Ci-Dit

Troisième colloque international et interdisciplinaire

Université Laval, Québec du 5 au 7 octobre 2006

Circulation des discours et liens sociaux:

Le discours rapporté comme pratique sociale

 

Résumés des communications: Page 1 (A-L)

Pour voir la seconde page des résumés (M-Z), cliquer ici

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Maria Aldina Marques

Universidade do Minho- Portugal, mamarques@ilch.uminho.pt

Campagne électorale et médisance – circulation et fonction de la médisance en campagne électorale.

En politique il est parfois difficile de faire la distinction entre la vie privée et la vie publique des politiciens. Les campagnes électorales favorisent cette indistinction et, parfois, le ouï-dire, les rumeurs, la médisance, en définitive, font partie du débat publique ou de l’ambiance électorale vécue.

Essayant d’établir la distinction entre ce qui est publique et ce qui est privé en politique, je me propose d’analyser la circulation des rumeurs en campagne électorale au Portugal, particulièrement les supports de circulation, les formes verbales qu’elles assument et le rôle communicationnel qu’elles y jouent.

Références:

Bolardi, A Emma Sopeña and Pardo, María Amparo Olivares. 2000. "Actos Lingüísticos descorteses.  In Lengua, Discurso, Text. I Simposio de Análisis del Discurso, José Jesus Bustos Tovar, P. Charaudeau, J. L. Girón, S. Iglesias and C. López Alonso (eds.), 1025-1035. Madrid: Visor.

Duarte, Isabel Margarida. 2003. O relato de discurso na ficção narrativa : contributos para uma análise da construção polifónica de Os Maias de Eça de Queirós. Lisboa: Fundação Calouste Gulbenkian ; Fund. para a Ciência e a Tecnologia,

Langages nº156. Décembre, 2004. (coord. Alain Rabatel).

Marques, Maria Aldina. 2000. Funcionamento do Discurso Político Parlamentar – a organização enunciativa no debate da Interpelação ao Governo. CEHUM. Braga: Universidade do Minho.

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Antoine Aufray

Doctorant Université de Paris 4-Sorbonne, antoine.aufray@paris4.sorbonne.fr

Paroles privées, parole publique : quelques exemples de perméabilité du discours privé en allemand

Dans nos sociétés occidentales contemporaines, les locuteurs baignent en permanence dans un environnement de paroles publiques émanant des journalistes, des hommes politiques ou des experts, c'est-à-dire de toute personne susceptible d'accéder à ce "floor" particulier que représente l'espace constitué par les moyens de communication à grande échelle que sont les journaux, la télévision et la radio. Ces discours marquent de leur empreinte le quotidien et les conversations privées. Dans le cadre de recherches sur l'allemand oral, il n'est pas étonnant, dès lors, de remarquer des interférences entre ce discours public et la parole privée ou encore des phénomènes de reprise et de circulation d'expressions à l'intérieur même de l'espace public : ainsi quand un ami nous demande après un éternuement : "tu as la grippe aviaire ?", ou quand le chancelier Schröder reprend le terme de D. Rumsfeld en le modifiant : das gute alte Europa (la bonne vieille Europe).

Si, dans le cadre de ma thèse, mon intérêt se porte en priorité sur l'étude du discours rapporté dans un cadre privé et à l'échelle de l'individu ou du groupe d'amis ou de connaissances, il m'est néanmoins impossible d'ignorer le caractère spécifique de la reprise de paroles publiques ou médiatiques et il est par ailleurs important de chercher à la repérer et à la caractériser par rapport à l'objet principal de l'étude. Telle est la visée de la communication que je propose.

En effet, à cause de la nature différente des paroles publiques reprises en privé (quant à leur origine et donc leur identification possible en tant qu'"autre" du discours), c'est sur un mode particulier qu'apparaît, dans ce type de reprises, que nous sommes imprégnés du discours des autres. Signaler que l'on parle à un moment consciemment avec les mots des autres (par le discours rapporté, direct ou indirect, par la crypto-citation, le clin d'œil ou l'imitation manifeste) n'est qu'un moyen pour le sujet d'affirmer une maîtrise de son discours qui en fait lui échappe largement en tout autre lieu de son dire.

Dans cette dialectique de l'hétérogénéité marquée et de l'hétérogénéité constitutive du dire, la reprise de propos publics et de termes propagés par les médias, marquée ou non, est un terrain d'observation privilégié. L'" ambiance " des discours médiatiques en partage à tous les locuteurs d'une conversation dispense bien souvent de signaler explicitement la source du propos "original" du dire, mais ces propos se repèrent en général mieux (pour peu que l'on soit au courant des préoccupations publiques d'une société donnée et des termes dans lesquelles elles s'expriment) que des reprises non marquées de discours autre dont seul le locuteur peut être conscient (comme le discours parental par exemple). L'"ambiance" discursive du moment se retrouve ainsi dans les conversations privées sous diverses formes qui constituent un continuum allant de la simple reprise d'expressions en vogue (grippe aviaire, lutte contre le terrorisme) à la citation explicite en discours direct. Le mécanisme linguistique qui joue dans tous les cas et qui permet aux propos publics de circuler ainsi est bien sûr l'autonymie et la connotation autonymique, voie d'entrée dans le discours du discours de l'autre.

Mon but dans cette communication sera de présenter un certain nombre d'exemples de ce type de reprise de propos publics et de chercher à les caractériser formellement et énonciativement pour les situer dans l'étude du discours rapporté. La question sous-jacente étant de savoir si les phénomènes de reprise de propos publics obéissent purement et simplement aux mêmes règles compositionnelles que la représentation de paroles privées, entendues ou inventées par les locuteurs et si ceux-ci se positionnent dans leurs discours de la même façon vis-à-vis des premiers et des secondes. Mon hypothèse est que formellement, ce type de circulations peut emprunter les mêmes voies que la reprise de paroles privées, mais que même dans leur intégration la plus parfaite au discours du locuteur, elles conservent une hétérogénéité fondamentale et repérable. Par leur existence, elles forment et informent en partie les conversations privées, orientant nos propos, notre humour et nous amenant en permanence à nous situer subjectivement par rapport au discours dominant quand il ne se fond pas tout simplement dans notre propos.

Références:

Jacqueline Authier-Revuz, 1995, Ces mots qui ne vont pas de soi, boucles réflexives et non coincidence du dire, Larousse, Paris

Jacqueline Authier-Revuz, 1984, Hétéronéité(s) énonciative(s) in Langages n. 73 Larousse, pp. 98-111

Gisela Brünner, 1991, "Redewiedergabe in Gesprächen", in Deutsche Sprache 1, 1-15

Laurent Danon-Boileau, Marie-Annick Morel,1998, Grammaire de l'intonation, l'exemple du Francais, Bibliothèque de Fait de Langue, Paris

Susanne Günthner, 2000, Vorwurfsaktivitäten in der Alltagsinteraktion, Niemeyer, Tübingen

Viktor Klemperer,1978, LTI, Reklam Leipzig

Josette Rey-Debove, 1997 (1978), Le Métalangage, étude linguistique du discours sur le langage, Paris, Armand Colin, coll. U

Johannes Schwitalla, 1997, Gesprochenes Deutsch, eine Einführung, Erich Schmitt Verlag, Berlin

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Nathalie Auger - Université Paul Valéry, Montpellier 3, Nathalie.Auger@univ-montp3.fr

Béatrice Fracchiolla - Université de Toulon, bearfrac@yahoo.com

Claudine Moïse - Université d'Avignon, Claudine.moise@univ-avignon.fr

Christina Schultz-Romain - Université de Provence, Aix-Marseille, chschultzromain@aol.com

Michelle Van Hooland, michelle.vanhooland@free.fr

Construction et circulation des discours sur la violence verbale : des médias aux politiques 

Ce panel, composé de trois communications, s'inscrit dans le cadre du projet de recherche sur la violence verbale, mené à l'université d'Avignon. Par cette recherche, nous nous appliquons à examiner, à travers différents corpus (milieux institutionnels et situations informelles), les conditions de production matérielle et symbolique de la violence verbale. Nous avons défini la violence verbale comme des " montées en tension interactionnelle " marquées par des " déclencheurs " spécifiques, processus qui s'inscrit dans des rapports de domination entre les locuteurs, des télescopages de normes et de rituels, des constructions identitaires.

