Liste des Résumés Page 2
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Fernanda Miranda Menéndez
FCSH- CLULNL
Universidade Nova de Lisboa
Les "sources cachées" du DR dans l'enquête
Les derniers mois, le journalisme portugais s'occupe d'un sujet qui est connu sous le nom d'"Affaire Casa Pia". Beaucoup de choses ont été découvertes par des journalistes qui, paraît-il, ont accès à tout les détails du procès, y compris ceux du "secret de la justice". Les pièces journalistiques qu'ils produisent sont pleines d'énoncés qui peuvent être classifiés comme "discours rapporté", même ceux qui ne suivent pas les formes "canoniques" du DR. La plupart des fois, les sources énonciatives sont cachées et on trouve même des énoncés qui semblent être produits par personne, fruits des "on dit" et de la rumeur. Mon intention est découvrir de quelle façon un genre journalistique comme l'enquête est liée à une forme spécifique de construire le discours en utilisant ce qu'on appelle habituellement "Discours Rapporté. En même temps, cette communication s'insère dans un projet plus vaste qui prétend étudier les formes de DR en portugais, étant donné la quasi-inexistence d'études sur ce sujet au Portugal.
Méthodologie
Le corpus qui est à la base de ce travail est constitué par deux sub-corpora, choisis en deux moments différents da fin du printemps 2003 et la rentrée 2003 (il s'agit de deux moments importants pour le calendrier politique au Portugal) Les sub-corpora sont constitués par des articles journalistiques sur l'"Affaire Casa Pia", parus dans deux journaux connus par leur différente orientation : le "Público", dimensionné vers les classes sociales A et AB ; le "24 Horas", dont le public cible est "le citoyen commun". Ils ont, donc, des choix vraiment différents pour construire leurs textes. Ces différences sont censées faire preuve des recours possibles pour la construction du discours rapporté en portugais européen, en contribuant pour établir ses caractéristiques linguistico-discursives.
Références bibliographiques:
Ducrot, O. 1984. Le Dire et le Dit : Paris, Minuit (cp. VIII)
Langue Française 73, "La reformulation du sens dans le discours". Paris, Larousse
Maingueneau, D. 2003. Linguistique pour le texte littéraire. 4ed. Paris, Nathan (cp. 5)
Menèndez, F. 2002. "Sobre operadores de reformulação", Actas do XXII Encontro Nacional da Associação Portuguesa de Linguística. Lisboa, Colibri / APL, pp. 277-286
Menèndez, F. 1999. "Napoleão de la Mancha ou das voltas da reformulação", Comunicação apresentada ao XIX Encontro Nacional da Associação Portuguesa de Linguística, Faro, 29/9/1999
Peytard, J. 1995. "de l'altération et de l'évaluation des discours" in MOIRAND, S. et al. 1995. Parcours Linguistiques de Discours Spécialisés. Berne, P. Lang, pp. 69-80
Rabatel, A. 1998. La construction textuelle du point de vue. Lausanne, Delachaux et Niestlé
Rosier, L. 1999. Le discours rapporté. Histoire, théories, pratiques. Paris-Bruxelles, Duculot
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Florencia Miranda
Universidad Nacional de Rosario (Argentina) y Centro de Linguística da Universidade Nova de Lisboa (Portugal)
Discurso relatado en géneros publicitarios: marcadores, estrategias y representaciones.
Este trabajo se propone reflexionar sobre la relación entre diferentes géneros textuales pertenecientes a un mismo campo discursivo (la publicidad) y las formas del discurso relatado (DR), a las que identificaremos como manifestaciones de la intertextualidad.
De los varios problemas que atraviesan esta indagación, enfocaremos algunos que podemos considerar medulares: la caracterización de diferentes géneros que relevan de un mismo tipo de discurso (cf. Rastier 1989, 2001), la presencia (o ausencia) de marcadores del discurso relatado, las estrategias discursivas y representaciones que se ponen en juego en la construcción textual.
En el cruzamiento de estas problemáticas, la tarea propuesta consiste, en un primer momento, en identificar géneros textuales diversos del discurso publicitario, para luego analizar el modo como cada uno de estos géneros introduce o reformula textos (o fragmentos de textos) empíricos en una dada lengua natural.
Asumiendo, además, que el recurso a las formas del DR es una estrategia que sometida a diversos condicionamientos busca producir diferentes efectos de sentido, veremos cuál es el papel específico que este mecanismo puede desempeñar en los géneros seleccionados (anuncios y folletos, por ejemplo). Finalmente, destacaremos el papel de relevancia que juegan las representaciones (Grize, 1990) del productor del texto acerca del coenunciador y de los conocimientos del coenunciador, entre otros aspectos, en los diferentes casos en análisis.
El resultado de esta reflexión deberá ser un primer paso para la caracterización de las relaciones posibles entre los marcadores del DR, las estrategias y las representaciones en géneros del discurso publicitario.
Adam, Jean-Michel (1997): "Genres, textes, discours: pour une reconception linguistique du concept de genre" in Revue belge de philologie et d'histoire 75, 665-681.
Adam, Jean-Michel; Bonhomme, Marc (1997): L'argumentation publicitaire. Rhétorique de l'éloge et de la persuasion. Paris, Nathan.
Bakhtin, Mikhail (1992): Estética da criação verbal. São Paulo, Martim Fontes.
Charaudeau, Patrick; Maingueneau, Dominique (2002): Dictionnaire d'Analyse du Discours. Paris, Seuil.
Genette, Gérard (1982): Palimpsestes. Paris, Seuil.
Grésillon, Almuth; Maingueneau, Dominique (1984): "Polyphonie, proverbe et détournement ou Un proverbe en cacher un outre" in Langages 73, 112-125.
Grize, Jean-Blaise (1990): Logique et langage. Paris, Ophrys.
Maingueneau, Dominique (1998): Analyser les textes de communication. Paris, Dunod.
Rastier, François (1989): Sens et textualité. Paris, Hachette.
Rastier, François (2001): Arts et sciences du texte. Paris, PUF.
Rosier, Laurence (1999): Le discours rapporté. Histoire, théories, pratiques. Paris, Duculot.
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Sophie Moirand
Syled-Cediscor, Université Paris 3-Sorbonne nouvelle
Les différentes formes d'inscription du dialogisme : des catégories descriptives à l'épreuve de la mise au jour des "répertoires" génériques
La communication proposée est issue de deux réflexions qui se sont croisées lors de travaux récents d'analyse du discours : un travail sur le concept opératoire de dialogisme, tel que l'a proposé Bakhtine et tel qu'il a été retravaillé par d'autres (Dictionnaire d'analyse du discours, Paris, Seuil : 175-178), dans ses relations avec certaines formes de discours rapporté, considérées ici comme des catégories descriptives permettant de "penser" son actualisation dans la matérialité verbale des données empiriques analysées ; un travail sur les catégories descriptives qui permettent de mettre au jour la diversité des répertoires de genres rencontrés dans différentes "sphères de l'activité humaine" (Bakhtine 1984 : 262-308) ainsi que les phénomènes locaux ou globaux qui déterminent leur singularité et les conditions de leur émergence, et qui s'est appuyé à l'origine sur les différents modèles ou typologies proposés récemment (telles qu'on les trouve par exemple dans Hymes 1967-1972, Swales 1990, Maingueneau 1996, 2002 et 2003, Adam 1997 et 2001, Biber 1998, Dolinine 1999, Vion 1999, Rastier et Pincemin 2000 et dans Langages et Société 87, Semen 13, Langages 150 ).
En posant comme définition provisoire que le genre est une représentation socio-cognitive "intériorisée" que l'on a de la composition et du déroulement ce que j'appelle pour l'instant, faute de mieux, des classes d'unités discursives empiriques (monologales ou dialogales), on se propose de montrer à partir des représentations construites "informées" par l'observation de données empiriques :
comment un même médium, la presse écrite, permet à propos d'un même thème ou à un même auteur et sur une même page de produire des textes dans lesquels le dialogisme s'exhibe à travers différentes formes de discours rapporté (avec différents degrés d'hétérogénéité montrée, au sens de Authier-Revuz 1982, par exemple) et des textes dans lesquels le dialogisme se cache derrière différentes formes d'allusion, qu'on ne peut toujours assimiler aux formes répertoriées de discours rapporté, mais qui participent à l'orientation pragmatique, voire à l'argumentation, de genres médiatiques particuliers (éditoriaux, chroniques, commentaires, dessins de presse , où l'hétérogénéité est davantage suggérée que montrée)
comment, dans un domaine professionel particulier, il est possible de différencier les genres discursifs qui sont ici liés aux normes et aux rituels des différentes communautés langagières qui s'y côtoient, selon l'usage qui est fait des discours des autres et des formes qui les montrent ou qui les cachent (discours autres du domaine, discours d'autres communautés, discours d'autres domaines et d'autres communautés, discours antérieurs ou venus d'ailleurs ), ainsi que des fonctions qu'on leur assigne dans l'orientation pragmatique du texte ou du tour conversationnel.
Ce retour sur la notion de genre, qui s'origine autant dans la demande sociale en besoins de formation langagière que dans la demande de constitution de banques de banques de données textuelles, y compris médiatiques, ainsi que dans celle des chercheurs qui s'interrogent sur les critères de recueils de corpus de textes ou d'interactions comparables et contrastables, amène à re-travailler les catégories du discours rapporté, non seulement dans leur relation au concept de dialogisme, mais dans leur articulation aux autres catégories mises en place pour l'étude de genres, et que l'on a "repensées" aux niveaux "micro", "meso" et "macro" des unités discursives et dans leurs liens aux "extérieurs" socio-historiques du discours.
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Vanessa Moulay
Université de Franche-Comté, France
Les chroniques : entre journalisme et littérature. Apports des formes de discours rapporté à la définition du genre.
Dans le cadre de nos recherches sur la place de l'intertextualité dans la compréhension des textes en français langue non maternelle, nous avons choisi d'étudier les textes de Pierre Georges, chroniqueur quasi-quotidien du journal Le Monde. Ces textes extrêmement hétérogènes à la marge du journalisme, du discours et de la littérature, à la fois par leur forme et leur contenu sont définis par l'auteur comme "chroniques" et par d'autres, comme "billets d'humeur". Au delà du choix terminologique auquel nous consacrerons une partie dans notre thèse , se pose le problème du genre. En effet, si une grande partie de nos textes présentent des similitudes du point de vue formel, il est très rare, dans notre corpus , de trouver deux textes contenant les mêmes références.
