesques, parce que cette étude m'amènera à
envisager les stratégies de maîtrise du discours d'autrui notamment celle
opérée par la voix narratoriale. La question est alors de savoir quelle est la
valeur de ce discours rapporté "en sourdine" qui fonctionne à un
niveau sous-jacent, par quoi est-il rendu perceptible dans la trame textuelle
et quelle est sa fonction dans la narration.
Ces phénomènes seront enfin
l'occasion de poser le problème de la frontière entre les discours: dans ce
genre de report d'énonciation est-on encore dans du discours rapporté (à
traiter comme du DD ou du DI ?) ou bien dans un mécanisme de
citation-reformulation, notamment dans les cas où l'énonciation citée ne peut
être assignée à aucun énonciateur particulier ? Il s'agit d'un cas limite d'un
discours second intégré, annexé par un discours rapportant qui manifeste une volonté
argumentative.
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Colloque
Schapira, Charlotte
Department of Humanities &
Arts, Technion – IIT (Israel Institute of Technology), Israel, gsrchar@tx.technion.ac.il
Discours
rapporté et parole prototypique
Le but de la présente
communication est de mettre en lumière un type particulier de discours
rapporté, qui représente non pas la citation exacte d'une occurrence de
discours individuelle et isolée, mais la somme d'un corpus de remarques
caractéristiques d'une personne ou un groupe de personnes se définissant en
fonction de paramètres sociaux, professionnels, religieux, tranche d'âge ou
autres ; le texte ainsi obtenu constitue le commun dénominateur d'un
nombre n de variantes
d'une même expression et peut, par conséquent, être perçu comme
prototypique ; il devient dès lors un moyen efficace – bien que souvent
simpliste, voire caricatural - pour la caractérisation de l'énonciateur. Deux
types de séquences rapportées, correspondant à des fonctions discursives
distinctes seront examinées :
1.- La parole prototypique dans
le texte narratif:
Cette technique, présente dans
tous les types de narration de la Bible à nos jours, et particulièrement
fréquente chez Proust, consiste à citer la remarque d'un personnage comme étant
proférée telle quelle chaque fois qu'une même situation d'énonciation se présente,
bien que, de toute évidence, le personnage en question ne se serve pas toujours
de la même formule :
On
connaissait tellement bien tout le monde, à Combray, bêtes et gens, que si ma
tante avait vu par hasard passer un chien 'qu'elle ne connaissait point', elle
ne cessait d'y penser et de consacrer à ce fait incompréhensible ses talents
d'induction et ses heures de liberté.
-
Ce sera le chien de Mme Sazerat, disait alors Françoise, sans grande conviction
et pour que ma tante 'ne se fende pas la tête'. (Proust, A la recherche du temps
perdu, vol I : 'Du
côté de chez Swann')
2.- La parole caractérisante
(par le style ou par le contenu) est reconnaissable à ce qu'elle
s'accompagne toujours de la mention : 'comme dit / disait / dirait X'
(comme dit mon père, comme disait ma grand-mère, comme dirait ma concierge) :
On ne peut plus se fier à personne,
comme dirait ma concierge.
Le locuteur se détache avec ostentation du discours qu'il prétend rapporter
et qui se colore ainsi d'une nuance dépréciative et / ou ironique et crée
parfois un effet comique.
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Colloque
Schrepfer-André, Géraldine
Université de Paris 3, France, andre.archi@wanadoo.fr
[Selon
X, p] versus [X dit / pense que p]: information référencée versus discours
rapporté.
Une partie des emplois de selon X, que nous appellerons
"énonciatifs", servent à indiquer qu'une ou des informations
communiquées par L ne sont pas de son cru mais sont empruntées à une autre
source. Ces emplois énonciatifs ont donc une double fonction:
une
fonction médiative: ils permettent à L de préciser l'origine de l'information
qu'il transmet.
la
fonction de "rapporter un discours autre": l'information retransmise
est généralement un dire de X, dont L ne prend pas la responsabilité.
D'où que leur étude concerne à
la fois le champ de la médiation et celui du "rapporter un discours
autre". Notre communication, en se focalisant sur les spécificités de ces
expressions par rapport aux V de paroles et pensées rapportées, visera à situer
les formes d'"information rapportée" au moyen de selon X par rapport aux formes classiques du
discours direct et indirect. En partant de deux questions simples:
1.
Dans [Selon X, p], p
constitue-t-elle du discours indirect?