De façon plus large, la violence verbale en interactions – comme la violence sociale – est identifiée voire dénoncée à travers les discours institutionnels, politiques et médiatiques en circulation. Elle s'appréhende donc aussi dans la perspective d'une sociolinguistique des espaces discursifs (Heller, M. 2002) ; les discours à l'œuvre sur la violence verbale structurent, modifient, élaborent à la fois l'espace social et les représentations sur la violence et sur ses auteurs ; ils participent aussi de la formation des idéologies sociales et linguistiques, des identités et donc des pratiques langagières.

A partir de trois sites ethnographiques clés de construction des discours sur la violence verbale, les médias, l'éducation nationale, et l'assemblée nationale, nous verrons donc comment se construisent les notions de violence et de violence verbale, comment elles sont définies et catégorisées selon les intérêts institutionnels concernés. Nous définirons aussi les profits à tirer, dans la mise en œuvre de ces discours, par leurs détenteurs légitimes et légitimés. Enfin, nous analyserons comment la construction linguistique de ces discours participe de leur diffusion et de leur appropriation pour façonner une pensée dominante, socialement et idéologiquement inscrite. Finalement, il s'agit au moyen de la production-circulation des discours, et dans une perspective historique, d'analyser les changements sociaux en cours et de voir comment ces discours créent des discours hégémoniques au sein d'une société en crise idéologique.

Circulation du concept de violence verbale dans l'Education nationale

Parmi les actes de violence répertoriés ("intrusions, dégradations, vols, menaces, bizutage, port d'arme, violences physiques, racket, violences sexuelles "), le Ministère de l'Education Nationale à partir du Bulletin Officiel de 1998, cite les " violences verbales " composées des " insultes " et des " injures ". Suit dans le bulletin une série de " conduites à tenir " et les " qualifications pénales ". Ces " violences verbales " sont - semble-t-il - aux yeux de l'institution, facilement identifiables d'un point de vue pragmatique, voire lexical, et de nature à être contrôlées pénalement. Nous nous proposons, dans la perspective de la circulation des discours en milieu scolaire, d'étudier comment le concept de violence verbale est construit à travers les textes officiels et les circulaires et comment et pourquoi il est mis en circulation par les représentants de l'Education Nationale et par les enseignants eux-mêmes.

La relation médias / société en question : un cas de violence dans une banlieue de Perpignan 

Dans un cas de violence physique et verbale étudié à Perpignan, dans le sud de la France, la violence médiatique s'exerce à deux niveaux : par la distorsion du débat qui a lieu dans la presse nationale mais aussi par la violence exercée à l'encontre d'un acteur social (le principal d'un collège). On comprend alors comment un événement survenu au niveau local peut faire violence tant sur le plan de la forme, c'est-à-dire en transformant une véritable réflexion en fait divers, que sur le plan du fond en s'éloignant du cœur de la problématique liée à la violence scolaire.

Cette analyse relève donc d'une approche synchronique de la violence verbale avec des effets directs de cette circulation des discours sur les protagonistes de l'histoire. On pourra interroger les figures qui font autorité en matière de circulation des discours (les médias) en regard d'autres acteurs sociaux (principal, parents d'élèves) au travers de marqueurs linguistiques, de formulations spécifiques…

Construction de la violence et de la violence verbale et visées politiques

L'une des premières institutions françaises, l'Assemblée Nationale, (qui était encore il y a quelques années " la Chambre des députés ") est le lieu de débats houleux. Grâce à la retransmission nationale des " séances de l'Assemblée " le mercredi après midi sur France 3, chaîne de télévision française, et aujourd'hui à la chaîne parlementaire, les diverses manifestations de violence verbale qui y ont cours entre députés de la majorité et de l'opposition sont bien connues. C'est dans ce cadre qu'il nous paraît intéressant d'observer les échanges violents - dont on peut se demander s'ils sont plus ou moins ritualisés - qui s'y déroulent. En particulier lorsque les lois qui y sont débattues et discutées, sont propres à transformer profondément l'organisation de la société. On peut penser par exemple à des exploits " historiques " tels que le discours de 5h de la députée Christine Boutin lors du vote sur le PACS (Pacte Civil de Solidarité). Ou encore à la loi votée sur le port du voile en milieu scolaire et à la levée du tabou selon lequel la police n'était pas autorisée à pénétrer dans des établissements scolaires. Nous souhaitons ici observer comment ce discours de l'insulte et de la violence verbale parlementaire s'organise par rapport au discours sur l'immigration et aux diverses violences urbaines qui se sont déroulées en France aux mois de novembre 2005, dans une forme de mise en abyme. Pourquoi et comment ces discours ont-ils été construits dans l'enceinte de l'Assemblée, repris et affichés comme " sensationnels " dans les discours politiques officiels ?

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Mathieu Berger

Université Libre de Bruxelles, mathieu.berger@ulb.ac.be

Arènes déliberatives et discours rapporté

À travers la Région bruxelloise, la Commission Locale de Développement Intégré - CLDI –rassemble élus locaux, experts urbanistes, fonctionnaires régionaux, associations locales et simples citoyens dans une concertation autour de projets urbanistiques à caractère sensible. Avant-scène de la politique urbaine locale, elle est le lieu où se compose et se recompose continuellement un ensemble hétérogène de propositions (Latour 1999) formulées antérieurement et/ou sur d'autres scènes. L'arène publique constituée autour d'une affaire d'aménagement urbain n'est pas un espace-temps uniforme et homogène. L'espace se décompose en une multiplicité de lieux de focalisation de l'attention, en une architecture de scènes et de coulisses - commission locale, conseil communal, cabinet ministériel, ateliers d'urbanistes, groupes de travail, comités de quartier, discussions informelles dans un bar, etc. ; le temps en différents types de temporalisation, chacun avec ses propres rythmes et ses propres qualités (Cefaï 2002). Qu'il s'agisse pour certains des participants de se repérer dans les articulations complexes de ce qu'ils envisagent comme un "labyrinthe" ou une "nébuleuse", qu'il s'agisse pour d'autres de maintenir une impression d'ordre et de continuité, le discours rapporté - DR - constitue une ressource privilégiée. Les membres de la CLDI y ont sans cesse recours pour se situer dans l'arène délibérative, pour rendre leur propos intelligible et convaincant, pour y négocier leur position en même temps que celle d'autrui.

Une étude des usages situés du DR permet d'offrir une perspective historique et morale à l'analyse microsociologique de ces tables rondes, véritables carrefours de l'activité politique locale; les stratégies identitaires et de présentation de soi engagées dans l'énonciation s'envisageant ici dans la relation dialogique aux voix extérieures ou aux événements passés que représentent ces constructions discursives (Vincent 2004).

A partir d'exemples tirés de la transcription d'une quinzaine de réunions CLDI, nous

montrerons comment élus locaux, experts techniques et simples citoyens recourent au DR pour légitimer ou remettre en question une structure de rôles interne à la table ronde, tout en renvoyant par-là à des représentations distinctes concernant les contours du public politique plus large (Dewey 1927) et l'articulation spatio-temporelle de l'arène délibérative.

Références:

Cefaï, D., (2002), " Qu'est-ce qu'une arène publique ? Quelques pistes pour une approche pragmatiste ", in Cefaï, D. & Joseph, I. (dir.), L'héritage du pragmatisme. Conflits d'urbanité et épreuves de civisme, Editions de l'Aube, La Tour d'Aigues.

Dewey J., (2003, trad.), [1927], Le public et ses problèmes, Farrago/Presses de l'Université de Pau.

Latour, B., (2004) [1999], Politiques de la nature. Comment faire rentrer les sciences en démocratie, La Découverte, Paris.

Vincent, D., (2004), " Discours rapporté, représentations sociales et présentation de soi ", in Lopez Munoz, J.M., Marnette, S. & Rosier, L. (eds.), Le discours rapporté dans tous ses états, L'Harmattan, Paris, pp. 245-244.