Ces textes sont un exemple flagrant de l'utopie de genres fixes, car si l'on s'attend, dans un journal, à trouver, par exemple, des articles objectifs et à caractère informatif, il n'en est rien des chroniques ; l'auteur y "tricote" tous les types d'écrits créant ainsi, dans un style qui lui est propre un feuilletage d'époques, de genres, de voix ou encore de personnages.
Afin de pouvoir faire se côtoyer les Lumières et les Verts, les Fables de La Fontaine et les décrets du XXIe siècle, il utilise les procédés linguistiques et stylistiques se rapportant au Discours Rapporté : citation, styles direct, indirect, indirect libre, allusion, référence, reformulation ainsi que formulation de ce qui aurait dû/pu être dit. Pourtant, chaque chronique étant singulière, il n'utilise pas les mêmes procédés selon le tour qu'il veut donner à sa chronique ou selon le thème qu'il a choisi.
L'une de nos hypothèse est que nos textes appartiennent à un GENRE spécifique, qu'il nous faut encore bien définir, la CHRONIQUE. Nous réfléchirons donc à l'apport des manifestations du Discours Rapporté à la définition du GENRE . Nous partirons de la description du mode énonciatif choisi par l'auteur, ainsi que de la forte part narrative accordée par l'auteur dans la transmission de l'information avant de nous pencher sur l'analyse d'extraits de chroniques, pour montrer en quoi les formes et fonctions du Discours Rapporté nous éclairent sur l'appartenance des textes à différents types.
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Ghassan Mourad
ISHA, Paris - Sorbonne
Le discours rapporté dans les textes journalistiques arabes
Dans cet article nous aborderons, en premier lieu, le verbe d'introduction, par excellence, de discours rapportés (le verbe dire = qãla) et de sa liaison avec les textes "classiques" ; en deuxième lieu, nous traitons les verbes d'introduction de discours rapportés dans les textes journalistiques arabes. Enfin, nous présentons un inventaires de introducteurs de discours rapportés en vue d'un traitement automatique, en particulier l'extraction d'informations.
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Marie-Anne Paveau
Université de Picardie EA 3119 Céditec-Paris XII
La citation militaire : système sémiotique, pratique épique
Objet
La citation militaire est un texte officiel (décision, ordre général, arrêté, décret ) qui justifie l'attribution d'une décoration militaire pour fait de guerre, en s'appuyant sur l'organisation institutionnelle des armées (brigade, division, armée, corps d'armée) et la valeur qualitative de l'acte accompli.
Corpus
Nous avons réuni un corpus d'environ 200 citations militaires couvrant les guerres et opérations menées par les armées françaises au XXe siècle : les deux guerres mondiales, les guerres coloniales (Indochine et Algérie), des opérations extérieures (Centrafrique, Tchad), la guerre du Golfe et des opérations de maintien de la paix (Rwanda et au Kossovo). Leur organisation textuelle est d'une grande stabilité. Un exemple :
DÉCISION N° 28
(J.O. du 1er aout 1953)
Sur la proposition du Secrétaire d'État aux Forces Armées " Guerre ",
Le Ministre de la Défense nationale et des Forces Armées,
CITE
A L'ORDRE DE L'ARMÉE
XXX Chef de bataillon 3/4e R.T.M.
" Officier supérieur de grande valeur. Commande de puis cinq mois avec une autorité et un brio remarquables le 3/4e R.T.M. et le sous-secteur autonome d'Haï Duong.
A su former, à partir de ses unités implantées, un bataillon de marche excellent avec lequel il s'est personnellement distingué à maintes reprises et notamment le 28 novembre 1958 dans un dur combat à Van O et Kin Xuyen où l'ennemi perd 25 tués, 11 prisonniers, 2 F.M., 2 P.M. et 10 fusils, et les 15-16 janvier 1953 dans le Gia Loc, au cours d'une opération de moyenne envergure où il fournit l'effort principal et qui coute au régiment V.M. 42, 104 tués, 33 prisonniers, 1 mitrailleuse, 3 F.M., 6 P.M. et 25 fusils.
A brillamment participé de bout en bout avec son bataillon de marche à la série d'opérations de plus grande envergure Normandie et Nice du 26 janvier au 12 février et du 23 février au 3 mars.
S'est distingué par ses qualités manuvrières et un dynamisme exceptionnel et a pris une part importante aux succès remportés ".
Cette citation comporte l'attribution de la croix de guerre des T.O.E. avec palme.
Fait à paris, le 15 juillet 1953
signé : PLEVEN
Problèmes
En première analyse ce type de production apparait comme un discours rapporté : un locuteur A1 (ici lÉtat) rapporte les paroles d'un locuteur A2 (" Le Ministre "), concernant un individu (ou régiment, service, groupement, ville) B dont il énumère les " actions d'éclat " (selon la formule consacrée), au moyen d'un verbe apparemment locutoire (citer) via une forme de DD (" Officier supérieur "), cela conduisant à l'attribution de la décoration (" Cette citation comporte "). En schéma : A1 dit [A2 cite B : " CIT "] -> décoration.
Certaines caractéristiques font cependant obstacle à une analyse énonciative classique :
1. Le sens de citer.
Le verbe mobilise deux axes sémantiques, issus des sens étymologiques de citare :
" appeler ", avec une spécialisation juridique (que l'on trouve dans citer à comparaitre, citation à comparaitre), suggérée par la dénomination complète : citation à l'ordre de (armée, corps d'armée, division ou brigade) ;
" mentionner, rapporter des propos", d'où le sens courant et locutoire de citation (paroles rapportées isolément, avec fonction auctoriale et formes du discours direct).
Il ne s'agit donc pas d'un locutoire " pur ", mais d'une sorte de " juridico-locutoire ".
2. La construction de citer.
A2 ne cite pas les paroles d'un individu, comme c'est le cas dans le stéréotype lexicosyntaxique du verbe (citer quelqu'un = " rapporter ses paroles "), mais l'individu lui-même (ou une collectivité humaine ou urbaine).
3. Le lien entre les mentions de citer et de citation
Le rapport qu'entretient la citation, autrement dit le texte guillemeté, avec l'acte formulé par le verbe citer. S'il s'agit d'un rapport du type acte de production-produit, alors le sens locutoire de citer se confirme, mais dans une autre direction que son instruction sémantique habituelle : l'origine énonciative de la citation n'est pas B, mais bien A1, qui " citant " B, semble se citer lui-même énumérant les actes de guerre de B Le lien entre l'occurrence de citer et la citation n'étant pas explicite, l'effet produit est celui d'un texte sans énonciateur, comme le confirment les reprises des citations isolées dans d'autres textes de la communauté militaire (carnets de traditions, livres d'or ) et civile (biographies, monographies, ouvrages historiques ).
4. La dépendance texte-décoration
C'est la citation qui justifie la décoration, celle-ci mentionnant à son tour la citation par un système de palmes et d'étoiles (fourragères pour les régiments) correspondant à l'ordre de la citation (palme pour l'armée, étoile pour la division etc.). Ces deux éléments sont d'autre part inséparables de la référence à la réalité elle-même, celle de la pratique guerrière. On a donc un système sémiotique mixte : langagier (texte), iconique (palme, étoile, fourragère), référentiel (actions d'éclat).
Projet
Nous voudrions montrer dans cette communication que ce système sémiotique constitue une pratique épique.
Ces textes très " circulants ", surtout dans la communauté militaire mais aussi dans la culture nationale via le discours historique et mémoriel, construisent une histoire épique de la société française. S'inscrivant dans un genre de discours relevant de l'éloquence démonstrative, prenant sa source générique dans la longue tradition du panégyrique (décrets de récompenses des armées de la Grèce antique par exemple), la citation militaire est un système fonctionnel. La formulation de l'exploit est une élaboration du combattant en héros, élaboration qui légitime les armées elles-mêmes et le pouvoir politique auquel elles sont soumises et qui les récompensent, qui construit en même temps qu'elle active les cadres mentaux de l'exploit national et des valeurs de la militarité, et qui permet undiscours de la guerre, donc de la mort.
Petit fragment d'histoire isolé, la citation militaire écrit une histoire éparpillée dont le texte implicite est mis en forme dans et par la pratique épique qu'elle constitue.
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André Petitjean
Université de Metz, Centre d'Etudes Linguistiques des Textes et des Discours
Textualité dramatique et discours rapporté
On partira du postulat , démontré par ailleurs (A. Petitjean, 1998, 2004), que l'écriture théâtrale, telle qu'elle se manifeste sous la forme d'une myriade de genres dramatiques (une trentaine à notre connaissance), possède des propriétés distinctives :
- double textualité (dramatique et scénique)
- double stratification (dialogues et didascalies)
- double spatio-temporalité ( mimétique et diégétique)
- double dialogie (interne et externe)
On montrera ensuite qu'il en résulte un dispositif communicationnnel et discursif particulier, à l'intérieur duquel il est fréquent que les personnages rapportent des propos et utilisent, pour ce faire, toutes les formes existantes de discours rapporté (direct et indirect, direct libre et indirect libre), sans parler des séquences monologales narrativisées.
On s'arrêtera, plus particulièrement, car ils sont révélateurs d'un usage générique des discours rapportés, sur la reproduction de discours mimétiques, effectivement écrits/prononcés dans l'amont de la fiction et, du même coup, lus par le lecteur ou entendus par le spectateur qui, de ce fait, sont en mesure d'apprécier les différences entre le cité et la citation.
Au cours de cette re-énonciation , le personnage citant à la fois imite, interprète, reformule, traduit...l'énoncé antérieur et son énonciation, selon des modalités qui feront l'objet de notre analyse.
D'une verbalisation à l'autre, les écarts s'expliquent :
- dans la dialogie interne, et au niveau des interactions entre les personnages, par les enjeux pragmatiques liés à la situation de la re-énonciation.
- dans la dialogie externe, et en fonction du lecteur ou du spectateur, par des fonctionnements sémiotiques divers (ex.réactivation d'un discours éloigné ; ex.apport d'informations diégétiques supplémentaires ; ex.description indirecte du personnage citant...).