2.
Dans [Selon X,
"p"], "p" constitue-t-elle du discours direct?
nous argumenterons en faveur des
analyses existantes répondant par la négative à ces questions.
Les V déclaratifs et
épistémiques sont, comme tous les V, porteurs d'un sens qui impose un rôle
sémantique précis à leurs arguments, et notamment à X, leur sujet. Ensuite, ils
réfèrent à un procès, qu'ils situent "de facto" dans le temps. Ils
constituent en outre le noyau du prédicat et jouissent à ce titre d'un statut
syntaxique et informationnel prééminent: dans [X dit que p], l'information [X dit que] prévaut
sur celle qu'exprime p. Enfin, et corollairement, les V participent au premier
chef au système structural de la phrase, ce qui, à l'écrit, sauf situations
(pragmatiques) particulières et, on peut le supposer, sauf conditions
(linguistiques, textuelles) spéciales, limite le discours rapporté à leurs
compléments.
La situation est tout autre avec
les syntagmes prépositionnels énonciatifs. Leur caractère instructionnel et
"a-référentiel", leur nature extra-prédicative et exophrastique
induisent des contraintes spécifiques sur les formes d'"information
rapportée", paraphrastique ou "citationnelle" qu'ils indexent.
Leur sens est d'abord procédural et ils présentent un contenu sémantique moins
spécifique que les V: ils restreignent moins drastiquement les possibilités
dénotatives de X, le désignateur régi. D'autre part, ils ne constituent pas un
prédicat: ils ne réfèrent pas à un procès de déclaration ou de pensée mais le
présupposent; exempts de morphèmes temporels, ils ne permettent pas par
eux-même de situer dans le temps l'acte d'énonciation originel présupposé.
Extérieurs au système structural de la phrase et apportant une information
ayant trait à l'énoncé, ils occupent, sur le plan informationnel, une place
annexe, "métadiscursive": dans [Selon X, p], c'est p qui devient l'information
principale. Dans certaines conditions, leur caractère périphérique leur permet
en outre, et c'est le point qui les oppose le plus nettement aux V
introducteurs de paroles et pensées rapportées, de porter naturellement sur
plusieurs propositions ou phrases.
Ces divergences d'ordre
morphologique, syntaxique et sémantique entre les V déclaratifs et épistémiques
d'une part, et les groupes énonciatifs d'autre part se manifestent dans de
nombreux phénomènes que nous nous proposons de répertorier. Leur mise en
évidence devrait contribuer à étayer une conception "large" du
discours rapporté, incluant les informations retransmises au moyen des
syntagmes énonciatifs, tout en faisant apparaître leur originalité formelle et
fonctionnelle, et la nécessité de leur attribuer une dénomination propre.
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Colloque
Sørensen Ravn Jørgensen, Kathrine, Ecole
des Hautes Etudes Commerciales de Copenhague, Danemark, krj.fra@cbs.dk
Vidar
Holm, Helge, Universitetet
i Bergen, Norvège, Helge.Holm@roman.uib.no
Mais
et le discours indirect libre
Beaucoup d'études sur le
discours indirect libre ont souligné l'absence d'indices morphologiques ou
syntaxiques qui le caractérisent comme tel, indépendamment du contexte
linguistique et extralinguistique. Cette absence de marque formelle explique la
tendance dans les études consacrées au discours indirect libre à insister
sur son ambiguïté et l'indécision de ses frontières.
Le propos de notre communication
est néanmoins de mettre en évidence comment le connecteur mais contribue à identifier et à délimiter un
fragment de discours indirect libre. Les exemples seront pour la plupart tirés
de Madame Bovary.
Notre étude du fonctionnement de
mais par rapport au
discours indirect libre se situe dans le cadre théorique de la polyphonie de
Ducrot et de Nølke. Ces théories permettent de renouveler l'interprétation des
connecteurs et du discours indirect libre, comme les études de Nølke et d'Olsen
sur donc et puisque et
le discours indirect libre l'ont démontré.