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Françoise Boch, Francis Grossmann et Fanny Rinck

Université Stendhal, Grenoble III, Francoise.Boch@u-grenoble3.fr fanny.rinck@u-grenoble3.fr francis.grossmann@u-grenoble3.fr

La circulation des évidences et des pseudo-évidences dans le discours scientifique

La rhétorique du discours scientifique impose fréquemment de présenter son propos comme neuf et original, le propre de la science étant de bousculer les idées toutes faites. Devant montrer son originalité, l'auteur convoque la tradition, la mode, l'air du temps pour mieux s'en démarquer. Cette stratégie le conduit parfois à homogénéiser ce qui est divers, et à rassembler sous une même bannière des auteurs ou des points de vue bien différents. Pour ce faire, sont utilisés différents procédés  (voir Grossmann et Rinck, 2005) :

- des procédés d'effacement énonciatif : étiquettes généralisantes (les stylisticiens, les nominalistes, les détracteurs de [telle conception]), désignations hyperonymiques (les auteurs), identifications indéterminées (certains, d'aucuns, on), voire implicites, seul un verbe épistémique en construction passive ou infinitivale étant représenté (par ex. dans analyser X comme ... revient à ...) ;

- des " marqueurs évidentiels " du savoir du type il semble que ou il paraît que, aboutissant à la " dilution linguistique des responsabilités " (Nølke, 1994) ;

- des procédés de narrativisation, permettant la distribution des rôles et des points de vue,  grâce à des déictiques textuels tels que désormais ou depuis, des particules négatives impliquant l'impossibilité du retour en arrière comme ne… plus, des conjonctives comparant un état antérieur et un état actuel ou encore des adverbes indiquant la préférence comme plutôt ; le point de vue dominé est rejeté dans l'arrière-cour de l'histoire, ce dont témoignent aussi les antithèses lexicales qui permettent d'opposer le point de vue valorisé à celui que l'on déprécie.

Ces différents procédés se conjuguent pour mettre en circulation des scénarios ou des versions de l'aventure scientifique, qui s'apparentent parfois à la rumeur, en faisant passer, par exemple, une opinion défendue par un auteur mineur pour une vérité admise. Cependant, le point de vue du " rumorologue " pouvant lui-même être déconstruit (voir la critique salutaire de  Froissart, 2002), il importe de juger sur pièces, de manière à pouvoir décrire cette rhétorique particulière consistant à reconstruire l'histoire scientifique. Nous nous proposons donc d'étudier, à partir d'un corpus de 220 articles de recherche, dans deux disciplines (Sciences du Langage et Lettres) quelques uns de ces méta-récits scientifiques, dans lesquels l'auteur  oppose son point de vue à ce qu'il présente comme une vérité admise. Nous nous demanderons d'abord, en comparant les articles des chercheurs confirmés à ceux des doctorants, s'il s'agit ou non d'une pratique experte. Nous distinguerons, de ce point de vue, opposition à la doxa et opposition à la tradition scientifique, qui renvoient à deux aspects différents. Nous nous intéresserons ensuite à la sélection des objets  théoriques qui donnent lieu, de manière privilégiée, à ce traitement discursif. Nous tenterons ensuite de repérer, à travers la mise en discours réalisée, les fonctions pragmatiques privilégiées par ce type de reconstruction. Pour finir, nous reviendrons sur le statut épistémologique de la notion d'évidence, utilisée dans des sens différents mais " dialogiquement " apparentés en linguistique et dans d'autres sciences sociales, en interrogeant son degré de pertinence pour l'étude du discours rapporté.

Références:

Froissart,  P. (2002) : La Rumeur. Histoire et fantasmes, Paris, Éditions Belin.

Dendale P. et Tasmowski,  L. (1994) (dir.) : Les sources du savoir et leurs marques linguistiques, Langue française, 102.

Dendale P., Tasmowski L. (2001):  Introduction: evidentiality and related notions, Journal of pragmatics, 33:3, 339-348 .

Grossmann, F. & Rinck F. (2004) : La surénonciation comme norme du genre : l'exemple de l'article de recherche et du dictionnaire en linguistique, Langages, 156, 34-50.

Nølke, H. (1994) : La dilution linguistique des responsabilités. Essai de description polyphonique des marqueurs évidentiels il semble que et il paraît que, Langue Française, 102, 84-95.

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Laura Camargo Fernandez

Universitat de les Illes Balears (Spain), laura.camargo@uib.es

 "¿Cómo hacemos circular los discursos que amenazan nuestra imagen pública?"

Una de las características más destacadas de las historias orales conversacionales es la aparición constante de escenas polifónicas en forma de diálogos en los que el narrador/locutor encarna alternativamente la figura de distintos enunciadores a los que da vida a través de su voz (Ducrot 1984). En dichos diálogos, cada una de las instancias de discurso reproducido representa los turnos de habla de la conversación referida. El "diálogo reconstruido" (Tannen 1989) es un exponente de dramatización dentro del discurso monológico, en el cual el hablante pasa a un formato interactivo compuesto bien de pares de preguntas y respuestas, o bien de una observación o una argumentación y una evaluación (Vincent y Perrin 1999).

Entre los distintos corpus de narraciones orales que hemos manejado en trabajos anteriores (Camargo 2004), aparece un buen número de casos en los que el narrador aprovecha su relato para desmentir opiniones ajenas de cuya circulación ha tenido noticia y que constituyen actos amenazadores para su face o imagen pública (Brown y Levinson 1987). En estos casos, el narrador debe informar a su auditorio del contenido de las calumnias que circulan sobre su persona, circunstancia que aprovecha, primero, para desmentir dichas acusaciones y, segundo, para restaurar y reparar su imagen positiva.

En esta comunicación, y a través de la presentación de ejemplos procedentes de los mencionados corpus de historias orales, explicaremos las formas representación del discurso utilizadas por los hablantes para informar de la circulación de ideas que pueden ser amenazadoras para su imagen, así como los recursos polifónicos que utilizan para tratar de restaurarla y reforzarla. Para lo primero, nos valdremos de la clasificación de las formas de referencia metapragmática con representación textual establecida por Reyes (2002), mientras que para lo segundo estudiaremos la presencia de las voces de "testigos", cuyo discurso otorga verosimilitud a la palabra del locutor y crea instancias de integración y polarización de los participantes en los hechos narrados (Kerbrat-Orecchioni&Plantin 1995; Labov 2003).

Références:

Brown, P., S. C., Levinson (1987), Politeness: some universals in language usage, Cambridge, Cambridge University Press.

Camargo Fernández, L. (2004), La representación del discurso en la narración oral conversacional. Estudio sociopragmático, Madrid, Universidad de Alcalá (Tesis doctoral inédita).

Ducrot, O., 1984, Le dire et le dit, Paris, Minuit.

Kerbrat-Orecchioni, C., C. Plantin, 1995, Le Trilogue, Lyon, Presses universitaires de Lyon, Linguistique et sémiologie.

Labov, W., 2003, "Uncovering the event structure of narrative", en D. Tannen y J. E. Alatis (eds.), Georgetown University Round Table on Languages and Linguistics 2001, Washington DC, Georgetown University Press, pp. 63- 83.

Reyes, G. (2002), Metapragmática. Lenguaje sobre lenguaje, ficciones, figuras, Valladolid, Universidad de Valladolid, Cátedra Juan de Valdés.

Tannen, D. (1989), ""Oh talking voice that is so sweet": constructing dialogue in conversation", D. Tannen, Talking Voices. Repetition, Dialogue and Imagery in Conversational Discourse, Cambridge, Cambridge University Press, 98-133.

Vincent, D. & L. Perrin, (1999), "On the narrative vs. non-narrative functions of reported speech: A socio-pragmatic study", Journal of Sociolinguistics, 3/3, 291-313.

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Georgeta Cislaru*, Frédérique Sitri**

* Syled (Université Paris III), ** Syled (Université Paris III) et Université Paris X fsitri@club-internet.fr

La représentation du discours autre dans des signalements d'enfants en danger : une parole inteprétée ?

