La
Distribution en Belgique
Trente ans de mutations |
Distributie
in België
Dertig jaar omwentelingen |
Racine, Bruxelles, 2005 |
Lannoo Campus, Leuven, 2005. |
Résumé
Cet ouvrage
a pour ambition de présenter
une synthèse des mutations qu’a connues le secteur de
la distribution en Belgique au cours des trente dernières
années. Malgré le fait que chaque citoyen, chaque consommateur
soit en contact presque quotidien avec l’univers de la distribution,
et que la presse se fasse régulièrement l’écho
des principales mutations qui le traversent, ce secteur semble souvent
méconnu, voire mésestimé. Pourtant,
la distribution est au centre de nombreux questionnements
et débats d’idées, qu’il s’agisse
de la coexistence du grand commerce intégré et du petit
commerce indépendant, de la localisation des points de vente
sur le territoire, de la quantité et de la qualité des
emplois offerts par le secteur, de ses relations avec ses fournisseurs,
et plus largement de ses multiples impacts sur notre économie
et notre mode de vie. L’ouvrage tente
d’apporter un éclairage sur ces questions, en détaillant
les moteurs d’évolution du secteur
et ses tendances les plus récentes. Il couvre
prioritairement les trois dernières décennies, avec
pour point de départ, le milieu des années
1970, date à laquelle la Belgique entre dans une
crise économique consécutive au premier choc pétrolier
de 1973.
- Il
s’attache dans une première
partie à souligner les mutations de l’environnement dans
lequel les entreprises évoluent, et les contraintes auxquelles
elles doivent faire face : aspects conjoncturels, consommation,
cadre réglementaire et relations collectives du travail.
- Il analyse ensuite les mutations
des structures de l’appareil commercial belge :
concurrence entre formes de commerce, implantation sur le territoire
national, évolution des formules de magasins, concentration économique
et financière, internationalisation. Il présente
aussi une série de monographies des principaux groupes et
enseignes que l’on retrouve sur notre territoire.
- La troisième partie est
consacrée aux stratégies mises en
place par les entreprises pour s’adapter à tous ces
changements internes et externes : stratégies de croissance,
nouvelles méthodes d’organisation, nouvelles technologies,
nouveaux types de relations avec les fournisseurs, perfectionnement
du marketing du distributeur.
L’ouvrage a aussi été conçu
comme un outil de travail au service des journalistes,
des analystes, des bureaux d’études ou des étudiants
qui ont souvent besoin d’informations précises, mais
aussi de tous les chefs d’entreprise et des travailleurs concernés
par le fonctionnement de ce secteur et qui souhaiteraient mettre
leur propre activité en perspective.
Quel
bilan synthétique
peut-on tirer de ces trente ans de mutations ?
D’une
part,
le secteur de la distribution a continué à fonctionner
sur base des principes qui lui ont permis de se moderniser après
la seconde guerre mondiale, et dont certains remontent même
au milieu du XIXe siècle. Citons la concentration des capitaux,
l’augmentation de la puissance d’achat, l’amélioration
des flux logistiques, le gain de parts de marché du commerce
organisé sur le commerce indépendant isolé (qui
reste pourtant vigoureux), la compression des prix et des marges,
la réduction du nombre d’intermédiaires, l’adaptation
aux comportements des consommateurs, la négociation commerciale
serrée, la généralisation du libre-service,
la confirmation de la force du commerce périphérique,
l’augmentation de la taille moyenne des surfaces de vente et
la diminution du nombre de petits points de vente, …
Néanmoins, à partir
du milieu des années 1970, le contexte a changé :
- la crise économique et le chômage galopant
ont rendu les consommateurs plus prudents. Ceux-ci sont devenus plus versatiles,
mieux informés et mieux représentés par des organisations
influentes.
- Le cadre réglementaire, fruit de multiples compromis
prenant en compte les intérêts des grandes entreprises, du petit
commerce, des consommateurs et des travailleurs, s’est alourdi.
- Distributeurs et organisations syndicales se sont plus fréquemment
heurtés sur les questions de conditions d’emploi et de
flexibilité, et en particulier sur la problématique
du travail à temps partiel, auquel on recourt 4 à 5 fois plus
dans la distribution que dans les autres secteurs.
- Tout ceci n’a pas empêché le développement territorial
des enseignes, qui mène progressivement à une saturation du
paysage commercial et à la raréfaction de sites
disponibles pour de nouvelles implantations.
Par conséquent, les entreprises
de distribution ont dû trouver des réponses à ces
défis en recherchant de nouveaux relais de croissance.
Le mouvement de concentration s’est
poursuivi à travers notamment des vagues successives de fusions
et acquisitions, ce qui a mené à la constitution de
très grands groupes opérant sous diverses
enseignes et divers formats. Le succursalisme a
continué à accroître ses parts de marché aux
dépens des autres formes de commerce. Les coopératives ont
aujourd’hui disparu, alors que le commerce indépendant a
perdu du terrain. Ce dernier s’est cependant organisé de
manière à contrer l’offensive de la grande distribution
intégrée. Il a souvent joué la carte de la spécialisation,
de la proximité, du service étendu. Il est resté énergiquement
défendu par des associations de classes moyennes toujours
puissantes, et surtout, il s’est renforcé par la coopération
avec des groupements d’achat ou par le recours au système
de la franchise, qui est à la fois un moyen
pour le franchiseur d’étendre son parc commercial en
diminuant les contraintes et pour l’indépendant franchisé de
rester compétitif.
