Ci-Dit
Troisième colloque international et
interdisciplinaire
Université Laval, Québec du 5 au 7 octobre
2006
Circulation des discours et liens
sociaux:
Le discours rapporté comme pratique
sociale
Résumés
des communications: Page 1 (A-L)
Pour
voir la seconde page des résumés (M-Z), cliquer ici
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Maria Aldina Marques
Universidade do Minho- Portugal,
mamarques@ilch.uminho.pt
Campagne électorale et médisance
– circulation et fonction de la médisance en campagne électorale.
En politique il est parfois
difficile de faire la distinction entre la vie privée et la vie publique des
politiciens. Les campagnes électorales favorisent cette indistinction et,
parfois, le ouï-dire, les rumeurs, la médisance, en définitive, font partie du
débat publique ou de l’ambiance électorale vécue.
Essayant d’établir la
distinction entre ce qui est publique et ce qui est privé en politique, je me
propose d’analyser la circulation des rumeurs en campagne électorale au
Portugal, particulièrement les supports de circulation, les formes verbales
qu’elles assument et le rôle communicationnel qu’elles y jouent.
Références:
Bolardi, A Emma Sopeña and Pardo, María Amparo
Olivares. 2000. "Actos Lingüísticos descorteses. In Lengua, Discurso, Text. I Simposio de Análisis del
Discurso,
José Jesus Bustos Tovar, P. Charaudeau, J. L. Girón, S. Iglesias and C. López
Alonso (eds.), 1025-1035. Madrid: Visor.
Duarte, Isabel Margarida. 2003. O relato de
discurso na ficção narrativa : contributos para uma análise da construção
polifónica de Os Maias de Eça de Queirós. Lisboa: Fundação Calouste Gulbenkian ; Fund.
para a Ciência e a Tecnologia,
Langages nº156. Décembre, 2004. (coord. Alain
Rabatel).
Marques, Maria Aldina. 2000. Funcionamento do
Discurso Político Parlamentar – a organização enunciativa no debate da
Interpelação ao Governo. CEHUM. Braga: Universidade do Minho.
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Antoine Aufray
Doctorant Université de Paris
4-Sorbonne, antoine.aufray@paris4.sorbonne.fr
Paroles privées, parole publique : quelques
exemples de perméabilité du discours privé en allemand
Dans nos sociétés occidentales contemporaines, les locuteurs baignent en
permanence dans un environnement de paroles publiques émanant des journalistes,
des hommes politiques ou des experts, c'est-à-dire de toute personne
susceptible d'accéder à ce "floor" particulier que représente
l'espace constitué par les moyens de communication à grande échelle que sont
les journaux, la télévision et la radio. Ces discours marquent de leur
empreinte le quotidien et les conversations privées. Dans le cadre de
recherches sur l'allemand oral, il n'est pas étonnant, dès lors, de remarquer
des interférences entre ce discours public et la parole privée ou encore des
phénomènes de reprise et de circulation d'expressions à l'intérieur même de
l'espace public : ainsi quand un ami nous demande après un éternuement :
"tu as la grippe aviaire ?", ou quand le chancelier Schröder reprend
le terme de D. Rumsfeld en le modifiant : das gute alte Europa (la bonne
vieille Europe).
Si, dans le cadre de ma thèse, mon intérêt se porte en priorité sur l'étude
du discours rapporté dans un cadre privé et à l'échelle de l'individu ou du
groupe d'amis ou de connaissances, il m'est néanmoins impossible d'ignorer le
caractère spécifique de la reprise de paroles publiques ou médiatiques et il
est par ailleurs important de chercher à la repérer et à la caractériser par
rapport à l'objet principal de l'étude. Telle est la visée de la communication
que je propose.
En effet, à cause de la nature différente des paroles publiques reprises en
privé (quant à leur origine et donc leur identification possible en tant
qu'"autre" du discours), c'est sur un mode particulier qu'apparaît,
dans ce type de reprises, que nous sommes imprégnés du discours des autres.
Signaler que l'on parle à un moment consciemment avec les mots des autres (par
le discours rapporté, direct ou indirect, par la crypto-citation, le clin d'œil
ou l'imitation manifeste) n'est qu'un moyen pour le sujet d'affirmer une
maîtrise de son discours qui en fait lui échappe largement en tout autre lieu
de son dire.
Dans cette dialectique de l'hétérogénéité marquée et de l'hétérogénéité
constitutive du dire, la reprise de propos publics et de termes propagés par
les médias, marquée ou non, est un terrain d'observation privilégié. L'"
ambiance " des discours médiatiques en partage à tous les locuteurs d'une
conversation dispense bien souvent de signaler explicitement la source du
propos "original" du dire, mais ces propos se repèrent en général
mieux (pour peu que l'on soit au courant des préoccupations publiques d'une
société donnée et des termes dans lesquelles elles s'expriment) que des
reprises non marquées de discours autre dont seul le locuteur peut être
conscient (comme le discours parental par exemple). L'"ambiance"
discursive du moment se retrouve ainsi dans les conversations privées sous
diverses formes qui constituent un continuum allant de la simple reprise
d'expressions en vogue (grippe aviaire, lutte contre le terrorisme) à la
citation explicite en discours direct. Le mécanisme linguistique qui joue dans
tous les cas et qui permet aux propos publics de circuler ainsi est bien sûr
l'autonymie et la connotation autonymique, voie d'entrée dans le discours du
discours de l'autre.
Mon but dans cette communication sera de présenter un certain nombre
d'exemples de ce type de reprise de propos publics et de chercher à les
caractériser formellement et énonciativement pour les situer dans l'étude du
discours rapporté. La question sous-jacente étant de savoir si les phénomènes
de reprise de propos publics obéissent purement et simplement aux mêmes règles
compositionnelles que la représentation de paroles privées, entendues ou
inventées par les locuteurs et si ceux-ci se positionnent dans leurs discours
de la même façon vis-à-vis des premiers et des secondes. Mon hypothèse est que
formellement, ce type de circulations peut emprunter les mêmes voies que la
reprise de paroles privées, mais que même dans leur intégration la plus
parfaite au discours du locuteur, elles conservent une hétérogénéité
fondamentale et repérable. Par leur existence, elles forment et informent en
partie les conversations privées, orientant nos propos, notre humour et nous
amenant en permanence à nous situer subjectivement par rapport au discours
dominant quand il ne se fond pas tout simplement dans notre propos.
Références:
Jacqueline Authier-Revuz, 1995, Ces mots qui ne vont pas de soi, boucles
réflexives et non coincidence du dire, Larousse, Paris
Jacqueline Authier-Revuz, 1984, Hétéronéité(s) énonciative(s) in Langages
n. 73 Larousse, pp. 98-111
Gisela Brünner, 1991, "Redewiedergabe in Gesprächen", in Deutsche
Sprache 1, 1-15
Laurent Danon-Boileau, Marie-Annick Morel,1998, Grammaire de
l'intonation, l'exemple du Francais, Bibliothèque de Fait de Langue, Paris
Susanne Günthner, 2000, Vorwurfsaktivitäten in der Alltagsinteraktion, Niemeyer, Tübingen
Viktor Klemperer,1978, LTI, Reklam Leipzig
Josette Rey-Debove, 1997 (1978), Le Métalangage, étude linguistique du
discours sur le langage,
Paris, Armand Colin, coll. U
Johannes Schwitalla, 1997, Gesprochenes Deutsch, eine Einführung, Erich Schmitt Verlag, Berlin
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Nathalie Auger - Université Paul
Valéry, Montpellier 3, Nathalie.Auger@univ-montp3.fr
Béatrice Fracchiolla - Université de
Toulon, bearfrac@yahoo.com
Claudine Moïse - Université d'Avignon,
Claudine.moise@univ-avignon.fr
Christina Schultz-Romain - Université
de Provence, Aix-Marseille, chschultzromain@aol.com
Michelle Van Hooland, michelle.vanhooland@free.fr
Construction et circulation des
discours sur la violence verbale : des médias aux politiques
Ce panel, composé de trois communications, s'inscrit dans le
cadre du projet de recherche sur la violence verbale, mené à l'université
d'Avignon. Par cette recherche, nous nous appliquons à examiner, à travers
différents corpus (milieux institutionnels et situations informelles), les
conditions de production matérielle et symbolique de la violence verbale. Nous
avons défini la violence verbale comme des " montées en
tension interactionnelle " marquées par des
" déclencheurs " spécifiques, processus qui s'inscrit dans
des rapports de domination entre les locuteurs, des télescopages de normes et
de rituels, des constructions identitaires.