Si l'on se penche, comme nous y invite la thématique retenue pour le colloque, sur les " usages sociaux " du discours rapporté, un cas apparaît particulièrement intéressant : celui où le recueil et la " mise en circulation " d'une parole singulière vise à provoquer l'intervention de la société, sous la forme des services sociaux ou de l'institution judiciaire. C'est ce qu'on observe dans les écrits (rapports, lettres, notes d'évaluation) par lesquels de " simples citoyens " ou des travailleurs sociaux signalent aux autorités compétentes, administrative ou judiciaire, le danger couru par un enfant. La parole de l'enfant ou de ses proches, qu'elle soit recueillie " accidentellement " par un enseignant, une infirmière scolaire ou dans le cadre plus formel d'un entretien, par un professionnel de l'Aide sociale à l'Enfance, est " représentée ", pour ainsi dire mise en scène par un scripteur qui assigne explicitement à son écrit une visée pragmatique : provoquer l'intervention de la puissance publique, argumenter en faveur d'une mesure éducative ou d'un placement.

Une étude qualitative et quantitative en cours sur plus de 30 dossiers de signalement fait tout d'abord ressortir le statut complexe et paradoxal de cette parole : elle constitue le seul indice d'une situation de mise en danger ou de maltraitance, ce qui lui donne son prix (il nous confie, elle nous avouera) , mais elle peut en même temps se faire rare (X refuse de parler, silence). Stockée, recueillie, mise en circulation, elle devient ainsi une donnée sociale.

Dans cette communication, nous nous centrerons sur les formes par lesquelles est représentée cette parole dans les écrits en question. A titre d'exemple, nos analyses ont d'ores et déjà fait apparaître :

- une présence massive du discours indirect, instrument privilégié de l'interprétation de la parole de l'autre, en particulier par le choix des verbes introducteurs : à côté de dit et dira (131 et 56 occurrences sur 160 pages), on recense des verbes comme explique, évoque, décrit, parle, ajoute, exprime, répond, mais aussi comme reconnaît, se souvient, estime, reproche, justifie, admet.

- La rareté du discours direct, qui apparaît fréquemment en " doublement " d'un discours indirect avec un effet d'authentification ou de monstration des " mots mêmes " : Pour autant, elle admet en abuser, expliquant qu'elle ne peut se retenir, " c'est ma nature "

- Une " constellation " de guillemets de modalisation autonymique : interprétables dans certains contextes comme des emprunts au discours dont on donne une représentation, ils laissent très fréquemment ouverts des possibles interprétatifs beaucoup plus diversifiés :  Monsieur est l'aîné d'une fratrie de 9 enfants. Il est originaire des " gens du voyage ".

L'objectif est de montrer comment les choix des scripteurs n'ont pas tant pour effet de respecter la parole de l'enfant que de faire entrer la singularité du cas dans les catégories stabilisées du champ de la protection de l'enfance, d'organiser le passage de l'intime au public.

Références:

Authier-Revuz Jacqueline, "Le guillemet, un signe de "langue écrite" à part entière", in A qui appartient la ponctuation?, J.M.Defays, L.Rosier, F.Tilkin, eds, Editions Duculot, Bruxelles,col Champs Linguistiques, 1998, p. 373-388.

Authier-Revuz Jacqueline,"Le discours rapporté", in Une Langue : le français, sous la dir. de R. Thomassone, p. 192-201, Hachette, coll. Grands Repères culturels, 2001.

Collinot André, "Le signalement d'enfant en danger, une problématique de l'événement", Linx, 52, Lexique, Terminologie, Discours, Mélanges offerts à Marie-Françoise Mortureux, 2005.

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Marion Colas-Blaise

Université du Luxembourg, marion.colas@education.lu

Quand médire de, c'est médire avec : du texte-énoncé à la pratique sociale

Focalisant l'attention sur la médisance, le commérage, le ragot et le potin, cette communication se propose de rendre compte des formes complexes du discours rapporté qui s'échelonnent sur une ligne continue ayant pour pôles extrêmes le discours rapporté au sens strict (je, tu, il rapporte un énoncé attribuable de manière univoque) et la parole collective, dont l'origine énonciative est diffuse, et que le rapporteur se contente de relayer. Un enjeu majeur concerne la mise en place de catégories d'analyse permettant, au contact de cas concrets, de décrire les déplacements opérés, en accordant une attention particulière aux zones critiques et aux cas problématiques qui défient les classifications.

La réflexion instaurera un va-et-vient entre les exemples littéraires (L. Bloy, A. Daudet, Maupassant, Proust, Aragon…) et la construction théorique (dans une perspective essentiellement sémio-linguistique et pragmatique). Pour dégager les mécanismes sous-tendant la gamme des interactions, on examinera les éléments des " scènes " prédicatives typiques des pratiques de l'énonciation malveillante (pour une sémiotique des pratiques, cf. Fontanille 2004) : les rôles joués par le texte-énoncé lui-même et son support (discours oral, lettre anonyme…) ainsi que par les actants impliqués (le sujet S1 médisant, le sujet S3 dont il médit, et S2, l'observateur individuel ou social) ; les relations modales et passionnelles (médire pour nuire, pour le plaisir, avec grâce…), en fonction des valeurs engagées, des degrés de l'implication énonciative et de la gestion de la circulation spatio-temporelle des discours ; la syntaxe qui, dans une situation sémiotique donnée, régit les investissements figuratifs et thématiques, l'enchaînement des phases antérieure et postérieure à l'énonciation malveillante elle-même, le dispositif topologique, en faisant signifier le mouvement des corps. Il s'agira, ensuite, de décrire l'ajustement avec des pratiques concurrentes (p. ex., le repas comme pratique se prêtant à la médisance, à la circulation de potins…). Sur ces bases, on mettra à nu dans les textes-énoncés les marques linguistiques (pronoms, verbes, adverbes, expressions…) qui renvoient de manière plus ou moins prévisible à l'éventail des pratiques réalisées (p. ex., en traduisant la dé-personnalisation et l'autonomisation de certains discours).

Références:

Colas-Blaise, Marion. "La médisance : mise en discours et stratégies énonciatives", in S. Mougin (éd.), La médisance, Reims, Presses Universitaires de Reims, 2006.

Colas-Blaise, Marion. "La pratique de la vengeance et ses avatars : éléments pour une poétique de la vengeance-événement", in P. Marillaud & R. Gauthier (éds), La vengeance et ses discours, Toulouse, Presses Universitaires de Toulouse-Le Mirail, 2006.

Colas-Blaise, Marion. "Le discours sapiential à l'épreuve du littéraire : énonciation en acte et subversion ", S. Freyermuth (éd.), Le livre de sagesse : le registre,  Berne, Peter Lang, 2006.

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Danielle Forget

Université d'Ottawa, dforget@uottawa.ca

La mise en jeu du discours rapporté dans le débat télévisé

Le discours rapporté est une forme discursive qui s'intègre à de nombreux types de discours. Il en est un, cependant, qui mérite une attention particulière : le débat télévisé, par la forme conversationnelle qui le caractérise et les propriétés pragmatiques qu'il met en jeu.

En effet, dans un débat télévisé, comme ceux auxquels je m'attache dans ma recherche sur l'énonciation identitaire au Québec, le discours rapporté est une pratique discursive marquante, occupant une place de choix auprès de la thèse soutenue par les participants. Il servira le plus souvent de prémisses dans l'élaboration du raisonnement ou d'argument, et ponctuera d'intensité ces différents moments du débat.

Pendant ces périodes de débat ( d'une durée de 60 minutes, pour la plupart), les intervenants 'importent' des discours autres, qu'ils s'approprient ou gardent à distance, et qui feront l'objet de discussion, passant en quelque sorte de main en main avec des reformulations, des extractions et l'inscription de modalisations dans cette 'mise en jeu', ce qui pose de manière cruciale les effets pragmatiques et idéologiques de la circulation des discours, tout en permettant d'en mesurer les effets dans une situation bien précise.