Selon Ducrot, mais confère une valeur argumentative et/ou
affective aux unités qu'il met en relation. La valeur argumentative de mais repose sur une opposition argumentative
implicite, qui ne concerne pas l'opposition des unités sémantiques p mais q elles-mêmes, mais leurs conclusions argumentatives
implicites qui sont anti-orientées. Mais peut aussi conférer une valeur affective/psychologique aux
unités mises en relation dans la mesure où la valeur argumentative peut être
fondée sur des orientations reposant aussi bien sur les perceptions
subjectives, les opinions, les espoirs, les désirs… C'est ce que nous voyons
dans l'exemple suivant emprunté à Flaubert :
Il
(Rodolphe) la revit
le soir, pendant le feu d'artifice
(p); mais elle était avec son mari,
madame Homais et le pharmacien,... (q)
(156).
Q s'oppose à la conclusion implicite qu'on
pourrait tirer de p. Mais enchaîne, en effet, non sur l'énoncé de
la rencontre, mais sur l'espoir que peut faire naître la rencontre avec Emma.
L'objection subjective sur la présence de Charles et des Homais est dès lors
attribuable à Rodolphe, et non pas seulement au narrateur. Nous pouvons dire
que q coréfère
implicitement à l'énonciateur-focalisateur, et non pas seulement au
narrateur-locuteur, ce qui est le cas de p. Les arguments/attitudes contenus dans p
mais q expriment
indirectement un changement de point de vue du narrateur-locuteur à
l'énonciateur-focalisateur et montrent que les arguments implicites se
rapportent à ce dernier. L'exemple montre que mais réalise la transition entre
l'extériorité d'un enchaînement narratif et l'intériorité du point de vue et
qu'il permet le prolongement de leur superposition.
Dans le prolongement des travaux
de Ducrot, Rabatel montre que l'opposition argumentative implicite exprimée par
mais ne se limite pas
à une trace de polyphonie, mais participe même à la construction d'un embryon
de point de vue.
Nous proposons de pousser
l'analyse plus loin, en ce sens que nous allons montrer que mais ne construit pas seulement un embryon de
point de vue, mais qu'il est un signal énonciatif qui, dans un récit, sert
d'embrayeur à la pensée et/ou à la parole du personnage, c'est-à-dire qu'il
peut fonctionner comme un indice de discours indirect libre, aussi bien un
indice d'ouverture, de clôture qu' interne.
1) Indice d'ouverture
Si mais est un marqueur d'énonciation qui
introduit une part de subjectivité dans le raisonnement (comme nous le voyons
dans l'exemple de Flaubert), il peut avoir la même fonction que les expressions
qui dénotent une activité psychologique ou verbale comme "penser, dire,
interroger", signalées par Bally comme annonçant un fragment au discours
indirect libre. C'est ce que nous voyons dans l'exemple suivant :
Le
Suisse, à l'écart, s'indignait intérieurement contre cet individu, qui se
permettait d'admirer seul la cathédrale. Il lui semblait se conduire d'une
façon monstrueuse, le voler en quelque sorte, et presque commettre un
sacrilège.
Mais un froufrou de soie sur les dalles,
la bordure d'un chapeau, un camail noir… C'était elle! Léon se leva et courut à
sa rencontre (246).
Mais fonctionne ici comme un embryon de point
de vue tout en annonçant
le discours indirect libre (C'était elle!), traduisant ainsi le mouvement intérieur de la prise de
conscience de Léon. Dans l'exemple qui suit, le mais qui ouvre sur le discours indirect libre (q) signale également un changement de
point de vue, en même temps qu'il traduit une opposition argumentative
implicite par rapport à la réplique (p) d'Emma qui le précède :
Eh
! non, car vous n'êtes pas une femme, vous (p).
Mais
les hommes avaient aussi leurs chagrins (q), et la conversation s'engagea par quelques réflexions
philosophiques (237).
(2) Indice interne
Lorsque mais est inséré dans un fragment au discours
indirect libre, il est souvent en interaction avec d'autres marqueurs
d'énonciation (par exemple un déictique comme celui-là):
Un
homme, au contraire, ne devait-il pas tout connaître, exceller en des activités
multiples, vous initier aux énergies de la passion, aux raffinements de la vie,
à tous les mystères? Mais il n'enseignait rien, celui-là, ne savait rien, ne
souhaitait rien. Il la croyait heureuse; (42).
3) Indice de clôture
Comme mais peut indiquer changement de scène ou de
description, il peut marquer la clôture d'un fragment au discours indirect
libre, prenant ainsi la fonction de relance du discours narratif :
Emma,
le soir, écrivit au clerc une interminable lettre où elle se dégageait du
rendez-vous: tout était fini, et ils ne devaient plus, pour leur bonheur, se
rencontrer.