De façon plus large, la
violence verbale en interactions – comme la violence sociale – est
identifiée voire dénoncée à travers les discours institutionnels, politiques et
médiatiques en circulation. Elle s'appréhende donc aussi dans la perspective
d'une sociolinguistique des espaces discursifs (Heller, M. 2002) ; les
discours à l'œuvre sur la violence verbale structurent, modifient, élaborent à
la fois l'espace social et les représentations sur la violence et sur ses
auteurs ; ils participent aussi de la formation des idéologies sociales et
linguistiques, des identités et donc des pratiques langagières.
A partir de trois sites
ethnographiques clés de construction des discours sur la violence verbale, les
médias, l'éducation nationale, et l'assemblée nationale, nous verrons donc
comment se construisent les notions de violence et de violence verbale, comment
elles sont définies et catégorisées selon les intérêts institutionnels
concernés. Nous définirons aussi les profits à tirer, dans la mise en œuvre de
ces discours, par leurs détenteurs légitimes et légitimés. Enfin, nous
analyserons comment la construction linguistique de ces discours participe de
leur diffusion et de leur appropriation pour façonner une pensée dominante,
socialement et idéologiquement inscrite. Finalement, il s'agit au moyen de la
production-circulation des discours, et dans une perspective historique,
d'analyser les changements sociaux en cours et de voir comment ces discours
créent des discours hégémoniques au sein d'une société en crise idéologique.
Circulation du concept de
violence verbale dans l'Education nationale
Parmi les actes de violence
répertoriés ("intrusions, dégradations, vols, menaces, bizutage, port
d'arme, violences physiques, racket, violences sexuelles "), le Ministère
de l'Education Nationale à partir du Bulletin Officiel de 1998,
cite les " violences verbales " composées des
" insultes " et des " injures ". Suit dans
le bulletin une série de " conduites à tenir " et les
" qualifications pénales ". Ces " violences
verbales " sont - semble-t-il - aux yeux de l'institution, facilement
identifiables d'un point de vue pragmatique, voire lexical, et de nature à être
contrôlées pénalement. Nous nous proposons, dans la perspective de la
circulation des discours en milieu scolaire, d'étudier comment le concept de
violence verbale est construit à travers les textes officiels et les
circulaires et comment et pourquoi il est mis en circulation par les
représentants de l'Education Nationale et par les enseignants eux-mêmes.
La relation médias / société
en question : un cas de violence dans une banlieue de Perpignan
Dans un cas de violence
physique et verbale étudié à Perpignan, dans le sud de la France, la violence
médiatique s'exerce à deux niveaux : par la distorsion du débat qui a lieu
dans la presse nationale mais aussi par la violence exercée à l'encontre d'un
acteur social (le principal d'un collège). On comprend alors comment un
événement survenu au niveau local peut faire violence tant sur le plan de la
forme, c'est-à-dire en transformant une véritable réflexion en fait divers, que
sur le plan du fond en s'éloignant du cœur de la problématique liée à la
violence scolaire.
Cette analyse relève donc d'une approche
synchronique de la violence verbale avec des effets directs de cette
circulation des discours sur les protagonistes de l'histoire. On pourra
interroger les figures qui font autorité en matière de circulation des discours
(les médias) en regard d'autres acteurs sociaux (principal, parents d'élèves)
au travers de marqueurs linguistiques, de formulations spécifiques…
Construction de la violence et de la violence
verbale et visées politiques
L'une des premières institutions françaises,
l'Assemblée Nationale, (qui était encore il y a quelques années " la
Chambre des députés ") est le lieu de débats houleux. Grâce à la
retransmission nationale des " séances de l'Assemblée " le
mercredi après midi sur France 3, chaîne de télévision française, et
aujourd'hui à la chaîne parlementaire, les diverses manifestations de violence
verbale qui y ont cours entre députés de la majorité et de l'opposition sont
bien connues. C'est dans ce cadre qu'il nous paraît intéressant d'observer les
échanges violents - dont on peut se demander s'ils sont plus ou moins
ritualisés - qui s'y déroulent. En particulier lorsque les lois qui y sont
débattues et discutées, sont propres à transformer profondément l'organisation
de la société. On peut penser par exemple à des exploits
" historiques " tels que le discours de 5h de la députée
Christine Boutin lors du vote sur le PACS (Pacte Civil de Solidarité). Ou
encore à la loi votée sur le port du voile en milieu scolaire et à la levée du
tabou selon lequel la police n'était pas autorisée à pénétrer dans des établissements
scolaires. Nous souhaitons ici observer comment ce discours de l'insulte et de
la violence verbale parlementaire s'organise par rapport au discours sur
l'immigration et aux diverses violences urbaines qui se sont déroulées en
France aux mois de novembre 2005, dans une forme de mise en abyme. Pourquoi et
comment ces discours ont-ils été construits dans l'enceinte de l'Assemblée,
repris et affichés comme " sensationnels " dans les
discours politiques officiels ?
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Mathieu Berger
Université Libre de Bruxelles, mathieu.berger@ulb.ac.be
Arènes déliberatives et discours
rapporté
À travers la Région bruxelloise, la Commission
Locale de Développement Intégré - CLDI –rassemble élus locaux, experts
urbanistes, fonctionnaires régionaux, associations locales et simples citoyens
dans une concertation autour de projets urbanistiques à caractère sensible.
Avant-scène de la politique urbaine locale, elle est le lieu où se compose et
se recompose continuellement un ensemble hétérogène de propositions (Latour
1999) formulées antérieurement et/ou sur d'autres scènes. L'arène publique
constituée autour d'une affaire d'aménagement urbain n'est pas un espace-temps
uniforme et homogène. L'espace se décompose en une multiplicité de lieux de
focalisation de l'attention, en une architecture de scènes et de coulisses -
commission locale, conseil communal, cabinet ministériel, ateliers
d'urbanistes, groupes de travail, comités de quartier, discussions informelles
dans un bar, etc. ; le temps en différents types de temporalisation, chacun
avec ses propres rythmes et ses propres qualités (Cefaï 2002). Qu'il s'agisse
pour certains des participants de se repérer dans les articulations complexes
de ce qu'ils envisagent comme un "labyrinthe" ou une
"nébuleuse", qu'il s'agisse pour d'autres de maintenir une impression
d'ordre et de continuité, le discours rapporté - DR - constitue une ressource
privilégiée. Les membres de la CLDI y ont sans cesse recours pour se situer
dans l'arène délibérative, pour rendre leur propos intelligible et convaincant,
pour y négocier leur position en même temps que celle d'autrui.
Une étude des usages situés du DR permet
d'offrir une perspective historique et morale à l'analyse microsociologique de
ces tables rondes, véritables carrefours de l'activité politique locale; les
stratégies identitaires et de présentation de soi engagées dans l'énonciation
s'envisageant ici dans la relation dialogique aux voix extérieures ou aux
événements passés que représentent ces constructions discursives (Vincent
2004).
A partir d'exemples tirés de la transcription
d'une quinzaine de réunions CLDI, nous
montrerons comment élus locaux, experts
techniques et simples citoyens recourent au DR pour légitimer ou remettre en
question une structure de rôles interne à la table ronde, tout en renvoyant
par-là à des représentations distinctes concernant les contours du public
politique plus large (Dewey 1927) et l'articulation spatio-temporelle de
l'arène délibérative.
Références:
Cefaï, D., (2002), " Qu'est-ce qu'une arène
publique ? Quelques pistes pour une approche pragmatiste ", in Cefaï, D.
& Joseph, I. (dir.), L'héritage du pragmatisme. Conflits d'urbanité et
épreuves de civisme,
Editions de l'Aube, La Tour d'Aigues.
Dewey J., (2003, trad.), [1927], Le public et
ses problèmes,
Farrago/Presses de l'Université de Pau.
Latour, B., (2004) [1999], Politiques de la
nature. Comment faire rentrer les sciences en démocratie, La Découverte, Paris.
Vincent, D., (2004), " Discours rapporté,
représentations sociales et présentation de soi ", in Lopez Munoz, J.M.,
Marnette, S. & Rosier, L. (eds.), Le discours rapporté dans tous ses
états,
L'Harmattan, Paris, pp. 245-244.