Je circonscris mon sujet en m'attardant davantage sur le contraste entre les modes de rapport de parole qui se fondent sur l'indétermination, du type : " ceux qui disent que… ". " on entend souvent des gens… ", et les réitérations des discours des propres intervenants du débat. Dans le premier cas, ce sont des formes doxiques et dans le second, ce sont des reformulations de propos actualisés qui souvent en engendrent d'autres, par complément ou rectifications. Chacun de ces modes de circulation du discours pose différemment la question de l'implication du 'rapporteur'. Dans la suite des travaux que je mène en rhétorique cognitive et en pragmatique ( cf Fall, Forget, Vignaux 2005, Forget 2000), il s'agira d'étudier ces formes, en tant qu'objets de discours, à travers des opérations de redéfinition, de composition, d'association, d'expansion ou d'opposition (Vignaux 1988). En effet, cette étude vise à configurer ces discours rapportés en relations sémantiques, cognitives et pragmatiques, de manière à mettre à jour les conditions particulières de circulation de ces discours rapportés dans le débat, c'est-à-dire comment cette circulation se manifeste, comment elle se justifie auprès des enjeux argumentatifs en discussion, si elle est facilitée par l'animateur et quel est son rôle sur la conduite du débat.

Références

Fall, K., Forget, D. et Vignaux, G. Construire le sens, dire l'identité : catégories, frontières, ajustements, Presses de l'Université Laval, Québec/Édition de la Maison des Sciences de l'Homme, Paris, 2005, 103 p.

Forget, D. et K. Fall, 'Débattre l'identité : argumentation et dynamique temporelle'. L'énonciation identitaire : entre l'individuel et le collectif, Discours social, vol XXI, 2005, p. 273-299.

Vignaux, G. Le discours acteur du monde. Énonciation, argumentation et cognition. Paris-Gap, Éditions Ophrys, 1988.

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Guillaume François

Aspirant FNRS-ULB, Université Libre de Bruxelles gui_fran@hotmail.com 

Guillemets et italiques: Marques de circulation de discours?

Guillemets et italiques sont les marques graphiques par excellence du discours rapporté (DR) et marquent en ce sens soit la circulation d'un discours, soit sa mise en circulation. Mais nos deux signes connaissent également de nombreux autres usages (cf. notamment François à paraître, Fonagy 1988 ou Rosier 1999).

Comme marques du DD on peut les voir comme signes de la circulation de discours ou de la mise en circulation. Par contre, pour les usages relevant strictement de la modalité autonymique (Authier-Revuz 1992 et 1996 et Rosier 1999) leur lien avec celle-ci est beaucoup moins évident.

Il apparaît néanmoins que toute une série d'usages relèvent à tout le moins de phénomènes proches. Ainsi, le fait d'utiliser des termes étrangers, populaires ou techniques met en lumière que ces termes ne circulent pas dans leur " univers de discours " habituel. De même, le néologisme montre la mise en circulation d'un terme, alors que l'archaïsme marque la remise en circulation d'un terme en voie de garage. Les démotivation et remotivation du signe montre quant à eux que le locuteur refuse le terme tel qu'il circule au profit soit d'un sens atténué soit d'un sens supposé premier. L'usage en mention montre que le terme ne circule pas pleinement en temps que signe transparent renvoyant à un référent, mais en temps qu'image de lui-même. Nos deux signes marquent également les titres et enseignes. Dans ce cas, la circulation des termes entrant dans la composition de ces séquences n'est pas normale. Ceux-ci, au lieu de désigner un référent plus ou moins congruent avec leur signifiant, désignent de manière exceptionnelle et par dénomination propre un objet sémiotique particulier.

Nous voyons ainsi nos deux signes cumulant apparemment deux valeurs contradictoires que nous appellerons circulation de discours et déviation de discours. Mais il nous semble que le DR ne soit pas non plus une circulation ordinaire de discours marquée par une mise en circulation, une circulation " normale " au sein de son " espace discursif " et enfin une sortie de circulation. Or, la phase médiane a pour spécificité l'appropriation que l'énonciateur fait du terme circulant, ne conscientisant quasi pas le processus. En ce sens, il nous semble que le DR, caractérisé par une non-appropriation partielle du dit circulant, est justement une circulation " extraordinaire " du discours.

Il apparaît donc que guillemets et italiques sont les marques privilégiées d'une circulation de discours " extraordinaire ". Et nous amène à nous interroger sur l'approche théorique que l'on peut faire du terme " circulation de discours " en distinguant d'un côté une circulation " ordinaire ", non marquée, caractérisée par l'appropriation du dit par l'énonciateur et une circulation " extraordinaire ", marquée, caractérisée par une non-appropriation partielle du dit par l'énonciateur.

Références

Anis, Jacques, avec la collaboration de Jean-Louis Chiss et Christian Puech (1988), L'écriture. Théories et descriptions, Bruxelles, De Boeck-Wesmael (Coll. " Prisme problématiques " n°10).

Authier-Revuz, Jacqueline (1992), Ces mots qui ne vont pas de soi. Boucles réflexives et non-coïncidence du dire, Paris, Larousse (2 vol.)

Authier-Revuz, Jacqueline (1998), " Le guillemet un signe de "langue écrite" à part entière ", in Defays¸ Jean-Marc, Rosier, Laurence, Tilkin, Françoise (1998), À qui appartient la ponctuation ? Actes du colloque international et interdisciplinaire de Liège (13 – 15 mars 1997), Paris, Bruxelles, Duculot (coll. " Champs linguistiques ").

Catach, Nina (1996), La ponctuation. Histoire et système, Paris, PUF (coll. " Que sais-je ? ").

Doppagne, Albert (1998), La bonne ponctuation. Clarté, efficacité et précision de l'écrit, Paris-Bruxelles, Duculot (coll. " Entre guillemets ".

Drillon, Jacques (1991), Traité de la ponctuation française, Paris, Gallimard (coll. " Tel ").

Fonagy, Ivan (1988), " La structure sémantique des guillemets ", Traverses, n°43, o. 90-101. typographique, Paris, Peeters, Selaf.

François, Guillaume (à paraître), " Guillemets et italiques : synonymie en langue et en discours ? ", 9e atelier des doctorants en linguistique, Paris IV Denis Diderot.

Rosier, Laurence (1998), " Discours grammatical et ponctuation : l'exemple du discours rapporté ", in Defays¸ Jean-Marc, Rosier, Laurence, Tilkin, Françoise (1998), À qui appartient la ponctuation ? Actes du colloque international et interdisciplinaire de Liège (13 – 15 mars 1997), Paris, Bruxelles, Duculot (coll. " Champs linguistiques ").

Rosier, Laurence. (1999), Le discours rapporté. Histoire, théories, pratiques, Paris-Bruxelles, Duculot.

Rosier, Laurence (2005), " L'analyse du discours et ses corpus à travers le prisme du discours rapporté ", Marges linguistiques, n°9, p. 154-164.

Wagner, Robert-Louis (1954), " Les valeurs de l'italique. Note de lecture sur Lucien Leuwen de Stendhal ", in Essai de linguistique française, Paris, Nathan.

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Lucile Gaudin,

Université de Nice Sophia Antipolis, gaudin@unice.fr

Le discours parasite – modes et figures de la circulation des discours dans le théâtre de Musset

Nous avons eu l'occasion d'examiner les formes tronquées de la confidence chez Musset dans Lorenzaccio et la pièce nous était apparue comme une tragédie de la non-circulation des discours, jusques et y compris dans la forme minimale du " je te le dis en confidence ".

Nous aimerions ici envisager un corpus plus large de pièces de Musset pour nous intéresser aux " dommages collatéraux " de la circulation des discours : des fins de non-recevoir à la proclamation en place publique, de l'affaire qui " transpire " à celle qui fait du bruit pour rien, les effets du discours circulant sont en effet analysables aussi en termes de boucle pragmatique. Il semble bien que le discours, en circulant, affecte les actants de la circulation : non seulement, exploitant à l'extrême les différents niveaux d'énonciation, il parasite les interactions interpersonnelles en " doublant " l'échange conversationnel à la façon d'une langue étrangère mais il " contamine " le locuteur-circulateur et le fait passer du simple statut d'intermédiaire à celui, plus complexe, d'interprète. Chacune des figures du circulateur (l'entremetteur, l'ami, le confident, le chandelier, le chœur, etc.) est ainsi le vecteur de plusieurs discours (deux, ou plus ?) et par là de plusieurs valeurs illocutoires.

L'alternative est alors la suivante : considérer que le discours est parasité et qu'il y a échec de la circulation ou faire du parasitage un mode possible de la circulation des discours. C'est cette seconde hypothèse que nous développerons, en étudiant conjointement les formes linguistiques et discursives des discours circulant/circulé à l'œuvre dans le théâtre de Musset, et les effets pragmatiques d'une circulation envisagée sur le mode de la contamination discursive et stylisée par les mises en œuvre théâtrales.

