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Elsa Galle-Dehennin (1932-2009) |
In memoriam |
ée à Vertrijk en 1932, Elsa Dehennin se trouva trop tôt mêlée aux turbulences de l'Histoire: en mai 1940, sa mère l'emmène en Angleterre, tandis que son père va entrer dans la résistance, avant d'être fait prisonnier politique. C'est dans ces circonstances difficiles, mais sans doute formatrices (elle restera d'ailleurs anglophile), que la jeune Elsa termine à Londres ses études primaires, pour entrer ensuite à l'Athénée belge de Braemar (Ecosse). |
evenue en Belgique en mai 1945, Elsa Dehennin poursuit ses études secondaires au Lycée de Laeken. En Rhétorique, elle y fait une rencontre décisive: celle du grand philologue Albert Henry. Celui-ci, qui était issu de l'ULB mais occupait alors la chaire de langues et littératures romanes à l'Université de Gand, assiste à son examen de français et, favorablement impressionné, l'oriente vers la philologie romane. Le conseil s'avère excellent: l'étudiante aura un cursus on ne peut plus brillant et son mémoire de licence en littérature espagnole –Passion d'absolu et tension expressive dans l'oeuvre poétique de Pedro Salinas– sera publié en 1957 dans la collection "Romanica Gandensia" (Droz). Il constitue toujours une référence obligée. |
ous l'égide d'Albert Henry, son directeur de mémoire et a présent de thèse, Elsa Dehennin entre au FNRS, où elle est aspirante et ensuite chargée de recherche. Avec le plus grand profit, puisque ces mandats déboucheront sur deux nouveaux livres: La résurgence de Góngora et la génération poétique de 1927 (sa thèse de doctorat) et "Cántico" de Jorge Guillén: une poésie de la clarté. |
ntre-temps Albert Henry, toujours lui, est devenu professeur à l'ULB, où Elsa Dehennin le rejoint pour assumer à partir de 1964 les enseignements d'espagnol. Elle succède dans cette charge à Etienne Vauthier, qui était avant tout comparatiste mais avait été précédé d'abord par un hispaniste de renommée internationale, Lucien-Paul Thomas, et ensuite par le flamboyant poète catalan Josep Carner, époux d'Emilie Noulet. |
'est alors le début d'une carrière de 33 ans au cours de laquelle Elsa Dehennin put donner toute la mesure de ses divers talents. Ou plutôt "Madame Galle", puisqu' intra muros on la connaissait surtout sous le nom de son mari (Marc Galle, socialiste flamand qui allait notamment devenir ministre et député européen). |
omme enseignante, Mme Galle introduisit plusieurs générations d'étudiants aux richesses et aux subtilités de la poésie espagnole et de la stylistique, sa double spécialité première, mais aussi au fameux «boom» du roman latino-américain, qu'elle abordait avec les instruments les plus pointus de la narratologie. De plus, après la normalisation politique de l'Espagne, et au rythme des progrès de la démocratie en Amérique latine, elle sut s'appuyer sur le dense réseau des ambassades bruxelloises et leurs ressources financières pour faire venir à l'ULB de grands noms de l'hispanisme international ou des littératures espagnole et hispano-américaine, comme Carlos Fuentes ou Juan Goytisolo. |
n tant que chercheuse, Elsa Dehennin – puisqu'elle avait conservé son nom de jeune fille comme nom de plume – publia avec un égal bonheur et toujours une remarquable rigueur sur les littératures hispaniques des deux bords de l'Atlantique. Ses études stylistiques lato sensu, nourries notamment de Spitzer et Bakhtine, lui gagnèrent une réputation qui la conduisit à occuper le poste prestigieux de Secrétaire générale de la AIH (Asociación Internacional de Hispanistas; 1986-1992). |
e rayonnement ne l'empêchait cependant pas de s'investir pleinement auprès de l'ULB. Elle eut à coeur de faire reconnaître les études hispaniques au sein de notre Faculté de Philosophie et Lettres, et en particulier au sein d'une section de Philologie romane qui périodiquement tendait à oublier les langues et littératures romanes autres que le français. Elle obtint ainsi en 1968 que sa charge fût transformée en chaire d'espagnol; en 1977 elle créa l'Agrégation d'espagnol, et préparant aussi l'ouverture vers la nouvelle section de Langues et linguistique (l'ancêtre de nos Langues et littératures modernes). Ensuite, au fil des sempiternelles réformes de programme, elle s'efforça de consolider les acquis, de sorte qu'en 1997 elle put prendre sa retraite avec la satisfaction du devoir accompli. |
ur le plan intellectuel cependant, Elsa Dehennin resta très active, publiant sur la poésie espagnole la plus contemporaine diverses contributions, qui trouvent leur prolongement dans un volume que vient de sortir Rodopi et qu'elle co-dirigea avec Christian De Paepe: Principios modernos y creatividad expresiva en la poesía española contemporánea. Poemas y ensayos. |
ette dernière publication, posthume, constitue un dernier témoignage, particulièrement émouvant, de la vocation et de la force morale de Elsa Dehennin-Galle. Elle sut en effet mener ce livre à terme alors que depuis quelques années la minait le même mal, aussi commun que terrible, qui avait frappé et tué son mari. D'autres projets étaient en cours, mais les progrès de la maladie furent sans appel. Notre collègue était néanmoins toujours admirablement lucide ; elle décida ainsi d'user des moyens qu'offre la médecine moderne pour programmer une fin qui préservât sa dignité. Ce fut le 20 juin dernier. |
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| Évocation par Robin Lefere |
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