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Françoise
Boch,
Francis Grossmann et Fanny Rinck
Université Stendhal, Grenoble III, Francoise.Boch@u-grenoble3.fr fanny.rinck@u-grenoble3.fr francis.grossmann@u-grenoble3.fr
La circulation des évidences et des pseudo-évidences dans le
discours scientifique
La rhétorique du discours scientifique impose fréquemment
de présenter son propos comme neuf et original, le propre de la science étant
de bousculer les idées toutes faites. Devant montrer son originalité, l'auteur
convoque la tradition, la mode, l'air du temps pour mieux s'en démarquer. Cette
stratégie le conduit parfois à homogénéiser ce qui est divers, et à rassembler
sous une même bannière des auteurs ou des points de vue bien différents. Pour
ce faire, sont utilisés différents procédés (voir Grossmann et Rinck,
2005) :
- des procédés d'effacement énonciatif :
étiquettes généralisantes (les stylisticiens, les nominalistes, les
détracteurs de
[telle conception]), désignations hyperonymiques (les auteurs), identifications
indéterminées (certains, d'aucuns, on), voire implicites, seul un verbe épistémique
en construction passive ou infinitivale étant représenté (par ex. dans analyser
X comme ... revient à ...) ;
- des " marqueurs
évidentiels " du savoir du type il semble que ou il paraît que, aboutissant à la
" dilution linguistique des responsabilités " (Nølke,
1994) ;
- des procédés de narrativisation, permettant la
distribution des rôles et des points de vue, grâce à des déictiques textuels tels que désormais ou depuis, des particules
négatives impliquant l'impossibilité du retour en arrière comme ne… plus, des conjonctives
comparant un état antérieur et un état actuel ou encore des adverbes indiquant
la préférence comme plutôt ; le point de vue dominé est rejeté dans
l'arrière-cour de l'histoire, ce dont témoignent aussi les antithèses lexicales
qui permettent d'opposer le point de vue valorisé à celui que l'on déprécie.
Ces différents procédés se conjuguent pour
mettre en circulation des scénarios ou des versions de l'aventure
scientifique, qui s'apparentent parfois à la rumeur, en faisant passer, par
exemple, une opinion défendue par un auteur mineur pour une vérité admise.
Cependant, le point de vue du " rumorologue " pouvant
lui-même être déconstruit (voir la critique salutaire de Froissart, 2002), il importe de juger
sur pièces, de manière à pouvoir décrire cette rhétorique particulière
consistant à reconstruire l'histoire scientifique. Nous nous proposons donc
d'étudier, à partir d'un corpus de 220 articles de recherche, dans deux
disciplines (Sciences du Langage et Lettres) quelques uns de ces méta-récits
scientifiques, dans lesquels l'auteur
oppose son point de vue à ce qu'il présente comme une vérité admise.
Nous nous demanderons d'abord, en comparant les articles des chercheurs
confirmés à ceux des doctorants, s'il s'agit ou non d'une pratique experte.
Nous distinguerons, de ce point de vue, opposition à la doxa et opposition à la
tradition scientifique, qui renvoient à deux aspects différents. Nous nous
intéresserons ensuite à la sélection des objets théoriques qui donnent
lieu, de manière privilégiée, à ce traitement discursif. Nous tenterons ensuite
de repérer, à travers la mise en discours réalisée, les fonctions pragmatiques
privilégiées par ce type de reconstruction. Pour finir, nous reviendrons sur le
statut épistémologique de la notion d'évidence, utilisée dans des sens
différents mais " dialogiquement " apparentés en
linguistique et dans d'autres sciences sociales, en interrogeant son degré de
pertinence pour l'étude du discours rapporté.
Références:
Froissart,
P. (2002) : La Rumeur. Histoire et fantasmes, Paris, Éditions Belin.
Dendale P. et Tasmowski, L. (1994) (dir.) : Les sources du savoir et
leurs marques linguistiques, Langue française, 102.
Dendale P., Tasmowski L. (2001):
Introduction: evidentiality and related notions, Journal of
pragmatics,
33:3,
339-348 .
Grossmann, F. & Rinck F. (2004) : La
surénonciation comme norme du genre : l'exemple de l'article de recherche
et du dictionnaire en linguistique, Langages, 156, 34-50.
Nølke, H. (1994) : La dilution linguistique
des responsabilités. Essai de description polyphonique des marqueurs
évidentiels il semble que et il paraît que, Langue Française, 102, 84-95.
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Laura
Camargo Fernandez
Universitat
de les Illes Balears (Spain), laura.camargo@uib.es
"¿Cómo hacemos circular los discursos que amenazan
nuestra imagen pública?"
Una de las características más destacadas de las
historias orales conversacionales es la aparición constante de escenas
polifónicas en forma de diálogos en los que el narrador/locutor encarna
alternativamente la figura de distintos enunciadores a los que da vida a
través de su voz (Ducrot 1984). En dichos diálogos, cada una de las instancias
de discurso reproducido representa los turnos de habla de la conversación
referida. El "diálogo
reconstruido" (Tannen 1989) es un exponente de dramatización dentro del
discurso monológico, en el cual el hablante pasa a un formato interactivo
compuesto bien de pares de preguntas y respuestas, o bien de una observación o
una argumentación y una evaluación (Vincent y Perrin 1999).
Entre los distintos corpus de narraciones orales
que hemos manejado en trabajos anteriores (Camargo 2004), aparece un buen
número de casos en los que el narrador aprovecha su relato para desmentir
opiniones ajenas de cuya circulación ha tenido noticia y que constituyen actos
amenazadores para su face o imagen pública (Brown y Levinson 1987). En
estos casos, el narrador debe informar a su auditorio del contenido de las
calumnias que circulan sobre su persona, circunstancia que aprovecha, primero,
para desmentir dichas acusaciones y, segundo, para restaurar y reparar su
imagen positiva.
En esta comunicación, y a través de la
presentación de ejemplos procedentes de los mencionados corpus de historias
orales, explicaremos las formas representación del discurso utilizadas por los
hablantes para informar de la circulación de ideas que pueden ser amenazadoras
para su imagen, así como los recursos polifónicos que utilizan para tratar de
restaurarla y reforzarla. Para lo primero, nos valdremos de la clasificación de
las formas de referencia metapragmática con representación textual establecida
por Reyes (2002), mientras que para lo segundo estudiaremos la presencia de las
voces de "testigos", cuyo discurso otorga verosimilitud a la palabra
del locutor y crea instancias de integración y polarización de los participantes
en los hechos narrados (Kerbrat-Orecchioni&Plantin 1995; Labov 2003).
Références:
Brown, P., S. C., Levinson (1987), Politeness: some universals in language usage, Cambridge, Cambridge
University Press.
Camargo Fernández, L. (2004), La representación
del discurso en la narración oral conversacional. Estudio sociopragmático, Madrid, Universidad de
Alcalá (Tesis doctoral inédita).
Ducrot, O., 1984, Le dire et le dit, Paris, Minuit.
Kerbrat-Orecchioni, C., C. Plantin, 1995, Le Trilogue,
Lyon, Presses universitaires de Lyon, Linguistique et sémiologie.
Labov, W., 2003,
"Uncovering the event structure of narrative", en D. Tannen y J. E. Alatis (eds.), Georgetown University Round Table
on Languages and Linguistics 2001, Washington DC, Georgetown University Press,
pp. 63- 83.
Reyes, G. (2002), Metapragmática.
Lenguaje sobre lenguaje, ficciones, figuras,
Valladolid, Universidad de Valladolid, Cátedra Juan de Valdés.
Tannen, D.
(1989), ""Oh
talking voice that is so sweet": constructing dialogue in
conversation", D. Tannen, Talking
Voices. Repetition, Dialogue and Imagery in Conversational Discourse, Cambridge, Cambridge
University Press, 98-133.
Vincent,
D. & L. Perrin,
(1999), "On the narrative vs. non-narrative functions of reported speech: A
socio-pragmatic study", Journal of Sociolinguistics, 3/3,
291-313.
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Georgeta Cislaru*, Frédérique Sitri**
* Syled (Université Paris III), **
Syled (Université Paris III) et Université Paris X fsitri@club-internet.fr
La représentation du discours
autre dans des signalements d'enfants en danger : une parole
inteprétée ?