On montrera, enfin, que ces scènes de discours rapportés, au cours desquelles les personnages adoptent des postures d'interprète, d'adaptateur, de metteur en scène.. .sont à analyser comme des dialogues méta-théâtraux (spectacle dans le spectacle), et le phénomène est particulièrement visible au moment de la représentation et du jeu de l'acteur.
On se demandera, pour terminer, si ce type de fonctionnement discursif n'explique pas la productivité transgénérique de la métaphore théâtrale à la base de la conceptualisation de la notion de polyphonie ( voir Ducrot (1984), Nölke (2000), Maingueneau (1986), Perrin (2003)...).
Références bibliographiques:
Ducrot, O. (1984) : Le dire et le dit, chapitre VIII, Esquisse d'une théorie polyphonique de l'énonciation, Minuit.
Maingueneau, D. (1986) : Eléments de Linguistique pour le texte Littéraire, chapitre 4. Polyphonie, Bordas.
Nölke, H., Olsen, M. (2000) ":POLYPHONIE :théorie et terminologie", in Polyphonie-Linguistique et littéraire, n°II, Uppsala.
Perrin, L.(2003) : "Citation, opacité, point de vue" in Polyphonie- Linguistique et Littéraire, n° VII, Uppsala.
Petitjean,A.,(1998) : "Approche sémio-linguistique du texte théâtral", Cahiers scientifiques de l'Université d'Artois, "Le théâtre du sens", A.Lautel et M. Castelanna, Eds, 98-118
Petitjean, A., (2004) : "Lire un texte théâtral", in La lecture littéraire n°5,V. Jouve, Ed, Université de Reims, à par.
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Laurent Perrin
Université de Metz
Les fonctions de la citation (ainsi que du discours rapporté, des faits de polyphonie) selon les genres discursifs
Les citations directes, les diverses formes de discours ou de pensée rapportée au style indirect ou indirect libre, les faits de polyphonie, d'intertextualité, et autres effets d'écho, quel que soit ce qui les caractérise respectivement, sont tous à mon sens uniformément fondés sur un procédé sémiotique particulier, proche de ce que Cornulier nommait mimique, ou de ce que Clark & Gerrig appellent démonstration. Les séquences démonstratives (vs descriptives) ont ceci de particulier qu'elles ne consistent pas (ou pas seulement) à communiquer ce qu'elles expriment (ou décrivent) à un niveau conceptuel et propositionnel (lorsqu'elles décrivent tout bonnement quelque chose), mais à contrefaire, c'est-à-dire à imiter, à copier, et à mettre en scène un discours objet (ou une pensée, un point de vue).
Parmi d'autres propriétés communes, les séquences démonstratives et ceci quelle que soit leur forme, qu'il s'agisse d'une citation directe ou d'un quelconque effet polyphonique peuvent avoir diverses fonctions discursives ou pragmatique comme faire progresser le déroulement d'un récit, étayer une argumentation, réfuter ou se moquer de ce que vient de dire un interlocuteur, par exemple. Il sera notamment question, dans ma présentation, des fonctions illustrative, narrative, appréciative, autoritaire, ou encore réfutative, railleuse, ironique, aussi bien de la citation que de toute forme d'écho polyphonique.
Il est bien évident que ces fonctions varient non seulement selon les formes de démonstration mises en jeu (certaines formes privilégient parfois certaines fonctions, et réciproquement), mais aussi selon les genres discursifs, et plus généralement selon les types de contexte ou d'interaction. Une séquence démonstrative n'a pas la même fonction pragmatique lorsqu'elle reproduit, par exemple, une affirmation de l'interlocuteur dans le cadre d'un dialogue, celle d'un personnage dans un récit, le point de vue d'une autorité dans un contexte délibératif, etc.
Ceci dit, la mise en relation des notion de genre de discours (à un niveau macroscopique) et de fonction pragmatique des séquences démonstratives (à un niveau micro) n'est pas aussi simple. Le genre d'un discours n'émane que très indirectement de la fonction des énoncés successifs dont il se compose qui peuvent être descriptifs et/ou démonstratifs via certains principes d'organisation hiérarchique et compositionnelle (au sens de Roulet). En allant vite, on pourrait dire que la fonction de certains énoncés organisés entre eux hiérarchiquement et compositionnellement détermine un genre (lorsque cela s'impose).
C'est à l'examen de certaines relations entre séquence démonstrative, fonction pragmatique des énoncés et genre discursif que sera consacrée ma présentation.
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S. Pétillon
ITEM CNRS
De l'entretien au portrait : genèse des mécanismes langagiers d'intégration du discours de l'autre dans le portrait journalistique. L'exemple du quotidien Libération.
L'un des objectifs établis par ce colloque est d'analyser les modes de passage pour un type de discours donné d'un genre à un autre, en accordant précisément une attention particulière aux formes du discours rapporté.
Dans cette perspective, il nous semble intéressant de confronter deux genres discursifs distincts : l'entretien et le portrait journalistique qui en résulte (le corpus sera constitué des portraits régulièrement proposés en dernière page par le quotidien français Libération). Dans le cadre de cette démarche, on PART d'un premier genre (oral) 1 : l'entretien journalistique et l'on PASSE à un second genre (écrit) 2 : le portrait, dans lequel sont intégrés mais de quelle façon ? les propos de l'interviewé. Dans ce corpus, l'insertion du discours rapporté on peut l'observer à travers la genèse du portrait se fait grâce à divers outils langagiers et notamment, de façon très privilégiée, grâce à la parenthèse au tiret double qui fonctionnent comme des signes d'intégration-délimitation du discours de l'autre (voir, à ce titre : Les détours de la langue. Etude sur la parenthèse et le tiret double, Paris-Bruxelles, Peeters, "Bibliothèque de l'Information Grammaticale", mai 2003).
L'analyse détaillée de ces mécanismes permet d'observer une inversion originale des rôles discursifs : dans l'entretien, le pôle dialogique central est occupé par l'interviewé que le journaliste accompagne ; dans le portrait, au contraire, la parole est reprise par la journaliste qui, nécessairement, intègre le discours de l'autre comme une illustration, une façon de rendre plus authentique, plus vrai, le portrait qu'il est en train de dresser.
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Liana Pop
Université de Cluj, Roumanie
L'ouï-dire, en deçà et au-delà des genres
Je me propose de délimiter plusieurs aspects de la catégorisation de l'ouïe-dire en français et en roumain, car ce type de discours rapporté semble se manifester à trois niveaux, au moins :
genres proprement dits ;
séquences, en tant que traces plus ou moins "fondues" dans le discours, et relevant plutôt d'une sorte de précatégorisation ;
noms propres transmis par une tradition orale.
a. Genres
Pour la catégorisation en genres, je m'appuie en premier lieu sur une preuve évidente de catégorisation : les étiquettes (substantifs, pour la plupart) qu'utilisent les langues naturelles pour désigner un genre ou un autre (légende, rumeur ou bruit qui court, etc.). J'examinerai en dehors de ces appellations très stables, des expressions métadiscursives plus ou moins conventionnalisées pour désigner ces types discursifs, tels, pour le français : Je vais vous dire ce que j'ai entendu , Une bonne nouvelle , On dit que , Tu sais la dernière ? , etc., ou, pour le roumain: Am auzit o chestie extraordinară "J'ai entendu dire un truc extraordinaire", Auzi ce se zice "Ecoute ce qu'on dit" ou encore, pour commencer un célèbre cycle de légendes : Am auzit multe poveşti la Hanul Ancuţei "J'ai entendu beaucoup d'histoires à l'Auberge d'Ancuţa". À ce type d'expressions qu'on peut considérer des marqueurs explicites (car ils dénomment l'activité discursive qui va suivre) s'ajoutent d'autres marqueurs, déjà grammaticalisés, comme le roumain cică (< zice că "on dit que"), devenu particule pour signaler et/ou baliser les légendes ou les bruits qui courent.
b. séquences
Par contre, d'autres manifestations de l'ouïe-dire sont beaucoup moins nettes, constituant moins que des genres ou des séquences floues, identifiables par certaines traces dans le discours. Il s'agit de "ces informations approximatives" que les locuteurs rapportent d'habitude avec beaucoup de précautions et à l'aide de marqueurs de distanciation, d'approximation, d'excuses, etc.* Les superstitions ou certains bribes d'informations se constituent dans de telles séquences. J'examinerai la façon dont celles-ci s'insèrent dans différents discours.
Un phénomène intéressant peut appuyer ce cas de figure : supposant qu'une source "non autorisée" serait à l'origine de ces séquences, les locuteurs se voient obligés de demander "des comptes", comme dans les bien connues questions Qui te l'a dit ? Dans ce même sens, certaines réponses figées ou justifications du type C'est ce qu'on raconte/dit peuvent instituer rétroactivement une séquence, autrement non marquée, comme rumeur.
c. Sobriquets et lieux-dits
Un troisième cas de figure considéré ici est constitué par les surnoms donnés aux gens (les "on l'appelle" vs les "il s'appelle" pour les noms proprement dits), et par les leux-dits : les deux cas se rapprochent des phénomènes de l'ouïe-dire par les sources "moins qu'autorisées" qui sont à leur origine.
Le corpus sur lequel j'appuie mes exemples est constitué de textes anciens et récents, écrits et oraux, en français et en roumain : récits, légendes, témoignages, discours spontanés, etc.
Références bibliographiques:
Corpus Pop, in Pop, L. (éd.), Verba volant, Cluj, Ed. Echinox, 2003 (à paraître).
Pop, L., Espaces discursifs. Pour une représentation des hétérogénéités discursives, BIG 42, Ed. Peeters, 2000.
Pop, L., "De l'acte à l'activité: les séquences. De nouveau sur les unités discursives", Communication au colloque IADA
Dialogue in Litterature and Media, Salzburg, avril 2003 (à paraître dans les Actes).
Rosier, L., Le discours rapporté, Duculot, 1999.
Stahl, H.H., Povestiri din satele de altădată, Paris, 1989.
Voronca, N., Datine şi credinţe, I-IV, 1903
Poveşti, snoave şi legende, Bucureşti, Ed. Academiei R.S.R., 1967.
* Avoir mal à trouver un nom pour désigner ce phénomène flou me semble une bonne preuve pour affirmer qu'on n'est pas là devant un genre constitué, mais bien devant un phénomène implicite, moins nettemenmt délimité.
