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Milieux de presse et journalistes en Belgique (1828-1914)

Résumé

L’historiographie consacrée à la presse écrite belge au 19ème siècle (celle principalement de type généraliste et quotidienne) constitue une masse bibliographique impressionnante. Malgré quelques tentatives de vue d’ensemble, il n’existe cependant pas de synthèse sur le sujet et la plupart des études (publiées ou inédites de type mémoires) se présentent sous la forme de monographies de quotidiens. Par ailleurs, aucun historien belge ne s’est interrogé sur les raisons de ce qu’il convient d’appeler l’effloraison médiatique observée au cours de la période. Ils n’ont pas davantage cherché à savoir pourquoi la plupart des hommes influents dans l’espace public (politiques, religieux, publicistes dans la Cité) ont jugé indispensable, à un moment ou l’autre de leur parcours, de contribuer qui au financement qui à la rédaction de journaux.

C’est en ce sens qu’il m’a semblé judicieux d’aborder les milieux de presse, ces quelques générations d’hommes (et plus rarement de femmes). Ils ont été étudiés à partir de 1828, date de l’Union entre catholiques et libéraux contre le pouvoir autoritaire de Guillaume 1er - opposition essentiellement exprimée dans la presse - et l’année 1914 qui clôt traditionnellement le long 19ème siècle. Il s’agit donc moins de se référer au support papier (aux journaux proprement dits) qu’aux actes, aux discours et aux motivations des animateurs de presse.

Le travail se présente en trois parties principales:

La première aborde les concepts et les pratiques fondamentales propres aux milieux de presse. Nous privilégions un principal référent théorique, Jürgen Habermas. L’étude, qui s’achève en 1914, s’ouvre en 1828, l’année de l’alliance entre opposants catholiques et libéraux contre le régime hollandais auquel ils réclament l’instauration d’un gouvernement de libertés. Et, parmi celles-ci, la liberté de la presse.

Toutefois, de façon quasiment concomitante, vont se développer des pratiques commerciales, indispensables au développement et à la saine gestion des publications. Nous parlons d’une commercialisation de la presse qui transforme le média journal en affaire. Nous étudions l’impact de la massification (démocratisation de l’Etat bourgeois) sur la presse et nous cherchons à en prendre la mesure quantitative à l’aide d’estimations chiffrées. Nous cernons ensuite les raisons des succès de l’information (importance des innovations technologiques).

En partie 2, nous montrons les stratégies de deux sphères (« socialiste » et catholique) qui animent une presse a-commerciale (non lucrative) et doctrinale. Soit une presse qui s’appuie sur un ensemble de notions que ses animateurs défendent pour seules vraies et qui doivent diriger l’action humaine.

En partie 3, nous étudions la conséquence principale de la massification sur le métier: sa professionnalisation. De façon théorique, on définit les « journalistes », y compris les journalistes-littérateurs qui, en réponse à la massification, veulent conserver un caractère littéraire au métier.

L’exploitation d’une base de données sur les gens de presse (726 entrées) permet une approche quantitative du milieu. De façon qualitative, nous observons l’émergence de nouvelles pratiques professionnelles (le reportage, l’interview…).

Ensuite nous présentons les associations professionnelles qui sont créées à partir du milieu des années 1880. Ces groupes belges s’inscrivent (de façon active) au sein d’un mouvement international qui est une illustration de la société médiatique.

L’étude des journalistes-littérateurs révèle l’existence d’un milieu intellectuel qui a Bruxelles pour centre nerveux. Il privilégie une presse périodique de revues comme contrepoids qualitatif à la presse massifiée.

Dernier point, l’outil de travail des journalistes, la langue. Nous montrons la prédominance de la langue française dans le milieu journalistique et ses rapports avec la France et le « marché » parisien particulièrement.


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Dernière mise à jour le 20/04/06 - Contacter le webmaster