Si l'on se penche, comme nous y invite la
thématique retenue pour le colloque, sur les " usages
sociaux " du discours rapporté, un cas apparaît particulièrement
intéressant : celui où le recueil et la " mise en
circulation " d'une parole singulière vise à provoquer l'intervention
de la société, sous la forme des services sociaux ou de l'institution
judiciaire. C'est ce qu'on observe dans les écrits (rapports, lettres, notes
d'évaluation) par lesquels de " simples citoyens " ou des
travailleurs sociaux signalent aux autorités compétentes, administrative ou
judiciaire, le danger couru par un enfant. La parole de l'enfant ou de ses
proches, qu'elle soit recueillie " accidentellement " par
un enseignant, une infirmière scolaire ou dans le cadre plus formel d'un
entretien, par un professionnel de l'Aide sociale à l'Enfance, est
" représentée ", pour ainsi dire mise en scène par un
scripteur qui assigne explicitement à son écrit une visée pragmatique :
provoquer l'intervention de la puissance publique, argumenter en faveur d'une
mesure éducative ou d'un placement.
Une étude qualitative et quantitative en cours
sur plus de 30 dossiers de signalement fait tout d'abord ressortir le statut
complexe et paradoxal de cette parole : elle constitue le seul indice
d'une situation de mise en danger ou de maltraitance, ce qui lui donne son prix
(il nous confie, elle nous avouera) , mais elle peut en même temps se faire rare (X
refuse de parler, silence). Stockée, recueillie, mise en circulation, elle devient
ainsi une donnée sociale.
Dans cette communication, nous nous centrerons
sur les formes par lesquelles est représentée cette parole dans les écrits en
question. A titre d'exemple, nos analyses ont d'ores et déjà fait
apparaître :
- une présence massive du discours indirect,
instrument privilégié de l'interprétation de la parole de l'autre, en
particulier par le choix des verbes introducteurs : à côté de dit et dira (131 et 56 occurrences
sur 160 pages), on recense des verbes comme explique, évoque, décrit, parle,
ajoute, exprime, répond, mais aussi comme reconnaît, se souvient, estime,
reproche, justifie, admet.
- La rareté du discours direct, qui apparaît
fréquemment en " doublement " d'un discours indirect avec
un effet d'authentification ou de monstration des " mots
mêmes " : Pour autant, elle admet en abuser, expliquant
qu'elle ne peut se retenir, " c'est ma nature "
- Une " constellation " de
guillemets de modalisation autonymique : interprétables dans certains
contextes comme des emprunts au discours dont on donne une représentation, ils
laissent très fréquemment ouverts des possibles interprétatifs beaucoup plus
diversifiés : Monsieur est
l'aîné d'une fratrie de 9 enfants. Il est originaire des " gens du
voyage ".
L'objectif est de montrer comment les choix des
scripteurs n'ont pas tant pour effet de respecter la parole de l'enfant que de
faire entrer la singularité du cas dans les catégories stabilisées du champ de
la protection de l'enfance, d'organiser le passage de l'intime au public.
Références:
Authier-Revuz Jacqueline, "Le guillemet, un
signe de "langue écrite" à part entière", in A qui appartient
la ponctuation?,
J.M.Defays, L.Rosier, F.Tilkin, eds, Editions Duculot, Bruxelles,col Champs
Linguistiques, 1998, p. 373-388.
Authier-Revuz Jacqueline,"Le discours
rapporté", in Une Langue : le français, sous la dir. de R.
Thomassone, p. 192-201, Hachette, coll. Grands Repères culturels, 2001.
Collinot André, "Le signalement d'enfant en
danger, une problématique de l'événement", Linx, 52, Lexique,
Terminologie, Discours, Mélanges offerts à Marie-Françoise Mortureux, 2005.
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Marion Colas-Blaise
Université du Luxembourg, marion.colas@education.lu
Quand médire de,
c'est médire avec :
du texte-énoncé à la pratique sociale
Focalisant
l'attention sur la médisance, le commérage, le ragot et le potin, cette
communication se propose de rendre compte des formes complexes du discours
rapporté qui s'échelonnent sur une ligne continue ayant pour pôles extrêmes le
discours rapporté au sens strict (je, tu, il rapporte un énoncé attribuable de manière univoque) et la parole collective, dont
l'origine énonciative est diffuse, et que le rapporteur se contente de relayer.
Un enjeu majeur concerne la mise en place de catégories d'analyse permettant,
au contact de cas concrets, de décrire les déplacements opérés, en accordant
une attention particulière aux zones critiques et aux cas problématiques qui défient
les classifications.
La réflexion instaurera un va-et-vient entre les
exemples littéraires (L. Bloy, A. Daudet, Maupassant, Proust, Aragon…) et la
construction théorique (dans une perspective essentiellement sémio-linguistique
et pragmatique). Pour dégager les mécanismes sous-tendant la gamme des
interactions, on examinera les éléments des " scènes "
prédicatives typiques des pratiques de l'énonciation malveillante (pour
une sémiotique des pratiques, cf. Fontanille 2004) : les rôles joués par
le texte-énoncé lui-même et son support (discours oral, lettre anonyme…) ainsi
que par les actants impliqués (le sujet S1 médisant, le sujet S3 dont il médit,
et S2, l'observateur individuel ou social) ; les relations modales et
passionnelles (médire pour nuire, pour le plaisir, avec grâce…), en fonction
des valeurs engagées, des degrés de l'implication énonciative et de la gestion
de la circulation spatio-temporelle des discours ; la syntaxe qui, dans
une situation sémiotique donnée, régit les investissements figuratifs et
thématiques, l'enchaînement des phases antérieure et postérieure à
l'énonciation malveillante elle-même, le dispositif topologique, en faisant
signifier le mouvement des corps. Il s'agira, ensuite, de décrire l'ajustement
avec des pratiques concurrentes (p. ex., le repas comme pratique se prêtant à
la médisance, à la circulation de potins…). Sur ces bases, on mettra à nu dans
les textes-énoncés les marques linguistiques (pronoms, verbes, adverbes,
expressions…) qui renvoient de manière plus ou moins prévisible à l'éventail
des pratiques réalisées (p. ex., en traduisant la dé-personnalisation et
l'autonomisation de certains discours).
Références:
Colas-Blaise, Marion. "La médisance : mise
en discours et stratégies énonciatives", in S. Mougin (éd.), La
médisance,
Reims, Presses Universitaires de Reims, 2006.
Colas-Blaise, Marion. "La pratique de la
vengeance et ses avatars : éléments pour une poétique de la
vengeance-événement", in P. Marillaud & R. Gauthier (éds), La
vengeance et ses discours, Toulouse, Presses Universitaires de Toulouse-Le Mirail,
2006.
Colas-Blaise, Marion. "Le discours
sapiential à l'épreuve du littéraire : énonciation en acte et subversion
", S. Freyermuth (éd.), Le livre de sagesse : le registre, Berne, Peter Lang, 2006.
______________________________________________________
Danielle Forget
Université d'Ottawa, dforget@uottawa.ca
La mise en jeu du discours
rapporté dans le débat télévisé
Le
discours rapporté est une forme discursive qui s'intègre à de nombreux types de
discours. Il en est un, cependant, qui mérite une attention particulière :
le débat télévisé, par la forme conversationnelle qui le caractérise et les
propriétés pragmatiques qu'il met en jeu.
En effet, dans un débat télévisé, comme ceux
auxquels je m'attache dans ma recherche sur l'énonciation identitaire au
Québec, le discours rapporté est une pratique discursive marquante, occupant
une place de choix auprès de la thèse soutenue par les participants. Il servira
le plus souvent de prémisses dans l'élaboration du raisonnement ou d'argument,
et ponctuera d'intensité ces différents moments du débat.
Pendant ces périodes de débat ( d'une durée de
60 minutes, pour la plupart), les intervenants 'importent' des discours autres,
qu'ils s'approprient ou gardent à distance, et qui feront l'objet de
discussion, passant en quelque sorte de main en main avec des reformulations,
des extractions et l'inscription de modalisations dans cette 'mise en jeu', ce
qui pose de manière cruciale les effets pragmatiques et idéologiques de la
circulation des discours, tout en permettant d'en mesurer les effets dans une
situation bien précise.
Je circonscris mon sujet en m'attardant
davantage sur le contraste entre les modes de rapport de parole qui se fondent
sur l'indétermination, du type : " ceux qui disent
que… ". " on entend souvent des gens… ", et les
réitérations des discours des propres intervenants du débat. Dans le premier
cas, ce sont des formes doxiques et dans le second, ce sont des reformulations
de propos actualisés qui souvent en engendrent d'autres, par complément ou
rectifications. Chacun de ces modes de circulation du discours pose
différemment la question de l'implication du 'rapporteur'. Dans la suite des
travaux que je mène en rhétorique cognitive et en pragmatique ( cf Fall,
Forget, Vignaux 2005, Forget 2000), il s'agira d'étudier ces formes, en tant
qu'objets de discours, à travers des opérations de redéfinition, de
composition, d'association, d'expansion ou d'opposition (Vignaux 1988). En
effet, cette étude vise à configurer ces discours rapportés en relations
sémantiques, cognitives et pragmatiques, de manière à mettre à jour les
conditions particulières de circulation de ces discours rapportés dans le
débat, c'est-à-dire comment cette circulation se manifeste, comment elle se
justifie auprès des enjeux argumentatifs en discussion, si elle est facilitée
par l'animateur et quel est son rôle sur la conduite du débat.