Mais
quand la lettre fut close, comme elle ne savait pas l'adresse de Léon, elle se trouva
fort embarrassée
(243-244).
Références:
Bally,
Ch. (1914): "Figures de Pensée et Formes Linguistiques", Germanisch-romanische
Monatsschrift 6,
405-422.
Ducrot,
O. (1980): "Analyses pragmatiques", Communications 32, 11-60.
Ducrot,
O. (1984): Le dire et le dit.
Les Editions de Minuit, Paris.
Flaubert,
G. (1857): Madame Bovary.
Ed. Garnier Frères, Paris, 1971.
Holm,
H. V. (2000): "Monologue intérieur ou style direct libre? Approche
axiologique d'un exemple de Madame Bovary", Nystedt, J. (réd.): Actes du XIVe
Congrès des Romanistes scandinaves, 10-15 août 1999. Université de Stockholm (CD-ROM).
Jørgensen,
K. S. R.(2000): "Analyse stylistique et polyphonique du connecteur mais dans la narration flaubertienne",
Nystedt, J. (réd.) : Actes du XIVe Congrès des Romanistes scandinaves, 10-15
août 1999. Université de
Stockholm (CD-ROM).
Nølke,
H. (1994); Linguistique modulaire: de la forme au sens, Peeters, Louvain/Paris.
Nølke
H. & Olsen, M. (2000): "Donc pour conclure. Polyphonie et style indirect libre :
Analyses littéraire et linguistique", Nystedt, J. (réd.) : Actes du
XIVe Congrès des Romanistes Scandinaves, 10-15 août 1999. Université de Stockholm (CD-ROM).
Nølke
H. & Olsen, M. (2001): "Puisque : marqueur de polyphonie?" (A paraître.) Faits de
langue.
Rabatel,
A. (1999): "Mais dans
les énoncés narratifs, un embrayeur du point de vue et un organisateur
textuel", Le français moderne,
LXVII, nr. 1, 49-60.
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Colloque
Sullet-Nylander, Françoise
Stockholm, Suède, francoise.sullet-nylander@alfa.telenordia.se
Le
discours narrativisé: quels critères formels ?
Lorsque l'on narrativise les paroles d'autrui dans son propre
énoncé, il y a intégration totale ou quasi totale des paroles prononcées ou du
texte écrit à l'origine, dans le discours de l'énonciateur. Dans notre étude du
discours rapporté dans les titres de presse de trois journaux quotidiens
français (Sullet-Nylander 1998), nous avons cherché à cerner les frontières du
discours dit narrativisé en relation avec les discours direct, indirect et
'évoqué'. La notion de discours narrativisé est relativement nouvelle dans le champ
du discours rapporté, du moins par rapport à celle du discours direct, du discours indirect et même celle du discours indirect
libre.
Nous avions retenu les mêmes critères
formels que d'autres chercheurs (de Arruda et Gaulmyn en particulier), à savoir que le discours de l'autre est
rapporté sous forme d'un infinitif ou d'un syntagme nominal objet d'un verbe
locutoire ou d'un substantif locutoire abstrait. Notons cependant que le
locuteur d'origine peut aussi avoir utilisé l'infinitif ou le syntagme nominal.
En ce qui concerne le verbe, il est 'locutoire' comme dans l'exemple
suivant de Libération :
Le premier ministre annonce deux mesures pour stimuler l'emploi. Cependant, dans certains titres, les
verbes ne sont pas locutoires bien que l'énoncé consiste, en partie, en un
rapport de paroles : ce sont les cas où le journal reprend le verbe utilisé par
le locuteur d'origine, ou même qualifie l'acte de parole du locuteur d'origine.
Nous avons postulé alors une sorte d'effacement du verbe locutoire, comme dans
l'exemple suivant du Monde :
M. Tapie hésite à s'engager pour l'élection présidentielle.
D'un
point de vue formel, il devient délicat dans de tels cas de dresser la frontière
entre ce qui appartient encore au discours rapporté et ce qui n'est qu'un
commentaire ; surtout si l'on veut s'en tenir au titre et à sa manière de
communiquer la nouvelle. Pour rendre l'analyse et la classification aussi
systématiques que possible, les cas où il n'était pas possible d'établir
formellent le statut de paroles rapportées sans avoir recours à l'article,
n'ont pas été retenu comme discours rapporté narrativisé.