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Marie-Christine Pouder
CR1, LEAPLE, CNRS UMR8606, Villejuif Paris v.
Stratégies de dialoguisation et de narrativisation dans un corpus de romans électroniques interactifs écrits par des enfants et des adolescents.
Il sera question dans mon intervention des caractéristiques génériques de romans interactifs élaborés par des enfants et des adolescents et dont les textes sont regroupés sous trois entrées hyper-textuelles distinctes : personnages, lieux et histoires.
Ces entrées sont en affinité avec des modes généraux de donation du sens : exposition et présentation de soi (personnages), description (lieux), narration évènementielle romanesque ou poétique (histoires).
La dimension énonciative croise la dimension générique, caractéristique dans toutes les langues représentées (français, anglais, allemand, espagnol).
Je parlerai plus précisément de stratégies de narrativation qui ne sont pas majoritaires mais qui donnent à l'ensemble une dimension polyphonique :
-de discours adressé, adresse en tu ou en vous (deuxième personne) au lecteur potentiel des textes
-de discours rapporté indirect, par report de paroles, de citations, de termes lexicaux et autres éléments autonymiques qui donnent aux écrits une profondeur textuelle
-de discours direct, par dialoguisation du récit à la manière du théâtre ou de scénarios de fiction ou de reportage.
Ces stratégies vont de pair avec des procédures de sémiotisation spécifiques (utilisation de la ponctuation, guillemets, tirets, parenthésage, ).
Ces écrits sont des témoignages de production de créations collectives rendues possibles par l'utilisation des réseaux et des technologies actuelles et caractéristiques de la jungle numérique..
Références bibliographiques:
M-Ch.Pouder (1993). "Influences de l'audiovisuel sur les productions orales et écrites d'élèves de CM2", in Repères n°7, Langage et Image.
M-Ch.Pouder (1995). "De quelques incidences de la diachronie dans l'étude de l'interaction enfant/enfant en situation d'écriture collective sur ordinateur", in Des savoir-faire communicationnels, Publications de l'Université de Provence, Aix-en-Provence.
M-Ch.Pouder (1996). "Thèmes et variations ou le travail de l'oral vers l'écrit : écriture sur ordinateur et interactivité", in Ecrire, réécrire, apprentissage et dispositifs didactiques, Cerse, Les Sciences de l'éducation pour l'ère nouvelle, vol.29, n°5, Université de Caen.
M-Ch.Pouder (2003). "Le lexique informatique d'enfants de 11 ans à partir des réponses à un questionnaire écrit ; entre typologie d'un genre et énonciation", Actes du XXIIème colloque de Linguistique Fonctionnelle, Evora (Portugal).
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Alain Rabatel
IUFM de Lyon,
ICAR, Université de Lyon 2, FRE CNRS 2690
Les flottements de ponctuation du discours direct "complet" : des révélateurs de tensions dialogiques et interactionnelles entre locuteurs citant et cité
S'il est un point qui suscite des hésitations dans la pratique et peu de commentaires divergents dans les grammaires ou dans les traités de ponctuation, c'est bien celui de la ponctuation finale des DD inclus dans le discours citant sous la forme d'une citation. Selon l'usage (contesté par Catach 1994 : 79-82), un énoncé cité "complet" est introduit par une majuscule, et sa ponctuation finale se trouve avant les guillemets fermants. Or nombre d'exemples attestés ne respectent pas cette règle ou n'en relèvent pas.
Peut-on dégager des traits systémiques, au-delà des faits de style ? Qu'en est-il de la complétude, sémantique et/ou syntaxique ? Qu'en est-il de la prise en charge énonciative du point de vue et de la hiérarchisation de ces derniers ? Ces deux questions renvoient à la problématique de la "phrase multiple" et à celle des hétérogénéités discursives, puisque la hiérarchisation concerne à la fois le classement des énoncés selon leurs contenus propositionnels, mais aussi le classement des énonciations, en fonction des origines et des intentions énonciatives.
Sur le plan pragmatique, on dégagera, à partir de l'emplacement et/ou de l'effacement des marques de ponctuation (en relation avec d'autres paramètres, tels références, parenthèses, tirets, dont l'importance varie selon le genre, etc.), des indices de la nature interactionnelle du discours rapporté, dans le prolongement de nos travaux sur les relations de co-, sous- ou sur-énonciation. On montrera que les flottements autour de la ponctuation finale d'une citation sont l'indice d'une hésitation sur la prise en compte de l'importance du dire d'autrui dans la construction du point de vue du locuteur citant (il n'est pas toujours facile de s'acquitter de ses dettes ) Tout autant, ces flottements sont la trace palpable de l'activité métaréflexive du sujet lors de la construction d'un point de vue personnel, à travers des logiques de hiérarchisation parfois contradictoires (selon les énoncés ou les énonciations), de surcroît compliquées par la dimension interactionnelle des discours.
Références bibliographiques
Rabatel, A. 2002 "Le sous-énonciateur dans les montages citationnels : hétérogénéités énonciatives et déficits épistémiques". Enjeux 54, 52-66
Rabatel, A. 2003a : "L'effacement énonciatif et ses effets pragmatiques de sous- et de sur-énonciation", in Estudios de Lengua y Literatura francesas 14, 27-48. Université de Cadix. Rabatel, A. 2003b : "Déséquilibres interactionnels et cognitifs, postures énonciatives et co-construction des savoirs : co-énonciateurs, sur-énonciateurs et archi-énonciateurs", in Interactions orales en contexte didactique. Mieux (se) comprendre pour mieux (se) parler et pour mieux (s')apprendre, Rabatel, A. (éd). Lyon : Presses Universitaires de Lyon. (à paraître).
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Francisca Romeral
Universidad de Cádiz
La "poupée blanche": étude du projet de construction d'une biographie/autobiographie sur un genre premier de discours familial.
"Je ne suis pas sortie de ma nuit" (éd. Gallimard, 1997) d'Annie Ernaux présente un intérêt particulier pour une étude sur le plan de l'alternance des voix. Le rapport au discours d'autrui (la mère) démarre sur le projet de recherche poussée d'un accord entre l'énoncé du narrateur (la fille) et l'énoncé de l'autre (la mère) qui permettrait de parvenir à l'appréhension d'un "être au monde", du "moi" autobiographique, la "poupée blanche" dite à travers la voix de l'autre. Le jeu des voix progresse vers l'inclusion dans la narration d'un discours rapporté tenant place de "renforcement par la fusion": mise à distance de la voix d'autrui reprise par le narrateur dans une formulation conventionnelle ; superposition de la voix d'autrui et de la voix du narrateur ; envahissement de la voix du discours rapporté dans la création scripturale ; réduction essentielle de la voix de l'autre à un seul mot ; constatation de l'existence de la voix de l'autre à travers un son qui échappe à l'image grammaticale.
Références bibliographiques
Auerbach, Erich, Mimésis. La représentation de la réalité dans la littérature occidentale, Paris, "Tel" Gallimard, 1968 (trad. fr.).
Bakhtine, Mikhaïl, Esthétique de la création verbale, Paris, NRF, Gallimard, 1984 (trad. fr.).
Barthes, Roland, uvres complètes, Paris, Seuil, 2002.
Ducrot, Oswald, Le dire et le dit, Paris, Minuit, 1984.
Ernaux, Annie, "Je ne suis pas sortie de ma nuit", Paris, Gallimard, 1997.
Kerbrat-Orecchioni, Catherine, L'Énonciation. De la subjectivité dans le langage, Paris, Armand Colin, 1980.
Kerbrat-Orecchioni, Catherine, L'implicite, Paris, Armand Colin, 1986.
Maingueneau, Dominique, Charaudeau, Patrick, Dictionnaire d'analyse du discours, Paris, Seuil, 2002.
Maingueneau, Dominique, Genèses du discours, Bruxelles, Pierre Mardaga, 1984.
Maingueneau, Dominique, L'énonciation en Linguistique française, Paris, Hachette, 1991.
Rosier, Laurence, Le discours rapporté. Histoire, théories, pratiques, Paris, Bruxelles, Duculot, 1999.
Rosier, Laurence, Les capitales "ton de voix" ou du cri dans l'écrit, Cadix, Estudios de Lengua y Literatura Francesas, Nº 12, 1998-1999, pp. 175-195.
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Geneviève Salvan
Université de Nice Sophia Antipolis
UMR 6039 Bases, corpus, langage (CNRS ILF)
Formes et stratégies du discours rapporté chez Jean Echenoz : tensions et limites du genre romanesque
Le discours romanesque est un lieu où émergent traditionnellement différentes voix, au statut plus ou moins garanti par l'instance narratoriale, et graduellement identifiable par le lecteur. C'est surtout dans la prose contemporaine que la perméabilité entre ces différentes voix devient un (en)jeu du romanesque : l'hétérogénéité énonciative est fondue dans le texte plutôt que balisée étroitement par un narrateur, qui peut refuser la responsabilité de la régie des voix. Est-ce à dire qu'un dynamisme énonciatif, le "courant de parole", prime sur le partage réglé de la parole ?
Cette communication se propose d'étudier, dans le cadre de la linguistique textuelle, les relations entre les instances énonciatives d'un certain discours romanesque contemporain (notamment Rouaud et Echenoz), et de montrer qu'elles sont au cur de jeux internes et peut-être à l'origine d'un nécessaire ajustement de la caractérisation énonciative du romanesque.
Nous partirons de la description des relations parfois conflictuelles entre syntaxe et énonciation dans le cadre phrastique. La "phrase" est utilisée par chacun de ces auteurs, non plus comme une structure hiérarchisée d'intégration des DR mais comme le lieu d'un brouillage énonciatif. Le télescopage exhibé des niveaux actantiels (G. Molinié) et les difficultés posées par l'identification des différents énonciateurs sont des procédés de cette prose narrative qui, diluant les identités énonciatives, implique des recherches sur des formes nouvelles et mixtes de DR. La plasticité de la phrase est un facteur d'exploration des formes de DR, et inversement les nouvelles stratégies du DR dessinent un champ romanesque aux frontières énonciatives élargies. On débouche alors sur la question des limites et de la réception du genre romanesque induite par cette articulation renouvelée entres les instances énonciatives et de ses rapports avec d'autres genres, notamment le théâtre.