Références

Dubois S. et Vincent D., (1995), "Les échanges rapportés: une mise en scène de l'interaction", in D. Véronique et R. Vion (éds.) Modèles de l'interaction verbale, Aix en Provence, Publications de l'Université de Provence, 319-330.

Moirand S., (1998), "Dialogisme et circulation des savoirs", in Du dialogue au polylogue. Approche linguistique, socio-pragmatique, littéraire, actes du colloque international DoRiF-Universita CISU, Rome, 123-139.

Sitri F., (2003), L'objet du débat. La construction des objets de discours dans des situations argumentatives orales, Paris, Presses de la Sorbonne Nouvelle.

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Maria do Rosário Girão Ribeiro Dos Santos et Manuel José Silva

Universidade do Minho, Portugal, rosario@ilch.uminho.pt

Monsieur Proust et la rumeur

La Recherche proustienne, procrastination d'une vocation, s'avère bel et bien le roman de la rumeur : celle-ci, souterraine, guette l'occasion idéale de monter à la surface, de circuler à travers les dits et non-dits, de courir en tant que discours social et socialisant, de dévoiler les secrets, tout en les mettant à nu, de caractériser les espaces de l'Espace et les temps du Temps, par le moyen d'un discours rapporté ambigu, parfois fallacieux ou mensonger, souvent vrai et authentique, lisible dans les signes qu'émet la parole sous-jacente à la vie publique et privée.

Dans l'univers moisi et tendre de Combray, et ayant comme point de départ la chambre de tante Léonie, ainsi que la curiosité de celle-ci et de Françoise, les commérages prolifèrent. On disait, en effet, que Odette Swann était une cocotte ; on racontait ses liaisons, on avait cessé de voir l'oncle Adolphe…

À son tour, dans les marines de Balbec, la sexualité d'Albertine et de la 'petite bande' devient objet de potins, synonymes de soupçons, qui assaillent le narrateur-héros, même après le décès de La Prisonnière

Et que dire des salons aristocratiques d'une oisive " Belle Époque ", qui ne tarde pas à céder la place à la guerre, où les ragots atteignent le luxe, la luxure, le snobisme et le vice ?

Prisonnier d'un cercle dantesque, le personnage proustien n'a pas de répit : il a beau cacher ce que les autres veulent dévoiler, son secret jalousement gardé est, néanmoins, découvert…

Nous nous proposons d'étudier le discours de la rumeur dans quelques extraits de La Recherche, en essayant de démonter, dans une perspective thématico-sociologique-stylistique, les mécanismes qui l'encodent et le décodent, ou, en d'autres mots, l'encodage et le décodage que fait de la rumeur, à travers une phrase assassine et un humour tranchant, Monsieur Proust (comme l'appelait Céleste Albaret).

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Delphine Guedj, Université de Montpellier 3 - France

Virginie Doubli, Université de Montréal. Canada

Quand les silences prennent sens? Enfants non francophones, enfants dysphasiques à l'école

Qu'ils soient issus de l'immigration et arrivent en milieu francophone sans en parler la langue, ou qu'ils soient atteints de dysphasie, les enfants dont nous parlerons dans cette communication ont tous pour point commun d'être scolarisés en un milieu apparemment "hostile". Certains viennent de pays du Maghreb et ne parlent pas un mot de français à leur arrivée, d'autres n'ont jamais réussi à apprendre à parler alors que rien physiologiquement ne les en empêchait. Tous vont en classe et vont devoir comprendre les discours environnants et se faire comprendre. Le langage moteur de l'apprentissage et de la socialisation pour eux, devient alors un enjeu pour briser le silence dans lequel ils vivent.

Comment en classe, circulent les discours dans ces silences, qu'il s'agisse d'un temps passager pour les enfants non francophones ou du long court pour les enfants dysphasiques ?

Cette communication mêlera donc deux publics et deux lieux de vie (France et Canada) pour mettre en évidence que les discours circulent plus qu'au travers des gestes, des pictogrammes et des images, par le crible de l'interprétation du locuteur avec qui ils entrent en interaction.

Cette figure est généralement celle du maître ou de la maîtresse, mais lorsqu'elle est revêtue par "l'enfant camarade", alors les discours rapportés sont des mots d'enfants capables très tôt de "décoder" pour faire parler. Nous interrogerons tant les paramètres qui permettent aux discours de circuler que ceux qui renvoient aux impossibilités à dire et à la difficulté de briser certains de ces silences.

Références

Danon-Boileau (2002), Des enfants sans langage. Editions Odile Jacob

Gajo, L., 2001, Immersion, bilinguisme et interaction en classe. Didier.

Rabatel A., 2004, Interactions orales en contexte didactique : mieux (se) comprendre pour mieux (se) parler et pour mieux (s') apprendre. Presses universitaires de Lyon.

Santi, S. (1998) Oralité et gestualité, communication multimodale, interaction, L'Harmattan,

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Youcef Immoune

Université d'Alger, immoune_youcef@yahoo.fr

Entre ethos et pathos : approche pragmatique et relationnelle de la réception des discours en circulation en situation de guerre dans Journal de Mouloud Feraoun.

L'étude que je propose pour participer à ce présent colloque relève d'une recherche en Analyse du discours portant sur des documents authentiques témoignant de la période de décolonisation (guerre de libération) en Algérie. La qualité des corpus discursifs et la nature de la période constituent des données intéressantes pour le thème de la circulation des discours en tant que pratique nécessaire de configuration des champs sociaux, tant ces discours sont chargés idéologiquement. Par ailleurs, il est plus qu'intéressant d'observer le phénomène de la circulation des discours en situation d'extrême violence (multidimensionnelle), dans la mesure où l'on peut s'interroger sur les paramètres de la  légitimité de ce phénomène et de celle de son impact sur la vie sociale. 

En temps " normal ", la circulation des discours constitue une activité sociale des plus " normales " et même " banales " tant elle participe à la consolidation des liens sociaux à travers divers réseaux interactionnels intersubjectifs et intercommunautaires. La gestion de cette circulation des discours relève également d'une activité normale que ce soit dans un sens consensuel (régulation par coordination) ou dans un sens conflictuel (régulation par réparation). Qu'en est-il cependant lorsque les paramètres ordinaires de la vie sociale se trouvent ébranlés par des changements brutaux dans les relations qui penchent plutôt vers le conflit violent et qui mettent en crise sérieusement et à tous les niveaux les relations sociales ?

On émet l'hypothèse selon laquelle la circulation des discours en temps de crise extrême s'opère dans le cadre d'un éclatement des repères sociaux habituels et fonctionne alors davantage en fonction de la violation des lois du discours qu'en fonction de leur observance. Autrement dit, il s'agit d'une violation calculée et maîtrisée socialement qui rend la circulation possible mais par des biais détournés, feints, déroutants, etc.       

C'est en ce sens et en s'appuyant sur un corpus de témoignage de guerre (Journal [1955-1962], Lettres à ses amis, de Mouloud Feraoun (écrivain algérien) Ed. du Seuil, 1962, 1969), que l'on va observer et analyser cette situation particulière de la circulation des discours en posant la problématique en termes d'ethos et de pathos. En effet, en pareille situation, les discours paraissent circuler à deux niveaux d'appréhension : appréhender l'information et appréhender les effets visant à affecter les instances réceptrices. C'est une circulation délibérément propagandiste (manipulatrice) où l'information vaut par les émotions positives ou négatives qu'elle provoque.

A travers ce témoignage authentique, on tentera d'appréhender la manière avec laquelle s'opère la réception des discours en circulation par le décodage sociale de leur légitimité rationnelle (ethos) et leur légitimité relationnelle (pathos) : adhésion positive et/ou négative, rationnelle et/ou affective au discours et au " circulateur ".           

Références

Authier-Revuz, J., Ces mots qui ne vont pas de soi. Boucles réflexives et non coïncidence du dire, Larousse, 1995.

Plantin, C., Doury, M., Traverso, V., Les émotions dans les interactions, Lyon: Pul, 2000.