Même
si d'un point de vue discursif, le discours narrativisé est souvent jugé comme
le rapport de paroles le plus distant et le plus réducteur (Genette 1972) par
rapport au discours d'origine, on constate un flou en ce qui concerne sa
définition et ses limites formelles. Nos recherches ont pourtant montré que,
dans la presse écrite quotidienne, le discours narrativisé, tel qu'il a été
provisoirement défini ci-dessus, représente la forme de discours rapporté la
plus fréquente dans les titres. Il est donc essentiel d'approfondir la
recherche dans ce domaine, afin d'en affiner les critères formels, mais aussi
afin d'élargir l'échelle graduelle des formes du discours rapporté. Ces
considérations sur les formes n'exclut pas quelques remarques, au plan
discursif, concernant les manifestations du discours narrativisé dans le
discours journalistique.
C'est
ce que nous chercherons à discuter dans notre communication qui reprendra
également la question de la place des différentes formes de discours rapporté
sur un éventuel continuum allant du discours citant au discours cité.
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Colloque
Torck, Danièle
Vrije Universiteit, Amsterdam,
Pays-Bas, dmf.torck@let.vu.nl
Ancrage
énonciatif et interactionnel, représentations de l'ethos et stratification des
discours rapportés dans une conversation
Deux propositions faites par
Tannen (1989) ont renouvelé de manière fondamentale l'approche du discours
rapporté dans les interactions du quotidien. La première concerne la dimension
inventée de ce discours, rejetant ainsi la thèse de la qualité verbatim du
discours direct, chère à la grarmnaire traditionnelle (Cf. Vincent & Dubois
1997). La seconde proposition désigne l'ancrage énonciatif du discours
rapporté, le fait que celui-ci est en premier lieu dirigé vers l'allocutaire du
discours rapporté dans la situation d'interaction (il exprime la relation
"not between the quoted party and the topic of talk but rather the quoting
party and the audience to whom the quotation is delivered' Tannen, 1989: 109).
Il en résulte que tout objectif de fiabilité et de vérité peut être second par
rapport aux objectifs et enjeux de la présente interaction, et que la responsabilité
du locuteur rapportant/citant porte sur la relation avec son allocutaire,
plutôt que sur celle avec le locuteur cité ou le discours de celui-ci.
En conséquence, la mise en scène
du discours rapporté (son cadrage/'framing'), sous une forme canonique,
discours direct ou indirect, ou mixte, sera dépendante du contexte, à savoir de
la relation entre le locuteur rapportant et son allocutaire, et de l'objectif
ou l'enjeu de son rapport. Elle implique également une double construction de
l'ethos: la premire concerne le locuteur même, la seconde, le locuteur dont les
paroles sont représentées.
Ceci sera illustré par l'analyse
d'une conversation téléphonique, constituée à plus de 50% de discours
rapportés. Me basant sur la connaissance du contexte, je montrerai comment le
choix de la forme est étroitement lié aux objectifs et enjeux. L'analyse
soulignera également la complexité du discours rapporté à l'oral, la dimension
floue de ses frontitères syntaxiques (compensée par des indices prosodiques),
les enchâssements multiples impliquant à chaque niveau un autre cadre de
participation (Goffman 1982), et d'autres représentations de l'ethos. Elle
montrera également que si les deux locuteurs restent en grande partie fidèles à
une stratégie de rapport (privilégiant une forme de discours rapporté), les
écarts, à savoir les recours à une autre forme, témoignent d'une logique
interne, qui est d'ordre interactionnelle.
Le problème théorique qui sera
soulevé en rapport avec la description des formes et usages du discours
rapporté est similaire à celui posé à propos du cadre de participation: une
théorie devrait-elle fournir une catégorisation de tous les rôles potentiels
que peuvent jouer locuteurs et interlocuteurs (Levinson 1988) ou au contraire,
approcher les laminations complexes de ces rôles de participation comme le
résultat de multiples processus de cadrage 'framing processes', Irvine 1992)?
Dans les approches empiriques du discours rapporté, une prise en compte du
contexte semble être un préalable à toute analyse des formes et de leur
interprétation.
Références:
Goffman,
E. (1981). Forms of talk.
Oxford:Basil Blackwell.
Irvine,
J. (1996). 'Shadow Conversations: The Indeterminacy of Participant Roles'. In
M. Silverstein & G. Urban (Eds.). Natural Histories of Discourse. Chicago: The University of Chicago
Press. 13 1- 159.