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Claire Stolz
Université de Paris Sorbonne (Paris IV)
Les discours rapportés dans le discours néoromanesque : le cas de Nathalie Sarraute
Le Nouveau Roman, par ses choix esthétiques fondamentaux est amené à créer un nouveau cadre, de nouvelles modalités de mise en uvre des discours rapportés ; rencontre d'individus plutôt qu'école littéraire, il amène chacun de ses écrivains à traiter le problème des discours rapportés d'une manière particulière : intégration des DR dans une structure phrastique totalement nouvelle chez Simon, roman dialogué et intrication des voix narratoriales chez Duras, disparition des personnages et du narrateur chez Sarraute
Nous nous arrêtons sur le cas de Nathalie Sarraute, car c'est peut-être elle qui adopte la position la plus paradoxale : une sorte de libre circulation des discours, mais discours rapportés par qui ? En effet, la disparition des personnages et du narrateur s'accompagne de la présence, persistante et comme contradictoire, de la parole rapportée. En s'appuyant sur Le Planétarium et sur Les Fruits d'or, les deux romans les plus importants de Nathalie Sarraute pendant les années 60, la communication montrera comment l'écrivain construit des réponses différentes d'un roman à l'autre, mais qui ont en commun de donner plusieurs versions du même discours (ou de la même pensée) rapporté à l'aune du tropisme et de la sous-conversation. Peu à peu on passe de la confrontation de points de vue individuels à la mise en scène des rumeurs publiques (le pluriel est important) dans Les Fruits d'Or , le roman dont un livre est le héros, au dire même de son auteur.
Cette importance du discours rapporté passe dans Le Planétarium par les techniques linguistiques du discours indirect libre au présent ; mais en fait, nous nous attacherons à montrer qu'il ne s'agit pas de discours indirect libre au sens narratologique du terme, c'est-à-dire comme mode de discours rapporté assumé par un narrateur, même intradiégétique, à l'intention du lecteur, mais plutôt d'un monologue intérieur (une sous-conversation), voire d'un monologue autonome, libéré de l'emprise narratoriale ; dans Les Fruits d'or, Nathalie Sarraute utilise une structure globale marquée comme dialogue, qui inclut des sous-conversations avec un traitement énigmatique du repérage (sans même parler d'identification) des interlocuteurs et avec un travail subtil de la ponctuation, des signes typographiques et de toutes les marques énonciatives (notamment personnes et temps) pour créer une labilité du discours qui fait éclater les conventions du discours rapporté.
On le voit, le travail de Nathalie Sarraute sur les DR est central et ne peut pas être limité au refus, hautement proclamé dans L'Ere du Soupçon, des incises !
Références bibliographiques
Asso, F., Nathalie Sarraute, une écriture de l'effraction, PUF, 1995.
Boué, R., Nathalie Sarraute, la sensation en quête de parole, L'Harmattan, 1997.
Bravard, O. "La reformulation chez N. Sarraute dans Le Planétarium et Les Fruits d'or" in Fontvieille, A. et Wahl, Ph. (éd.), Nathalie Sarraute, Des tropismes à la phrase, Actes du colloque organisé les 13 et 14 octobre 2000 à Lyon II, PUL, 2003, p. 155-160.
Clayton, A. J., Nathalie Sarraute ou le tremblement de l'écriture, Minard, 1989
Dazord, N. "La phrase en devenir de Nathalie Sarraute", Fontvieille, A. et Wahl, Ph. (éd.), Nathalie Sarraute, Des tropismes à la phrase, Actes du colloque organisé les 13 et 14 octobre 2000 à Lyon II, PUL, 2003, p. 113-138.
Favriaud, M., "La ponctuation de Nathalie Sarraute ou le théâtre de la phrase" in Fontvieille, A. et Wahl, Ph. (éd.), Nathalie Sarraute, Des tropismes à la phrase, Actes du colloque organisé les 13 et 14 octobre 2000 à Lyon II, PUL, 2003, p. 163-173.
Newman, A .S, Une poésie des discours : essai sur les romans de Nathalie Sarraute, Droz, 1976
Rabatel, A., "Les représentations de la parole intérieure : monologue intérieur, discours direct et indirect libres, point de vue" in Langue Française n°132, décembre 2001, p. 72-105
Rosier, L., Le discours rapporté. Histoire, théories, pratiques Duculot, 1999.
Roulet, Eddy. 2000. "L'organisation polyphonique d'une conversation et d'une sous-conversation de Nathalie Sarraute." Polyphonie - linguistique et littéraire. 2. p 1-18. (http://www.hum.au.dk/romansk/polyfoni/Polyphonie_II/poly2_EddyRoulet.htm)
Sarraute, N., L'Ère du soupçon, Gallimard, 1964
Stolz, C., "Polyphonie et phrase dans Le Planétarium de Nathalie Sarraute", in Fontvieille, A. et Wahl, Ph. (éd.), Nathalie Sarraute, Des tropismes à la phrase, Actes du colloque organisé les 13 et 14 octobre 2000 à Lyon II, PUL, 2003, p. 175-187.
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Françoise Sullet-Nylander
Université de Stockholm, Suède
"C'est faux, siffla Alain" ou Des formes du DR et de la traduction de paroles rapportées du suédois au français, et vice-versa, dans deux romans contemporains.
Nos recherches antérieures ont porté en grande partie sur le discours rapporté dans les textes journalistiques, plus précisément sur les formes, les limites et les effets pragmatiques du discours rapporté (DR) dans la presse quotidienne française. Tout en restant dans les formes écrites du DR, nous nous pencherons, dans la présente communication, sur l'expression du discours rapporté DR dans des textes de fiction. À partir de répliques du type de celle présentée ci-dessus, nous nous interrogerons sur l'adaptation de paroles rapportées et de verbes introducteurs de paroles dans un nouveau discours. À l'instar d'autres chercheurs (Folkart 1991 ; Rosier 1999 ; Taivalkoski-Shilov 2002), nous postulons que la traduction, comme le discours rapporté, est une mise en relation de discours et qu'à la polyphonie du texte de départ s'ajoute la voix de l'énonciateur-traducteur. En regardant de près la transmission de paroles à la fois dans le texte original et dans la traduction, en d'autres termes, grâce à la méthode comparative, on arrive à une meilleure compréhension du tissu énonciatif des textes.
Le matériau sur lequel portera notre investigation des formes du discours rapporté et de leur traduction consiste en deux romans contemporains : Les particules élémentaires de Michel Houellebecq (Flammarion 1998) > Elementarpartiklarna (Bonniers Pocket 2003) , traduit du français par Anders Bodegård et "Det onda ögat" de Björn Larsson (Månpocket 1999) > "Le mauvais oeil" (Grasset 2001), traduit du suédois par Philippe Bouquet. Björn Larsson qualifie le genre de son roman de la manière suivante : "Mon dernier roman, Det onda ögat, [ ] à la fois un thriller, un roman d'idées et un roman de caractères - encore une fois à cheval entre plusieurs genres - soulève le problème du fanatisme, religieux ou raciste". Quant à Michel Houellebecq, plus connu du public français, il dit, à propos du genre de son livre : "Un roman d'amour [ ] parce qu'il y a un grand suspense sur le plan amoureux .On ne sait pas du tout comment les personnages vont finir...[ ] Mais on peut dire que c'est un roman d'amour, oui. C'est une bonne définition."
Dans un premier temps nous regarderons l'ensemble des formes du DR (plus particulièrement les discours direct, indirect, indirect libre et narrativisé) présentes dans ces deux romans, afin de lister les formes privilégiées de DR et d'etudier les changements opérés dans la traduction du français ou vers le français. Nous mettrons également ces formes de DR en relation avec le genre des deux romans. Dans un deuxième temps, notre intérêt portera plus particulièrement sur les verbes introducteurs des paroles rapportées des personnages, en particulier dans des incises (discours direct). Ne seront analysés ici que des verbes attributifs de "paroles" rapportées. Les "pensées" rapportées ne seront pas directement traitées, même si, comme le souligne Sophie Marnette, il s'agit tout autant d'un discours "construit". En effet, il est bien délicat, dans la fiction en particulier, de dresser une frontière étanche entre ces deux catégories. Pourtant, nous nous limiterons aux transformations des verbes dicendi ou d'autres verbes sémantiquement proches de cette classe. À l'instar d'Elisabeth Tegelberg (2000), dans son étude comparative, Från svenska till franska (Du suédois au français), nous distinguerons cinq types de verbes attributifs de paroles rapportées : a. les verbes "déclaratifs" comme dire, b. les verbes indiquant la façon de proférer les paroles comme crier, c. les verbes d'aspect comme continuer, d. les verbes de modalité comme assurer et e. les verbes "indirects" comme sourire. Nous partirons de ces mêmes catégories pour voir si des changements de catégorie ont lieu dans le processus de traduction. L'hypothèse de départ étant que, dans le texte traduit en français, il s'opère une "généralisation sémantique" des verbes introduisant le discours rapporté et que cette généralisation débouche, du point de vue stylistique sur une plus grande neutralité dans l'expression des discours rapportés. Il sera ainsi intéressant de voir comment la "touche" de l'énonciateur-traducteur influence la mise en scène des voix.
Références bibliographiques
Larsson, Björn Le Mauvais oeil (Grasset 2001, p. 37)
Larsson, Björn. "Paroles d'Estuaires". Quelques commentaires de l'auteur sur sa vie. (internet).
Interview avec Michel Houellebecq prélevée dans Retranscription d'interview . Les Amis de Lilian Bathelot (internet)
Marnette, Sophie (2002) : " Étudier les pensées rapportées en français parlé" dans la revue Faits de langue Le discours rapporté. Paris : Ophrys.
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Kristiina Taivalkoski-Shilov
Université de Helsinki, Finlande
Discours parasites : les interventions auctoriales des traducteurs dans les belles infidèles
À l'âge des belles infidèles, la traduction était considérée comme un genre littéraire ; les traductions passaient pour des uvres originales (Zuber 1968/ 1995). Ces traductions libres qui eurent leur apogée en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, contiennent un type d'énonciation actuellement tombé dans l'oubli : les "interventions auctoriales" (D'hulst 1997) des traducteurs. Il s'agit de cas où les traducteurs, à l'instar des narrateurs fictionnels, se mettent en scène pour faire des commentaires souvent défavorables sur l'ouvrage traduit. La présence discursive, ou la "voix" du traducteur (Folkart 1991, Hermans 1996) est donc extrêment visible dans ces traductions. Ce qui est particulièrement intéressant du point de vue de l'étude du DR, c'est qu'il arrive à ces traducteurs libres de s'opposer aux dires de l'auteur en se servant de quelques formes traditionnelles du DR (le discours narrativisé, le discours indirect etc.). Selon l'hypothèse interprétative de B. Mossop (1983, 1998), la traduction est du DR, le discours cité y étant le texte de départ et le discours citant le texte d'arrivée. Or, la traduction comme "mise en rapport de discours" (Rosier 1999) est un "conflit des énonciations" (Folkart 1991).