Références
Fall, K., Forget, D. et Vignaux, G. Construire
le sens, dire l'identité : catégories, frontières, ajustements, Presses de
l'Université Laval, Québec/Édition de la Maison des Sciences de l'Homme, Paris,
2005, 103 p.
Forget, D. et K. Fall, 'Débattre
l'identité : argumentation et dynamique temporelle'. L'énonciation
identitaire : entre l'individuel et le collectif, Discours social, vol XXI, 2005, p.
273-299.
Vignaux, G. Le discours acteur du monde.
Énonciation, argumentation et cognition. Paris-Gap, Éditions Ophrys, 1988.
______________________________________________________
Guillaume François
Aspirant FNRS-ULB, Université Libre
de Bruxelles gui_fran@hotmail.com
Guillemets et italiques: Marques
de circulation de discours?
Guillemets et italiques sont les marques
graphiques par excellence du discours rapporté (DR) et marquent en ce sens soit
la circulation d'un discours, soit sa mise en circulation. Mais nos deux signes
connaissent également de nombreux autres usages (cf. notamment François à
paraître, Fonagy 1988 ou Rosier 1999).
Comme marques du DD on peut les voir comme
signes de la circulation de discours ou de la mise en circulation. Par contre,
pour les usages relevant strictement de la modalité autonymique (Authier-Revuz
1992 et 1996 et Rosier 1999) leur lien avec celle-ci est beaucoup moins
évident.
Il apparaît néanmoins que toute une série
d'usages relèvent à tout le moins de phénomènes proches. Ainsi, le fait
d'utiliser des termes étrangers, populaires ou techniques met en lumière que
ces termes ne circulent pas dans leur " univers de
discours " habituel. De même, le néologisme montre la mise en
circulation d'un terme, alors que l'archaïsme marque la remise en circulation
d'un terme en voie de garage. Les démotivation et remotivation du signe montre
quant à eux que le locuteur refuse le terme tel qu'il circule au profit soit
d'un sens atténué soit d'un sens supposé premier. L'usage en mention montre que
le terme ne circule pas pleinement en temps que signe transparent renvoyant à
un référent, mais en temps qu'image de lui-même. Nos deux signes marquent
également les titres et enseignes. Dans ce cas, la circulation des termes
entrant dans la composition de ces séquences n'est pas normale. Ceux-ci, au
lieu de désigner un référent plus ou moins congruent avec leur signifiant,
désignent de manière exceptionnelle et par dénomination propre un objet
sémiotique particulier.
Nous voyons ainsi nos deux signes cumulant
apparemment deux valeurs contradictoires que nous appellerons circulation de
discours et déviation de discours. Mais il nous semble que le DR ne soit pas
non plus une circulation ordinaire de discours marquée par une mise en
circulation, une circulation " normale " au sein de son
" espace discursif " et enfin une sortie de circulation.
Or, la phase médiane a pour spécificité l'appropriation que l'énonciateur fait
du terme circulant, ne conscientisant quasi pas le processus. En ce sens, il
nous semble que le DR, caractérisé par une non-appropriation partielle du dit
circulant, est justement une circulation " extraordinaire "
du discours.
Il apparaît donc que guillemets et italiques
sont les marques privilégiées d'une circulation de discours
" extraordinaire ". Et nous amène à nous interroger sur
l'approche théorique que l'on peut faire du terme " circulation de
discours " en distinguant d'un côté une circulation
" ordinaire ", non marquée, caractérisée par
l'appropriation du dit par l'énonciateur et une circulation
" extraordinaire ", marquée, caractérisée par une
non-appropriation partielle du dit par l'énonciateur.
Références
Anis, Jacques, avec la
collaboration de Jean-Louis Chiss et Christian Puech (1988), L'écriture.
Théories et descriptions, Bruxelles, De Boeck-Wesmael (Coll. " Prisme
problématiques " n°10).
Authier-Revuz, Jacqueline (1992), Ces
mots qui ne vont pas de soi. Boucles réflexives et non-coïncidence du dire, Paris, Larousse (2
vol.)
Authier-Revuz, Jacqueline (1998),
" Le guillemet un signe de "langue écrite" à part
entière ", in Defays¸ Jean-Marc, Rosier, Laurence, Tilkin, Françoise
(1998), À qui appartient la ponctuation ? Actes du colloque
international et interdisciplinaire de Liège (13 – 15 mars 1997), Paris, Bruxelles,
Duculot (coll. " Champs linguistiques ").
Catach, Nina (1996), La
ponctuation. Histoire et système, Paris, PUF (coll. " Que
sais-je ? ").
Doppagne, Albert (1998), La
bonne ponctuation. Clarté, efficacité et précision de l'écrit, Paris-Bruxelles,
Duculot (coll. " Entre guillemets ".
Drillon, Jacques (1991), Traité
de la ponctuation française, Paris, Gallimard (coll. " Tel ").
Fonagy, Ivan (1988),
" La structure sémantique des guillemets ", Traverses, n°43, o. 90-101.
typographique, Paris, Peeters, Selaf.
François, Guillaume (à paraître), " Guillemets et
italiques : synonymie en langue et en discours ? ", 9e
atelier des doctorants en linguistique, Paris IV Denis Diderot.
Rosier, Laurence (1998),
" Discours grammatical et ponctuation : l'exemple du discours
rapporté ", in Defays¸ Jean-Marc, Rosier, Laurence, Tilkin, Françoise
(1998), À qui appartient la ponctuation ? Actes du colloque
international et interdisciplinaire de Liège (13 – 15 mars 1997), Paris, Bruxelles,
Duculot (coll. " Champs linguistiques ").
Rosier, Laurence. (1999), Le
discours rapporté. Histoire, théories, pratiques, Paris-Bruxelles,
Duculot.
Rosier, Laurence (2005),
" L'analyse du discours et ses corpus à travers le prisme du discours
rapporté ", Marges linguistiques, n°9, p. 154-164.
Wagner, Robert-Louis (1954),
" Les valeurs de l'italique. Note de lecture sur Lucien Leuwen de
Stendhal ", in Essai de linguistique française, Paris, Nathan.
______________________________________________________
Lucile Gaudin,
Université de Nice Sophia Antipolis, gaudin@unice.fr
Le discours
parasite – modes et figures de la circulation des discours dans le
théâtre de Musset
Nous avons eu l'occasion d'examiner les formes
tronquées de la confidence chez Musset dans Lorenzaccio et la pièce nous était
apparue comme une tragédie de la non-circulation des discours, jusques et y
compris dans la forme minimale du " je te le dis en
confidence ".
Nous aimerions ici envisager un corpus plus
large de pièces de Musset pour nous intéresser aux " dommages
collatéraux " de la circulation des discours : des fins de
non-recevoir à la proclamation en place publique, de l'affaire qui
" transpire " à celle qui fait du bruit pour rien, les
effets du discours circulant sont en effet analysables aussi en termes de boucle
pragmatique. Il semble bien que le discours, en circulant, affecte les actants
de la circulation : non seulement, exploitant à l'extrême les différents
niveaux d'énonciation, il parasite les interactions interpersonnelles en " doublant "
l'échange conversationnel à la façon d'une langue étrangère mais il
" contamine " le locuteur-circulateur et le fait passer du
simple statut d'intermédiaire à celui, plus complexe, d'interprète. Chacune des
figures du circulateur (l'entremetteur, l'ami, le confident, le chandelier, le
chœur, etc.) est ainsi le vecteur de plusieurs discours (deux, ou plus ?)
et par là de plusieurs valeurs illocutoires.
L'alternative est alors la suivante :
considérer que le discours est parasité et qu'il y a échec de la circulation ou
faire du parasitage un mode possible de la circulation des discours. C'est
cette seconde hypothèse que nous développerons, en étudiant conjointement les
formes linguistiques et discursives des discours circulant/circulé à l'œuvre
dans le théâtre de Musset, et les effets pragmatiques d'une circulation
envisagée sur le mode de la contamination discursive et stylisée par les mises
en œuvre théâtrales.