Dans cette
répartition des
parts de marché, on peut d’ailleurs remarquer des divergences manifestes
entre l’alimentaire où la grande distribution domine,
et le non-alimentaire, plus dispersé, où le commerce
indépendant reste prééminent, étant donné l’intrusion
plus tardive du commerce organisé dans cette branche.
Une autre
tendance majeure de cette période est sans conteste l’internationalisation des
entreprises de distribution, qui a répondu, avec un léger
retard, à celle des entreprises productrices et à la
mondialisation de la consommation. Elle concerne à la fois
l’exportation d’enseignes belges vers l’étranger
et surtout la pénétration massive d’enseignes étrangères
en Belgique. Sur les trente premiers groupes actifs en Belgique,
dix-huit sont désormais pilotés depuis l’étranger,
dont sept parmi les dix premiers. Carrefour, Aldi, Louis Delhaize,
Metro, Blokker, Lidl, Vendex KBB ne sont que les têtes de proues
d’un mouvement beaucoup plus large.
Quant au
métier du distributeur,
il s’est logiquement sophistiqué. Il
nécessite aujourd’hui, au-delà du pragmatisme
propre à tout bon commerçant, des compétences et
une formation accrues dans les domaines du marketing,
du management, des technologies de l’information, de la gestion
des ressources humaines et de la relation client. L’innovation joue
un rôle déterminant. Elle fait se succéder de
plus en plus rapidement les formules de magasins : hard discount,
petites ou grandes surfaces spécialisées, magasins
de commodité, magasins automatiques, commerce électronique, …
Au niveau des stratégies organisationnelles,
chaque entreprise doit trouver le juste compromis entre intégration
verticale et externalisation des tâches, entre diversification
et recentrage sur les activités de base, entre centralisation
et décentralisation de la gestion. L’optimisation de
la logistique passe par une plus grande flexibilité,
une tension des flux, une traçabilité accrue. Dans
tous les domaines, les nouvelles technologies de l’information
et de la communication jouent un rôle de premier plan,
que ce soit pour l’optimisation de la logistique, la constitution
de bases de données marketing, la gestion des horaires, le
scanning, le géomarketing, le paiement électronique,
etc.
Les Relations avec les fournisseurs ont
aussi évolué au cours des dernières années.
Elles prennent trois formes principales :
- En premier lieu : l’affrontement, pour toutes
les questions liées aux négociations commerciales entre des centrales
et des groupements de plus en plus puissants et des producteurs qui cherchent à placer
un nombre croissant de produits dans des rayons forcément limités.
- Mais au-delà du conflit, on voit apparaître parallèlement
des relations partenariales, principalement
entre grands producteurs et grands distributeurs dans les domaines du marketing
et de la logistique.
- Troisièmement, une relation de concurrence directe s’est établie
suite à l’explosion des produits à marque de distributeur
(MDD), qui prennent des parts de marché croissantes et dont
la qualité et la reconnaissance auprès du public tendent à égaler
les marques dites « nationales ».
Les trente
dernières années
ont enfin vu l’émergence et le perfectionnement d’un marketing
du distributeur. Les positionnements stratégiques
se sont diversifiés, de manière à exploiter
toutes les niches du marché. Chaque formule ne vise plus à satisfaire
des besoins génériques, mais bien des besoins spécifiques à certains
types de consommateurs, réalisant certains types d’achat
dans certaines situations précises ! « Différenciation » et « spécialisation » sont
devenus des mots d’ordre généralisés.
Aujourd’hui, la concurrence ne porte plus uniquement sur les
prix bas, mais également sur le niveau de service, la qualité,
l’image, les valeurs véhiculées. Le niveau de
perfectionnement est variable selon les enseignes, mais certaines
d’entre elles sont parvenues à définir et à exploiter
efficacement tous les éléments de leur marketing mix
: localisation, largeur et profondeur de l’assortiment, politique
de prix, niveau de service, merchandising, communication et fidélisation, …
Le résultat de toutes ces évolutions
est l’accroissement de la place prise par
la distribution – et par la grande distribution en particulier – dans
notre système socio-économique. En effet, les distributeurs
ne se contentent plus d’être de simples points de passage
des marchandises entre le fabricant et le consommateur. Au-delà des
fonctions traditionnelles d’ajustement de l’offre et
de la demande dans le temps et l’espace, ils manifestent la
volonté d’accroître la valeur ajoutée
de leur activité en se présentant comme sélectionneurs
des produits les plus adaptés aux besoins de consommation
des clients, en déclinant les concepts et formats, en ajoutant
de multiples services avant, pendant ou après la vente, en
pilotant la production voire en innovant eux-mêmes par le biais
de produits exclusifs frappés de leur marque propre.
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