Dans ma communication, je propose d'explorer ces interventions auctoriales des traducteurs-narrateurs d'antan à l'aide de la narratologie moderne et de la rhétorique. Dans un premier temps, mon objectif sera de classer les différentes façons dont les traducteurs commentent leurs textes de départ en mentionnant explicitement l'auteur originel. Dans un deuxième temps, je présenterai une étude statistique de la fréquence de ces digressions dans les textes qui font partie de mon corpus. Enfin, j'essaierai d'expliquer les causes de ce phénomène marginal de la traduction. Mon corpus comprendra des traductions françaises datant de l'âge classique (XVIIe-XVIIIe siècles) que je traiterai comme des ouvrages indépendants, sans les comparer aux textes de départ.
Références bibliographiques
D'hulst, Lieven (1997) "La traduction : un genre littéraire à l'époque romantique ?" Revue d'Histoire littéraire de la France 97 : 3, 391-400.
Folkart, Barbara (1991) Le conflit des énonciations. Traduction et discours rapporté. Montréal : Les Èditions Balzac.
Hermans, Theo (1996) "The Translator's Voice in Translated Narrative." Target 8 : 1, 23-48.
Mossop, Brian (1983) "The Translator as Rapporteur : A Concept for Training and Self-Improvement." Meta 28 : 3, 244-278.
Mossop, Brian (1998) "What Is a Translating Translator Doing ?" Target 10 : 2, 231-266.
Rosier, Laurence (1999) Le discours rapporté. Histoire, théories, pratiques. Paris/ Bruxelles : Duculot.
Zuber, Roger (1968/ 1995) Les "belles infidèles" et la formation du goût classique. Perrot d'Ablancourt et Guez de Balzac. Paris : Éditions Albin Michel.
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David Tolivia
Université de Lausanne
Utilisation stratégique du discours rapporté dans la publicité rédactionnelle.
Nous définirons ici la publicité rédactionnelle comme un genre publicitaire impliquant un mélange stratégique de deux pratiques socio-discursives différentes ; à savoir celle de la publicité et celle du journalisme de presse écrite. En cherchant à imiter les genres de la presse écrite, la publicité rédactionnelle tente stratégiquement de se donner pour un article de presse "classique" afin de bénéficier, auprès du lecteur, de la caution que ce dernier accorde à son journal ou à son magazine. Par cette stratégie de masquage, c'est le statut même de l'émetteur qui est touché.
Notre but est ici de montrer comment se met en place cette modification du statut même de l'émetteur. De plus, nous formulons l'hypothèse que la récupération de certains genres de la presse écrite, et notamment celui de l'interview, s'appuie sur l'utilisation du discours rapporté pour mettre en place la stratégie de masquage propre à la publicité rédactionnelle.
Si la pratique socio-discursive publicitaire induit une situation de communication relativement claire entre un annonceur-émetteur, un produit référent et une cible co-émettrice, la stratégie de masquage mise en place par publicité rédactionnelle modifie profondément cette situation en bouleversant les différents rôles. L'émetteur est déplacé en position de référent et remplacé par un émetteur fictif (journaliste), alors que le statut même du co-émetteur est transformé puisqu'il n'est plus à considérer comme un client-cible méfiant à l'égard de la publicité mais comme un lecteur accordant caution à son journal. Dans le cas du genre de l'interview, la stratégie de masquage est appuyée par l'utilisation massive de discours rapporté direct de la part du journaliste fictif qui ne fait "que" rapporté les paroles de la personne interrogée (levier d'autorité), émetteur spécialiste du domaine au discours prétendument neutre et objectif.
En s'inspirant du schéma de Grize, nous pourrions résumer ainsi notre propos :
Nous nous proposons d'illustrer par des exemples pratiques la schématisation proposée ci-dessus.
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Danièle Torck
Vrije Universiteit Amsterdam, Pays-Bas
Le discours rapporté dans l'information radiophonique
Parente pauvre des analyses du discours médiatique, la radio reste un médium très 'consulté' dont on s'accorde à dire qu'il est par excellence un médium de proximité, souple, réaliste, propre à créer une complicité avec un large public. L'interaction entre les voix radiophoniques et leurs destinataires est particulière, puisque entièrement basée sur l'oral (production/réception). En l'absence de repères visuels permettant de distinguer les voix qui s'expriment, comme c'est le cas dans la presse écrite (guillemets, italique) ou à la télévision (visages et sous-titres), le discours rapportant du journaliste se doit d'expliciter l'origine des voix (instances énonciatives, repères locatifs et temporels). Ceci implique un cadre participatif évolutif et constamment re-précisé : Vous avez entendu MX en direct de Y, je rappelle, MX, que vous êtes à Y, etc. Les modes du discours rapporté à la radio sont variés: écrit-oralisé du discours journalistique dans une citation introduite ('je cite'), discours recueillis par des journalistes et montés dans le discours narratif et informatif ('on écoute Y au micro de B), dialogues (en face à face ou sous la forme d''inserts téléphoniques'). Dans ces trois cas, il y a sélection de propos et en-cadrage ('framing'), avec décalage temporel par rapport au moment de l'énonciation première.
L'écriture radiophonique est dite rapide, alerte, concise et dense. La voix et le ton en sont des composantes majeures. Si le discours rapporté a globalement les mêmes fonctions qu'on peut lui attribuer dans la presse écrite ou à la télévision (fiabilité, objectivité, illustration, vivacité), les possibilités de re-présentation du discours d'autrui à la radio semblent plus limitées : les formes dites 'libres'(discours (in)direct libre) de même que les citations partielles (de un à plusieurs mots), nombreuses dans la presse écrite, seront par exemple rares.
Je centrerai mon intervention autour de deux questions :
1. Le discours rapporté à la radio, de par sa nature totalement orale, peut-il, dans ses formes se comparer au discours rapporté des échanges oraux du quotidien ? Si la forme du DR en conversation est fonction de l'objectif du rapport et de la relation interpersonnelle entre locuteur rapportant et son allocutaire (Tannen 1989), à la radio, ce sont d'autres objectifs qui domineront et influenceront la forme donnée au DR : informer, intéresser, impliquer et fidéliser l'auditeur.
2. Comment le DR de la radio participe-t-il à la mise en scène de l'information ? Une comparaison de DR à la radio (France inter) et à la télévision (France 2), dans les principaux journaux d'information lors de l'entrée en guerre de la coalition anglo-américaine contre l'Irak (17-21 mars 2003) permettra de préciser les modalités de cette mise en scène et le rôle joué par le DR.
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Frédéric Torterat
Faculté de Linguistique de Port-au-Prince (membre invité)
La Judiciarisation du discours rapporté : l'exemple des locutions assertives de l'"otroi" en ancien et en moyen français
En parcourant les textes d'ancien et de moyen français, notamment ceux où le discours rapporté (DR) est tout particulièrement sollicité, on remarque que celui-ci comporte, sporadiquement, ce qu'on appellera volontiers des moments connotés. On peut envisager par exemple des moment du DR où il apparaîtrait connoté négativement, ou son contraire, mais cela ne mènerait qu'à des conclusions intermédiaires. Plus typiques, les formules d'invectives, les propos comminatoires, les réminiscences métaphysiques, sont d'autant plus significatifs qu'ils semblent attribuer, implicitement ou explicitement, une typicalité de sous-genre au DR. Dans le cas présent, c'est à la connotation juridique que nous nous attacherons, notamment à l'appui d'une formule verbale récurrente dans les textes concernés.
Cette contribution, qui intègre le domaine des formules juridiques présentes dans le DD principalement, revient donc sur une expression formulaire sensiblement marquée, à savoir otroier en locution verbale aux côtés d'un syntagme pronominal ou d'un pronom (et précédé ici et là d'un opérateur assertif). Très répandue dans les textes des années 1100-1400, cette locution d'assentiment et de jurement s'affirme en DR d'autant plus nettement qu'elle implique personnellement son destinataire, de sorte qu'on peut comprendre ce genre de formulation en termes d'activité socio-discursive (laquelle indique effectivement une forme privilégiée de rapport à l'autre ; cf M. Lignereux, 2001 ; L. Rosier, 1997, 2002). Nous posons donc l'hypothèse d'un véritable idiome syntaxique (M. Hobaek Haff, 1987). A ce titre, l'opérateur assertif fonctionne en partie comme un caractérisème phraséologique, au sein de ce que G. Antoine (1962 : 926) appelle très justement une formule rituelle (cf. A. Auchlin 1991).
A certains moments, et si l'on se place d'un point de vue strictement procédural, l'engagement dans la décision qui est prise n'est pas plénier. L'absence d'un opérateur assertif dans les cas de décision enthousiaste est alors compensée par l'apparition d'un segment restrictif ou d'une autre locution en général, qui, sur le plan du cotexte, vient par moments s'y substituer, à d'autres s'y conjoindre. Quoi qu'il en soit, une telle formulation en DR inscrit ce qui se dit dans l'imminence d'une action qui s'annonce, ce qui confère à l'expression formulaire un caractère solennel, à valeur testimoniale, et dont la dimension cérémoniale indique ou feint d'indiquer l'officialisation spontanée. A cet égard, le cotexte nominal et verbal prend des contours lui aussi particularisants, comme par corroboration. Les SN et SV a foi, sans plus atendre, Dieu y soit ! constitueront donc autant d'appoints cotextuels qu'il est opportun de relever, comme par le grant Dieu et si m'aït Deus prononcés par certains locuteurs (et quelquefois de manière péremptoire ou polémique).