Levinson,
S. (1988).'Putting Linguistics on a proper footing: Explorations in Goffman's
concept of participation'. In P. Drew & A. Wootton (Eds.). Ervin
Goffman: Studies in the interactional order. Cambridge: Policy. 161-227.
Tannen,
D. (1989). Talking voices: Repetition, Dialogue, and Imagery in
Conversational Discourse.
Cambridge: Cambridge University Press.
Vincent,
D. & Dubois, S. (1997). Le discours rapporté au quotidien. Québec: Nuit blanche éditeurs.
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Colloque
Tuomarla, Ulla
Département des langues romanes,
Université de Helsinki, Finlande, Ulla.Tuomarla@helsinki.fi
La
parole telle qu'elle s'écrit
Le propos de cette communication
est d'analyser le processus de mise à l'écrit desparoles en situation de
rapporter un discours oral. La question que nous nous posons est de savoir
comment la représentation écrite reflète la soi-disante "parole
authentique" à l'origine de la citation. Comme nous l'avons montré
ailleurs concernant la presse écrite (Tuomarla 1999), l'oralité ainsi
transcrite des paroles orales consiste souvent à garder des traits syntaxiques,
lexicaux et stylistiques de l'oral familier. En partant des travaux de
Faircough (1994 notamment), nous considérons cette tendance à exhiber une certaine
oralité dans l'écrit comme participant au phénomène général de
conversationnalisation des médias. J'entends maintenant élargir les matériaux
analysés afin d'y inclureplusieurs genres de l'écrit.
Mais il n'est pas toujours
facile de distinguer entre une citation de l'oral d'une citation de l'écrit. De
plus, une autre dichotomie qui se relève pertinente pour mon propos est la
distinction entre les phénomènes strictement verbaux (rapporter un dire) et
ceux de la pensée. Il s'avère en effet que souvent la façon de présenter une
citation est ambivalente de ce point de vue.
Si, enfin, la tendance à
l'hybridation qui affecte les catégories formelles du discours rapporté de nos
jours est constitutive, est-il possible de l'envisager comme un des effets de
retour de l'oral dans la production des formes de discours rapporté ? Les
dichotomies mentionnées nous servent dans l'explication du phénomène
d'hybridation. Autrement dit, je vais m'attacher à montrer les liens qui se
nouent entre les frontières formelles et typologiques du discours rapporté.
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Colloque
Van Raemdonck, Dan
Faculté de Philosophie et Lettres,
Université Libre de Bruxelles, Belgique, dvanraem@ulb.ac.be
Discours
rapporté et intégration syntaxique : Un exemple d'analyse
L'analyse syntaxique et
fonctionnelle des séquences de discours rapporté n'a pas vraiment retenu
l'attention des grammaires traditionnelles. Tout au plus s'y intéresse-t-on à
la reconnaissance de ces séquences. Cependant, une analyse digne de ce nom doit
pouvoir rendre compte de leur caractère à la fois commun et particulier, par
rapport aux autres séquences, au regard de leur intégration dans la phrase.
A-t-on affaire à une seule ou à deux phrases (voire à une phrase multiple), par
exemple, dans Elle me dit : "J'arrive" ? C'est pourquoi, il nous
semble indispensable de distinguer plusieurs degrés d'intégration phrastique et
de proposer pour chacun d'eux un type d'analyse correspondant.
Nous essayerons donc de proposer
des analyses syntaxiques et fonctionnelles spécifiques pour des exemples de
types suivants :
À titre d'illustration, nous
nous emploierons, après Wilmet (1999), à analyser la séquence suivante :
Quand
sa femme lui disait : "Mon avis est que tu as fait assez de sacrifices,
mon ami. — Jamais ! s'écriait-il. Qui trouvera ce secret défiera tous les
milliardaires, et c'est moi qui le trouverai."