Références
Dubois S. et Vincent D., (1995), "Les
échanges rapportés: une mise en scène de l'interaction", in D. Véronique
et R. Vion (éds.) Modèles de l'interaction verbale, Aix en Provence,
Publications de l'Université de Provence, 319-330.
Moirand S., (1998), "Dialogisme et
circulation des savoirs", in Du dialogue au polylogue. Approche
linguistique, socio-pragmatique, littéraire, actes du colloque international
DoRiF-Universita CISU, Rome, 123-139.
Sitri F., (2003), L'objet du débat. La
construction des objets de discours dans des situations argumentatives orales, Paris, Presses de la
Sorbonne Nouvelle.
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Maria do Rosário Girão Ribeiro Dos
Santos et Manuel José Silva
Universidade do Minho, Portugal, rosario@ilch.uminho.pt
Monsieur Proust et la
rumeur
La Recherche proustienne,
procrastination d'une vocation, s'avère bel et bien le roman de la
rumeur : celle-ci, souterraine, guette l'occasion idéale de monter à la
surface, de circuler à travers les dits et non-dits, de courir en tant que
discours social et socialisant, de dévoiler les secrets, tout en les mettant à
nu, de caractériser les espaces de l'Espace et les temps du Temps, par le moyen
d'un discours rapporté ambigu, parfois fallacieux ou mensonger, souvent vrai et
authentique, lisible dans les signes qu'émet la parole sous-jacente à la vie
publique et privée.
Dans l'univers moisi et tendre
de Combray, et ayant comme point de départ la chambre de tante Léonie, ainsi
que la curiosité de celle-ci et de Françoise, les commérages prolifèrent. On
disait, en effet, que Odette Swann était une cocotte ; on racontait ses
liaisons, on avait cessé de voir l'oncle Adolphe…
À son tour, dans les marines de Balbec, la
sexualité d'Albertine et de la 'petite bande' devient objet de potins, synonymes
de soupçons, qui assaillent le narrateur-héros, même après le décès de La
Prisonnière…
Et que dire des salons aristocratiques d'une
oisive " Belle Époque ", qui ne tarde pas à céder la place
à la guerre, où les ragots atteignent le luxe, la luxure, le snobisme et le
vice ?
Prisonnier d'un cercle dantesque, le personnage
proustien n'a pas de répit : il a beau cacher ce que les autres veulent
dévoiler, son secret jalousement gardé est, néanmoins, découvert…
Nous nous proposons d'étudier le discours de la
rumeur dans quelques extraits de La Recherche, en essayant de
démonter, dans une perspective thématico-sociologique-stylistique, les
mécanismes qui l'encodent et le décodent, ou, en d'autres mots, l'encodage et
le décodage que fait de la rumeur, à travers une phrase assassine et un humour
tranchant, Monsieur Proust (comme l'appelait Céleste Albaret).
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Delphine Guedj, Université de
Montpellier 3 - France
Virginie Doubli, Université de
Montréal. Canada
Quand les silences prennent
sens? Enfants non francophones, enfants dysphasiques à l'école
Qu'ils soient issus de l'immigration et arrivent
en milieu francophone sans en parler la langue, ou qu'ils soient atteints de
dysphasie, les enfants dont nous parlerons dans cette communication ont tous
pour point commun d'être scolarisés en un milieu apparemment
"hostile". Certains viennent de pays du Maghreb et ne parlent pas un
mot de français à leur arrivée, d'autres n'ont jamais réussi à apprendre à
parler alors que rien physiologiquement ne les en empêchait. Tous vont en
classe et vont devoir comprendre les discours environnants et se faire
comprendre. Le langage moteur de l'apprentissage et de la socialisation pour
eux, devient alors un enjeu pour briser le silence dans lequel ils vivent.
Comment en classe, circulent les discours dans
ces silences, qu'il s'agisse d'un temps passager pour les enfants non
francophones ou du long court pour les enfants dysphasiques ?
Cette communication mêlera donc deux publics et
deux lieux de vie (France et Canada) pour mettre en évidence que les discours
circulent plus qu'au travers des gestes, des pictogrammes et des images, par le
crible de l'interprétation du locuteur avec qui ils entrent en interaction.
Cette figure est généralement celle du maître ou
de la maîtresse, mais lorsqu'elle est revêtue par "l'enfant
camarade", alors les discours rapportés sont des mots d'enfants capables
très tôt de "décoder" pour faire parler. Nous interrogerons tant les
paramètres qui permettent aux discours de circuler que ceux qui renvoient aux
impossibilités à dire et à la difficulté de briser certains de ces silences.
Références
Danon-Boileau (2002), Des enfants
sans langage. Editions Odile Jacob
Gajo, L., 2001, Immersion,
bilinguisme et interaction en classe. Didier.
Rabatel A., 2004, Interactions orales
en contexte didactique : mieux (se) comprendre pour mieux (se) parler et pour
mieux (s') apprendre. Presses universitaires de Lyon.
Santi, S. (1998) Oralité et
gestualité, communication multimodale, interaction, L'Harmattan,
______________________________________________________
Youcef Immoune
Université d'Alger, immoune_youcef@yahoo.fr
Entre ethos et pathos :
approche pragmatique et relationnelle de la réception des discours en
circulation en situation de guerre dans Journal de
Mouloud Feraoun.
L'étude que je propose pour participer à ce
présent colloque relève d'une recherche en Analyse du discours portant sur des
documents authentiques témoignant de la période de décolonisation (guerre de
libération) en Algérie. La qualité des corpus discursifs et la nature de la
période constituent des données intéressantes pour le thème de la circulation
des discours en tant que pratique nécessaire de configuration des champs
sociaux, tant ces discours sont chargés idéologiquement. Par ailleurs, il est
plus qu'intéressant d'observer le phénomène de la circulation des discours en
situation d'extrême violence (multidimensionnelle), dans la mesure où l'on peut
s'interroger sur les paramètres de la
légitimité de ce phénomène et de celle de son impact sur la vie
sociale.
En temps " normal ", la
circulation des discours constitue une activité sociale des plus
" normales " et même " banales " tant
elle participe à la consolidation des liens sociaux à travers divers réseaux
interactionnels intersubjectifs et intercommunautaires. La gestion de cette
circulation des discours relève également d'une activité normale que ce soit
dans un sens consensuel (régulation par coordination) ou dans un sens
conflictuel (régulation par réparation). Qu'en est-il cependant lorsque les
paramètres ordinaires de la vie sociale se trouvent ébranlés par des
changements brutaux dans les relations qui penchent plutôt vers le conflit
violent et qui mettent en crise sérieusement et à tous les niveaux les
relations sociales ?
On émet l'hypothèse selon laquelle la
circulation des discours en temps de crise extrême s'opère dans le cadre d'un
éclatement des repères sociaux habituels et fonctionne alors davantage en
fonction de la violation des lois du discours qu'en fonction de leur
observance. Autrement dit, il s'agit d'une violation calculée et maîtrisée
socialement qui rend la circulation possible mais par des biais détournés,
feints, déroutants, etc.
C'est en ce sens et en s'appuyant sur un corpus
de témoignage de guerre (Journal [1955-1962], Lettres à ses amis, de Mouloud Feraoun
(écrivain algérien) Ed. du Seuil, 1962, 1969), que l'on va observer et analyser
cette situation particulière de la circulation des discours en posant la
problématique en termes d'ethos et de pathos. En effet, en pareille situation,
les discours paraissent circuler à deux niveaux d'appréhension :
appréhender l'information et appréhender les effets visant à affecter les
instances réceptrices. C'est une circulation délibérément propagandiste
(manipulatrice) où l'information vaut par les émotions positives ou négatives
qu'elle provoque.
A travers ce témoignage authentique, on tentera
d'appréhender la manière avec laquelle s'opère la réception des discours en
circulation par le décodage sociale de leur légitimité rationnelle (ethos) et
leur légitimité relationnelle (pathos) : adhésion positive et/ou négative,
rationnelle et/ou affective au discours et au " circulateur ".
Références
Authier-Revuz, J., Ces mots qui ne vont pas
de soi. Boucles réflexives et non coïncidence du dire, Larousse, 1995.
Plantin, C., Doury, M., Traverso, V., Les
émotions dans les interactions, Lyon: Pul, 2000.
Rosier, L., Le discours rapporté. Histoire,
théories, pratiques,
Bruxelles, Duculot, 1999.