Les circonstances contextuelles du DR sont quoi qu'il en soit le plus souvent marquées. Par ailleurs, les collocations en question, généralement délaissées par la suite pour des raisons notamment socio-culturelles, n'en sont pas moins dépourvues d'une certaine contemporanéité. Explétif en ce sens, et, qui intervient dans cette locution verbale comme rhématiseur, semble maximiser la détermination phraséologique en même temps que la portée véridictoire et assévérative du syntagme pronomino-verbal dans son entier. En outre, ce type de locution, très sensible à la circonstanciation cotextuelle, est quasi-exclusif au discours direct, et toujours effectif dans une réalité dialogique dont la tournure prend quelquefois des contours définitifs.
Cette expression, à notre sens, permet de solenniser et d'apporter une connotation juridique non négligeable au DR et donc de le "dramatiser" dans un certain point de vue.
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Geneviève Tréguer-Felten et Marie Veniard,
EA 2290, Syled-Cediscor, Université de Paris III-Sorbonne Nouvelle
Quand l'hétérogénéité sémiotique se mêle d'hétérogénéité énonciative : le cas de brochures institutionnelles d'entreprise
Cette communication s'intéressera aux marques du discours autre apparaissant dans des brochures institutionnelles d'entreprise, documents que l'on pourrait qualifier de cartes d'identité de l'entreprise et visant à présenter et à promouvoir la société. Ces brochures s'inscrivent dans une situation de communication spécifique, désignée par les publicitaires sous le terme de 'Business to Business', à destination d'autres professionnels. Ces supports peuvent être considérés comme un genre de discours, dans lequel l'auteur dispose d'une liberté restreinte (Maingueneau 2003, à paraître). Les études sur le discours rapporté portent le plus souvent sur des corpus littéraires ou médiatiques, mettant au jour de nombreuses formes caractérisées syntaxiquement, typographiquement et énonciativement dans un texte, au moyen de critères linguistiques. Dans l'optique d'élargir les objets d'analyse, nous nous demanderons comment le fonctionnement plurisémiotique des brochures influe sur l'actualisation du discours rapporté et d'autres formes d'hétérogénéité énonciative.
De fait, les brochures se caractérisent par leur hétérogénéité sémiotique (Johansen 1998), au sein de laquelle les aspects iconiques (Groarke, 2002) et discursifs, étroitement imbriqués, participent à titre égal de la visée persuasive. L'analyse a porté sur un corpus de brochures produites par des entreprises chinoises et françaises en langue anglaise ou en version dialingue à destination de leurs partenaires en Chine. La voix qui s'exprime s'affiche comme un 'nous' collectif, porte-parole de l'entreprise et on pourrait penser qu'il s'agit d'un discours monologique en raison de son objectif promotionnel. Cependant, d'autres voix apparaissent : dans des formes d'hétérogénéité bien répertoriées, notamment des îlots textuels, dans des formes relevant du dialogisme montré (slogans politiques, préceptes de l'entreprise ) et dans des formes intégrées au péritexte de la brochure. Dans ce dernier cas, les marques sémiotiques semblent se combiner avec des marques linguistiques pour introduire un énonciateur autre ; il en est ainsi de messages valorisants sous forme de calligraphies écrits par des personnalités politiques, et des 'Mots du Président' (pour reprendre la terminologie de Flottum, 1998) placés en ouverture de brochures. Toutes ces formes contribuent à servir l'objectif pragmatique des documents : elles y assurent un rôle d'argument d'autorité, qu'il soit direct ou indirect, comme cela a été montré pour le genre médiatique (Tuomarla 1999), et participent à la construction de l'ethos, élément fondamental de la stratégie de persuasion à l'uvre.
A l'analyse de tels documents, on peut se demander si certaines marques sémiotiques peuvent être considérées comme autant d'indices caractérisant des formes d'hétérogénéité énonciative. Il en serait ainsi des photographies et des signatures manuscrites des dirigeants, encadrant, à la manière de guillemets, les 'Mots du Président'. Ces séquences sont par ailleurs clairement annoncées dans le paratexte ; celui-ci comporte un substantif désignateur de la section (speech, message, statement ) qui jouerait alors le rôle d'un introducteur de citation. On peut également remarquer que, malgré des différences d'usage, notamment quantitatives, les formes d'hétérogénéité se voient attribuer une fonction argumentative identique dans un même genre observé dans les cultures chinoise ou française.
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Ulla Tuomarla
Université de Helsinki, Finlande
Les formes et les fonctions du discours rapporté dans l'écriture académique ; le cas des introductions produites par des étudiants FLE
Les différents sous-types d'écriture académique/scientifique/universitaire constituent un objet d'analyse intéressant aussi bien du point de vue du discours rapporté(DR) que socio-culturel. C'est-à-dire que non seulement les différents types d'écriture académique, tels que le résumé, le compte-rendu, la dissertation, etc. entretiennent chacun un rapport singulier avec les diverses formes du DR (ce rapport même, une fois explicité, pouvant servir à distinguer des types textuels dans ce domaine), mais la catégorisation et la caractérisation des pratiques d'écriture académique varient d'un pays (d'une culture ou d'une langue?) à l'autre. Ainsi, dans le processus d'apprentissage des formes d'écriture académiques, les étudiants du français comme langue étrangère (FLE) font-ils face à un nombre considérable de normes implicites et de conventions culturelles.
Dans le noyau de cette problématique, il y a le rapport que chaque sous-type textuel entretient avec le DR. Il s'est avéré de plus que, dans leur propre production à l'écrit, l'apprentissage de la bonne pratique du discours d'autrui nécessite une sensibilisation particulière aux hiérarchies de voix hétérogènes. Dans son ensemble, la complexe structuration énonciative de l'écriture académique (p. e. la notion d'evaluative space', voir Thompson & Ye 1991; 369) demeure un champ peu exploré.
Dans mon intervention, je propose d'esquisser quelques structurations liées à l'emploi du DR dans, en particulier, la partie introductive des dissertations et des articles linguistiques. En même temps, il s'agit de faire surgir, par l'analyse constrastive finnois/anglais/français, quelques conventions de l'écriture académique en français qui peuvent poser problème à un locuteur non natif.
Références bibliographiques
Gilbert, Nigel & Mulkay, Michael (1984) Opening Pandora's box. A sociological analysis on scientist's discourse. Cambridge, Cambridge University Press.
Hunston, S. (11994) "Evaluation and organisation in a sample of written academic discourse" in Coulthard, M. (éd) (1994) Advances in written text analysis. London, Routledge,
Jacobi, Daniel (1984) "Du discours scientifique, de sa reformulation et de quelques usages sociaux de la science" in Langue française 64, p. 37-51.
Small, H. G. (1978) "Cited documents as concept symbols " in Social Studies of Science 8, p. 327-340.
Swales, John (1990) Genre analysis. Cambridge, Cambridge University Press.
Tadros, A. (1993) "The Pragmatics of text averral and attribution in academic texts" in Hoyey, M. (éd) (19939 Data, Description and Discourse. London, Harper Collins Publishers.
Thompson. Geoff & Ye, Y.Y. (1991) "Evaluation in the reporting verbs used in academic papers" Applied Linguistics 12, p. 365-382.
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Bertrand Verine
Praxiling FRE CNRS 2425 - Université Montpellier III
"Discours, textualité, production de sens" Comment les interjections vocaliques contribuent-elles à l'insertion narrative et/ou argumentative des discours rapportés directs à l'oral ?
Ce travail se propose de contribuer aux questions 1 et 4 de l'appel à communications, concernant l'apports des typologies de discours rapporté (DR) à l'analyse des genres ou types discursifs et de l'articulation des instances énonciatives de tout discours envisagé. Il s'agira d'examiner le fonctionnement des interjections vocaliques (Voc) selon les cinq types d'emploi de la structure du DR distingués par Vincent et Dubois (Le discours rapporté au quotidien, 1997 : 60-73). Ces deux auteures posent notamment que "les énoncés de type reproduction s'intègrent à un réseau [narratif] d'actions et de réactions ; les énoncés qui servent à actualiser et à asserter des propos se lient à l'action et entraînent un argument ; les énoncés pseudo-rapportés et les énoncés inventés s'imbriquent dans une argumentation et génèrent des arguments" (op. cit. : 70). L'actualisation et l'assertion qui, "intervenant dans un système intermédiaire, (...) jouent sur les deux plans" (ibidem) sont bien sûr les types les plus intéressants pour croiser les paramètres.
Lors du premier colloque Ci-Dit (Bruxelles 2001), j'ai travaillé avec L. Fauré sur des séquences narratives incluant des discours directs (DD) de type reproduction : nous avons proposé de voir dans les Voc placées en frontière initiale de DD des pivots dialogiques entre le discours citant et le discours cité, en montrant par exemple que le choix d'un ah ou d'un oh relève de l'attitude modale du narrateur à l'égard du contenu propositionnel, et contribue à l'évaluation de l'interaction représentée, donc à la dimension argumentative du récit.
Je prendrai ici en compte les deux frontières du DD et privilégierai les occurrences que leur cotexte pose explicitement ou implicitement comme moins véridictionnelles : pseudo-reproduction, actualisation et invention. Soit l'exemple suivant, qui présente deux DD "actualisant" des propos que le locuteur n'a jamais entendus, mais suppose et/ou typise :
i fallait bien que ce soit ces gars là qui qui qui disent bon / euh 461-MK-30 on le voit passer à tel endroit bon eh / i s'i passe à telle heu- / à telle heure il était là telle heure / avec une voiture eh / is te voient / le numéro de ta voiture c'est fini eh / là-bas à la préfecture / oh ah mais c'est untel bon / eh / c'était comme ça eh / (Ladrecht, Bonnoure, 335A).
(i) La présence de Voc en frontière initiale et finale de DD n'ayant manifestement pas de prétention à l'authenticité constitue un nouvel argument en faveur d'une valeur instructionnelle des Voc. Réciproquement, cette valeur instructionnelle doit permettre (ii) de mieux comprendre l'articulation du DD avec son cotexte narratif et/ou argumentatif d'amont comme d'aval, (iii) et de mieux décrire les sous-catégories de DR en question. L'étude portera sur des corpus de français oral contemporain, spontanés ou recueillis par interviews.
