
Ci-Dit
Troisième colloque international et
interdisciplinaire
Université Laval, Québec du 5 au 7 octobre
2006
Circulation des discours et liens
sociaux:
Le discours rapporté comme pratique
sociale
Pour
cette troisième édition du colloque Ci-dit, après la question des frontières et
celle des genres, nous avons voulu interroger le discours rapporté à la fois
comme pratique de discours et comme pratique intersubjective et sociale.
Analysées
en dehors de leur cocon linguistique, les formes du DR révèlent leur rôle
significatif dans la reprise, la diffusion, la propagation, bref dans la
circulation des discours. En jouant sur le rapport discours citant / discours
cité, l'énonciateur donne à l'un comme à l'autre des valeurs spécifiques. Les
effets pragmatiques et idéologiques de cette circulation de discours doivent
être envisagés, sans en négliger les aspects particuliers : verbes
introducteurs marqueurs de circulation (répéter, redire, asséner,médire,
dénoncer…), adverbes, locutions adverbiales, périphrases (officieusement,
officiellement, entre nous…), formes de déni (je n’ai jamais dit ça),
non-respect de la parole donnée (tu m’avais dit que tu étais d’accord !),
expression d’une circulation limitée en confiance (je te dis ça entre nous),
figures du passeur (je me suis laissé dire que…), lieux communs lexicalisés (le
bouche à oreille, la circulation sous le manteau, les confidences sur
l’oreiller, le téléphone arabe…), etc.
De
rapporter à circuler, on mesure le déplacement :
rapporter = X dit « y »
mais
circuler = « y » circule (via X) /X dit que Z dit « y »/ X fait
circuler « Y »
On
oppose donc le fait de « rapporter » d’une part qui se construit avec un agent
(je, tu, il rapporte) à « circuler » qui s’emploient sous une forme plus ou
moins passive (un mot, un discours circulent par des agents) ou dans
l'expression « faire circuler ».
Dans
ce colloque, nous sommes donc partis des formes grammaticales du discours
rapporté en proposant d’élargir ce discours rapporté à des pratiques sociales
et discursives qui mettent en jeu des problèmes de circulation de discours.
Notre but était de mettre à jour de nouveaux corpus et de nouveaux observables
linguistiques sous le prisme de la notion de circulation des discours, qu’il
s’agissait aussi de préciser. Il fallait également envisager les problèmes
méthodologiques (notamment dans le recueil des données empiriques) et
théoriques posés par cette perspective.
Si
l’on articule ces pratiques à des lieux, on doit aussi étudier les dispositifs
de communication propres à des formes de circulation de discours, plus ou moins
contraintes qui peuvent se caractériser par le statut particulier des
énonciateurs-circulateurs (figures prototypiques des énonciateurs, passeurs de
discours, comme le voisin, la concierge, l’indiscret, la commère du village, le
« corbeau » ou le traître, l’indic ou la balance), par les circonstances
(exemple des temps de guerre avec les délations/dénonciations), par le mode de
médium et sa scénographie particulière, par la thématique,…
Enfin
on a également pu s'interroger sur les discours qui ne circulent pas, qu'on ne
fait pas circuler (le silence des dominés, ceux qui sont obligés de se taire ou
qui n'osent pas "dire", ceux qui n'ont pas de place dans la
collectivité dominante), sur les discours exclus de la circulation et les
auto-exclus.
Les
communications portant sur les points suivants ont été privilégiées :
· Approches
synchroniques et diachroniques des potin, ragot, commérage, médisance….
· Aspects
juridiques de la circulation des discours
· Effets de la
circulation (calomnie, délation, mensonge…)
· Figures,
autorité et légitimité des « circulateurs » de discours
· Groupes
sociaux privilégiés dans la circulation des discours (âge, sexe, profession,
etc.)
· Marqueurs
linguistiques de circulation de discours (mais peut-être aussi celles du
silence, du secret, de l'empêchement à être mis en circulation)
· Nouveaux corpus
présentant des exemples de circulation de discours
· Théorisations
de la notion de circulation
Conférences
plénières:
Ruth
Amossy : "La circulation des discours : perspective panoramique et
proposition de travail"
Martina
Drescher: "Le rôle du discours rapporté dans la prévention médicale contre
le VIH/Sida"
Pascal
Froissart : " "La rumeur sur Internet, entre délice technique et
pratique traditionnelle"
Sophie
Marnette, Juan Manuel López-Muñoz et Laurence Rosier : "De la circulation
linguistique du verbe à la signification sociale d'une pratique : rapporter
dans tous ses états"
Maryse
Souchard : "Pour qui les discours circulent-ils?".
Comité
Scientifique :
Denise
Deshaies (Université Laval), Marty Laforest (Université Laval), Juan Manuel
López Muñoz (Université de Cadiz), Sophie Marnette (Université d'Oxford),
Laurence Rosier (Université Libre de Bruxelles), Diane Vincent (Université
Laval).
En
marge du Colloque (jeudi 5 octobre et vendredi 6 octobre)
Le
colloque a été accompagné d'ateliers de travail qui ont permis à des équipes de
chercheurs de présenter différents aspects méthodologiques et épistémologiques
d'une recherche en cours et de discuter avec les participants.
1) Guylaine Martel, Lucie Ménard, Denise Deshaies, Kristin Reinke
et Caroline Émond : "Marqueurs prosodiques et gestion de l'interaction
dans les téléjournaux. Aspects méthodologiques."
2) Marty Laforest, Diane Vincent et Olivier Turbide :
"L'analyse de la circulation des discours radiophoniques extrêmes : la
mise en relation de corpus oraux et écrits, privés, publiques et
médiatiques."
Avec le concours du Centre
interdisciplinaire de recherches
sur les activités langagières (CIRAL),
Université Laval
Index Ci-Dit
Résumés des conférences plénières et ateliers de travail
Mise
à jour: octobre 2006
courriel
: sophie.marnette@balliol.ox.ac.uk