Roulet, E., " une approche modulaire
de la complexité de l'organisation du discours ", in Nolke H. et
Adam, J.-M. (éds), 1999 : 187-256..
______________________________________________________
Anna
Jaubert
Université Sophia Antipolis Nice, Anna.Jaubert@unice.fr
La rumeur est-elle un genre de
discours ?
Prolongeant la réflexion sur l'articulation
entre genre de discours et discours rapporté, on s'interrogera sur le statut de
la rumeur. " Le plus vieux média du monde ", pour reprendre le
sous-titre de l'ouvrage de J.-N. Kapferer, est bien le résultat
d'une circulation de discours ; pour autant on ne peut y voir un
discours rapporté au sens strict, c'est-à-dire " la représentation
dans un discours d'un autre acte d'énonciation ". En effet, la
singularité d'un acte d'énonciation source est ici fortement diluée, voire
occultée par l'intérêt du propos lui-même : une information qui se propage
surtout parce qu'elle a valeur de nouvelle. Cette pratique discursive sociale (et
socialisante), montre que la circulation des discours est déterminée autant, et
sans doute davantage, par des
conditions de réception que par des conditions de production initiale. Car ce
qui compte ici est le phénomène de reproduction en soi, et de reproduction réitérée.
À partir de là, la question du genre de discours
se pose : incontestablement, sur son versant social, la ou les situations
de communication propice(s) à la rumeur sont descriptibles. Milieu de
diffusion, craintes, attentes ou phantasmes du groupe, figure des
" passeurs " sont des paramètres bien connus, qui depuis
longtemps suscitent l'intérêt des psycho-sociologues. En revanche, sur son
versant linguistique, il semble que le grain à moudre soit plus rare, et, qu'en
matière de marques, le report en cascade tourne court après le deuxième
enchâssement. Certes, le dire de la récursivité a ses limites, mais en
l'occurrence le déficit n'est pas sans conséquences : le discours de la
rumeur tend à s'objectiver, à se faire discours ambiant, sa composante
réflexive est d'un " coefficient " non seulement faible (Paveau, à paraître), mais quasiment
nul lorsqu'au final la rumeur se dit presque comme de l'information.
En effet, le propre de la rumeur, voisine en cela de l'insinuation, est de
s'impliciter en tant que telle.
C'est donc aussi en dehors des marges
réflexives, et de leurs " circulèmes " (Rosier 2005), qu'il
faut chercher des traits linguistiques significatifs. L'un d'eux nous a paru
révélateur d'une conception fragmentaire de la vérité : il s'agit de la formule " il
y a du vrai dans ", employée par un juge dans l'affaire P. Alègre (Nouvel
Observateur,
18-24 novembre 2004). Cette formule intéresse directement l'interférence de la
rumeur et du judiciaire, en ce qu'elle accrédite l'adage " il n'y a pas de fumée sans
feu ". Ce faisant, elle dénonce une donnée pragmatique fondamentale
pour ce discours, qui substitue à la vérité factuelle, une et indivisible
(" la vérité, rien que la vérité, toute la vérité "), les
fragments d'un objet à reconstruire.
Cette fragmentation opacifiante est exhibée comme un trait générique dans
la fiction policière qui exploite l'effet puzzle (voir proposition de G.
Salvan). Elle en vient même à conférer ce trait à une émission consacrée à des
événements politiques réels, et relativement récents, radio-diffusée sur
France-Inter : " Rendez-vous avec X ", où Monsieur
X
désignant significativement l'actant colporteur, a soin de ménager le suspens.
Ainsi les interrogations soulevées par un genre
de discours problématique, peuvent contribuer à une amorce de théorisation de
la circulation des discours.
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Andrea Landvogt & Kathrin
Sartingen
Universität Würzburg (Allemagne), andrea@landvogt.com
Discours
en circulation et (dé-)montage filmique dans Fahrenheit 9/11
Notre étude portera
sur les stratégies et les techniques spécifiques du médium filmique qui servent
à faire circuler des discours, comme la convocation de discours ou le montage
de fragments discursifs. Dans le documentaire controversé Fahrenheit 9/11 de Michael Moore (2004) se manifeste une multitude de discours appartenant
à des genres très variés – i.e. des séquences télévisées (informations,
reportages, …), des passages pris de films (policiers, western), mais aussi des
documents écrits (articles de presse, documents officiels).
Malgré leur
assemblage polyphonique, tous ces discours convergent, à la fin, dans un
témoignage aussi monologique que polémique et ostentatoire. L'effet subversif
du montage des discours en circulation résulte, selon nous, des techniques
filmiques spécifiques (cadrage, coupures, contraste des différents niveaux
sémiotiques, etc.) qui entraînent la dé- et la recontextualisation des
séquences respectives dans la linéarité du film documentaire de Michael Moore.
Il ne s'agit pas
d'une reprise neutre des discours d'autrui, mais d'un emploi servant à affirmer
la position idéologique de Moore – réalisateur, scénariste, commentateur
et conducteur de l'argumentation, et dans ceci presque comparable à un
narrateur omniscient. Puisque la recomposition des citations issues de divers
contextes politiques crée un effet polémique, elle entraîne par ceci un manque
de neutralité dans la représentation des faits. En fin de compte, le montage
sert, à un dé-montage des énonciateurs cités. Dans la mesure que Fahrenheit
9/11 poursuit ouvertement des fins manipulatrices, Moore
arrive aussi à une sorte d'aliénation du genre documentaire.
En tant que pseudo
documentaire oscillant entre fiction et documentation, le film présente un
potentiel appellatif significatif: En jouant sur tous les registres, il veut
non seulement inciter son public à réfléchir aux 'faits' révélés, mais aussi
contribuer à faire circuler ces discours dans le contexte social de l'heure
actuelle.
Dans la perspective
du colloque, il s'agira de voir avant tout, comment le montage et l'encadrement
des citations authentiques sont exploités à des fins stylistiques lors de la
mise en scène du documentaire. Ainsi, les stratégies de la circulation du
discours seront étudiées dans leur emploi spécifique du médium filmique.
Références
Bachtin, M.M., Die Ästhetik des Wortes (ed. R. Grübel),
Frankfurt/Main 1979.
Bachtin, M.M., Probleme der Poetik Dostoevskijs, München 1971.
Bordwell, D./Thompson, Kristin, Film Art. An
Introduction,
7eme éd., New York 2004.
Cunha, D. de Arruda Carneiro da, Discours
rapporté et circulation de la parole, Louvain-la-Neuve 1992.
Ducrot, O., Le dire et le dit, Paris 1984.
Kuchenbuch, Thomas, Filmanalyse, 2eme éd., Wien 2005.
Metz, Ch., Sprache und Film, Frankfurt 1973.
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Pierre Lejeune
Faculté de Lettres de L'Université de
Lisbonne, lejeunepierre@hotmail.com
Kärcher et racaille, ou quand un
événement énonciatif déteint sur le sens des mots
On connaît de ces mots dont une seule
énonciation peut modifier le destin, tel la "chienlit" du général de
Gaulle. Un nom de marque (Kärcher) et un nom commun (racaille) ont connu
récemment le même sort, désormais irrémédiablement liés à deux phrases
prononcées en 2005 par Nicolas Sarkozy lors de visites en banlieue parisienne.
Nous nous proposons de suivre à travers
l'analyse d'un corpus de presse quotidienne (dont L'Humanité (H) et Le Monde
(M)), Libération, Le Figaro - et satirique - Le Canard enchaîné (C), Charlie
Hebdo - comment deux énoncés rapportés, s'émancipant peu à peu du cadre d'une
énonciation singulière, en sont arrivés à doter leur mots vedettes d'une
nouvelle charge sémantique devenue disponible (pour combien de temps, l'avenir
nous le dira) pour les usagers de la langue.