(Extrait
de Brunot & Bony, Méthode de langue française)
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Colloque
von Münchow, Patricia
Université Paris III, CEDISCOR –
U.P.R.E.S. Syled, France, Pascal.Beucler@consultants.publicis.fr
La
structuration du champ de la représentation du discours autre à la lumière
d'une linguistique de discours comparative
Dans le cadre d'un travail en
linguistique de discours comparative, on a étudié la représentation du
discours autre (RDA)
dans 30 journaux télévisés français et allemands. (Avec J. Authier-Revuz
(2001 : 1), on entend par représentation du discours autre l'opération métadiscursive de
représentation d'un acte d'énonciation par un autre acte d'énonciation.) Le
travail de comparaison des formes de la RDA en français et en allemand a mené à
une mise au point concernant la nature des types qui composent le champ en
question, mise au point qu'on propose de retracer dans la communication et que
l'on peut résumer ainsi :
L'opération métadiscursive
qu'est la RDA peut être effectuée par l'intermédiaire de différents prototypes
mais qui ne se situent pas sur un continuum entre deux pôles. Certaines formes linguistiques –
différentes d'une langue à l'autre – peuvent être rattachées à ces prototypes
des façon bi-univoque ; d'autres formes nécessitent une interprétation prenant
en compte le cotexte linguistique au-delà des frontières de l'énoncé ainsi que
le contexte extralinguistique pour pouvoir être liées à tel ou tel prototype.
L'identification ´ linguistique ª est toujours prioritaire sur
l'interprétation en fonction du cotexte ou du contexte car, dans certains cas,
l'emploi dans le contexte
ou, si l'on veut, le contre-emploi,
de tel type de RDA, identifié comme tel grâce à des marques linguistiques, est censé provoqué un effet
particulier.
Le discours direct, quant à lui,
doit être distingué des autres types de RDA : le décalage de référence
de tous les éléments déictiques et expressifs (von Roncador 1988 : 108), qui suffirait comme seule
définition du discours direct dans toutes les langues, constitue une condition
non seulement suffisante mais nécessaire pour l'identification des énoncés
relevant du discours direct, même si, dans certains cas, cette identification
n'est pas possible dans la phrase en raison d'une neutralisation des marques du
discours direct et du discours indirect.
Références:
Authier-Revuz,
J. (2001): 'Le discours rapporté' in Encyclopédie Grands Repères du XXIe
siècle, vol. Le
Langage, 4e
partie, chap. 3, à paraître
von
Roncador, M. (1988): Zwischen direkter und indirekter Rede. Nichtwörtliche
direkte Rede, erlebte Rede, logophorische Konstruktionen und Verwandtes, Tübingen, Niemeyer
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Colloque
Yanoshevsky, Galia
Université de Tel-Aviv, Israël, eyalga@post.tau.ac.il
Rapporter
son propre discours ou la reformulation: le cas d'Alain Robbe-Grillet et le
manifeste du Nouveau Roman
Rapporter la parole d'autrui,
c'est aussi la reformuler pour se l'approprier. Or, il existe des cas où l'on
rapporte non seulement la parole de l'autre, mais aussi sa propre parole. La reprise
de son propre discours exige-t-elle également une reformulation ?
La reformulation de son propre
discours est requise lorsqu'on passe d'un dispositif énonciatif à un autre. Par
exemple, une idée exprimée dans le cadre d'un essai et reprise dans le cadre
d'un entretien oblige le locuteur à la reformuler en fonction du passage de
l'écrit à l'oral, car l'oral obéit à d'autres contraintes que l'écrit: tout
d'abord, il existe des différences stylistiques (langage soutenu à l'écrit vs.
langage parlé à l'oral). Une autre raison de la reformulation provient des
contraintes génériques, du fait qu'il y a passage d'un discours monologal
(l'écrit) à un discours dialogal (l'entretien) où les idées de l'interviewé
sont exprimées en fonction des questions qui lui sont posées par l'intervieweur
dans une dynamique propre à la conversation.
Mais il existe aussi d'autres
cas de reformulation à l'intérieur même du discours monologal qui ne sont pas
uniquement d'ordre stylistique mais qui sont programmés en vue de la visée
argumentative du nouveau dispositif énonciatif. C'est le cas par exemple d'un
article de presse repris dans le cadre d'un recueil d'essais manifestaires. La
vision d'ensemble du manifeste exige un changement dans la formulation du texte
d'origine de par la visée argumentative de cet ensemble.
Dans le cadre de cette
communication, nous aborderons les différents cas de reformulation du discours
de soi à travers les différentes versions de Pour un nouveau roman, le manifeste éponyme publié par Alain
Robbe-Grillet. Dans un deuxième temps, nous montrerons la circulation de ces
mêmes idées, de l'essai à l'entretien.
Mise à jour: juillet 2005
courriel : sophie.marnette@modern-languages.oxford.ac.uk