Rosier, L., Le discours rapporté. Histoire, théories, pratiques, Bruxelles, Duculot, 1999.

Roulet, E., " une approche modulaire de la complexité de l'organisation du discours ", in Nolke H. et Adam, J.-M. (éds), 1999 : 187-256..

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Anna Jaubert

Université Sophia Antipolis Nice, Anna.Jaubert@unice.fr

La rumeur est-elle un genre de discours ?

Prolongeant la réflexion sur l'articulation entre genre de discours et discours rapporté, on s'interrogera sur le statut de la rumeur. " Le plus vieux média du monde ", pour reprendre le sous-titre de l'ouvrage de J.-N. Kapferer, est bien le résultat d'une circulation de discours ; pour autant on ne peut y voir un discours rapporté au sens strict, c'est-à-dire " la représentation dans un discours d'un autre acte d'énonciation ". En effet, la singularité d'un acte d'énonciation source est ici fortement diluée, voire occultée par l'intérêt du propos lui-même : une information qui se propage surtout parce qu'elle a valeur de nouvelle. Cette pratique discursive sociale (et socialisante), montre que la circulation des discours est déterminée autant, et sans doute davantage,  par des conditions de réception que par des conditions de production initiale. Car ce qui compte ici est le phénomène de reproduction en soi, et de reproduction réitérée.

À partir de là, la question du genre de discours se pose : incontestablement, sur son versant social, la ou les situations de communication propice(s) à la rumeur sont descriptibles. Milieu de diffusion, craintes, attentes ou phantasmes du groupe, figure des " passeurs " sont des paramètres bien connus, qui depuis longtemps suscitent l'intérêt des psycho-sociologues. En revanche, sur son versant linguistique, il semble que le grain à moudre soit plus rare, et, qu'en matière de marques, le report en cascade tourne court après le deuxième enchâssement. Certes, le dire de la récursivité a ses limites, mais en l'occurrence le déficit n'est pas sans conséquences : le discours de la rumeur tend à s'objectiver, à se faire discours ambiant, sa composante réflexive est d'un " coefficient " non seulement faible  (Paveau, à paraître), mais quasiment nul lorsqu'au final la rumeur se dit presque  comme de l'information. En effet, le propre de la rumeur, voisine en cela de l'insinuation, est de s'impliciter en tant que telle.

C'est donc aussi en dehors des marges réflexives, et de leurs " circulèmes " (Rosier 2005), qu'il faut chercher des traits linguistiques significatifs. L'un d'eux nous a paru révélateur d'une conception fragmentaire de la vérité :  il s'agit de la formule " il y a du vrai dans ", employée par un juge dans l'affaire P. Alègre (Nouvel Observateur, 18-24 novembre 2004). Cette formule intéresse directement l'interférence de la rumeur et du judiciaire, en ce qu'elle accrédite l'adage  " il n'y a pas de fumée sans feu ". Ce faisant, elle dénonce une donnée pragmatique fondamentale pour ce discours, qui substitue à la vérité factuelle, une et indivisible (" la vérité, rien que la vérité, toute la vérité "), les fragments d'un objet à reconstruire.

Cette fragmentation opacifiante est  exhibée comme un trait générique dans la fiction policière qui exploite l'effet puzzle (voir proposition de G. Salvan). Elle en vient même à conférer ce trait à une émission consacrée à des événements politiques réels, et relativement récents, radio-diffusée sur France-Inter : " Rendez-vous avec X ", où Monsieur X désignant significativement l'actant colporteur, a soin de ménager le suspens.

Ainsi les interrogations soulevées par un genre de discours problématique, peuvent contribuer à une amorce de théorisation de la circulation des discours.

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Andrea Landvogt & Kathrin Sartingen

Universität Würzburg (Allemagne), andrea@landvogt.com

Discours en circulation et (dé-)montage filmique dans Fahrenheit 9/11

Notre étude portera sur les stratégies et les techniques spécifiques du médium filmique qui servent à faire circuler des discours, comme la convocation de discours ou le montage de fragments discursifs. Dans le documentaire controversé Fahrenheit 9/11 de Michael Moore (2004) se manifeste une multitude de discours appartenant à des genres très variés – i.e. des séquences télévisées (informations, reportages, …), des passages pris de films (policiers, western), mais aussi des documents écrits (articles de presse, documents officiels).

Malgré leur assemblage polyphonique, tous ces discours convergent, à la fin, dans un témoignage aussi monologique que polémique et ostentatoire. L'effet subversif du montage des discours en circulation résulte, selon nous, des techniques filmiques spécifiques (cadrage, coupures, contraste des différents niveaux sémiotiques, etc.) qui entraînent la dé- et la recontextualisation des séquences respectives dans la linéarité du film documentaire de Michael Moore.

Il ne s'agit pas d'une reprise neutre des discours d'autrui, mais d'un emploi servant à affirmer la position idéologique de Moore – réalisateur, scénariste, commentateur et conducteur de l'argumentation, et dans ceci presque comparable à un narrateur omniscient. Puisque la recomposition des citations issues de divers contextes politiques crée un effet polémique, elle entraîne par ceci un manque de neutralité dans la représentation des faits. En fin de compte, le montage sert, à un dé-montage des énonciateurs cités. Dans la mesure que Fahrenheit 9/11 poursuit ouvertement des fins manipulatrices, Moore arrive aussi à une sorte d'aliénation du genre documentaire.

En tant que pseudo documentaire oscillant entre fiction et documentation, le film présente un potentiel appellatif significatif: En jouant sur tous les registres, il veut non seulement inciter son public à réfléchir aux 'faits' révélés, mais aussi contribuer à faire circuler ces discours dans le contexte social de l'heure actuelle.

Dans la perspective du colloque, il s'agira de voir avant tout, comment le montage et l'encadrement des citations authentiques sont exploités à des fins stylistiques lors de la mise en scène du documentaire. Ainsi, les stratégies de la circulation du discours seront étudiées dans leur emploi spécifique du médium filmique.

Références

Bachtin, M.M., Die Ästhetik des Wortes (ed. R. Grübel), Frankfurt/Main 1979.

Bachtin, M.M., Probleme der Poetik Dostoevskijs, München 1971.

Bordwell, D./Thompson, Kristin, Film Art. An Introduction, 7eme éd., New York 2004.

Cunha, D. de Arruda Carneiro da, Discours rapporté et circulation de la parole, Louvain-la-Neuve 1992.

Ducrot, O., Le dire et le dit, Paris 1984.

Kuchenbuch, Thomas, Filmanalyse, 2eme éd., Wien 2005.

Metz, Ch., Sprache und Film, Frankfurt 1973.

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Pierre Lejeune

Faculté de Lettres de L'Université de Lisbonne, lejeunepierre@hotmail.com

Kärcher et racaille, ou quand un événement énonciatif déteint sur le sens des mots

On connaît de ces mots dont une seule énonciation peut modifier le destin, tel la "chienlit" du général de Gaulle. Un nom de marque (Kärcher) et un nom commun (racaille) ont connu récemment le même sort, désormais irrémédiablement liés à deux phrases prononcées en 2005 par Nicolas Sarkozy lors de visites en banlieue parisienne.

Nous nous proposons de suivre à travers l'analyse d'un corpus de presse quotidienne (dont L'Humanité (H) et Le Monde (M)), Libération, Le Figaro - et satirique - Le Canard enchaîné (C), Charlie Hebdo - comment deux énoncés rapportés, s'émancipant peu à peu du cadre d'une énonciation singulière, en sont arrivés à doter leur mots vedettes d'une nouvelle charge sémantique devenue disponible (pour combien de temps, l'avenir nous le dira) pour les usagers de la langue.

