IV SÉMINAIRE INTERNATIONAL CI-DIT
Cadix 6 mai 2005:
L'AUTO-CITATION.
Bénéfices et dangers
À partir d'une définition simple
de l'auto-citation en tant que "citation de ses propres opinions, pensées
et discours, réels ou fictifs" nous avons tenté de cerner plus précisément
cette notion "bi-face", entre altérité et identité, en examinant les
pistes (linguistiques, littéraires, sociologiques, psychologiques, etc.)
suivantes :
Du
point de vue des marqueurs linguistiques spécifiques, quelques pistes :
- La notion d'antériorité est-elle consubsantielle
à celle d'auto-citation (nécessité d'un dit antérieur posé comme tel dans
le discours) ou peut-on parler d'auto-citation quel que soit le
repère : passé (j'ai dit), présent (je dis), futur (je dirai) ?
Est-ce un mécanisme classique de polyphonie qui dédouble l'énonciateur en
un énonciateur antérieur (classique dans le DR) ou bien est-ce un
mécanisme plus complexe : en effet, il est parfois marqué
morphologiquement par des formes combinant première et troisième personne,
normatives (cf. en
espagnol : Soy/fui/seré yo quien dice/dijo/dirá…) ou non (cf. en anglais : I Says étudié par André Joly; parfois révélé par des
lapsus ou des constructions "enfantines" type *je verra ou c'est
moi qui a...)?
- Comment distinguer l'auto-citation de la modalité
assertive et /ou performative? Quels sont les rapports avec les formes de
question-écho ?
- Quels sont les rapports avec l'auto-désignation,
"terme utilisé en analyse du discours pour renvoyer à l'ensemble des
procédés servant à l'énonciateur d'un texte pour se désigner lui-même,
comme individu ou comme membre d'un collectif" (Simone Bonnafous, Dictionnaire
d'analyse du discours, p 76) ?
Du
point de vue des genres de discours, quelques pistes :
- Est-il possible de lister des genres de discours
et/ou types de textes en vertu de la place accordée à l'auto-citation?
Certains genres privilégient-ils certaines formes ou fonctions de l'auto-citation
au détriment des autres (par exemples certains écrits d'écran grâce à
"l'auto-hyperlien") ? Y a -t-il des genres de discours qui sont
rétifs à intégrer des auto-citations ? Pourquoi ? Quels sont les cas où
l'auto-citation se fait à l'aide de marqueurs linguistiques collectifs
(nous avons dit, on a dit), voire à l'aide de la troisième personne (par
exemple citer une référence d'un texte qu'on a écrit dans son propre
article scientifique) ?
- Quels sont les rapports de l'auto-citation avec
l'auto-parodie (quand un auteur, un cinéaste, un plasticien s'auto-cite
trop ou sans génie) et l'auto-plagiat (par exemple les recyclages
d'articles antérieurs dans la presse) ? Quelles sont les fonctions de l'auto-citation
dans le texte littéraire? Est-elle un type de réécriture intra-textuelle (
à l'intérieur d'un même texte) ou macro-textuelle (au sens d'ensemble
d'une oeuvre) ?
Du
point de vue de la circulation des discours et de la construction de l'image de
soi (ethos) :
- Quelles stratégies argumentatives l'auto-citation
met-elle à l'œuvre : s'agit-il d'asseoir sa propre autorité, de donner de
la cohérence, de céder au plaisir de citer ses "morceaux de
bravoure", de maîtriser la totalité par la maîtrise de la fragmentation
du texte, ou au contraire de "s'effacer" derrière la beauté de
son propre texte ? De référer à sa propre autorité intra- ou
extratextuelle, de requalifier un énoncé qu'on a produit : ces
pratiques relèvent-elles d'un "autisme" communicationnel ?
Bref, quelle image de soi donne-t-on en pratiquant l'auto-citation ?
Crée-t-on, par la circulation de son propre dire, une tradition et une
légitimation en circuit fermé ?
Avec la collaboration du Groupe de recherche Estudios de
Filología Francesa,
Département de Philologie
Française et Anglaise (section de Français), Université de Cadix.
Contributions:
- L'auto-citation à travers la structure "ADVment
parlant" : Maria Luisa Mora Millán, PRAGMALINGÜISTICA, Universidad de
Cádiz.
- Je vous dis que l'auto-citation c'est du discours rapporté,
Sophie Marnette, CI-DIT, Oxford University
- Autophonie et représentation de soi dans le discours, Laurent
Perrin, CELTED-Université de Metz
- Les auto-citations
et leurs reformulations dans Du sens, de Renaud Camus : des surassertions
surénoncées ou sousénoncées, Alain Rabatel, IUFM de Lyon, ICAR, UMR 5191, CNRS,
Université Lumière-Lyon 2
- Formes et fonctions de l’auto-citation dans les discours
scientifiques. Le cas des sciences de l’information et de la communication,
Florimond Rakotonoelina, EA 2290 SYLED-CEDISCOR, Université de Paris 3
- Une circulation discursive en circuit fermé : l'auto-citation,
Laurence Rosier, CI-DIT, Université Libre de Bruxelles.
- Marquages et fonctionnements dialogiques du discours intérieur
autophonique à l'oral, Bertrand Vérine, PRAXILING, Université Paul Valery
-Montpellier III
- De l'acte illocutoire de dire à l'autocitation : la confirmation
d'une figure d'autorité, Diane Vincent, CIRAL, Université Laval
- L'auto-citation dans les entretiens: l'exemple d'Annie Ernaux,
Juan Manuel López Muñoz et Francisca Romeral Rosel, CI-DIT, EFF, Universidad de
Cádiz.
Publication:
Lopez-Muñoz,
J-M, Marnette, S. & L. Rosier (éds). L'Autocitation: bénéfices et dangers. Travaux
de linguistique. A paraître début 2006.
Index
Mise à jour: juillet 2005.
Courriel: sophie.marnette@balliol.ox.ac.uk
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