PROSOPOPÉE (rhétorique)

PROSOPOPÉE, rhétorique

Terme qui désigne l'un des procédés de la rhétorique, et que recense déjà
Philodème le Philosophe dans son traité Sur les poèmes . Le terme est forgé
sur prosôpon , «ce qui se tourne vers, se présente à (pros ) la vue
(ôps )», donc la face, le front, le visage, puis la personne, et même le
masque, et sur poieïn , «faire». La prosopopée fait parler, donc donne
visage, à un mort par exemple, tel Fabricius dans le Discours sur les
sciences et les arts  de Rousseau, ou à une allégorie, comme la Patrie, par
la bouche de qui Cicéron adjure l'ennemi public dans la première
Catilinaire . Les premières prosopopées furent sans doute celles, grecques,
où parlèrent les dieux et les muses : ainsi, dans le Poème  de Parménide,
les routes sont dites par la déesse qui se tourne vers le jeune homme
(fragment 1, v. 22 sq.). La poésie grecque étant «enthousiaste», bien des
poèmes peuvent, comme L'Iliade  ou la Théogonie  d'Hésiode, être considérés
comme une longue prosopopée, où poète et muse n'ont qu'un visage et
chantent par la bouche l'un de l'autre. Aussi réserve-t-on alors souvent le
terme aux passages où le poète présente précisément les muses : «Les Muses
héliconiennes, commençons par les chanter, elles qui tiennent la grande et
toute divine montagne d'Hélicon» (début de la Théogonie ).