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Diane Vincent et Olivier Turbide
CIRAL, Université Laval, Québec, Qc
Le discours rapporté dans le discours politique : un révélateur de la construction des idéologies et de l'image publique
C'est bien connu, le discours rapporté rempli diverses fonctions dans le discours. Nous nous intéressons dans cet exposé à l'une d'elles, la fonction d'autorité, définie antérieurement comme la fonction qui est activée lorsqu'un locuteur utilise la structure du discours rapporté pour reproduire un argument qu'il reprend à son compte (Vincent et Perrin 1999). Cet argument peut être emprunté à différentes "autorités" ; l'éventail est large, des plus reconnues aux moins reconnues, des experts aux communs des mortels, des personnages singuliers aux collectivités.
Pour cette communication, nous avons ciblé l'argument d'autorité rapporté dans le discours politique. Plus spécifiquement, nous analyserons des productions discursives des chefs des trois principaux partis politiques en concurrence lors de la compagne électorale du printemps 2003 au Québec. Notre corpus est constitué de situations de communication comparables puisque nous avons sélectionné les activités communicationnelles médiatiques auxquelles se sont prêtés, conjointement ou en alternance, les trois chefs de partis.
Nous posons comme hypothèses que
les autorités appelées à la barre discursive par les politiciens reflètent des allégeances, des coalitions, des zones d'influence significatives ;
le recours aux citations des adversaires et aux auto-citations est stratégique ;
la situation de communication (débats, entrevues, discours partisans) influence le choix des autorités citées ;
l'usage du discours rapporté d'autorité peut révéler des stratégies de séduction des publics cible dont on sait qu'ils seront sensibles soit aux arguments populistes, émotifs, intimistes, soit aux arguments savants, technocratiques, factuels.
Cette recherche devrait être révélatrice d'une part d'idéologies que les politiciens rendent plus ou moins explicites (qui oscillent entre le néo-libéralisme et la sociale-démocratie) et d'autre part de l'image d'eux-mêmes et de leurs adversaires qu'ils veulent laisser aux électeurs.
Vincent, Diane et Laurent Perrin, 1999, "On the narrative versus non narrative functions of reported speech. A socio-pragmatic study", Journal of Sociolinguistics, 3, 3, 291-313.
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María Dolores Vivero García
Universidad Autónoma de Madrid
Foyer énonciatif et foyer de conscience: deux façons de construire l'autre dans les discours
A l'intérieur du champ englobant du discours rapporté, la construction textuelle du point de vue apparaît comme un phénomène particulièrement déterminé par le genre discursif. En effet, alors que dans les genres fictionnels le locuteur semble pouvoir rapporter librement, dans les limites du vraisemblable, non seulement les faits discursifs observables mais encore des faits non observables tels que les faits de conscience, les points de vue non exprimés, les sentiments ou les états psychologiques d'autrui, dans les discours non fictionnels, en revanche, cela ne semble pleinement justifié que lorsque l'on parle de soi-même.
Nous partirons de quelques constats sur la construction du point de vue dans le discours littéraire, selon une réflexion déjà amorcée (Vivero 2001 et à paraître), pour examiner les relations étroites entre le point de vue, le discours indirect libre et la notion d'énonciateur selon Ducrot. Nous analyserons, en particulier, des énoncés dont le contexte ne fournit aucun indice de discours rapporté, mais qui présentent quand même la marque ou l'indice contextuel d'une origine énonciative non imputable au locuteur primaire ; leur description en termes de mise en scène d'un énonciateur permet, selon nous, de mettre en évidence leur spécificité par rapport au discours indirect libre. Ces analyses nous mèneront à distinguer deux types de procédés:
a) la construction textuelle d'un foyer énonciatif distinct du narrateur, que ce soit au moyen du discours rapporté à proprement parler ou par la mise en scène, dans les propos mêmes du narrateur, d'un énonciateur assimilé à un personnage. Le terme "foyer énonciatif", que nous empruntons à Rastier (2001), est ici utilisé comme synonyme d'origine énonciative.
b) la construction textuelle d'un foyer de conscience et/ou de perception distinct du narrateur. La notion de "foyer de conscience", que nous introduisons, est proche de celle de "sujet de conscience", mais n'implique pas nécessairement d'empathie. On dira que le texte construit (explicitement ou implicitement) un foyer de conscience distinct du narrateur lorsqu'on associe des sentiments, des opinions ou des perceptions sensitives à un personnage. Un foyer de conscience n'est pas toujours construit comme une origine énonciative. Ainsi, en rapportant ce que ressent ou ce que voit un personnage, on n'en fait pas un foyer énonciatif.
Certes, les deux phénomènes peuvent apparaître associés dans la production de l'effet de point de vue, et les glissements de l'un à l'autre brouillent souvent, dans les textes concrets, les frontières qui les séparent. Toutefois, pour pouvoir identifier ces glissements ou pour étudier le rôle de certains procédés spécifiques (par exemple, le rôle des pensées indirectes libres dans les effets de focalisation), il nous paraît indispensable d'être muni de catégories conceptuelles distinctes. A partir des distinctions conceptuelles proposées, nous tenterons de préciser dans quelle mesure le concept de point de vue peut intégrer le champ du discours rapporté.
Nous essayerons, pour terminer, d'appliquer les catégories proposées à quelques fragments de discours journalistique afin d'explorer sommairement leur forme d'apparition dans ce type discursif.
Références bibliographiques:
Authier, Jacqueline (1982), "Hétérogénéité montrée et hétérogénéité constitutive: éléments pour une approche de l'autre dans le discours", DRLAV, 26.
Jaubert, Anna (2000), "Discours rapporté, énonciation, point de vue. Le problème du clivage", Scolia, 13.
Maingueneau, Dominique (2000), "Instances frontières et angélisme narratif", Langue franáise, 128.
Marnette, Sophie (2002), "Aux frontières du discours rapporté", Revue romane, 36-2.
Rabatel, Alain (1998), La construction textuelle du point de vue, Lausanne-Paris, Delachaux et Niestlé.
Rabatel, Alain (2001), "Les représentations de la parole intérieure. Monologue intérieur, discours direct et indirect libres, point de vue", Langue française, 132.
Rastier, François (2001), Arts et sciences du texte, Paris, PUF.
Vivero García, María Dolores (2001), El texto: teoría y análisis lingüístico, Madrid, Arrecife.
Vivero García, María Dolores (à paraître), "Discours, opinions et regards d'autrui. Repères pour une approche linguistique de la focalisation interne". Actes du congrès "L'autre et soi-même", Universidad Autónoma de Madrid, 24-27 février, 2003.
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Patricia von Münchow
Université Paris V
Le discours rapporté comme "révélateur énonciatif" grâce à la comparaison de genres proches
Dans cette communication, on s'efforcera de montrer, dans une sorte de "mouvement en aller-retour" :
l'impact de l'analyse du discours rapporté (ou représentation du discours autre, selon la terminologie de J. Authier-Revuz) sur la description des genres discursifs (de même que de tel ou tel corpus précis) ;
l'impact de la comparaison de différents genres sur la mise en évidence des caractéristiques de chaque genre au plan du discours rapporté.
La communication repose en premier lieu sur l'étude du discours rapporté dans 328 messages postés en 2001 sur le forum de discussion créé sur le site de la DUCSAI (Démarche d'Utilité Concertée pour un Site Aéroportuaire International), www.ducsai.org, pour susciter un débat public sur la création et l'implantation d'un futur troisième aéroport de la région parisienne. Or pour mettre au jour les particularités de l'emploi du discours rapporté dans le forum étudié, on a non seulement repéré les traits récurrents (en termes de type de discours rapporté, degré de marquage, identité des "locuteurs rapportés", introducteurs, etc.), mais aussi relevé les éléments qui, du point de vue du discours rapporté, distinguent ce corpus d'autres corpus. Il s'est notamment avéré intéressant de comparer certains traits du forum de la DUCSAI à ceux qu'on a relevés lors d'une description du forum de discussion sur l'environnement fr.soc.environnement (corpus également recueilli en 2001). À la différence du forum de la DUCSAI, il s'agit là d'un forum non modéré, les deux corpus ne relevant donc pas exactement du même genre. Par ailleurs fr.soc.environnement donne lieu à des discussions sur des thèmes très variés et ne s'inscrit dans aucun processus de concertation politique.
Alors que fr.soc.environnement est un forum rétif à intégrer du discours rapporté marqué comme tel (les participants sont généralement l'objet de moqueries lorsqu'ils citent du discours autre sans argumenter tout de suite contre ce dernier), mais qui contient un assez grand nombre d'énoncés relevant du discours rapporté libre, le forum de la DUCSAI contient un grand nombre de discours rapportés clairement marqués, mais se montre rétif à l'allusion. La représentation du discours autre se fait donc de façon plutôt "sérieuse", non ludique : on ne joue pas sur une quelconque connivence ; on préfère au contraire s'assurer du fait d'être compris. Par ailleurs, le discours direct s'avère fort récurrent sur le forum de la DUCSAI, récurrence qu'on interprète comme témoignant de la volonté des locuteurs de donner d'eux-mêmes une image "sérieuse" de personnes qui citent avec exactitude les discours contre lesquels ils argumentent, en général.
Ces traits du discours rapporté dans le forum de la DUCSAI (qui ne ressortent que grâce à l'étude comparative qu'on a menée en intégrant dans l'analye le forum fr.soc.environnement) semblent particulièrement intéressants car révélateurs d'une configuration énonciative constamment niée sur le forum, entre autres par l'intermédiaire de certains introducteurs de discours rapporté. En effet, le corpus se distingue par une forte insistance sur la non-représentation du discours autre : les participants accusent constamment les "décideurs" de ne pas dire si x, ne pas avoir répondu à la question de savoir si x, etc. Ils affirment par ailleurs devoir répéter sans cesse que x. L'impression d'ensemble qui est véhiculée est que les participants croient les "décideurs" absents du débat. Or les formes nettement marquées du discours rapporté montrent une inscription volontairement "sérieuse", non ludique, dans le débat mené avec les personnalités politiques, qu'on ne croit donc manifestement pas autant hors d'atteinte qu'on l'affirme. C'est parce qu'on ne parle pas seulement DE ces "décideurs" (comme c'est le cas dans fr.soc.environnement) mais aussi AVEC eux qu'il faut prendre certaines précautions dans la représentation du discours autre.
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Liste de résumés
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Liste de spécialistes du Discours Rapporté
Mise à jour: 27 janvier 2004
Courriel: sophie.marnette@balliol.ox.ac.uk
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