On a d'abord des formes canoniques de DD avec
contexte introducteur singularisant (avec lieu, date et interlocuteurs en
présence)
" On va vous débarrasser de cette
racaille ", a lancé Nicolas Sarkozy, mardi 25 octobre, aux habitants
du quartier de la Grande Dalle - (Argenteuil), où il a promis de revenir
" dans une quinzaine de jours ". (H)
ou du DN :
Sur les lieux du crime, le ministre de
l'intérieur propose de nettoyer la cité " au Kärcher ". Autre drame à
Argenteuil, il parle de " racaille ". (M)
Puis, sur le mode autonymique, des reprises sous
forme de préconstruits (au sens de Pêcheux) soit de l'acte de parole soit des
termes employés. Dans le premier cas, avec des GN ("le nettoyage
au Kärcher", l'odieux
"racaille", les mots "Kärcher" et "racaille") ou des DN laissant
déjà apparaître une désingularisation, l'acte est critiqué et interprété,
souvent au moyen de l'inclusion dans une série d'actes / de discours
révélateurs d'une stratégie de leur auteur ou des gens de son bord :
Qui peut croire un instant que la froide
croyance dans le " chiffre ", la volonté de
" nettoyer au Kärcher " des cités populaires et la
promotion du communautarisme visent à créer une autre
" rupture " dans la société française que celle qui
criminaliserait les pauvres parce qu'ils sont pauvres pour ne promouvoir que le
culte de la réussite par l'argent ? (H)
Dans le second cas, c'est la pertinence des
termes employés qui fait l'objet d'un commentaire (Racaille rime avec
"aïe ! aïe").
On observe enfin des cas de reprise des
termes-choc directement intégrés sur le mode de la modalisation autonymique. En
nous référant à la dichotomie discours approprié / discours associé de J.
Authier-Revuz, nous passerons en revue les cas où les termes sont utilisés pour
désigner Sarkozy (le spécialiste du Kärcher), différents groupes
sociaux (exploités, les jeunes des cités, les jeunes en général)
Le ministre de l'Intérieur et sa
" rhétorique guerrière " ont enfermé l'action policière
dans une logique d'affrontement. Avec lui, c'est camp contre camp. Oeil pour
oeil, dent pour dent. " racailles " contre " condés ".
(H)
ainsi que des actions (karchériser, coup de
Kärcher)
ou leur modalité (au Kärcher).
Références
Authier-Revuz J. (1995), Ces mots qui ne vont
pas de soi. Boucles réflexives et non-coïncidences du dire, 2 tomes, Paris,
Larousse.
Sériot P. (1986), "La langue de bois et son
double", Langage et société, nº 35, mars 86, p. 7-32.
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Morgan Le Thiec Rautureau
CEGEP
Saint-Laurent Montréal, morganltr@yahoo.fr
Les représentations des futurs
enseignants en FLE sur les on-dit liés à leur formation
Pour cette communication, nous
proposons une étude de cas des représentations des futurs enseignants de
Français Langue Etrangère (FLE) concernant les on-dit liés à leur formation, à
partir d'un questionnaire (quatre questions) proposé à des étudiants de
l'Université de Nantes (France).
Pour cette étude, notre
hypothèse est que les on-dit circulant dans le milieu de la formation FLE
peuvent influencer à la fois les relations étudiants/formateurs, la motivation
des étudiants mais également leur orientation en ce qui concerne la suite de
leur scolarité et de leur carrière. L'objectif est double. En amont, les
répondants sont conduits à approfondir leur réflexion sur la circulation des
discours sans origine et sans fondement établi, discours particulièrement
présent dans l'univers interculturel du FLE. En aval, il s'agit pour les
chercheurs de cerner ces on-dit et le rapport des étudiants à ces on-dit pour
améliorer la formation et permettre aux étudiants une meilleure autonomie.
Nos travaux s'inscrivent dans
le cadre d'une Analyse Linguistique du Discours (ALD), cadre développé par O.
Galatanu (IRFFLE, Université de Nantes, France). L'ALD suppose
" l'étude des mécanismes langagiers, sémantico-discursifs et
pragmatico-discursifs qui habilitent la parole à être un terrain privilégié
d'influence d'autrui par la re-construction de soi, du monde et des systèmes de
valeurs " (Galatanu 1999). Ce type d'Analyse nous permet ainsi d'articuler
l'Analyse du Discours, dans la perspective des travaux de D. Maingueneau, et la
Sémantique théorique telle qu'elle est développée par O. Ducrot, pour mettre en
lumière les mécanismes de production et d'interprétation du sens.
Pour cette communication,
nous souhaitons donc proposer, dans la perspective de l'ALD, un bilan du
questionnaire proposé aux étudiants de la formation FLE. Nous aurons ainsi
l'occasion de nous interroger sur la nature des on-dit au sein d'une formation
professionnelle et sur les effets de la circulation de ces on-dit chez les
étudiants en formation.
Références
Ducrot O.,
1991 : Dire et ne pas dire. Principes de sémantique linguistique. Editions Hermann.
Maingueneau D.,
1987: Nouvelles tendances en analyse du discours.
Hachette Supérieur.
Maingueneau D.,
1991 : L'Analyse du Discours. Introduction
aux lectures de l'Archive. Hachette Supérieur.
Galatanu O.,
1999 : " Argumentation et analyse du discours " in
Gambier et Suomela-Salmi (éds), Jalons, Université de Turku.
Galatanu O.,
2002 : " La sémantique des possibles argumentatifs et ses enjeux
pour l'Analyse du Discours ", in les Actes du congrès International
d'Etudes Françaises : la Rioja, Croisée des chemins, Logrono, Espagne.
Rosier L.,
1999 : Le Discours rapporté; Histoire, théories, pratiques. De Boeck-Duculot. Paris - Bruxelles.
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Víctor
Nicolás López Román
SMS
Comunidad de Madrid, vnlr@telefonica.net
Les
aboutissements de la circulation à sens unique dans le discours médical
L'analyse du
discours médical sur la dépression met à jour des propriétés particulières dans
la manière de représenter la circulation des discours. Nous travaillerons à
partir d'un corpus constitué de publications espagnoles de spécialistes
reconnus, éditées par les laboratoires pharmaceutiques et dont le but est
d'aider les médecins généralistes à identifier la dépression pour pouvoir la
soigner. Nous analyserons dans une perspective énonciative, comment ce discours
scientifique sur la dépression et son traitement apparaît comme une circulation
à sens unique ayant abouti à une " représentation sociale "
(Moscovici, 1988 et Morfaux 1980) stable et partagée. Ce sont des textes qui
relèvent d'un genre doublement hybride (discours médical scientifique et de
communication de savoirs, discours d'experts mais dans le cadre d'une
communication conçue par les laboratoires), dans lesquels l'absence de
connexion avec la situation d'énonciation et la non attribution des assertions
à des énonciateurs spécifiques (grâce, par exemple, à l'emploi de dénominations
collectives des sources d'énonciation ou à l'impersonnalisation de l'évidence)
pose dans l'absolu un savoir censé décrire directement des faits
" vrais " et présente un point de vue doxique (assumé par
un énonciateur générique implicite du type " la communauté
scientifique ", dans laquelle s'inscrit le locuteur) comme une vérité
générale circulant actuellement dans une communauté scientifique sans failles.
Cela va de paire avec la mise en scène de cette connaissance partagé comme
l'aboutissement d'une circulation du discours d'experts, à travers des
formulations passives, qui construisent une aspectualité d'ordre
" résultatif " (Charaudeau, 1992 : 408) et contribuent
ainsi à présenter le savoir comme le résultat d'un trajet. Enfin, l'on tentera
de mettre en évidence la visée argumentative de la représentation sociale ainsi
remise en circulation : alors que les textes étudiés usent d'abondantes
métaphores pour élaborer une représentation de la dépression (López Román et
Vivero García, à paraître), les procédés mis en lumière visent à créer une
illusion d'évidence et de description directe de la réalité, dans des
contextes où très souvent la fonction cognitive cède le pas à une fonction
persuasive, plus ou moins voilée, dont le but est de convaincre des avantages
de certains médicaments.
Références
Charaudeau P.
(1992), Grammaire du sens et de l'expression,
Paris, Hachette.
Grossman F. et Rinck
F. (2004), " La surénonciation comme norme du genre : l'exemple
de l'article de recherche et du dictionnaire ", Langages, 156.
López Román V.N. et
Vivero García M.D. (à paraître), " Las metáforas en el discurso médico
sobre la depresión: funciones cognitiva y persuasiva ".
Maisonneuve J.
(1989), Introduction à la psychosociologie,
Paris, PUF.
Moscovici S. (éd.)
(1988), Psychologie sociale, Paris, PUF.
Rosier L. (2004),
" La circulation des discours à la lumière de ' l'effacement
énonciatif': l'exemple du discours puriste sur la langue ", Langages, 156, p. 65-78.
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Pour
voir la seconde page des résumés (M-Z), cliquer ici
Index Ci-Dit
Résumés des conférences plénières et ateliers de travail
Mise
à jour: octobre 2006
courriel
: sophie.marnette@balliol.ox.ac.uk