On a d'abord des formes canoniques de DD avec contexte introducteur singularisant (avec lieu, date et interlocuteurs en présence)

" On va vous débarrasser de cette racaille ", a lancé Nicolas Sarkozy, mardi 25 octobre, aux habitants du quartier de la Grande Dalle - (Argenteuil), où il a promis de revenir " dans une quinzaine de jours ". (H)

ou du DN :

Sur les lieux du crime, le ministre de l'intérieur propose de nettoyer la cité " au Kärcher ". Autre drame à Argenteuil, il parle de " racaille ". (M)

Puis, sur le mode autonymique, des reprises sous forme de préconstruits (au sens de Pêcheux) soit de l'acte de parole soit des termes employés. Dans le premier cas, avec des GN ("le nettoyage au  Kärcher", l'odieux "racaille", les mots "Kärcher" et "racaille") ou des DN laissant déjà apparaître une désingularisation, l'acte est critiqué et interprété, souvent au moyen de l'inclusion dans une série d'actes / de discours révélateurs d'une stratégie de leur auteur ou des gens de son bord :

Qui peut croire un instant que la froide croyance dans le " chiffre ", la volonté de " nettoyer au Kärcher " des cités populaires et la promotion du communautarisme visent à créer une autre " rupture " dans la société française que celle qui criminaliserait les pauvres parce qu'ils sont pauvres pour ne promouvoir que le culte de la réussite par l'argent ? (H)

Dans le second cas, c'est la pertinence des termes employés qui fait l'objet d'un commentaire (Racaille rime avec "aïe ! aïe").

On observe enfin des cas de reprise des termes-choc directement intégrés sur le mode de la modalisation autonymique. En nous référant à la dichotomie discours approprié / discours associé de J. Authier-Revuz, nous passerons en revue les cas où les termes sont utilisés pour désigner Sarkozy (le spécialiste du Kärcher), différents groupes sociaux (exploités, les jeunes des cités, les jeunes en général)

Le ministre de l'Intérieur et sa " rhétorique guerrière " ont enfermé l'action policière dans une logique d'affrontement. Avec lui, c'est camp contre camp. Oeil pour oeil, dent pour dent. " racailles " contre " condés ". (H)

ainsi que des actions (karchériser, coup de Kärcher) ou leur modalité (au Kärcher).

Références

Authier-Revuz J. (1995), Ces mots qui ne vont pas de soi. Boucles réflexives et non-coïncidences du dire, 2 tomes, Paris, Larousse.

Sériot P. (1986), "La langue de bois et son double", Langage et société, nº 35, mars 86,  p. 7-32.

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Morgan Le Thiec Rautureau

CEGEP Saint-Laurent Montréal, morganltr@yahoo.fr

Les représentations des futurs enseignants en FLE sur les on-dit liés à leur formation

Pour cette communication, nous proposons une étude de cas des représentations des futurs enseignants de Français Langue Etrangère (FLE) concernant les on-dit liés à leur formation, à partir d'un questionnaire (quatre questions) proposé à des étudiants de l'Université de Nantes (France).

Pour cette étude, notre hypothèse est que les on-dit circulant dans le milieu de la formation FLE peuvent influencer à la fois les relations étudiants/formateurs, la motivation des étudiants mais également leur orientation en ce qui concerne la suite de leur scolarité et de leur carrière. L'objectif est double. En amont, les répondants sont conduits à approfondir leur réflexion sur la circulation des discours sans origine et sans fondement établi, discours particulièrement présent dans l'univers interculturel du FLE. En aval, il s'agit pour les chercheurs de cerner ces on-dit et le rapport des étudiants à ces on-dit pour améliorer la formation et permettre aux étudiants une meilleure autonomie.

Nos travaux s'inscrivent dans le cadre d'une Analyse Linguistique du Discours (ALD), cadre développé par O. Galatanu (IRFFLE, Université de Nantes, France). L'ALD suppose " l'étude des mécanismes langagiers, sémantico-discursifs et pragmatico-discursifs qui habilitent la parole à être un terrain privilégié d'influence d'autrui par la re-construction de soi, du monde et des systèmes de valeurs " (Galatanu 1999). Ce type d'Analyse nous permet ainsi d'articuler l'Analyse du Discours, dans la perspective des travaux de D. Maingueneau, et la Sémantique théorique telle qu'elle est développée par O. Ducrot, pour mettre en lumière les mécanismes de production et d'interprétation du sens.

Pour cette communication, nous souhaitons donc proposer, dans la perspective de l'ALD, un bilan du questionnaire proposé aux étudiants de la formation FLE. Nous aurons ainsi l'occasion de nous interroger sur la nature des on-dit au sein d'une formation professionnelle et sur les effets de la circulation de ces on-dit chez les étudiants en formation.

Références

Ducrot O., 1991 : Dire et ne pas dire. Principes de sémantique linguistique. Editions Hermann.

Maingueneau D., 1987: Nouvelles tendances en analyse du discours. Hachette Supérieur.

Maingueneau D., 1991 : L'Analyse du Discours. Introduction aux lectures de l'Archive. Hachette Supérieur.

Galatanu O., 1999 : " Argumentation et analyse du discours " in Gambier et Suomela-Salmi (éds), Jalons, Université de Turku.

Galatanu O., 2002 : " La sémantique des possibles argumentatifs et ses enjeux pour l'Analyse du Discours ", in les Actes du congrès International d'Etudes Françaises : la Rioja, Croisée des chemins, Logrono, Espagne.

Rosier L., 1999 : Le Discours rapporté; Histoire, théories, pratiques. De Boeck-Duculot. Paris - Bruxelles.

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Víctor Nicolás López Román

SMS Comunidad de Madrid, vnlr@telefonica.net

Les aboutissements de la circulation à sens unique dans le discours médical

L'analyse du discours médical sur la dépression met à jour des propriétés particulières dans la manière de représenter la circulation des discours. Nous travaillerons à partir d'un corpus constitué de publications espagnoles de spécialistes reconnus, éditées par les laboratoires pharmaceutiques et dont le but est d'aider les médecins généralistes à identifier la dépression pour pouvoir la soigner. Nous analyserons dans une perspective énonciative, comment ce discours scientifique sur la dépression et son traitement apparaît comme une circulation à sens unique ayant abouti à une " représentation sociale " (Moscovici, 1988 et Morfaux 1980) stable et partagée. Ce sont des textes qui relèvent d'un genre doublement hybride (discours médical scientifique et de communication de savoirs, discours d'experts mais dans le cadre d'une communication conçue par les laboratoires), dans lesquels l'absence de connexion avec la situation d'énonciation et la non attribution des assertions à des énonciateurs spécifiques (grâce, par exemple, à l'emploi de dénominations collectives des sources d'énonciation ou à l'impersonnalisation de l'évidence) pose dans l'absolu un savoir censé décrire directement des faits " vrais " et présente un point de vue doxique (assumé par un énonciateur générique implicite du type " la communauté scientifique ", dans laquelle s'inscrit le locuteur) comme une vérité générale circulant actuellement dans une communauté scientifique sans failles. Cela va de paire avec la mise en scène de cette connaissance partagé comme l'aboutissement d'une circulation du discours d'experts, à travers des formulations passives, qui construisent une aspectualité d'ordre " résultatif " (Charaudeau, 1992 : 408) et contribuent ainsi à présenter le savoir comme le résultat d'un trajet. Enfin, l'on tentera de mettre en évidence la visée argumentative de la représentation sociale ainsi remise en circulation : alors que les textes étudiés usent d'abondantes métaphores pour élaborer une représentation de la dépression (López Román et Vivero García, à paraître), les procédés mis en lumière visent à créer une illusion d'évidence et de description directe de la réalité, dans des contextes où très souvent la fonction cognitive cède le pas à une fonction persuasive, plus ou moins voilée, dont le but est de convaincre des avantages de certains médicaments.   

Références

Charaudeau P. (1992), Grammaire du sens et de l'expression, Paris, Hachette.

Grossman F. et Rinck F. (2004), " La surénonciation comme norme du genre : l'exemple de l'article de recherche et du dictionnaire ", Langages, 156.

López Román V.N. et Vivero García M.D. (à paraître), " Las metáforas en el discurso médico sobre la depresión: funciones cognitiva y persuasiva ".

Maisonneuve J. (1989), Introduction à la psychosociologie, Paris, PUF.

Moscovici S. (éd.) (1988), Psychologie sociale, Paris, PUF.

Rosier L. (2004), " La circulation des discours à la lumière de ' l'effacement énonciatif': l'exemple du discours puriste sur la langue ", Langages, 156, p. 65-78.

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Résumés des conférences plénières et ateliers de travail

Mise à jour: octobre 2006

courriel : sophie.marnette@balliol.ox.ac.uk